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 Numéro 6, Février 1996 
Les internautes Version Imprimable  Version imprimable


Pierre Séguin  (APOP)

Dans cette chronique, nous soulignerons une intéressante présence francophone sur l'Internet avant d'aborder plusieurs thèmes reliés à la toile planétare du 3W. Le Web offre des voies de développement très riches à la pédagogie, à la publication de documents divers et au travail collaboratif, tout en se prêtant à l'affichage du français.

 

Des applications Internet en français

J'ai découvert, par hasard je dois l'avouer, un site belge où l'on peut obtenir les versions françaises de plusieurs applications de l'Internet pour Macintosh (http://www.sri.ucl.ac.be/SRI/jpk/logIntMacFr.html). Jean-Pierre Kuypers y propose une collection de logiciels clients et serveurs en version française. On y trouve les toutes dernières versions d'Anarchie, Eudora, Fetch, Gopher, NewsWatcher, MacWeb,Telnet et autres. J'y ai même découvert des utilitaires ConfigPPP et MacTCP Switcher, en français évidemment. ConfigPPP est le logiciel qui active automatiquement votre modem quand vous désirez vous relier à un fournisseur Internet. Par ailleurs, MacTCP Switcher enregistre votre configuration Internet et permet ainsi de vous brancher successivement à plusieurs fournisseurs différents. Un accessoire très utile aux internautes nomades.

 

Jean-Pierre Kuypers traduit les applications Internet pour les étudiants du Service des réseaux d'information (SRI) et de l'Université catholique de Louvain (UCL), mais il rend accessibles à tous les internautes francophones ses versions françaises. Chacune des applications est brièvement présentée et son statut de graticiel ou de partagiciel est clairement affiché. Kuypers offre aussi un lien au site du français Guy Brand (http://wwwchimie.u-strasbg.fr/membres/GB/GB.html) qui poursuit une oeuvre de traduction française complémentaire.

Un absent important de cette collection de logiciels est le navigateur Netscape dont la version française n'est pas du domaine public.


City of Bits

Tous les internautes qui se respectent ont lu L'homme numérique de Negroponte, livre facile d'accès et pourtant révélateur, dont vous trouvez le site Web à http://www.randomhouse.com/knopf/digital.html. Mais il y a un autre professeur du MIT qui utilise encore plus intégralement les ressources de l'Internet pour la publication de son livre City of Bits 1 . On peut trouver ce livre dans toute bonne librairie, mais ce même document est publié exhaustivement sur l'Internet (http://www-mitpress.mit.edu: 80/City_of_Bits/index.html); je dirais même plus, la version Internet est plus complète que la version papier. En effet, si la version papier suggère quelques pointeurs à des sites Internet, la version numérique sur le site du MIT propose, à chaque page, des liens à différentes ressources de l'Internet. Une citation d'Aristote vous amène directement au texte du philosophe offert sur le serveur Web d'une université américaine. Livre assez compact d'environ 200 pages, City of Bits devient, à titre de document html, le noeud principal d'une somme considérable d'informations. Et ce, grâce à la grande familiarité de l'auteur avec plusieurs sites de l'Internet et à l'invitation qu'il lance à tous les internautes de suggérer des liens entre une partie ou l'autre de son texte et une ressource de l'Internet. Comme l'univers, City of Bits est une oeuvre en expansion.

 

Quand les ordinateurs adapteront des formes ou des designs qui rendront plus confortable la lecture à l'écran -- et Negroponte nous promet cela sous peu --, les publications sur Internet deviendront la norme. En attendant, la publication sur Internet fait vendre le livre et le livre fait découvrir, par ses limites, la richesse de l'expansion Internet.

 

Mais, il y a souvent un mais, l'enrichissement du texte par des liens Internet n'est pas un processus sans danger. Le texte original peut être exploité ou complètement détourné de son sens par des liens qui ne respectent pas l'oeuvre. La publication sur Internet de l'autobiographie de Mandela fournit un exemple éloquent (http://www.obs-us.com/obs/english/books/Mandela/Welcome.html). Les éditeurs du livre ont publié un chapitre de l'autobiographie et invité les internautes à proposer des liens. La liste des liens que j'ai explorés est absolument navrante. Telle compagnie d'aviation, profitant de la mention d'une ville d'Afrique du Sud, invitait les lecteurs à visiter le pays de Mandela et annonçait ses forfaits. Telle autre entreprise vantait ses produits dont l'un était mentionné dans le texte du grand artisan de la victoire sur l'apartheid. Mandela, le politicien, y voit peut-être une façon d'attirer des investissements dans son pays, mais le lecteur qui admire l'homme comprend difficilement cette exploitation réductrice d'un livre et d'une vie.

 

Pour échapper au piège de l'exploitation commerciale, une solution très simple adoptée par William Mitchell: c'est lui-même qui reçoit les propositions de liens et qui choisit ou non de les joindre à une oeuvre qui demeure ultimement la sienne.

 

Cela est important parce que City of Bits ne se distingue pas uniquement par son procédé de publication, mais aussi par la richesse de son contenu. Mitchell y poursuit en effet une réflexion compétente et révélatrice sur l'impact de la révolution numérique sur l'architecture. Les hôpitaux et les prisons, les banques et les musées, les bibliothèques et les écoles doivent être entièrement repensés. Tous les espaces sont à repenser quand la distance n'existe plus, quand l'information est à portée d'ordinateur. Le préfixe  télé  s'agglutine à tout. Télémédecine et télédétention, télétransaction et télévisite, téléconsultation et téléapprentissage remettent en question les notions architecturales conventionnelles et, par le fait même, nos façons de vivre.

 

Clic en direct

Si la publication de City of Bits sur Internet amplife l'impact de ce texte, voyez comment la présente version HTML de Clic donne vie à cette chronique !

 


Notes

  1. MITCHELL, William J., City of Bits: Space, Place, and the Infobahn, The MIT Press, Cambridge, 1995, 225 p. Retour au texte.

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