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 Numéro 37, Décembre 2000 
Enseigner par Internet Version Imprimable  Version imprimable


Guylaine Fortin, responsable de projets, CCFD

Enseigner devant un groupe d’étudiants est une chose. Enseigner à ces mêmes étudiants dans un contexte de formation à distance en est une autre. Et lorsque cet enseignement est dispensé par Internet, l’acte d’enseigner prend une toute autre dimension. Non seulement le professeur qui choisit de créer un cours pour Internet doit-il parfaitement maîtriser sa matière, connaître les approches pédagogiques et les caractéristiques de l’auto-apprentissage, mais il doit aussi être familier avec la navigation dans Internet et bien comprendre les notions d’interactivité et de convivialité. Une fois ces conditions réunies, le professeur saura pleinement tirer profit des possibilités technopédagogiques du média pour les mettre au service de l’apprentissage.

Depuis dix ans, le Centre collégial de formation à distance (CCFD) a produit 235 cours. De ce nombre, plus d’une vingtaine sont maintenant offerts dans Internet et plusieurs nouveaux cours seront mis en chantier dans les mois à venir. Bien que le CCFD ne procède pas ici à un appel de projets pour le développement de ces cours, nous constituons néanmoins une banque de ressources auxquelles nous pourrons éventuellement faire appel, cette année ou dans l’avenir, selon les priorités de
notre programmation.


Comment devient-on auteur d’un cours Internet?
La mission qui vous est confiée en tant qu’auteur d’un cours de formation à distance pour Internet comporte un triple défi : enseigner selon les exigences d’un programme dont les modalités d’apprentissage doivent être adaptées au contexte, enseigner à distance, et enfin, enseigner en exploitant les possibilités technologiques d’Internet. Autrement dit, pour susciter l’apprentissage, vous devez à la fois obéir aux exigences d’un programme, respecter les caractéristiques fondamentales de la formation à distance, adopter les stratégies pédagogiques de ce mode de formation et répondre aux impératifs technologiques d’Internet, autant sur le plan de l’encadrement, du traitement de la matière que de votre style d’intervention.

À première vue, ces contraintes pourraient en décourager certains ou générer nombre de questions chez les autres. Comment s’y prendre pour transcender la présumée froideur de l’ordinateur afin d’atteindre chaque étudiant indivi-duellement? Comment transmettre la matière pour la rendre attrayante et limpide? Comment susciter et surtout maintenir l’intérêt de l’étudiant pour qu’il conserve sa motivation malgré un certain isolement? Comment tirer un profit réel des nouvelles techno-logies? Comment ces technologies peuvent-elles servir la pédagogie dans un contexte de formation à distance? Doit-on être un mordu d’informatique pour devenir auteur d’un cours Internet?

Selon Patrick Doyon, auteur d’un cours sur la démarche scientifique pour le CCFD, il est nécessaire d’avoir une connaissance minimale d’Internet pour être en mesure de créer des activités d’apprentissage intéressantes. La maîtrise parfaite de la matière, la curiosité, la créativité de même qu’un intérêt pour la nouveauté, l’expérimentation et l’informatique, lui semblent également des qualités essentielles.

Néanmoins, Internet et le multimédia étant encore relativement nouveaux, il n’est pas rare de voir se lancer dans l’aventure un auteur qui ne maîtrise pas parfaitement toutes les particularités du média et de l’auto-apprentissage. Ce qui prime dans le choix d’un auteur au CCFD est certes la maîtrise qu’il a de sa matière, ses compétences pédagogiques et son expérience reliée aux nouvelles technologies, mais aussi son ouverture d’esprit, son enthousiasme et sa créativité. Pour certains auteurs moins familiers avec le multimédia, il peut suffire d’explorer plusieurs produits interactifs pour en comprendre les caractéristiques et générer des idées.

