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 Numéro 3, Novembre 1995 
Les internautes Version Imprimable  Version imprimable
La française communication

Pierre Séguin  (APOP)

Vos premières explorations de l'Internet vous ont sans doute permis de réaliser que le réseau des réseaux est très majoritairement anglophone, voire américain. Cela ne saurait étonner personne puisque l'Internet est né aux États-Unis et qu'il a d'abord été conçu pour les besoins des universités et des collèges américains. Qui utilise l'Internet ne peut donc se surprendre de la suprématie anglophone. Mais, si on désire exploiter les applications et les ressources de l'Internet dans un cadre francophone et sans s'assimiler à la culture majoritaire de l'Internet, il faut s'assurer que l'on peut naviguer, communiquer et produire sur l'Internet dans sa langue. La chose est possible si l'on prend certaines précautions.

Des applications de l'Internet sont traduites en plusieurs langues et on doit se réjouir de ce phénomène. Mais, alors que certains traducteurs et adapteurs mettent gracieusement leurs logiciels francophones à la disposition de la communauté francophone de l'Internet, d'autres mettent en vente des logiciels qui étaient gratuits en version originale anglaise. Les versions françaises de courrier électronique tels que Pegasus ou Eudora sont disponibles gratuitement sur l'Internet. Pourquoi faut-il payer pour obtenir les versions françaises d'autres applications ? Est-ce la meilleure façon de répandre le français sur l'Internet : en faisant payer une prime au français ? Si les services de base de l'Internet et les accès coûtent plus cher afin de répartir les coûts de l'infrastructure et assurer le développement du réseau du réseau, pourquoi faut-il en plus payer une taxe déguisée pour communiquer en français sur l'Internet ? Quand Netscape est gratuit en anglais pour tous les étudiants anglophones de la planète, pourquoi faudrait-il que les étudiants francophones paient 50 $ pour utiliser le même logiciel ? Pour que certains fournisseurs puissent faire plus d'argent et se fidéliser leur clientèle francophone ? Pensez-vous que la traduction française de Netscape a coûté 50 millions de dollars aux entreprises qui se la sont appropriée ?


Un problème de communication

Le problème du français est cependant plus profond : il ne se limite pas aux seules applications ou même au contenu de l'Internet ; il dépend des protocoles et des codes utilisés. Aujourd'hui, communiquer en français sur l'Internet par courrier électronique semble impossible. Entendons-nous ! On peut, bien sûr, écrire un message dans un français approximatif dénué d'accents et de tous les signes diacritiques. Plusieurs acceptent de se soumettre à cette recommandation des auteurs du Guide pratique de l'Internet de Québec Science 1 . Cette concession étonnante chez ces auteurs, qui sont par ailleurs de bouillants défenseurs du français sur l'Internet 2 , s'explique par la difficulté de standardiser la configurarition de l'option MIME et par l'espoir de voir s'imposer l'Unicode. Trois remarques à ce propos.

D'abord, il est impensable d'utiliser le courrier électronique de l'Internet comme outil d'apprentissage ou de communication pour les étudiants sans que ces derniers puissent écrire intégralement les caractères français. Dans un contexte d'apprentissage, quel message enverrions-nous à nos étudiants en les obligeant à écrire une langue française défigurée ? Un élève qui écrit pendant quelques mois sans accents, pourra facilement prendre et conserver cette mauvaise habitude. Or, ce problème se répercute sur l'utilisation des News, l'immense babillard électronique de l'Internet, les IRC 3 et les MUD 4 qui ne permettent pas l'affichage des caractères accentués.

 

Une première solution : l'option MIME 5

On peut écrire et transmettre un message en français avec un logiciel de courrier électronique si l'option MIME a été proprement configurée, non seulement sur votre appareil, mais sur votre serveur. L'option MIME a été conçue pour le tranfert d'images mais elle permet aussi le transfert de tous les caractères accentués. Or, l'option MIME ne semble pas avoir été adoptée par tous ou tous ne semblent pas la configurer de la même façon. Je m'étonne de moins en moins des réactions de mes correspondants à la réception de messages en français intégral. Certains se plaignent de recevoir des textes illisibles, farcis de codes difficiles à interpréter (exemple 1), d'autres que les accents sont tout croches (exemple 2). Ces personnes n'utilisent pas un logiciel de courrier électronique compatible avec l'option MIME ou cette option n'est pas installée comme sur le serveur de mon réseau local. Ou encore, certains d'entre eux sont abonnés à un babillard électronique dont la passerelle (leur lien logiciel) avec l'Internet ne permet pas toujours le transfert des codes MIME.

 


Exemple 1 6

Bonjour =E0 toutes et =E0 tous,

Voici le num=E9ro 0 de la revue =E9lectronique "=E9du@m=E9dia"

consacr=E9e =E0 l'=E9ducation et aux nouvelles technologies.

