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 Numéro 32, Février 2000 
Que puis-je faire avec Internet dans ma classe? Version Imprimable  Version imprimable


Martine Mottet  (CCFD)

Vous connaissez Internet mais ne savez pas comment l’utiliser en classe? Ou vous avez intégré Internet dans vos cours en demandant à vos étudiants d’y faire des recherches ou de communiquer avec vous par courriel, mais vous aimeriez varier l’usage que vous en faites et en tirer un meilleur parti?

Je vous propose un livre (eh oui!) fort intéressant qui vous donnera sûrement une foule d’idées à ce sujet. Il s’agit de Virtual Architecture, Designing and Directing Curriculum-Based Telecomputing. L’auteure, Judi Harris (1), s’intéresse depuis plusieurs années au développement d’activités... pédagogiques dans Internet. Dans son livre, que vous pouvez acheter sur le Web, elle propose une typologie d’activités que je vous présente ici. Harris édite aussi un site Web comportant de nombreux exemples.

Si vous ne souhaitez pas lire le livre au complet, je vous propose de consulter la page Web que j’ai créée à ce sujet. Vous y trouverez la typologie de Harris, une courte description de chacun des types d’activités et, autant que possible, un hyperlien vers un site québécois illustrant l’activité. Le tout en français. Alors, voici…


Les fondations
Harris emploie la métaphore de la maison pour structurer son livre et son site. Dans cet article, je me limite aux fondations, qui représentent les fondements ou principes de base, et à la cuisine, qui contient la typologie des activités pédagogiques.

Examinons d’abord les fondations. Il faut toujours bâtir sur du solide, tout le monde le sait. Alors, que faites-vous avec Internet dans vos cours ou qu’aimeriez-vous faire? Souhaiteriez-vous demander à vos étudiants :

  • de faire des recherches d’information,
  • de créer des pages Web,
  • d’envoyer du courrier électronique,
  • de participer à des forums?

Probablement. Et qu’ont en commun les éléments de cette liste? Ils mettent tous l’accent sur l’utilisation des outils plutôt que sur leur application dans un but d’apprentissage. Relisez la liste. Y parle-t-on de pédagogie? Absolument pas. On y parle de technologie. Depuis quand la technologie en elle-même (qu’il s’agisse d’Internet ou de l’audiovisuel) suscite-t-elle l’apprentissage?

Il faut donc se demander : quelle valeur ajoutée les TIC apportent-elles à l’apprentissage? Si Internet n’a pas de valeur ajoutée dans une activité, laissez tomber. Mais comment détermine-t-on s’il y a valeur ajoutée? Il faut se demander si, avec Internet, les étudiants peuvent faire des choses qu’ils ne pouvaient pas faire auparavant ou peuvent mieux les faire maintenant.

Prenons un exemple : le courriel. Croyez-vous que son utilisation ajouterait une valeur à vos activités pédagogiques? Pour vous donner les moyens de répondre correctement à cette question, pour voir si le courriel – et les autres outils Internet – créent une valeur ajoutée que vous ne soupçonniez peut-être pas, je vous propose maintenant d’entrer dans la cuisine de Judi Harris.


La cuisine
Regardez-vous l’émission de Daniel Pinard à Télé-Québec? Si oui, c’est peut-être pour les mêmes raisons que moi (sinon, en passant, vous ratez quelque chose!). Outre la vaste érudition de Pinard, et son sens de l’humour, j’apprécie ses explications. Plus que des recettes, ce sont des principes, des techniques que j’y apprends, ce qui me permet de créer mes propres recettes, d’adapter des recettes existantes, ou encore, tout simplement, de bien les réussir.

Harris nous propose la même chose pour l’intégration pédagogique des TIC, sous la forme d’une typologie d’activités que nous pouvons réutiliser à volonté pour les adapter à nos propres besoins. Elle décrit trois principaux processus d’apprentissage (notez la différence avec la liste ci-dessus) :

  • les communications interpersonnelles,
  • la collecte et l’analyse d’information,
  • la résolution de problèmes.


Les communications interpersonnelles
Les communications interpersonnelles regroupent les premières – et les plus simples – formes d’activités pratiquées avec Internet : échanger par voie électronique avec une ou plusieurs personnes en utilisant le courriel, les forums, les bavardoirs (« chat ») ou plus rarement la vidéoconférence.


On compte ici six types d’activités :

1. Le jumelage de correspondants
Cette activité, que vous avez probablement expérimentée quand vous étiez jeune, consiste à jumeler deux étudiants qui communiquent entre eux sur des sujets libres ou imposés. Grâce au courriel ou à un bavardoir, deux étudiants situés n’importe où sur la planète échangent rapidement des messages, photographies ou musiques pour mieux comprendre la culture de l’autre, ou encore, les conditions économiques, religieuses ou climatiques de son pays. Les cours de langue s’y prêtent bien aussi.

Sur mon site, vous trouverez des hyperliens vers d’autres sites illustrant chaque type d’activité. Dans le cas du jumelage de correspondants, il s’agit de sites proposant des correspondants.


