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 Numéro 7, Mars 1996 
Pour en finir avec les laboratoires d'informatique Version Imprimable  Version imprimable
Extraits du journal des plaintes au service informatique

Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Éducation aux adultes, mercredi soir.

Panne totale de réseau pendant le cours de base de données Oracle pour la grande entreprise X, le prof retourne les étudiants chez eux.

Des images pornographiques sont imprimées un peu partout sur les imprimantes de la direction.

Les édudiants d'informatique ont créé un espace invisible de 2 Go pour installer des jeux.

De petits malins installent des logiciels qui verrouillent les appareils.

Un technicien se fait engueuler par un formateur qui se plaint que l'imprimante du laboratoire ne fonctionne pas alors qu'il s'est branché sur l'imprimante du local voisin.

C'est le cinquième étudiant qui perd son mot de passe depuis hier.

Pourtant, tout avait bien commencé. Bien sûr, il fallait un laboratoire pour le département d'informatique. Et un autre pour le département d'électrotechnique. Peu de temps après, naturellement, il en fallait un pour la bureautique et un autre pour l'administration. Si le département était prêt à le prendre en charge, on pouvait même installer un réseau local.

Puis un peu tout le monde s'est mêlé de vouloir faire de l'informatique : des enseignants de philosophie, de biologie, de sciences humaines voulaient faire des "applications pédagogiques de l'ordinateur (APO)", des départements de mathématiques ou de langues ne pouvaient plus vivre sans l'Internet.

Un jour, il a bien fallu mettre de l'ordre dans tout cela. Le service informatique est devenu responsable de la gestion des appareils de la pédagogie. On a unifié les réseaux avec une dorsale, établi des mots de passe, des comptes d'utilisateur. Des techniciens ont été engagés pour rebrancher les fils, refaire régulièrement les disques rigides et pour répondre aux demandes des utilisateurs en tapant sans explication un charabia appelé NetWare.

Mais il fallait des disques rigides plus gros, des appareils plus performants pour la nouvelle version de WordPerfect 6.0, régler des problèmes de compatibilité, acheter et installer de la mémoire supplémentaire, des imprimantes laser, et essayer de comprendre les maudits problèmes des utilisateurs de Macintosh. Et installer l'Internet.

Aujourd'hui, les techniciens en informatique sont débordés et épuisés, les bandes passantes sont saturées, les utilisateurs se sont fait à l'idée d'un réseau qui ne marche qu'à moitié et de façon aléatoire, et il n'y a plus d'argent.

Tôt ou tard, il faudra remettre en question l'idée de l'école-providence qui distribue la technologie sans discrimination. Ce n'est pas faute d'avoir essayé mais la révolution technologique a pris une telle ampleur et nécessite des investissements tels qu'il n'est plus possible d'y répondre de façon traditionnelle.

Fondamentalement, la mission de l'école était de fournir un lieu de ressources pour apprendre. Il arrive aujourd'hui que ces ressources -- autant matérielles (textes de journaux, catalogues, images, logiciels) qu'humaines (spécialistes en documentation et en pédagogie, enseignants) -- sont aussi accessibles de partout lorsqu'elles sont distribuées dans un réseau informatique.

En permettant l'utilisation de ces ressources à partir des ordinateurs domestiques des étudiants, il devient possible de réaliser une distribution plus étendue des heures d'utilisation, de libérer certains postes de l'école pour ceux qui n'ont pas d'ordinateur à domicile, de réduire les tâches d'entretien et de renouvellement des appareils.

 

Sans être une panacée aux difficultés exposées ici, le concept d'une école accessible en partie depuis le domicile a le mérite de résoudre certains problèmes. Toutefois, son application nécessite de nombreux ajustements de la part des enseignants qui peuvent alors davantage pratiquer un encadrement par tutorat. Encore faut-il qu'ils soient prêts à reconnaître qu'ils n'ont plus le monopole du savoir, mais qu'en revanche ils ont une occasion de servir de guides et d'intégrateurs.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015