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 Numéro 37, Décembre 2000 
CYBERGAGNANT Version Imprimable  Version imprimable
Technologie, cyberespace et développement personnel

Ginette Lapierre  (Collège de Bois-de-Boulogne)

On a beaucoup parlé ces dernières années de l’impact des technologies sur la société. On n’a qu’à voir tous les livres publiés sur le sujet. Peu de recherches cependant (à tout le moins en français) ont porté jusqu’à présent sur la personne et son développement dans ce contexte. À ma connaissance, de plus, on a très peu réfléchi sur le processus cognitif de la personne en situation d’apprentissage et son impact sur le développement personnel. Pour la plupart d’entre nous, la notion «d’apprendre à apprendre» demeure un concept plutôt qu’une réalité.

Si nous voulons que les nouvelles technologies de l'information et de la communication deviennent un outil d’efficacité individuelle et collective, nous devons les considérer en termes de développement et explorer le domaine psychologique dans sa globalité, non seulement la dimension cognitive de la personne (perception-traitement-action).

En quoi les NTIC changent-elles nos façons d’apprendre, de penser et d’interagir avec le milieu?
Il serait intéressant de comprendre pourquoi, dans une situation d’apprentissage donnée, certains individus semblent mieux adaptés, réussissent mieux que d’autres, abstraction faite de la performance des outils, des compétences informatiques, de l’âge, etc. Par ailleurs, on doit se demander pourquoi les personnes qui réussissent moins bien, semblent davantage exposées à ce qu’on a qualifié de «techno-stress», ce stress engendré par les problèmes reliés à l'utilisation des nouvelles technologies.

C’est en réconciliant ainsi sciences humaines et savoir technologique que sept spécialistes se sont penchés sur la question. Ils ont publié un ouvrage dont l’objectif premier est de faire comprendre pourquoi et comment les NTIC changent l'individu et comment celui-ci peut en tirer profit pour lui-même. À travers une analyse détaillée, une approche à la fois pratique et théorique, le livre Cybergagnant non seulement explique en quoi les NTIC influent sur le développement personnel, mais on y fournit aussi des méthodes pour maîtriser et orienter cet impact en faveur d’une productivité individuelle et collective.

Cependant, pour tirer profit des fantastiques bouleversements induits par la technologie, il faut en comprendre l’influence sur notre façon de penser et d’agir. Qui dit développement personnel dit action pour explorer au mieux ce qu’on est (notre personnalité, notre histoire) et ce qu’on a (nos acquis, nos expériences, nos atouts et nos potentialités). Le sujet mérite qu'on s'y intéresse. Et cet ouvrage, bien que succinct, donne un bon aperçu de la question et établit les bases d'une réflexion. C’est pourquoi nous en présentons ici un bref compte rendu.

NTIC et efficacité individuelle
Parce que l’utilisation des outils bureautiques et informatiques comporte des particuliarités qui débordent largement la simple dimension technique et informatique et parce qu’ils bousculent nos habitudes et nos automatismes de communication, ils influent sur notre façon de penser et d’agir.

Le courrier électronique (dont la pratique tient davantage de l’oralité que de l’écrit), la création d’hypertextes (qui bouleversent les données spatiales et temporelles de la production et de l’exploitation de l’information) ou les outils bureautiques et la PAO (qui exigent de plus en plus une compétence «picturale»), demandent tous des habiletés apparentées à la capacité de lier les idées, les arguments entre eux, compétence qui nécessite au préalable de décomposer sa pensée en «points-forces semi-autonomes». Plus simplement. le fait de devoir créer des liens pour réaliser un hypertexte est en quelque sorte une nouvelle façon d’écrire, qui contraint à rechercher et à établir des associations, des ressemblances, des analogies, qui permet de donner forme à nos pensées et ce, d’une façon beaucoup plus proche de la façon que nous avons de
les concevoir.

