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 Numéro 2, Octobre 1995 
Mémoire de l'APOP aux États généraux de l'éducation Version Imprimable  Version imprimable
De vrais collèges pour le XXIe siècle : avec et grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication


Table des matières


 

Introduction

1 Présentation de l'APOP

L'APOP, l'Association pour les applications de l'ordinateur au postsecondaire, a été fondée en 1982. Elle regroupe des enseignants, des professionnels et des cadres des collèges du Québec qui s'intéressent à l'utilisation pédagogique de l'ordinateur. S'il y a eu des collaborations ponctuelles avec des universitaires québécois, l'APOP est une association essentiellement collégiale et c'est le point de vue d'intervenants du collégial que transmet ce mémoire.

Lors du colloque des 25 et 26 mai dernier, l'assemblée générale de l'APOP a résolu de présenter un mémoire aux États généraux sur l'éducation. Bien sûr, le sommet socioéconomique du mois d'octobre permettra de soulever la problématique des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), mais les membres de l'APOP ont jugé essentiel de situer les NTIC, comme objets et comme outils d'apprentissage, au coeur du plus vaste débat sur le projet québécois en éducation. Mettre le réseau d'éducation québécois à l'heure des NTIC exigera bien davantage que l'accès à des ordinateurs. Il faudra repenser les enseignements et les apprentissages du primaire à l'université. Et c'est un enjeu important des États généraux.

 

2 Pour une intégration des NTIC dans les programmes préuniversitaires et professionnels

a) Dans la formation, générale et spécifique

Nous vivons dans une économie en pleine mutation et nul n'ignore que les changements occasionnés par l'ouverture des marchés, leur mondialisation, et l'introduction des technologies dans les entreprises (automatisation, robotisation, informatisation, etc.) sont responsables en grande partie des problèmes d'inadaptation de la main-d'oeuvre aux besoins du nouveau contexte socioéconomique québécois. Ces changements surviennent aussi bien dans le secteur des services que dans le secteur de la production. Dans ces deux secteurs, les technologies exigent de leurs utilisateurs de nouvelles compétences et de nouvelles qualifications. Celles-ci ne sont pas toujours clairement identifiées; on conclut cependant de plus en plus à la nécessité d'une formation générale accrue et au relèvement des compétences exigées de la part des travailleurs. Le travail à l'aide des technologies devient souvent abstrait, il est de plus en plus centré sur la résolution de problèmes, il demande davantage de connaissances en mathématiques et d'aptitudes à l'abstraction, faisant appel à des activités mentales complexes. Les technologies demandent également une plus grande aptitude au travail d'équipe, celui-ci requérant des habiletés de communication et de collaboration.

C'est pourquoi nous croyons que les technologies doivent être considérées comme outils d'enseignement et d'apprentissage autant au secteur général qu'au secteur professionnel et autant dans les disciplines des sciences humaines que dans celles des sciences de la nature. Privilégier l'intégration des NTIC dans un domaine plutôt que dans un autre résulterait en un déséquilibre nuisible à la bonne intégration des étudiants au marché du travail.

 

b) Comme outils d'enseignement et d'apprentissage

Les technologies utilisées comme outils d'enseignement et d'apprentissage permettent de développer les habiletés qu'elles requièrent.

La force des technologies est que celles-ci portent en elles-mêmes les exigences qu'elles requièrent. Travailler à l'ordinateur dans un environnement pédagogique soigneusement préparé permet à l'utilisateur de développer des compétences de haut niveau : communication avec des partenaires à distance ou en présence, expression, recherche, classification, analyse et traitement de l'information. Cela développe chez les apprenants des habiletés d'apprentissage autonome. Cela permet donc d'acquérir des capacités d'apprendre à apprendre qui seront dorénavant les plus recherchées puisque les travailleurs, même s'ils restent dans un même domaine, devront continuellement se recycler, mettre à jour leurs connaissances pour s'adapter rapidement aux nouvelles machines, nouvelles organisations, au changement en général.

Beaucoup de gens travaillent à domicile. L'informatique, la téléphonie et les services de messagerie rapides ont permis à ces personnes de bénéficier à domicile ou sur la route du support qu'ils avaient au bureau. Le phénomène du travail autonome va en croissant - d'ici peu, on s'attend à ce que 40 % de la main-d'oeuvre soit dans cette situation. Ces nouvelles façons de travailler demandent de nouvelles compétences et c'est le rôle des institutions d'enseignement d'offrir à tous une préparation adéquate.

 

3 Changement de paradigme dans le monde de l'éducation

Dans le monde des entreprises, et plus particulièrement de la mise en marché, la tendance est d'abandonner la commercialisation de masse et d'établir une relation plus personnalisée entre l'entreprise et le client. L'informatique permet d'enregistrer et d'analyser des quantités astronomiques de renseignements pour en faire ressortir les tendances maîtresses :

Exemple: lors du passage à la caisse d'un magasin grande surface de type Club Price, l'appareil de lecture optique enregistre votre identité ainsi que chacun des éléments de votre commande. On peut aussi mesurer la performance du caissier, faire la mise à jour des stocks, l'analyse des complémentarités d'achat, l'analyse de la rentabilité de chacun des produits, dresser des profils de clients types, etc. L'entreprise est en mesure de préparer des combinaisons d'offres de produits et de services qui répondent mieux à vos besoins. C'est ce qui explique qu'il soit si difficile de sortir d'un tel magasin avec une facture inférieure à 200 $ !

Autre exemple d'individualisation, le Wall Street Journal offre quotidiennement une version électronique adaptée spécifiquement aux besoins individuels particuliers de chacun des abonnés de ce service.

Question : pourquoi les établissements d'enseignement ne peuvent-ils pas faire de même ?

