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 Numéro 4, Décembre 1995 
Pédagogie contre technologie Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Au cours du séminaire franco-québécois École informatisée clés en main , le 31 octobre 1995, j'ai assisté à l'atelier portant sur la réseautique et la communication. L'organisation des services aux utilisateurs y a été abordée par Gérard Puimatto, du Centre national de documentation pédagogique (CRDP) en France, et par Claude Séguin, du cégep de Bois-de-Boulogne. Au-delà de l'organisation technique, c'est surtout l'organisation des services et la gestion qui sont les éléments les plus importants à considérer.

Dans un contexte de soutien à la pédagogie, Gérard Puimatto identifie trois niveaux de services:

  1. L'accès à des outils bureautiques tels que le traitement de texte et les bases de données. En France, on souhaite surtout offrir ces outils aux enseignants et on parle de bureautique professorale.

  2. Le support à la collectique éducative permettant le partage des données, du courrier électronique et des informations (comme l'Internet) ainsi que des outils pour le travail collaboratif comme, par exemple, des espaces communs pour partager des documents.

  3. Un espace de travail personnel pour chaque utilisateur permettant de conserver les paramètres des préférences (adresse de courrier, signets Internet, caractéristique du bureau électronique, documents de travail). Cet espace personnel facilite l'appropriation des outils par l'utilisateur.

Pour offrir ces services, il faut nécessairement implanter une exploitation en réseau puisque dans une institution chaque utilisateur ne peut disposer d'un poste personnel.

Claude Séguin a dressé une liste d'avantages additionnels:

  1. Lors de mise à jour des versions de logiciels, une seule installation est nécessaire.

  2. Puisque les applications et les données ne résident pas sur les disques durs, il y a moins de risque de sabotage par effacement de fichiers ou formatage complet. Naturellement, un contrôle strict des niveaux d'accès aux serveurs doit être exercé. Par exemple, à Bois-de-Boulogne, il n'y a plus de disque dur dans les appareils de certains laboratoires. Le démarrage de Windows, par exemple, se fait à partir d'une puce ROM (ROM-BOOT).

  3. Dans une exploitation en réseau, il est possible d'assurer un certain niveau de dépannage à distance.

Pour vraiment répondre aux attentes et aux besoins des utilisateurs, il faut également prévoir la formation des utilisateurs (maîtrise des outils de bureautique, navigation dans les arborescences du réseau, partage de données).

Au collège de Bois-de-Boulogne, l'ensemble des réseaux destinés à la pédagogie relie environ 400 ordinateurs pouvant exécuter 150 applications différentes. Ces ordinateurs sont utilisés par près de 8 000 détenteurs de comptes (3 500 à l'enseignement régulier, 300 enseignants et 4 200 à l'éducation des adultes). Un tel niveau de services égale ou dépasse ce qu'on retrouve dans les grandes entreprises. Il nécessite une infrastructure et un personnel importants et laisse peu de place à l'amateurisme.

Pourtant, en France, ce sont encore des enseignants dégagés partiellement de leur tâche qui doivent assumer ce type de gestion. Ces ressources ne permettent qu'une exploitation très limitée par discipline (un laboratoire = un réseau). Un étudiant peut facilement obtenir de trois à cinq accès différents selon le nombre de disciplines où des enseignants veulent bien se lancer dans l'aventure.

Au Québec, la tendance est de relier entre eux différents serveurs au moyen d'une dorsale (backbone). Dans certains cas, le réseau pédagogique est pris en charge par le service de l'informatique. On assiste alors à des mariages tantôt heureux, quand les responsables manifestent un intérêt pour la pédagogie, tantôt désastreux, quand les responsables ne jurent que par les mini-ordinateurs ou par un environnement spécifique (DOS, Windows mais jamais Macintosh). Sinon, un service de soutien à la pédagogie existe en parallèle, entraînant une duplication de coût et de matériel.

Mais, selon messieurs Puimatto et Séguin, disposerions-nous du réseau idéal qu'il serait tout à fait inutile sans animation et sans contenu. Qui dit contenu dit communication, et c'est l'axe principal retenu pour le développement de l'informatique pédagogique. De nombreux pionniers ont déjà exploré le potentiel du Minitel et des babillards électroniques en se heurtant à des problèmes techniques et protocolaires. La venue d'Internet, et plus particulièrement le déploiement du World Wide Web, vient corriger ces problèmes.

Place à l'implantation de services éducatifs:

  1. pour la communication de type un à un, la messagerie électronique;
  2. pour la communication de type un à plusieurs, les listes de diffusion;
  3. pour la communication de type plusieurs à plusieurs, les news;
  4. pour la communication de type éditorial, les pages Web.

Pour développer des contenus francophones, Gérard Puimatto insiste sur l'importance de la coordination des efforts (éviter de multiplier les sites dédiés à une même discipline), la cohérence, la compatibilité (notamment, au niveau culturel) et la localisation.

À l'âge de l'information, la pleine intégration des nouvelles technologies de l'information et des communications dans les programmes de formation nécessite des investissements importants. Pour convaincre les administrateurs scolaires d'investir dans ces technologies, il faudra être en mesure de démontrer la valeur ajoutée de ces outils. Une des façons d'y parvenir est de partager et de diffuser l'information sur ces gains. L'adaptation de l'école à l'ère de l'information dépendra de notre capacité à convaincre les instances ministérielles et administratives de mettre en place les conditions nécessaires pour permettre la réalisation d'un projet mobilisateur et crucial. En effet, pendant que nous rassemblons nos arguments, d'autres institutions se sont déjà lancées dans cette réingénierie et ce sont elles qui, demain, seront les mieux placées pour offrir leurs services au-delà des frontières régionales et nationales.

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