L’hypertexte, par l’organisation non linéaire du texte qu’il propose, pourrait bien constituer le support idéal de la pensée complexe. Contrairement aux deux modes de raisonnement les plus reconnus – que sont la pensée cartésienne et la démarche scientifique , qui toutes deux procèdent par étapes et de façon séquentielle –, l’hypertexte ne permet pas la linéarité recherchée par les «penseurs du texte».

NTIC et efficacité collective
Un deuxième aspect abondamment traité dans l’ouvrage est le travail en groupe avec les NTIC. Toutes les règles pertinentes au groupe de travail traditionnel s’appliquent également au groupe de travail NTIC. Aussi, c’est tout naturellement que nous allons retrouver la confiance et la capacité à travailler sur ce que nous faisons et non sur ce que nous sommes. Évidemment, au-delà de ces règles de base, les participants à un groupe de travail NTIC sont soumis à certains impératifs d’ordre technique (homogénéité des outils ainsi que leur maîtrise), sociologique, psychotechnique, organisationnel et psychologique.

Stress, nouvelles pathologies et nouvelles technologies
Une partie non moins importante de l’ouvrage porte sur la gestion du stress et les nouvelles pathologies liées aux technologies. Si le stress apparaît comme un effet pervers de la technologie lié au syndrome général d’adaptation, il provient davantage du déséquilibre perçu entre nos capacités à faire face à la situation et la perception que nous avons de celle-ci.

Plus souvent qu’autrement, le stress correspond à l’inadéquation entre nos capacités (perçues) et l’exigence de la demande (perçue). À l'individu, on demande de s'engager dans une démarche d’acquisition et d’évolution de ses habiletés afin de faire face au stress; pour l’entreprise, le défi consiste à proposer des occasions et les libertés d’action quant au développement de ces habiletés.

Enfin, pour certaines personnes qui évoluent avec aisance sur le plan technique, le défi se traduit en termes d’intégration. Pour parvenir à consolider leur identité et à réhabiliter en quelque sorte leur registre affectif (souvent atteint), ces individus doivent réapprendre à reconnaître leurs affects, à communiquer avec les autres en direct. Chez eux, les fonctions le plus souvent altérées sont la fonction signifiante, le principe de réalité et les repères spatiotemporels.

Conclusion
Pour utiliser au mieux les NTIC et du même coup nos potentialités, il est indispensable de surmonter notre «désir humaniste» de comprendre «ce qu'il y a dedans»; nous devons apprendre à intégrer les NTIC «sur le tas»… en nous trompant et en nous corrigeant.

La technologie n'est en fait qu'un outil, mais un outil qui peut devenir un facteur de développement personnel.

Pour en connaître davantage sur le sujet :

BATTEUX, C. , et al. Cybergagnant : Technologie, cyberespace et développement personnel, Paris, Maxima, 2000, 226 p.

CHATELAIN, Y, et al. Travailler en groupe avec les NTIC, Paris, L’Harmattan, 1999.

STOÏA, P. Le développement personnel, Qui ne désire pas la mort de son père?, Paris, Village mondial, 1999.

Et quelques sites intéressants :

http://lajoie.uqam.ca/cirasi/cirasi.html

http://www.uqtr.uquebec.ca/ perrault/RECHER/HYPER/HINDEX.HTM

http://tecfa.unige.ch/ grob/trav2.htm

http://www.bf.resafad.org/coursdu/m3/m3.3.1/M331.html

1. Pour n’en citer que quelques-uns :

DUSSAULT, Jean-Claude. L'effet Nintendo; essai, Montréal, L'Hexagone, 1997, 87 p.

LÉVY, Pierre. Cybeculture, Paris, O. Jacob, 1997, 313 p.

WADE, Philip et Didier FALCAND. Cyberplanète, Paris, Éditions Autrement, 1998, 349 p.

WOLTON, Dominique. Internet et après?, Paris, Flammarion, 1999, 240 p.

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