Dans nos collèges et dans nos établissements d'enseignement en général, il est tout à fait rarissime d'offrir une formation sur mesure, de suivre à la trace les étudiants, de personnaliser l'apprentissage. Les collèges ne sont pas vraiment en mesure d'identifier les besoins des étudiants et de leur proposer des activités particulières au-delà des seuils de maîtrise exigés. Voilà un élément essentiel de la réingénierie de l'éducation, élément d'autant plus nécessaire si on considère la nécessité de l'apprentissage à vie et la variété des compétences chez les étudiants adultes.

À la Renaissance, le domaine des publications a été profondément modifié par l'invention du procédé d'imprimerie en caractères mobiles. On a ainsi permis au livre de se multiplier et donc de devenir accessible au plus grand nombre. Qui dit livre, dit apprentisssage de la lecture. Combien de temps après cette invention de Gutenberg (vers 1440) avons-nous vu en France l'obligation d'apprendre à lire ? Plus de quatre cent cinquante ans plus tard - loi de Jules Ferry sur l'école obligatoire, 1881-1882. Il a fallu attendre plus d'un demi-millénaire au Québec. Pouvons-nous attendre tout ce temps pour permettre à nos élèves et à nos enseignants de s'alphabétiser dans les NTIC ? Ils trouveront, surtout les plus débrouillards parmi les premiers, d'autres lieux pour apprendre. L'école disparaîtra-t-elle comme les ateliers de copistes ?

 


État de la question : quelle autoroute ?

La perception des NTIC dans l'éducation a beaucoup évolué au cours des derniers mois. À en croire les journaux, l'autoroute de l'information, la réalité virtuelle, la convergence numérique des médias proposeraient d'incontournables outils d'apprentissage. Dans les collèges, l'état du dossier des technologies pour l'enseignement et l'apprentissage correspond fondamentalement à la situation de 1992 décrite dans le Mémoire de l'APOP présenté à la commission parlementaire sur l'avenir de l'enseignement collégial québécois 1 . La situation n'est pas identique, bien sûr ; elle s'est relativement détériorée.

En 1992, l'APOP se préoccupait de la survie de deux services réseau dans le secteur de la micro-informatique pédagogique : le Service de développement de matériel didactique de la Direction générale de l'enseignement collégial, et la Vitrine APO. Le Centre collégial de développement de matériel didactique qui a remplacé le Service ministériel s'est vu amputé de la moitié des sommes auxquelles il avait accès quand il était au ministère. Quant à la Vitrine APO, même si elle a offert de multiples heures de formation dans plusieurs régions du Québec, même si elle a permis au réseau collégial d'économiser plus de 1 000 000 $ annuellement en achat de logiciels, son existence est remise en question chaque année et elle doit sa survie, chaque fois, à quelques fonds de tiroir découverts in extremis.

L'utilisation des NTIC, dans la classe, est réservée aux programmes professionnels ou repose sur l'initiative d'enseignants convaincus dans les programmes préuniversitaires. Les budgets consacrés par les collèges à l'acquisition de logiciels et de matériel micro-informatique ou à l'engagement de personnel technique et professionnel (d'animation et de soutien) se sont cruellement ressentis des compressions des dernières années. Les collèges vivent un renouveau qui n'a rien de technologique et sont en train de rater les occasions qui leur sont offertes depuis 1993.

 

Avril 1993 : Des collèges pour le Québec du XXIe siècle

Le document fondateur du renouveau collégial a provoqué de profondes transformations dans le vécu des collèges. L'approche par compétences, la consécration de l'approche-programme, les nouvelles politiques d'évaluation des apprentissages, l'évaluation des programmes, l'implantation d'une activité d'intégration et d'une épreuve synthèse ont entraîné une mise à jour que plusieurs ont jugées trop rapide, mais qui, dans son ensemble, a haussé le niveau de conscience psychopédagogique des enseignants des collèges.

Malheureusement, le renouveau a caché sous le boisseau le dossier des NTIC. Non seulement l'utilisation pédagogique de l'ordinateur a été sciemment oblitérée, mais les technologies ne sont expressément mentionnées que dans le cadre des centres collégiaux de transfert de technologie. Elles ne sont donc réservées qu'à certains programmes professionnels et fondamentalement étrangères à la mission de formation des collèges.

La seule concession de la part des auteurs du renouveau à la réalité technologique du Québec de la fin du XXe siècle a été d'offrir un nouveau cours dans la formation générale complémentaire. Ce cours - ensemble nommé Langage mathématique ou informatique - n'est pas offert par tous les collèges et, là où il est offert, un pourcentage infime des étudiants peuvent s'y inscrire.

Les cours de la formation générale commune (langue d'enseignement, philosophie et langue seconde) ont été entièrement redéfinis sans une mention des technologies dans les compétences, voire dans les activités d'apprentissage.

En gommant la dimension technologique du contenu de la formation collégiale et comme méthode d'apprentissage et d'enseignement, le renouveau a eu des répercussions graves et immédiates sur le dossier des NTIC dans les collèges :

  • Toutes les énergies du personnel des collèges ont été monopolisées par le vaste chantier de l'approche par compétences et de l'évaluation des programmes, laissant ainsi dans l'ombre le développement technologique en pédagogie.
  • Moins d'élèves qu'auparavant, dans chaque collège, ont la possibilité de suivre des cours d'initiation à l'utilisation des NTIC.
  • Les budgets d'investissement des collèges, en accord avec les orientations du Renouveau, sont engagés dans l'achat de matériel micro-informatique exclusivement pour les programmes professionnels. Il y a ainsi des programmes préuniversitaires, notamment Sciences de la nature, où le nombre d'étudiants par ordinateur est supérieur à 50.
  • Le renouveau qui devait standardiser la formation dans les collèges aura créé une diversité très grande quant à la formation technologique des élèves à travers les différents collèges du Québec.
  • Cependant, l'exemple de l'implantation rapide de l'approche par compétences nous aura appris que pour provoquer des changements profonds dans les collèges, il faut plus que de la bonne volonté. Une prise de position ferme du ministre de l'Éducation et de nouveaux règlements seront nécessaires à un véritable virage technologique de l'éducation au Québec.