Veuillez suivre la proc=E8dure d'installation qui suit

(c'est IMPORTANT pour minimiser les probl=E10mes!).

Bonne lecture et =E0 bient=E7t....

Dans ce premier exemple, le message est reçu par un correspondant qui n'utilise pas l'option MIME. Tous les caractères accentués sont remplacés par des codes qui rendent le texte illisible.

 

Exemple 2

Bonjour ˆ toutes et ˆ tous,

Voici le numÈro 0 de la revue Èlectronique "Èdu@mÈdia"

consacrÈe ˆ l'Èducation et aux nouvelles technologies.

Veuillez suivre la procÈdure d'installation qui suit

(c'est IMPORTANT pour minimiser les problËmes!).

Bonne lecture et ˆ bientÙt....

Ce deuxième exemple ne fait pas apparaître les codes MIME, mais pose quand même des difficultés de lecture. Il semblerait que ce soit le choix de l'encodage qui fasse ici défaut. Mon correspondant utiliserait MIME mais pas le même encodage que moi. Où est l'erreur ? Chez lui ou chez moi ?

 


L'an dernier, dans la liste de distribution Balzac de l'Université de Montréal 7 , liste par ailleurs très intéressante, une discussion très vive s'est déroulée après que les responsables de la liste eurent fait quelques essais avec l'encodage MIME pour afficher les caractères diacritiques. Je me souviens d'avoir pu lire quelques messages avec tous les accents. Cependant, plusieurs autres abonnés étaient en colère puisque leur écran affichait des codes incompréhensibles. Durant cet échange de messages très épicés, plusieurs sont même allés jusqu'à faire le procès de la langue française et à exiger l'abolition de tous ces caractères diacritiques inutiles et anachroniques puisque, sans les utiliser, les correspondants se comprenaient très bien et que, en voulant les imposer, on rendait la communication incompréhensible. Qu'une telle opinion ait été émise dans un groupe de discussion littéraire en dit long sur la fragilité de l'héritage français et sur l'impact qu'un tel environnement d'écriture pourrait avoir sur nos étudiants.

Mais il est possible, en utilisant MIME, de communiquer en français dans un environnement bien circonscrit. Ainsi, dans un réseau local, entre Macintosh et PC, l'affichage des caractères accentués ne pose aucun problème. Les premiers essais réalisés avec des ordinateurs reliés par modem à un tel serveur démontrent que l'on peut correctement afficher le français, même si on utilise des logiciels de courrier différents. Le français se porte bien quand je communique avec la DGEC ou le ministère de l'Éducation. Mais quand je m'adresse à quelqu'un relié à un serveur de l'Université de Montréal, je dois effacer les accents pour ne pas truffer mes textes de codes ésotériques. Pourtant, avec le personnel de l'UQAM, dont nous avons adopté les modes d'installation, la communication est intégralement française. Les abonnés de la liste L-APOP reçoivent différemment les messages selon leur fournisseur d'Internet. À un point tel que j'ai pris l'habitude d'émettre des messages sans accents. Chacun devrait vérifier les capacités francophones de son lien Internet. D'où une conclusion pratique : dans un réseau hétérogène - constitué de plusieurs réseaux locaux -, il est très difficile d'implanter correctement l'option MIME. Il faudrait faire un concile avec tous les maîtres de poste des collèges pour standardiser l'implantation de MIME. Encore là, il faudrait limiter nos échanges aux établissements qui adoptent ce standard. Au-delà de ce cercle, la française communication devrait éviter les caractères diacritiques.

 


Notes

  1. "Le corps du texte : pas d'accents s.v.p. ... Il est sage de laisser tomber les accents et les cédilles." Internet : le guide pratique, p. 50. Retour au texte.

  2. Voir les documents suivants publiés sur l'Internet : "Speak wwwhite : La place du français sur l'inforoute", par Jean-Hugues Roy, dans Québec Science, juin 1995; le texte d'une conférence présentée à Ottawa par le même Jean-Hugues Roy, juin 1995. Retour au texte.

  3. IRC ou Internet Relay Chat, la possibilité de discuter en direct sur l'Internet. Retour au texte.

  4. MUD ou Multi-User Domain, le domaine des jeux interactifs où l'on participe en simultané. Ces jeux peuvent avoir un contenu didactique non négligeable. Retour au texte.

  5. MIME ou Multipart Internet Mail Exchange. Retour au texte.

  6. Les exemples font référence à Édu@média, une nouvelle revue électronique consacrée à l'éducation et aux nouvelles technologies. On peut la lire sur les deux sites suivants : http://edumedia.risq.qc.ca et http://rtsq.grics.qc.ca/edu_media/. C'est un excellent complément de Clic. Retour au texte.

  7. On peut s'y abonner en envoyant le message sub Balzac-l à l'adresse suivante : listproc@umontreal.ca. Retour au texte.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015