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 Numéro 37, Décembre 2000 
Les TIC et la réussite éducative Version Imprimable  Version imprimable


Jacques Ouellet, professeur d'histoire et civilisation
Daniel Delisle, conseiller pédagogique en TIC, Cégep de Chicoutimi

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont-elles de plus en plus incontournables dans le processus de formation scolaire? Cette question soulève un grand intérêt dans les milieux concernés.Par exemple, le ministère de l’Éducation, qui veut augmenter substantiellement le taux de réussite et de diplomation pour le début du XXIe siècle, préconise un virage technologique; les professeurs utilisent de plus en plus le micro-ordinateur pour préparer, gérer et dispenser leurs cours et les élèves sont davantage familiers avec les multiples usages de la micro-informatique. Toutefois, l’introduction des TIC en éducation suscite certaines interrogations. D’un point de vue scientifique, il semble difficile d’en déterminer avec objectivité les avantages ou les inconvénients. Si l’on convient d’emblée de leur popularité, on ne sait toujours pas dans quels contextes d’apprentissage elles doivent être utilisées, ou encore, s’il y a un quelconque avantage pour l’élève à les utiliser.

Dans la littérature nord-américaine, les TIC semblent déjà avoir fait la preuve de leur efficacité pédagogique au primaire et au secondaire. Au Québec, terre de prédilection des études collégiales, certaines expériences TIC ont été effectuées dans différents cours. Cependant, ces expériences ne sont pas toujours scientifiquement évaluées, analysées ou comparées. Une recherche PAREA menée par le Groupe de recherche et d’intervention en éducation (GRIE) du Cégep de Chicoutimi, apporte quelques éléments de réponses à la réflexion en cours, en évaluant l’impact des TIC sur la réussite au collégial, soit l’ordre d’enseignement le moins investigué par les chercheurs de ce domaine. Il faudrait vérifier s’il y a une relation entre l’utilisation des TIC dans les cours et la réussite éducative des élèves.

À la suite de l’exploration de la littérature sur le sujet, il ressort une hypothèse particulière qui s’énonce comme suit : lorsque le contexte environnemental physique (équipement et matériel didactique) et humain (prédispositions des professeurs et des élèves) le permet, le choix d’une stratégie pédagogique TIC, plutôt que traditionnelle, favorise la réussite éducative au collégial.

Le schéma qui suit illustre les principaux concepts en interaction dans l’étude. Une vision globale de la réussite éducative et de l’utilisation des TIC est proposée. Cette recherche explore les concepts de réussite éducative, d’intervention pédagogique, de caractéristiques des participants (professeurs et élèves) et de contexte environnemental propre à une expérimentation.



Schéma d’analyse conceptuelle de l’influence de l’utilisation
pédagogique des technologies de l’information et de la
communication sur la réussite éducative des élèves du collégial


Dans le cadre de cette étude, dix professeurs et 473 élèves du cégep de Chicoutimi répartis dans seize groupes-matières, sept programmes et trois secteurs d’enseignement ont participé à une recherche comparative en vue de mesurer l’impact des TIC, utilisées comme moyen d’enseignement, sur la réussite éducative, en comparant des groupes expérimentaux (dix groupes d’élèves utilisant les TIC, ou groupes TIC) à des groupes témoins (dix groupes d’élèves utilisant des moyens traditionnels ou groupes NON-TIC). Les outils utilisés (Test sur les indicateurs de la motivation scolaire, questionnaires généraux, journal de bord et entrevues) étaient testés et validés.

Les résultats de la recherche démontrent ceci : il n’est vrai que dans des conditions particulières (environnement physique et humain favorable), que l’utilisation des TIC favorise la réussite sur le plan des résultats scolaires. De plus, il semble vraisemblable que les TIC favorisent la réussite éducative (satisfaction des apprentissages et fonctionnement des cours) même dans les disciplines régulières des différents programmes (matières de base).

Les résultats semblent clairs concernant l’hypothèse de recherche. Tout d’abord, celle-ci n’est vraie que lorsque les circonstances environnementales la favorisent. Ainsi, si les enseignants sont d’accord pour l’utilisation des TIC comme moyen d’enseignement et habiles avec elles, alors, l’utilisation des TIC influe positivement sur la réussite de la séquence de cours où elle a pu être nécessaire. Cela est davantage vrai lorsque les élèves sont intéressés par les TIC comme moyen d’apprentissage – les résultats scolaires apparaissent ici comme secondaires dans cette relation. Par contre, la satisfaction des jeunes vis-à-vis des apprentissages réalisés ainsi est stimulante et encourage l’utilisation de telles méthodes.