 

Juin 1994 : Préparer les jeunes au XXIe siècle

Le rapport du groupe de travail sur les profils de formation au primaire et au secondaire, dirigé par Claude Corbo, s'il ne touche pas directement le collégial, est un premier exemple d'une intégration harmonieuse de la dimension technologique dans une formation humaniste intégrale. Sans évaluer l'ensemble du document, l'APOP s'est sérieusement intéressée à la formation technologique proposée aux jeunes du XXIe siècle dès le cours primaire.

On peut remarquer que :

  • si aujourd'hui, les enfants du rapport Corbo obtenaient leur diplôme dans les collèges pour le Québec du XXIe siècle, ils auraient l'impression de vivre un retour au Moyen Âge ;
  • si l'apprentissage du traitement de texte au primaire ne signifie pas uniquement la maîtrise du clavier, le développement de cette capacité situe la culture technologique au coeur même de la formation générale et permet immédiatement à l'élève d'écrire avec les outils qui seront les siens ;
  • en développant la culture technologique de l'élève dès le début de ses études, on le rend apte à profiter du potentiel didactique de l'ordinateur dans toutes les disciplines et dans tous les cours ;
  • il semble y avoir un débalancement sérieux entre la quantité et la variété des logiciels que devraient être capables d'utiliser l'élève du primaire et l'élève du secondaire ; il serait peut-être préférable d'ouvrir davantage l'éventail des applications informatiques dès le primaire 2 et de prévoir un continuum dans l'acquisition des compétences auquel le collégial pourrait collaborer. Ainsi, pour la maîtrise du chiffrier ou tableur, déjà utilisé par plusieurs enseignants du primaire, l'élève du primaire aprendrait à utiliser une feuille de calcul déjà préparée et devrait connaître les notions de cellule, de rangée et de colonne ; l'élève du secondaire aurait à maîtriser la création d'une feuille de calcul et certaines fonctionnalités du traitement des données ; l'élève du collégial, selon son programme, pourrait approfondir les fonctions spécialisées de calcul, de comptabilité ou de statistiques ;


     

  • en initiant les élèves à la recherche documentaire sur les réseaux internationaux, on leur fait découvrir la source maîtresse d'information au XXIe siècle et développer la capacité de communiquer avec des correspondants et des groupes de discussion à travers le monde. Au collégial, cette capacité de recherche et de communication pourrait être intégrée à la méthodologie spécifique de chaque programme.

 

Octobre 1994 : Miser sur le savoir : rapport de conjoncture 1994

La recommandation 8 du rapport du Conseil de la science et de la technologie 3 propose une réforme du système éducatif québécois. Même si l'APOP soupçonne que la conversion du CST 4 à la valeur didactique des NTI soit surtout motivée par la découverte de la rentabilité des contenus éducatifs, notre Association souscrit entièrement à la proposition qu'une des toutes premières priorités du système d'éducation québécois soit d'" éduquer les générations montantes à maîtriser les NTI " 5 .

De plus, le bref paragraphe sur les NTI au collège 6 évoque bien le caractère disparate de la situation des NTI entre les programmes d'un même collège et entre les collèges eux-mêmes. " Au cégep, il y a aussi du rattrapage à faire " 7 . Or cette situation précaire des NTI dans les collèges a été maintenue par le Renouveau.

 

Décembre 1994 : Les nouvelles technologies de l'information et de la communication : des engagements pressants

Ce rapport du Conseil supérieur de l'éducation promeut l'intégration des NTIC dans l'enseignement et dans les apprentissages au nom même des besoins de formation des jeunes Québécois. C'est sans doute l'étude récente qui a su le mieux traiter des NTIC dans une perspective pédagogique.

L'APOP se reconnaît parfaitement dans le portrait des APO au collégial que brosse ce rapport 8 . La problématique de la formation technologique et des élèves et des enseignants du collégial est également clairement posée. La position de l'APOP pourrait d'ailleurs se résumer dans cet extrait du rapport :

 

Il faut, au contraire, utiliser le pouvoir de transformation des NTIC, les mettre à contribution pour renouveler l'école, pour " postindustrialiser " le système éducatif, en somme, pour réaliser les changements qui s'imposent en éducation. Ces changements concernent les modèles qui guident l'activité éducative. Ainsi l'école devrait-elle passer d'un paradigme dans lequel domine l'enseignement-assimilation d'un savoir encyclopédique à un paradigme centré sur l'apprentissage. Les NTIC deviendraient ainsi un outil au service : d'un apprentissage qui mise sur l'autonomie et la responsabilisation de l'apprenant dans la construction de son savoir et sur l'interactivité avec son environnement technologique et humain; d'un enseignement qui se situe en soutien à l'apprentissage et qui vise, en puisant dans un réservoir de ressources pédagogiques diversifiées, l'appropriation d'une base de connaissances étendues de même que le développement des processus mentaux supérieurs et des habiletés sociales. 9

En abolissant le Conseil des collèges, le renouveau reconnaissait le Conseil supérieur de l'éducation comme " le seul organisme consultatif en éducation ". À ce titre, l'APOP appuie formellement les conclusions du rapport du Conseil supérieur de l'éducation. Il est urgent de reconnaître l'ampleur sociale et culturelle du phénomène des NTIC. Il s'agit à la fois d'une occasion et d'un risque pour l'éducation et pour la culture québécoise. Il faudra faire les bons choix.

