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 Numéro 5, Janvier 1996 
Les internautes Version Imprimable  Version imprimable
Faire sa page Web

Pierre Séguin  (APOP)

Le grand bouleversement provoqué par les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) repose en grande partie sur la puissance de communication ou le C final du NTIC. Pendant plusieurs mois, en 1993 et 1994, on parlait presque exclusivement des nouvelles technologies de l'information (NTI). Vers la fin de 1994, les experts adoptaient définitivement l'expression NTIC, accordant ainsi autant d'importance aux fonctionnalités de communication qu'aux immenses ressources d'information des autoroutes électroniques.

 

Ces nouvelles technologies n'aboliront pas le livre ou la tradition littéraire, mais elles dépassent de loin l'impact de la presse de Gutenberg. Si l'imprimerie permet de multiplier les exemplaires identiques d'un même document et ainsi d'en rendre possible une très large diffusion, les NTIC permettent non seulement la diffusion planétaire instantanée d'une information (textuelle, iconique ou sonore) en mode numérique, mais elles confèrent à chaque utilisateur des réseaux internationaux le statut d'auteur. Il n'y a plus la nette distinction entre l'auteur et son public ou ses lecteurs. Tous les internautes peuvent être à la fois auteurs et lecteurs, producteurs et spectateurs. Avec le courrier électronique et dans les groupes de News, cette double personnalité de l'internaute est évidente. Tantôt il lit un message ou un article, tantôt il publie ou distribue un message à des centaines de correspondants. Il a entre les mains un ensemble d'outils informatiques qui lui permettent de consommer et de produire de l'information. C'est cette interactivité de l'Internet qui pourrait empêcher ultimement les futures autoroutes de l'information de devenir de simples véhicules de diffusion de vidéos sur demande ou des centres d'achats virtuels.

 

La toile électronique du Web s'est d'abord prêtée au lèche-vitrine des navigateurs. C'était d'abord les programmeurs et les spécialistes du design qui produisaient les pages Web. Mais la belle époque du monopole des spécialistes tend à prendre fin. Des outils de création conviviaux se multiplient. Netscape annonce une version Or de son navigateur qui permettra à la fois le furetage et la production de documents. L'internaute est appelé à devenir un communicateur actif sur le Web.

 

PageMill

Un tout nouveau logiciel de l'éditeur Adobe marque un pas important dans les échanges d'information sur le Web. PageMill est un logiciel créé par une petite équipe nommée Ceneca. Ce logiciel de fabrication de pages Web a fait un tel impact dans la communauté Macintosh, lors de la démonstration de la version bêta, que le géant Adobe a fait l'acquisition du logiciel un mois avant son lancement officiel. La version Macintosh originale devrait être rapidement suivie d'une version Windows.

 

Avec PageMill, le concepteur d'une page ou d'un document Web peut tout ignorer du langage HTML (hypertext markup language) et de ses codes. Il rédige son texte et choisit ses styles comme s'il était dans un traitement de texte ou dans un logiciel d'éditique. S'il centre un titre dans la page, les codes <center> et </center> seront automatiquement générés et placés dans le document final. Là où PageMill se montre supérieur aux traitements de texte Word et WordPerfect -- qui offrent un module pour la production de documents HTML --, c'est que les codes sont invisibles et que l'auteur travaille en mode Wysiwyg (What You See Is What You Get) voyant sa page comme avec un fureteur. Il va sans dire que les codes ésotériques pour l'affichage des caractères accentués et de tous les caractères spéciaux sont automatiquement générés, ce qui empêche les erreurs d'encodage et l'apparition bien involontaire de caractères illisibles au beau milieu d'un document exposé aux regards de millions d'internautes.

 

L'ajout d'un lien dynamique est un jeu d'enfant. PageMill permet de visualiser les images et de les placer avec beaucoup de précision. Il est très facile de créer des formulaires avec des boutons, des champs de texte, des mots de passe et des menus déroulants. Enfin, PageMill facilite la production de cartes  tactiles  où un clic sur une portion d'une image provoque un lien avec tel élément du document ou telle autre page Web.

 

PageMill produit des documents HTML pour les plates-formes UNIX, DOS et Macintosh. Ses auteurs prétendent que les documents produits avec leur logiciel sont identiques, quel que soit le navigateur utilisé (MacWeb, Mosaic, Netscape, etc.).

 

Comme le disait Guy Kawasaki, le célèbre évangéliste du Macintosh, PageMill est le PageMaker du Web. Mais cela n'en fait pas un produit parfait pour autant. Ainsi, ce logiciel d'édition pour l'Internet est fondé sur la version 2.0 du langage HTML, alors que la version 3.0 est déjà largement répandue. De plus, les spécialistes du codage reprochent à ce logiciel de ne pas permettre la flexibilité que confère une totale maîtrise du langage HTML. Il faut reconnaître, pour l'instant, le bien-fondé de cette critique ; mais, à plus long terme, les logiciels de la famille de PageMill sauront exploiter toutes les fonctionnalités du langage HTML. D'ailleurs, les puristes du code seront rassurés par la possibilité que leur laisse le logiciel d'ajouter en direct des nouveaux codes aux documents PageMill. Bien sûr, ces nouveaux codes ne sont pas affichés en mode Wysiwig dans PageMill, mais ils s'affichent très bien par l'entremise d'un fureteur qui supporte ces fonctionnalités. Pour le débutant qui en est à ses premières pages Web, il pourra ignorer cette querelle d'experts et se rassurer en pensant que les plus belles mises en pages n'ont pas été réalisées par les experts en langage PostScript mais par les virtuoses de PageMaker ou de QuarkExpress.

 

On peut télécharger le logiciel et sa documentation sur l'Internet (http://www.ceneca.com ou http://www.adobe.com). Mais il n'est pas gratuit. Adobe propose une offre de lancement au cours des trois premiers mois (99 $ US) et s'est engagé à offrir des prix spéciaux pour l'éducation.

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