Un cours par Internet ne doit pas reproduire simplement le contenu théorique d’un ouvrage imprimé, aussi intéressant soit-il, pas plus qu’il ne doit se limiter à une série d’exercices répétitifs. Outre des outils pour communiquer avec son tuteur et les autres étudiants, un cours doit comporter tout un éventail d’activités interactives, des approches diversifiées et originales de même qu’une rétroaction directe programmée en fonction des réponses de l’étudiant. Tous les scénarios doivent donc être envisagés au préalable pour assurer un renforcement approprié en tout temps.


Une structure particulière
La structure particulière d’Internet, avec ses hyperliens et ses multiples ressources accessibles par un simple clic, permet un enseignement non linéaire et offre beaucoup de liberté à l’étudiant. Aussi, un cours doit-il exploiter pleinement toutes ces possibilités, tout en assurant à l’étudiant un encadrement adéquat pour éviter qu’il ne s’égare. Pour Patrick Doyon, «la structure d’un cours Internet est déterminante parce que le professeur n’est pas là à chaque séance pour résumer le cours précédent. Le cours doit offrir cette possibilité de par sa structure. Il doit situer l’étudiant, lui offrir la possibilité de faire des retours, de tester son degré de connaissance par des auto-évaluations et des feedbacks immédiats».

Un cours Internet devrait être inspiré des problématiques d’apprentissage d’un cours traditionnel : «Quelles sont les difficultés connues ou prévisibles concernant la matière? Qu’est-ce qui "passe" mal en classe? En quoi le multimédia ou Internet peuvent-ils faciliter l’apprentissage?» En répondant à ces questions, l’auteur pourra offrir à l’étudiant un contexte d’apprentissage qui réponde vraiment à ses besoins.


Un travail d’équipe
Malgré l’importance incontestable du rôle de l’auteur, la réalisation d’un cours Internet dans un contexte de formation à distance, quelle que soit la matière, est avant tout un travail d’équipe. Responsable de projet, technologue de l’éducation, programmeur, informaticien, infographiste, tous sont là pour guider et soutenir le travail de l’auteur.

L’auteur (le professeur) connaît la matière, les meilleures méthodes pour l’enseigner et les difficultés des élèves. C’est lui qui rédige le matériel en se basant sur un manuel, ou encore, il rédige lui-même l’ensemble du contenu théorique. Il travaille en étroite collaboration avec le chargé de projets du CCFD, habituellement formé en technologie éducative, qui l’aide à mettre véritablement la technologie au service de la pédagogie.

L’auteur est ensuite relu par un réviseur de contenu, habituellement un autre professeur, qui vérifie l’exactitude et l’exhaustivité de la matière. Le cours est aussi soumis à une révision linguistique. Le travail d’édition, de programmation, d’infographie et d’illustration ne relève pas de l’auteur mais de collaborateurs externes.

L’étape de la rédaction amène normalement l’auteur à établir et à maintenir une complicité avec l’élève tout au long du cours. Cette complicité doit permettre à l’étudiant de suivre des directives en étant conscient de ce qu’il fait et en ayant, le plus souvent possible, la liberté d’organiser lui-même sa façon d’apprendre. Pour établir cette complicité, Nicole Laquerre, professeure de psychologie au Collège de Rosemont et auteure de deux cours pour le CCFD, conseille : «Lorsque je m’attable pour écrire un cours Internet, je me mets dans la même disposition d’esprit qu’avant d’entrer en classe ou de faire une préparation de cours.»

Pour maintenir sa motivation, il va de soi que l’élève a régulièrement besoin d’être encouragé, qu’il ne doit en aucun cas se sentir dépassé par les événements, la matière, l’ordre de présentation des notions, des consignes, le rythme, les applications. C’est pourquoi, tout au long du cours, il doit avoir à réaliser des exercices d’auto-évaluation interactifs qui lui indiqueront son niveau de maîtrise de la matière. En fait, l’auteur doit prévoir les erreurs et les correctifs, tout comme il le ferait en classe. Il doit appréhender les questions que lui poseraient les étudiants et ne doit pas tenir pour acquis que l’étudiant sélectionnera systématiquement la bonne réponse. L’auteur doit prévoir le parcours mental qui mènera l’étudiant à la compréhension de la matière et doit également créer des devoirs, un examen final ainsi que leur grille de correction.