 

Juillet 1995 : Inforoute Québec : Plan d'action pour la mise en oeuvre de l'autoroute de l'information

Le rapport du comité consultatif sur l'autoroute de l'information consacre un chapitre complet au secteur de l'éducation. Le comité recommande des actions rapides et concrètes qui peuvent bouleverser le système d'éducation. L'APOP réagit favorablement et prudemment à ce rapport. Tout en reconnaissant l'urgence de certaines recommandations, l'Association espère que les États généraux se pencheront de façon prioritaire sur l'intégration des NTIC dans tous les ordres d'enseignement.
  • Il faudra s'assurer que la maîtrise des outils informatiques ne vise pas d'abord à former les futurs consommateurs des services des inforoutes, mais que les ressources de communication des réseaux internationaux soient mises au service de l'éducation et d'une formation mieux adaptée aux besoins des jeunes.
  • Pour que le Québec ait une présence active sur les inforoutes par des produits de qualité, développés par nos diplômés, il faudra que la formation technologique des élèves se poursuivent dans les établissements d'enseignement supérieur. C'est que tous les emplois reliés au traitement de l'information -- et ils seront très nombreux si on en croit les indicateurs économiques -- exigeront au minimum un diplôme d'études collégiales.
  • Au premier abord, l'APOP s'étonne que les recommandations du comité consultatif ne touchent presque exclusivement que le primaire et le secondaire. C'est comme si les collèges étaient déjà tous reliés à l'inforoute et que tous les enseignants des cégeps possédaient une formation technologique et télématique de pointe. On s'étonne que le CST, qui avait pourtant noté dans son rapport de 1994 qu'il y avait du rattrapage à faire dans les collèges, ne mentionne les collèges que pour leur conférer la mission de faire connaître leurs programmes dans tout le Québec.
  • Le rapport parle de l'école informatisée clé en main au primaire et au secondaire. Il ne faut pas oublier que lors du colloque de l'APOP, qui a eu lieu en mai dernier, a été présenté le Collège informatisé, contribution spécifique des collèges à ce projet de l'École informatisée clé en main.
  • La formation des enseignants ne doit pas se limiter à la maîtrise technique des appareils et des logiciels. Comme le dit le rapport, cette formation doit se présenter comme une occasion de repenser les apprentissages et les enseignements. Dès lors, elle doit être aussi une priorité pour les collèges.
  • Le rapport fait une nécessaire distinction entre les nouveaux enseignants et les enseignants déjà en poste. À ce titre, il faut souligner la spécificité des collèges.

     

    • La formation psychopédagogique n'est pas requise de la part des nouveaux enseignants. Mais le renouveau a fait obligation aux collèges d'adopter une politique de gestion des personnels et, dans chaque collège, les nouveaux enseignants devront acquérir des compétences minimales par un perfectionnement qui peut être assumé localement. Il faudrait obligatoirement que ces compétences de base comportent un volet technologique et télématique.
    • Quant aux enseignants en place, le rapport propose " un type de gratification " pour ceux qui participent à ce genre de formation. Or, si l'acquisition de crédits peut intéresser les jeunes professeurs, cette gratification ne jouerait aucun rôle incitatif auprès des professeurs qui ont déjà atteint le sommet de l'échelle salariale. La seule incitation véritable pourrait se situer dans des libérations ou des aménagements d'horaire qui permettent aux enseignants de recevoir cette formation. On sait que les enseignants des collèges, dans le vaste chantier du renouveau qui est loin d'être achevé, doivent se familiariser avec l'approche par compétences dans le cadre régulier de leur tâche. Exiger d'eux une deuxième mise à jour consécutive sans prévoir des incitations réelles ou des aménagements minimaux à leur tâche serait risqué.
    • D'autre part, limiter le perfectionnement technologique et télématique aux seuls ordres primaire et secondaire empêcherait les collèges de faire le virage en même temps et au même rythme que les autres ordres d'enseignement.
  • L'APOP se félicite aussi que le comité ait soulevé la problématique du soutien professionnel et technique 10 des enseignants. Sans ce support, les efforts des enseignants risqueraient de ne jamais aboutir.
  • La création de matériel didactique en français est une préoccupation que partagent tous les membres de l'APOP. L'exploration de l'Internet révèle la richesse des ressources de ce réseau mais nous confronte à l'omniprésence de l'anglais. Sans franciser les réseaux internationaux, il faudra que chacun, selon ses moyens, y assure une présence francophone.


Recommandations

Recommandation no 1
Nécessité d'un plan ministériel quant aux NTIC dans les collèges

Que le ministre de l'Éducation propose un plan clair sur l'utilisation des NTIC au collégial et incite les collèges à se doter d'une politique institutionnelle des NTIC.

 

Pour implanter le renouveau, le ministère s'est doté d'une politique qui a obligé les collèges à mettre sur pied un plan d'action pour appliquer les préceptes ministériels. Notre Association verrait d'un bon oeil une action semblable de la part du ministère, qui faciliterait l'utilisation et l'intégration de NTIC

Comme suite logique à cette politique ministérielle, il faudrait que chacun des collèges du Québec se dote d'une politique institutionnelle des NTIC. Ce plan devrait mobiliser les forces vives de chaque établissement comme, il y a quelques années, la communauté collégiale s'est mobilisée autour du projet d'amélioration du français. On pourrait très bien imaginer un effort semblable fourni par tous les personnels des collèges; la connaissance et l'utilisation des NTIC, en cette fin de XXe siècle, ne font-elles pas partie de l'alphabétisation de base de tout citoyen instruit?

Au début des années 80, il y a eu un plan quinquennal sur le développement de la microinformatique scolaire. Aucune vision d'ensemble n'a été proposée depuis. Il serait plus que temps que l'on permette à l'école d'assumer son rôle de phare dans l'appropriation des NTIC chez nos élèves.

 

Recommandation no 2
La formation des élèves

Que les NTIC, dont la connaissance d'usage devrait être assurée au primaire et au secondaire, soient intégrées à tous les programmes du collégial.