2. Le jumelage de groupes
Il s’agit cette fois-ci de jumeler deux ou plusieurs classes qui discutent d’un thème pendant une période de temps précise. Des recherches d’information dans Internet alimentent les discussions. Si certains projets ont une envergure internationale comme La voix des jeunes de l’UNICEF, vous pourriez tout simplement jumeler vos classes avec celles d’un collègue situé ailleurs au Québec ou à l’étranger, pour un des thèmes abordés dans votre cours, de manière à enrichir les débats.


3. La conférence virtuelle
Durant une conférence virtuelle, des invités échangent des idées avec vos étudiants pendant une courte période de temps. Qu’ils soient auteurs, scientifiques ou autres, ils peuvent être dans l’impossibilité d’assister à votre cours parce qu’ils résident à l’extérieur de la ville ou à l’étranger, ne sont pas disponibles au moment voulu, etc. Ainsi, vous vous souvenez peut-être du projet Allô Nagano de Bell Canada grâce auquel nous pouvions écrire à nos athlètes olympiques.

Les échanges se font par courriel, bavardoir ou forum. Dans votre discipline, vous êtes peut-être spécialiste d’une question précise alors qu’un collègue d’un autre cégep l’est à propos d’une autre thématique. Pourquoi ne pas faire des échanges avec cette personne pour faire profiter à vos étudiants d’un maximum de connaissances spécialisées?


4. Le tutorat télématique
La conférence virtuelle devient tutorat télématique lorsque les échanges s’échelonnent sur une longue période de temps et que le spécialiste joue davantage le rôle de mentor. C’est, par exemple, la fonction des tuteurs et tutrices du CCFD auprès de leurs étudiants.


5. Les séances de questions et réponses
Les séances de questions et réponses sont des échanges très courts portant sur des questions bien précises. Au Québec, le service Allô Prof en est un bon exemple. Vos étudiants pourraient compléter leurs recherches en posant des questions, par exemple, sur le site Ask an Expert! à un astronaute, avocat ou chimiste. Votre classe pourrait aussi devenir spécialiste d'un sujet et répondre aux questions des étudiants d'une autre classe, et vice versa. Enfin, il existe une foule de forums recensés dans des portails comme la Toile du Québec et servant à poser des questions à d’autres internautes. Attention, les personnes qui interviennent dans les forums publics ne sont pas nécessairement toutes en mesure de donner l’information exacte!


6. Les jeux de rôles

Compte tenu de la popularité de Donjons et dragons, on peut supposer que les jeunes aimeront les activités fondées sur des jeux de rôles. Les rôles peuvent d’ailleurs être tenus non seulement par des professeurs ou des collaborateurs mais aussi par les étudiants eux-mêmes. Dans le Carrefour atomique, chaque élève personnifie un élément chimique sur lequel il s’est d’abord documenté et interagit avec les autres « éléments ». Sur le site Dialogue, on discute à bâtons rompus avec Socrate, Marx, Duras, Freud, Tintin, etc.



La collecte et l’analyse d’information
Recueillir de l’information dans Internet constitue certainement l’une des activités auxquelles on pense spontanément. Encore faut-il réussir à trouver l’information voulue (le CCFD prépare à ce sujet la Trousse de recherche d’information efficace dans Internet). Et encore faut-il avoir un but précis pour collecter l’information qui devra être analysée. Notez aussi qu’Internet permet de partager l’information à distance. Voyons voir comment…


1. L’échange d’information
L’échange d’information se produit entre deux groupes qui sont à la fois créateurs et consommateurs d'information, et qui souhaitent collaborer à un projet précis. Ainsi, dans un cours d’économie, des équipes de travail provenant de cégeps différents pourraient se partager la recherche sur des pays en développement, créer une page Web par équipe pour présenter l’information trouvée, et faire une analyse comparative des données trouvées. Les étudiants auraient ainsi accès à de l’information sur un plus grand nombre de pays que si la recherche avait été faite seulement dans leur classe ou dans leur cégep.


2. La création de bases de données

Dans ce type d’activité, on formalise l’échange d’information en créant une base de données commune. Ainsi, les projets Cyberzoo et Ma région amènent les jeunes du primaire de l’ensemble du Québec à participer à la construction collective de bases de données portant respectivement sur le monde animal et sur la réalisation d’une expo-région virtuelle.


3. La publication électronique
Tous et chacun peuvent publier dans Internet : collaborer à un magazine électronique (consultez la Toile du Québec pour une liste des journaux étudiants Web, par exemple), exposer dans une galerie d'art virtuelle comme celle de l’Institut des technologies de l’information du collège Maisonneuve, voir son travail affiché sur le site du cégep parce qu’il fait partie des meilleurs (les étudiants en retirent toujours beaucoup de fierté), éditer sa page de présentation personnelle, participer régulièrement au site de son établissement d'enseignement, etc. Les professeurs quant à eux peuvent collaborer à la Salle des profs pour faire connaître leurs sites, leurs projets, leurs publications.


