Retour à l'accueil
accueil renseignements diffusion
Recherche
avancée
 Numéro 7, Mars 1996 
Dans 10 ans, la fin des cégeps ? Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

 

Peu avant le sommet socioéconomique en éducation tenu en janvier 1996, les journaux faisaient part de la possible disparition des cégeps, évoquée dans les états généraux sur l'Éducation. Dans les couloirs du Ministère, on dit que ce n'est qu'une rumeur. Pourtant, si on regarde les effets de l'accord de libre-échange (ALENA), cette disparition pourrait être plus imminente qu'on ne le laisse croire.

L'accord de libre-échange comprend une clause où chaque partenaire s'engage à reconnaître les diplômes d'études postsecondaires des autres partenaires ; cela pour faciliter l'emploi de certains immigrants. Mais cela signifie aussi que les Américains peuvent ouvrir chez nous des instituts pour y donner leurs cours. D'ailleurs, ils n'ont pas attendu aujourd'hui pour le faire.

On trouve déjà sur le marché des programmes vous permettant de devenir analyste-programmeur en moins d'un an. Pourquoi traîner pendant trois ans dans les corridors de cégeps à se préoccuper de philosophie et de français ? Ces entreprises peuvent même financer le prêt des 10 000 $ nécessaires pour payer les cours et l'achat d'un ordinateur. Bien que plusieurs de ces établissements offrent une excellente qualité de formation, d'autres ne semblent guère se préoccuper des préalables. Un de ces finissants à la recherche d'un emploi déclarait un jour savoir très bien programmer en C tout en ignorant ce qu'était un octet ou un bit !

Déjà, de nombreux programmes américains de formation postsecondaire sont disponibles à distance. On peut ainsi, dans certains cas, bénéficier d'une formation de prestige sans devoir interrompre son travail, sans s'exiler et sans quitter ses pantoufles. La secteur de la formation générale à distance se porte d'ailleurs très bien au Québec, merci. Le potentiel de développement de la formation à distance dans les secteurs de formation professionnelle et technique constitue cependant un marché global colossal où l'offre québécoise est à peu près inexistante.

Comme c'est curieux. On parle de plus en plus de l'invasion de notre éducation par les Américains mais personne dans l'éducation publique au Québec ou au Canada ne m'a confié vouloir envahir les États-Unis ou le Mexique. Pourtant, nos institutions disposent de plusieurs avantages stratégiques : la faiblesse du dollar canadien pourrait rendre la formation postsecondaire très accessible aux Américains qui paient des frais de scolarité relativement élevés ; notre expertise en pédagogie est bien reconnue, particulièrement dans certains secteurs technologiques.

D'un autre côté, me direz-vous, s'engager dans les flux d'octets déferlant sur des écrans cathodiques pour former des étudiants qu'on ne verra jamais en classe à qui on écrira beaucoup sans presque jamais parler des mains qu'on ne verra jamais se lever, des soupirs qu'on n'entendra pas pendant les examens, cela ressemble si peu à une éducation humaniste ! À cette médiocre virtualité, j'en conviens, nous devons préférer les vieilles étagères - en chêne dans le privé, en mélamine dans le public - de nos laboratoires, fussent-ils de plus en plus déserts.

 

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015