En conséquence, nous recommandons aussi :

  • que le document Des collèges pour le Québec du XXIe siècle, formation générale soit revu en profondeur pour inclure à tous les niveaux une utilisation de NTIC dans la démarche d'apprentissage;
  • que des cours de mise à niveau soient prévus pour les élèves qui n'auraient pas suivi leurs cours primaire et secondaire au Québec;
  • que, tant que les cohortes d'élèves en provenance du secondaire ne maîtrisent pas l'usage de l'ordinateur et des outils logiciels, des cours de mise à niveau soient prévus, dans les collèges, pour combler le plus tôt possible cette lacune à leur formation;
  • que la formation générale commune, propre et complémentaire continue de proposer aux élèves une appréciation critique du rôle de la technologie dans la société et la culture;
  • que les programmes préuniversitaires poursuivent la formation technologique des élèves en intégrant les NTIC dans leur méthodologie spécifique;
  • que les programmes professionnels proposent aux élèves les technologies de pointe dans leur champ d'expertise.

Dans Préparer les jeunes au XXIe siècle, le groupe de travail dirigé par Claude Corbo pose, d'entrée de jeu, la question suivante : Que faut-il savoir au sortir de l'école primaire et secondaire ? 11 Nous pouvons reprendre à notre compte cette même question en l'adaptant à un profil de formation pour le collégial d'où sortiraient des élèves mieux préparés à affronter le marché du travail d'une part ou les études universitaires d'autre part. La question pourrait être posée comme suit : Que faut-il savoir au sortir du collégial pour être plus prêt à aller travailler ou à continuer à étudier ?

Nous déplorons qu'à un seul endroit dans Des collèges pour le Québec du XXIe siècle, formation générale 12 , document qui est la référence par excellence du Renouveau, on mentionne la possibilité de " se servir d'une variété de notions, de procédés et d'outils mathématiques ou informatiques à des fins d'usage courant 13 . " Cette possibilité n'apparaît ni dans les objectifs, ni dans les standards, et encore moins dans les activités d'apprentissage des ensembles de formation générale commune, ni dans ceux de la formation générale propre, mais seulement dans l'énoncé de la compétence de l'ensemble no 2 du domaine Langage mathématique et informatique de la formation générale complémentaire. Est-ce par cet ensemble complémentaire, dont le choix est laissé à l'élève et le développement du contenu, aux directions locales des études, que l'on peut assurer une " connaissance d'usage " des nouveaux outils que devront utiliser nos élèves à l'université ou sur le marché du travail ? La seule conjonction " ou " qui laisse le choix d'orienter le contenu de cet ensemble vers les outils mathématiques ou informatiques diminue de 50 % les probabilités d'assurer un contenu informatique à cet ensemble.

On voit donc la place " anémique " faite aux NTIC dans le renouveau qui, dans ces conditions, assurera la transmission d'une culture médiévale pour ne pas dire moyenâgeuse. Heureusement que d'autre part, nous acceptons, par un moyen " moderne " - de la Renaissance - de transmettre les connaissances par le biais de l'imprimé et non plus par l'intermédiaire de manuscrits recopiés à la main par quelques moines.

Nous ne pouvons qu'être d'accord avec la huitième recommandation du volume 2 du rapport de conjoncture 1994 publié par le Conseil de la science et de la technologie, Miser sur le savoir, les nouvelles technologies de l'information, qui se lit comme suit :

Que le réseau d'éducation québécois soit revu et adapté aux profondes mutations de l'ère du savoir, afin que ce réseau devienne le lieu privilégié d'apprentissage et de diffusion des NTI 14 .

 

Recommandation no 3
La formation des enseignants

Que les collèges se dotent d'une politique institutionnelle relative aux NTIC intégrée aux projets pédagogiques des établissements et associée à un plan d'action assurant la formation et le perfectionnement des enseignants.

Cette recommandation rejoint en grande partie les recommandations contenues dans un récent rapport du Conseil de la science et de la technologie (Inforoute Québec - plan d'action pour la mise en oeuvre de l'autoroute de l'information, 1995) et dans un rapport du Conseil supérieur de l'éducation (Les nouvelles technologies de l'information et de la communication: des engagement pressants, 1994).

Comme l'intégration et le développement des NTIC au Québec passe inévitablement par la formation des populations étudiante et enseignante de tous les ordres d'enseignement, il importe de dépasser la phase de " sensibilisation " aux NTIC pour vraiment s'avancer sur le terrain d'une formation directement articulée sur l'utilisation en classe. Il ne faut pas oublier que les enseignants sont des professionnels et qu'à ce titre ils n'acceptent pas de travailler avec des outils qu'ils ne maîtrisent pas suffisamment pour les faire leurs. Il faut mettre en place des moyens qui incitent et permettent aux enseignants de s'approprier les NTIC.

Cette recommandation devrait tenir compte des aspects suivant :

  • planification de la prise en charge des NTIC en tenant compte des changements qu'elles apportent et des traditions propres à chaque établissement;
  • établissement d'un plan de formation et de perfectionnement collectif obligatoire pour les nouveaux professeurs et pour les professeurs déjà en place, et visant les applications pédagogiques des NTIC. Ce perfectionnement mettrait l'accent sur des apprentissages spécifiques tels la formation à l'utilisation de matériel ou de logiciels particuliers, et l'intégration d'un logiciel en classe. Ce perfectionnement pourrait être dispensé par des spécialistes des collèges et des organismes reliés aux collèges comme la Vitrine APO ou PERFORMA, voire l'APOP;
  • établissement d'un plan de formation et de perfectionnement aux NTIC en fonction des programmes de formation des élèves. Cette formation mettrait en lumière les liens qui unissent les NTIC à la didactique des disciplines;
  • établissement d'activités de perfectionnement portant sur les applications et les enjeux tant technologiques que sociaux liés aux NTIC;
  • nomination d'un professionnel responsable à temps plein des NTIC dont le rôle principal serait de faire de l'animation pédagogique auprès des enseignants.