4. Les voyages virtuels

Dans les voyages virtuels, il y a échange électronique entre, d’une part, des étudiants et, d’autre part, des experts, explorateurs ou étudiants d’une autre classe qui sont sur le terrain. Les étudiants participent à la préparation du voyage en suggérant des questions, un angle d'observation et en partageant une partie de la tâche de recherche. Pendant le voyage, les deux groupes correspondent par Internet, grâce au courrier électronique ou à des moyens plus complexes comme des caméras numériques. On a pu suivre ainsi Bernard Voyer au pôle Sud et sur l’Éverest. Maya Quest, Asia Quest (automne 1999) et America Quest (printemps 2000) font découvrir à des milliers d’étudiants des endroits qu’ils ne visiteront probablement jamais tout en rendant plus concrète leur collecte d’information.


5. L’analyse de données mises en commun
Internet donne accès à une vaste population susceptible de répondre à un sondage étudiant ou, à l’inverse, permet aux étudiants de participer à de vastes collectes de données comme l’étude de la migration des papillons monarques intitulée Monarch Watch.



La résolution de problèmes
Enfin, Internet offre la possibilité de collaborer à des projets avec d’autres personnes à distance.


1. Recherche d’information
Ici, les étudiants travaillent seuls, en collaboration ou en compétition pour vérifier une hypothèse, résoudre une énigme ou un problème, faire une chasse au trésor, remplir une mission, etc. On donne des indices aux étudiants, qui résolvent l'énigme en utilisant des sources documentaires imprimées ou électroniques. L'énigme est élaborée par le professeur ou par une autre classe et les sites à explorer, précisés par le professeur ou à découvrir par les étudiants. Voilà un moyen stimulant pour aider les étudiants à développer des stratégies de recherche d’information efficaces et à les faire connaître à leurs pairs. Ainsi, vous pourriez profiter de la chasse au trésor annuelle de CANARIE (printemps 2000).


2. Rétroaction par les pairs
La rétroaction par les pairs incite les étudiants à faire une critique constructive des travaux de leurs collègues, qui peut porter autant sur la forme (qualité de la langue, présentation visuelle, etc.) que sur le fond (arguments, logique, véracité des faits, etc.). Les forums électroniques poursuivent le même but, en invitant les étudiants à débattre sur des thèmes précis en philosophie, en histoire, etc.


3. Résolution de problèmes en parallèle
Dans ce type d’activité, deux classes ou groupes résolvent le même problème chacun de leur côté, puis partagent leurs résultats, mais surtout leurs méthodes de résolution de problèmes. On y ajoute ou non un aspect compétitif en nommant des gagnants. Là encore, on profite de la confrontation des méthodes et des points de vue.


4. Création collective
La création collective consiste à bâtir un texte (conte, nouvelle, bande dessinée), une illustration ou un projet (diaporama électronique, programme), chaque étudiant poursuivant, de manière séquentielle, le travail amorcé par les autres. Le site CyberFiction en est un exemple.


5. Résolution de problèmes en téléprésence
Par courriel, dans un local de travail virtuel spécialement aménagé ou autre, on travaille à distance à un projet commun. Dans le cours Internet du CCFD intitulé Découvrir la physique par la méthode scientifique, les étudiants font des expériences virtuelles en mécanique, en optique et en électricité. Chacun réalise sa portion de l’expérimentation, en partage les résultats à l’écran et à distance avec ses coéquipiers, et s’entend avec eux pour proposer une conclusion commune.


6. Simulations
Internet peut servir à diverses simulations : lancement de navettes spatiales, vie parlementaire, etc. La simulation d’investissements financiers BOURSTAD du CCFD (février-avril 2000) offrira la possibilité, aux étudiants et au grand public, de faire fructifier un portefeuille de 100 000 $ dans une bourse virtuelle dont les cours évolueront au rythme des marchés réels. On comprend mieux ainsi – et sans risque! – les mécanismes des marchés financiers.


7. Projets d'engagement social
Bien entendu, Internet peut servir à rassembler des étudiants de toute la planète pour dénoncer des problèmes liés à l’environnement, à l’exploitation des enfants ou pour soutenir une bonne cause. C’est ce qu’on fait sur le site Non Profit Prophets, en créant une page Web pour faire connaître, par exemple, un organisme sans but lucratif. Pourquoi ne pas lancer un tel site en version française?


De nouvelles idées?
Nous avons examiné plusieurs types d’activités qui sont centrés sur les possibilités pédagogiques d’Internet et non sur ses possibilités technologiques. Bien sûr, les activités varient dans la complexité de leur mise en œuvre. Cependant, avez-vous remarqué qu’elles amènent souvent à créer des collaborations entre enseignants, entre étudiants, entre groupes d’étudiants? Dire que certains soutiennent que la technologie est déshumanisante… Et si on s’en servait justement pour faire le contraire ?

P.S. Vous connaissez un projet québécois de niveau collégial qui ne figure pas sur mon site? Écrivez-moi en indiquant à quel type d’activité il se rattache et je l’y ajouterai.

1. HARRIS, Judi (1998). Virtual Architecture. Designing and Directing Curriculum-Based Telecomputing. ISTE, 146 pages.

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