Influence des TIC sur les apprentissages
L’utilisation des TIC semble augmenter la satisfaction par rapport aux apprentissages et au fonctionnement général ou particulier d’un cours. Les jeunes croient aussi avoir fait davantage d’apprentissages ainsi, et cela même dans leurs disciplines scolaires.

Chez les sujets à l’étude dans la recherche actuelle, tous les élèves, quel que soit leur groupe d’appartenance, semblent posséder des compétences TIC et ces compétences influent positivement sur leur satisfaction quant aux apprentissages réalisés durant l’expérimentation. Il est difficile, cependant, d’affirmer que les TIC font augmenter la motivation; il y a même apparence contraire.

D’où une hypothèse d’inter-prétation : se pourrait-il que les élèves TIC se soient surévalués, au point de moins s’engager dans leurs expérimentations parce qu’ils étaient trop confiants, et qu’ils se soient trouvés au bout du compte au seuil du désespoir parce que les compétences demandées n’étaient pas celles qu’ils possédaient déjà? Ils ont appris beaucoup, mais leur motivationa peut-être été ébranlée.


La motivation
Comme les compétences TIC se ressemblent chez les sujets expérimentaux et les sujets de contrôle, la motivation de départ telle que mesurée au pré-test est comparable à celle du post-test. L’expérimentation a semblé affecter particulièrement les élèves des groupes expérimentaux au point de vue de l’autoévaluation de leur compétence TIC. Par contre, les élèves des groupes de contrôle ont augmenté leur motivation et leur sentiment de compétence générale, mais ailleurs qu’en informatique (sauf s’ils se sentaient déjà compétents dans ce domaine).


La connaissance
On prétend dans certains écrits que la connaissance se trouve modifiée par les TIC. Il ne s’agirait plus de connaître pour connaître. L’élève passerait au niveau supérieur et intégrerait ses apprentissages. Selon plusieurs auteurs, les TIC développent et stimulent l’esprit de recherche, favorisent la collaboration entre les personnes et entraînent des apprentissages plus intégrés et mieux maîtrisés. Les TIC permettent le développement de compétences d’ordre supérieur, le renforcement du processus métacognitif.

Par ailleurs, dans notre étude, certains indices laissent croire qu’un bon nombre d’élèves déjà bien outillés pour les TIC faisaient partie des NON-TIC. Cela aurait entraîné, chez nos sujets expérimentaux, la frustration, la démotivation, le désengagement, une moins forte participation et, hasard ou pas, toutes ces corrélations négatives sont liées à des caractéristiques TIC chez les NON-TIC. Elles se retrouvent particulièrement au post-test et sont liées à la compétence en informatique.

Eu égard aux résultats de cette étude, il ressort trois recommandations destinées aux chercheurs du domaine et aux personnes qui voudraient simplement tenter d’utiliser les TIC dans leur enseignement.

1. Il serait préférable, pour une expérimentation future, d’évaluer un cours entier. De toute manière, la plupart des élèves des groupes expérimentaux et de contrôle veulent davantage d’activités TIC et tous (95 p. cent) ont déjà touché à l’informatique.

2. Pour augmenter leur investissement dans leurs apprentissages respectifs (LEUR MOTIVATION), il serait préférable que les élèves choisissent de faire partie du groupe expérimental ou du groupe de contrôle (baisse de frustration, engagement cognitif, meilleures stratégies éducatives, plus positifs à tout point de vue).

3. Il faudrait que les enseignants recrutés pour une expérience pédagogique ou qui espèrent implanter les TIC dans leur enseignement aient confiance en eux et soient le plus à l’aise possible avec les TIC. À la rigueur, il faudrait qu’ils aient été formés à utiliser couramment les logiciels choisis pour leur expérimentation et qu’ils soient AUTONOMES par rapport aux contraintes techniques que supposent leurs recherches ou leur enseignement régulier.


Pour en savoir plus sur cette étude, vous pouvez obtenir une copie du rapport de recherche à l’adresse suivante.
http://www.cegep-chicoutimi.qc.ca/recherc/grie/jouellet@cegep-chicoutimi.qc.caddelisle@cegep-chicoutimi.qc.ca

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