 

Recommandation no 4
Le soutien technique et pédagogique aux NTIC

Que les collèges mettent en place une équipe de professionnels responsable des NTIC, qui aurait pour tâche de superviser le travail des techniciens chargés de l'installation et de l'entretien de l'équipement, d'approuver et de recommander les achats de cet équipement tant matériel que logiciel, etc., mais surtout de faire de l'animation pédagogique auprès des enseignants tout en maintenant un service permanent de support aux utilisateurs.

Cette recommandation devrait tenir compte des aspects suivants :

  • soutien des intervenants et des utilisateurs des NTIC et par l'établissement de conditions environnementales tenant compte du plan de travail et des autres politiques du collège;
  • soutien des intervenants et des utilisateurs des NTIC par le biais d'activités de développement et de perfectionnement;
  • formation d'une équipe professionnelle et technique permettant d'assurer l'installation et l'entretien de l'équipement, d'approuver et de recommander les achats de ce matériel et d'élaborer un système de réservation des laboratoires;
  • centralisation de l'accès aux laboratoires de NTIC et maximisation de l'accessibilité au matériel grâce à un système de réservation plus serré et un suivi hebdomadaire.

Tant et aussi longtemps que les NTIC ne seront pas intégrées complètement à notre vie quotidienne, il faudra que le personnel enseignant des collèges soit aidé par des spécialistes tant techniciens que pédagogues pour faire siens tous les aspects des NTIC qui ont une incidence sur la pégagogie.

Depuis plusieurs années, dans un grand nombre de collèges nous retrouvons des conseillers aux APO. La tâche de ces personnes est très diversifée; elle va de l'encadrement des enseignants qui développent des applications pédagogiques pour leurs cours, à la planification d'achats et la supervision d'installation de laboratoires. Ces personnes sont celles qui sont les plus au fait de tout ce qui touche les NTIC. Elles sont à la fois au courant des problèmes techniques et souvent de leurs solutions, et capables de conseiller les utilisateurs sur les avenues pédagogiques spécifiques qui peuvent aider l'enseignant à mieux utiliser les NTIC dans le cadre de son enseignement.

Ces personnes sont celles qui depuis des années poussent à la roue des NTIC dans les collèges. Elles ont souvent initié des enseignants plus craintifs et moins familiers que d'autres avec les NTIC. Elles ont souvent porté les idées des enseignants qui voulaient s'aventurer dans le développement de logiciels éducatifs - développés localement ou avec le soutien financier et pédagogique du CCDMD. Elles ont toujours été les spécialistes qui pouvaient offrir à leur collège une vision plus globale de la direction que devaient prendre l'implantation et le dévelopement des NTIC dans leur établissement.

Malheureusement, depuis quelques années, le poste de responsable APO tend à disparaître dans les collèges et ce n'est pas parce que tous les enseignants ont déjà intégré les NTIC à leur enseignement et qu'ils n'ont plus besoin d'aide à ce niveau. Mais pourquoi donc alors ? Pourquoi peut-on couper un peu partout ces postes de soutien sans soulever de réprobation ? Serait-ce que les décideurs évaluent mal l'importance des NTIC ou qu'ils s'appuient sur les orientations du renouveau dans ce secteur ?

L'APOP croit essentiel le maintien du soutien pédagogique et technique, sans quoi il n'y aura pas d'intégration des NTIC à la démarche d'enseignement.

 

Recommandation no 5
La recherche et le développement

Que le ministère de l'Éducation et les établissements d'enseignement se dotent d'une politique et d'un budget permettant l'accroissement de la recherche sur les NTIC et ce, dans le but d'encourager l'innovation pédagogique dans ce domaine.

Que le ministère reconnaisse des organismes comme le Centre collégial de développement de matériel didactique et le Centre collégial de formation à distance comme des lieux privilégiés de développement d'outils pédagogiques à contenus francophones pour l'inforoute.

Que le ministère dote PAREA d'un volet institutionnel pour permettre aux collèges de faire une recherche sur l'implantation globale des NTIC aux enseignements et aux apprentissages.

L'intégration des NTIC dans l'enseignement et dans l'apprentissage se fait souvent par l'utilisation intuitive de certains outils informatiques. Il y a déjà plusieurs années qu'un certain nombre de passionnés entrevoient les possibilités pédagogiques des NTIC, qu'ils utilisent ces outils, qu'ils inventent des façons nouvelles de permettre l'apprentissage chez les élèves. Nous croyons qu'il faut que les enseignants qui font de la recherche dans les NTIC aient à leur disposition un programme de recherche et qu'ils puissent faire appel à une équipe de personnes-ressources. Ces recherches pourraient être menées conjointement avec des équipes de développeurs de produits informatiques sur le modèle de l'équipe du Centre collégial de développement de matériel didactique.

Le Centre collégial de formation à distance est particulièrement bien placé pour développer des contenus francophones grâce aux NTIC. Il serait souhaitable que les centres collégiaux - de formation à distance et de développement de matériel didactique - s'associent pour développer des produits à contenus francophones utilisables aussi bien dans des situations d'enseignement plus traditionnelles que dans des situations d'enseignement à distance qui pourraient devenir des modèles pour l'enseignement individualisé, façon de travailler qui deviendra peut-être plus habituelle dans l'avenir.

