Retour à l'accueil
accueil renseignements diffusion
Recherche
avancée
 Numéro 36, Octobre 2000 
Les marchands d'éducation Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay, Vitrine APO

Avec la possibilité offerte par Internet de rejoindre directement et à peu de frais le public à domicile, on assiste à une augmentation de l'offre de ressources éducatives en ligne, tant de la part des établissements publics qui possèdent suffisamment de vision pour envisager le virage technologique que du secteur privé. Nous vous proposons d'examiner ici les ressources déjà offertes et d'autres en préparation.

Le secteur le plus prometteur est la formation professionnelle, à la fois la formation continue (mise à jour des connaissances) et la formation initiale (conduisant à l'exercice d'une profession ou d'un métier). Un marché secondaire, non négligeable, se développe à la suite de l'adoption de nouvelles lois sur la protection de l'environnement ou de sécurité au travail.

Comme ce type d'apprentissage requiert souvent l'accès à de l'équipement lourd et spécialisé, on offre le plus souvent des cours mixtes composés, d'une part, de séances de formation dans les laboratoires ou ateliers de l'établissement et, d'autre part, de la formation à distance au sujet des lois, règlements, procédures, etc.

Parmi les cours offerts au Canada, on trouve des programmes portant sur la conduite de poids-lourds, la soudure et la fertilisation des sols, par exemple.

D'autres sites offrent un soutien à la formation fondamentale (primaire et secondaire). Certains s'adressent uniquement aux enseignants des écoles. On y propose des fiches de scénarios pédagogiques correspondant aux programmes officiels des provinces ou États. Ces ressources sont complétées par des examens, des programmes d'activité et des listes de référence imprimées, audiovisuelles ou en ligne. Elles sont également offertes aux parents qui choisissent d'éduquer leurs enfants à domicile.

On peut avoir accès gratuitement à ce type de ressources complémentaires (en échange d'un bombardement publicitaire habituellement très bien ciblé) puisqu'il est facile, en organisant des concours en ligne, de recueillir une foule d'informations sur l'enfant, sa famille, les habitudes de consommation, etc. En tête de liste, on trouve Disney Blast1 (frais de 20 $ US par année) avec une centaine d'activités quotidiennes soi-disant éducatives tout en étant amusantes (edutainement, en anglais), avec des investissements annuels de 35 millions de dollars américains. L'école de Disney contribue ainsi à développer de bons citoyens (et futurs consommateurs) américains, mais aussi les Norvégiens, les Suédois, etc. Autres sites bien connus : Yahooligans2, aussi offert au Japon et en Corée, et MamaMedia qui n'hésite pas à s'associer à MinuteMaid et à Trident3.

Enfin, d’autres sites sont accessibles uniquement si l'on s'abonne. Ce marché est estimé à 250 millions de dollars américains pour l'an 2 000. Ainsi Science Brainium4 offre des licences aux écoles (750 $ annuellement) et aux parents, les services de Lightspan sont accessibles aux écoles pour 1 200 $ US par année, et Classroom connect5 est offert à 2 500 $ annuellement par école. StudentAcademy.com s'adresse aux élèves du secondaire et touche un peu les étudiants de niveau collégial. Pour un élève, les frais d'abonnement sont de 14,95 $ US par mois ou de 99,95 $ par année pour accéder à des cours d'économie, de physique, de chimie ou d'algèbre.

Les sites personnels d'enseignants peuvent-ils faire le poids devant ces entreprises qui prétendent nous aider à mieux éduquer ? Ou faudra-t-il passer par ces géants pour se voir suggérer un site… créé par un ou une collègue ?

Et pourtant, le potentiel éducatif des nouvelles technologies est fabuleux. Que diriez-vous de faire participer vos élèves à une expédition dont le but est de découvrir ce qui est arrivé aux Indiens Anasazi ? Ils pourront entrer quotidiennement en communication, grâce à des ordinateurs portatifs et un réseau de satellites, avec l'équipe composée d'un photographe, d'un producteur vidéo, d'un anthropologue, d'un biologiste et d'un conseiller pédagogique.

La participation aux coûts de l'expédition est de 99 $ US par classe et une foule de ressources complémentaires sont offertes (vidéos, cédéroms…). C'est un organisme public qui a eu cette idée brillante ? Non, l'activité est prise en charge par Mattel, qui vend aussi des T-shirts aux couleurs de l'expédition. Décidément, l'éducation des jeunes est entre bonnes mains !




1 disney.go.com/preview/today/popup.html
2 www.yahooligans.com/
3 www.mamamedia.com/
4 www.brainium.com/
5 www.classroom.com

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015