Le plaisir d’apprendre
C’est sur le plan de l’organisation des contenus que les cours Internet se distinguent le plus des cours traditionnels de formation à distance. Selon Nicole Laquerre, la plus-value d’Internet en formation à distance est liée au plaisir d’apprendre. «Il est beaucoup plus amusant d’apprendre dans un environnement dynamique et coloré, qui bouge, qui a du son, qui nous fait manipuler des éléments à l’intérieur d’exercices interactifs et qui fournit une rétroaction immédiate. Internet offre un aspect jeu qu’on retrouve rarement dans un document imprimé.» Bien qu’elle ait essayé d’imaginer des activités et des façons originales de présenter les choses, Nicole Laquerre avoue s’être parfois heurtée à des limites technologiques. «Aussi puissantes qu’elles soient, ces machines ont encore beaucoup de limites… Tout n’est pas possible !»

Même son de cloche chez Patrick Doyon qui se souvient avoir dû modifier quelques activités à cause de l’instabilité qui caractérisait alors certaines technologies. Il ajoute que le principal défi consistait à «toujours considérer parallèlement le contenu, le contenant et le contexte». Le contenu étant la matière du cours, le contenant, le média Internet, puis le contexteétant les élèves qui étudient à distance.

Avant d’entreprendre tout travail de rédaction, Patrick Doyon a procédé à un travail de recherche pour définir clairement le contenu, le contenant et le contexte de son cours. À partir des éléments récoltés, il a établi une structure de cours qu’il a validée auprès des autres membres de l’équipe. Enfin, il a pu s’engager dans la rédaction proprement dite, qui, selon lui, exige de l’auteur qu’il adopte la perspective de l’étudiant. «Il faut être créatif et clair. À chaque ligne qu’on écrit, il faut se demander : la démarche que je propose est-elle intéressante pour l’étudiant assis devant l’écran?»


Les projets à venir au CCFD
Au cours des prochains mois, le CCFD entend démarrer la production de plusieurs cours Internet, notamment des cours de chimie, d’histoire, de psychologie, d’informatique, de finance, de comptabilité et d’anglais.

Certains auteurs sont déjà engagés, d’autres non. Si ce genre de défi vous attire et qu’Internet vous inspire une foule de possibilités pédagogiques, faites-vous connaître au CCFD, quelle que soit votre discipline. Faites-nous part de votre intérêt, décrivez-nous votre expérience avec les NTIC ou le développement de matériel didactique en général. Vous pouvez nous joindre au (514) 864-4791 ou par courriel : mdesbiens@ccfd.crosemont.qc.ca.

La rémunération pour la conception d’un cours varie de 5 000 $ à 25 000 $, selon qu’il s’agit d’un cours de 15, 30, 45 ou 75 heures, et selon que le cours s’articule autour d’un manuel de base ou que l’auteur rédige lui-même la totalité du contenu théorique.


Une expérience enrichissante
Deux ans plus tard, Nicole Laquerre et Patrick Doyon se disent tous deux heureux d’avoir relevé ce défi et d’avoir expérimenté de nouvelles avenues. «C’est une expérience enrichissante», disent-ils. Aujourd’hui, Nicole Laquerre s’apprête d’ailleurs à récidiver avec un nouveau cours de psychologie. Quant à l’avenir des cours Internet, nos deux auteurs s’entendent pour dire : «Même si Internet et la formation à distance ne menacent nullement l’enseignement traditionnel, pour ceux qui aiment apprendre à distance, Internet est sûrement la voie de l’avenir.» Ils ne sauraient si bien dire, c’est pourquoi le CCFD a déjà mis le cap sur l’avenir… 

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