Par contre, il n'existe pas de programme de subventions de recherche s'adressant aux établissements d'enseignement collégial pour fouiller des questions concernant leur développement. Un programme comme PAREA est plus axé sur des problématiques portées par des individus. Le programme PART s'intéresse à un transfert d'expertise collège/industrie. Les collèges ont besoin de moyens pour réfléchir en tant qu'établissements sur l'intégration des NTIC à l'enseignement et à l'apprentissage ainsi que sur la réingénierie des processus éducatifs. Il faudrait donc qu'un programme comme PAREA soutienne des projets institutionnels d'intégration des NTIC à l'enseignement et à l'apprentissage. Il ne faut pas oublier que l'implantation des NTIC implique des développements institutionnels qui, dépassant les besoins spécifiques de chacun des programmes d'études, commandent des modifications dans les infrastructures des collèges. Le ministère devrait soutenir certains de ces développements, dans la mesure où ces derniers proposent des projets qui rendent l'ordinateur accessible comme outil d'enseignement et d'apprentissage, ou encore proposent des projets qui prévoient un soutien institutionnel aux enseignants et aux élèves, ainsi que des projets qui présentent des objectifs mesurables. Les programmes actuels de subventions ne financent plus de projets de développement institutionnel. Dans le contexte de l'implantation des NTIC, il conviendrait d'ajouter, à l'intérieur des programmes existants, un volet spécifique pour accueillir ces projets institutionnels.

 

Recommandation no 6
L'accès aux NTIC

Pour les élèves:

Dès maintenant,

  • que la recommandation du comité consultatif sur l'autoroute de l'information concernant l'implantation d'un réseau local dans toutes les écoles du Québec soit étendue à tous les cégeps qui pourraient ainsi mettre sur pied une telle infrastructure ou mettre à jour leur infrastructure actuelle;
  • que tous les cégeps, quelle que soit leur situation géographique, soient reliés à l'autoroute de l'information par un lien qui réponde aux besoins de l'ensemble de l'établissement et surtout aux besoins de l'enseignement et des apprentissages,
  • que les collèges veillent à équiper les laboratoires de matériel micro-informatique de pointe pour satisfaire aux exigences de la formation professionnelle, tout en assurant aux étudiants des autres programmes un accès adéquat à des laboratoires qui permettent l'utilisation des NTIC;
  • que la Vitrine APO qui assure déjà un service d'achats regroupés de logiciels commerciaux auprès de la majorité des collèges du réseau obtienne les ressources nécessaires pour développer un tel service pour les individus (professeurs et élèves) de telle sorte que le droit d'auteur soit respecté et que tous ces utilisateurs du réseau de l'éducation aient accès à des logiciels au meilleur prix possible.

Pour améliorer le ratio élèves/ordinateur,

  • que les collèges offrent aux élèves de relier leur ordinateur domestique au réseau local de l'établissement, par des liens télématiques. Ainsi, les élèves pourront tirer parti des ressources du réseau et bénéficier d'un encadrement pédagogique et technique;
  • que chaque élève qui a son propre ordinateur portable puisse l'apporter au collège pour le brancher au réseau local.

Ultimement,

  • que le ratio élèves/ordinateur, dans tous les programmes des cégeps, soit porté à un élève par ordinateur par le mise en oeuvre du plan suivant :
    • que, dans les plus brefs délais, le ministère de l'Éducation entame des négociations avec des fournisseurs pour étudier la possibilité de fabriquer des ordinateurs portables évolutifs répondant aux besoins de la formation collégiale, et ce, à un coût abordable. Le ministère assumerait une partie des coûts de cet ordinateur, le collège une deuxième, et l'élève le reste;

      cet ordinateur devrait pouvoir se brancher au réseau local d'un collège et à l'autoroute de l'information; cet ordinateur serait la propriété de l'élève qui pourrait le conserver après ses études collégiales; la participation financière de l'élève à l'acquisition de l'ordinateur est la seule façon concrète de gérer un ratio 1/1 et d'engager la responsabilité entière de l'élève;

    • que, pour ce faire, le programme de prêts garantis pour l'acquisition de matériel micro-informatique, actuellement consentis aux élèves des programmes professionnels, soit étendu à tous les élèves des collèges;
    • que des mesures d'aide financière soient prévues pour empêcher que des élèves non fortunés soient exclus des études collégiales à cause de leur incapacité de payer leur ordinateur.

Dans l'état actuel, on ne peut plus augmenter sensiblement le nombre de laboratoires de micro-informatique des collèges ni augmenter le support technique sans investir considérablement dans les ressources matérielles " techno-dégradables " et les ressources humaines:

  • les collèges ne suffisent plus à la tâche de donner accès aux appareils à tous et dans tous les programmes;
  • la tension est parfois très vive entre certains usagers du secteur professionnel et le reste de l'établissement : les ressources étant restreintes: l'accès aux meilleurs laboratoires est d'abord accordé aux disciplines comme informatique, techniques de bureau, électrotechnique, etc. et on ne saurait blâmer les responsables de faire un tel choix, mais le problème reste entier ;
  • le matériel micro-informatique est rapidement périmé: après deux ans un laboratoire ne peut plus être suffisamment à jour pour supporter les innovations technologiques; après cinq ans, plus personne ne veut de ces appareils ;
  • les collèges ne réussissent pas à renouveler le parc de micro-ordinateurs de telle sorte que la formation qu'on donne au secteur régulier (au général et au professionnel) et à l'éducation aux adultes est toujours en retard sur ce qu'on peut acheter comme formation à prix très élevé dans le secteur privé ;
  • les collèges ne parviennent pas à prévoir des investissements en fonction non seulement de l'achat de matériel, mais aussi de son renouvellement;
  • on devrait permettre de relier au réseau des établissements d'enseignement les appareils installés dans les foyers des étudiants. On peut affirmer que dans certains cas, environ 75% des élèves ont un ordinateur personnel. Si dans un collège de 4000 élèves on réussit à relier seulement la moitié de ces appareils, on vient d'ajouter environ 1500 ordinateurs au réseau déjà existant, le tout avec un renouvellement annuel automatique, sans que le collège ne soit immédiatement responsable de l'entretien, ni du fonctionnement de ces appareils, ni des logiciels. Relier seulement 50 % de ces ordinateurs, voilà un projet qui devrait permettre d'augmenter jusqu'à 500 % le nombre d'appareils mis à la disposition des étudiants. Cette augmentation importante d'appareils nécessitera que les collèges dépensent un peu à court terme, mais cela n'a pas de commune mesure avec les bénéfices qu'on pourra en tirer.

Afin d'encourager les étudiants à se relier par télématique à leur établissement, un certain nombre d'incitatifs devraient être mis en place:

  • installer un réseau télématique qui permettra aux étudiants d'exploiter davantage leur ordinateur domestique pour leurs apprentissages;
  • encourager l'accès à peu de frais à l'INTERNET par l'intermédiaire de leur propre collège;
  • encourager l'accès à des logiciels peu coûteux ;
  • assurer un minimum de soutien technique et de soutien pédagogique même s'il faut créer quelques postes;
  • aider les établissements d'enseignement à encourager la formation de clubs d'utilisateurs de micro-informatique lesquels clubs pourraient prendre à charge une partie importante du support technique, car il est illusoire de penser avoir accès à une technologie sans avoir de support.

Pour les enseignants :

  • Que tous les enseignants qui utilisent l'ordinateur dans leur enseignement aient un ordinateur performant à leur disposition dans leur collège.
  • Que l'État permette un amortissement fiscal de l'équipement matériel et logiciel acquis par le personnel des établissements d'enseignement, car ce sont pour eux des outils de travail.

Afin d'encourager les enseignants à s'approprier les NTIC, un certain nombre d'incitatifs devraient être mis en place:

  • les collèges devraient permettre aux personnels d'explorer les nouveaux produits tant matériels que logiciels. Cela implique l'acceptation qu'un grand nombre de produits s'avéreront inadéquats: c'est le prix à payer pour rester à jour;
  • l'État devrait tenir compte qu'une partie importante de l'appropriation des nouvelles technologies passe par un usage fréquent que seule la possession personnelle d'équipement matériel et logiciel permet.

L'accès aux NTIC passe aussi par l'accès à des logiciels francophones à prix abordable.

  • La Vitrine APO offre déjà un service d'achats regroupés de logiciels commerciaux auprès de presque tous les établissements du réseau collégial. On devrait assurer la survie de la Vitrine APO et l'encourager à développer un service d'achats regroupés pour les individus (professeurs et élèves) de telle sorte que le droit d'auteur soit respecté et que tous ces utilisateurs du réseau de l'éducation aient accès à des logiciels au meilleur prix possible.
  • Nous pensons aussi que des représentations devraient être faites auprès des éditeurs de logiciels pour que soient publiées des versions éducatives des logiciels commerciaux importants. Déjà quelques éditeurs le font : il s'agit de versions aux capacités réduites des logiciels à grande diffusion; une telle réduction n'en empêche pas l'usage pédagogique mais rend difficile l'usage professionnel du même produit.

L'accès aux NTIC passe aussi par l'accès à des réseaux internationaux.

  • Le personnel enseignant, le personnel non enseignant et les élèves devraient avoir accès à ce service par l'intermédiaire de leur établissement tant à l'interne qu'à partir de leur domicile. On doit s'assurer qu'un débit suffisant soit disponible partout au Québec pour les institutions d'enseignement de niveau collégial.
  • Dans la mesure où l'accès à un réseau télématique devient un outil clé dans le développement des services que les collèges peuvent offrir, il est nécessaire que l'évolution du RISQ ne se fasse pas en réseau fermé. Des représentants des collèges devraient avoir un droit de regard sur le développement et le déploiement des services du RISQ.

 

Conclusion - offre de service de l'APOP

Pour sa part, l'APOP s'engage, dans la mesure de ses moyens, à offrir aux professeurs et aux autres intervenants du réseau collégial la transmission de l'expertise de ses membres par son bulletin, ses journées thématiques, ses colloques. Cette information sera disponible sur l'Internet, cette voie que nous adoptons d'emblée et que nous proposons à nos membres.

 


Notes

  1. La page-écran, hiver 1993, vol 5, no 1, p. 4 à 12. Retour au texte.

  2. Le trio des outils logiciels, le traitement de texte, le chiffrier ou tableur et la banque de données, devraient déjà faire l'objet d'une première initiation dès le primaire. Retour au texte.

  3. Que le réseau d'éducation québécois soit revu et adapté aux profondes mutations de l'ère du savoir, afin que ce réseau devienne le lieu privilégié d'apprentissage et de diffusion des NTI. Retour au texte.

  4. En 1993, les recommandations du rapport du CST, Urgence technologie, allaient sensiblement dans le même sens que le renouveau et assimilaient la question technologique à un contenu plutôt qu'à des habiletés à maîtriser. Retour au texte.

  5. Miser sur le savoir, rapport de conjoncture 1994, vol. 2 les nouvelles technologies de l'information, Conseil de la science et de la technologie, p. 84-85. Retour au texte.

  6. Ibid., p. 93. Retour au texte.

  7. Ibid. Retour au texte.

  8. Au collégial, d'après les témoignages que nous avons recueillis, les NTIC seraient utilisées de façon individuelle par les personnes qui estiment pertinent de le faire. En conséquence, il peut exister, dans un même établissement, une prolifération d'utilisations diverses sans coordination entre elles. Les intervenants actifs dans le domaine des APO au collégial aspirent à un engagement ministériel plus ferme. Ils sont d'avis qu'un énoncé de politique relatif aux APO est essentiel pour soutenir les actions des établissements. Ils souhaitent une meilleure coordination en matière de production, de recherche, d'achats regroupés, de promotion et de formation dans le domaine des APO. (p. 43). Retour au texte.

  9. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication : des engagements pressents, rapport annuel 1993-1994 sur l'état et les besoins de l'éducation, décembre 1994, Conseil supérieur de l'éducation, Québec, p. 44. Retour au texte.

  10. Il faut aussi mettre sur pied un réseau de responsables de la télématique scolaire dans toutes les écoles, pour servir de personnes-ressources aux enseignants qui veulent explorer l'utilisation de l'autoroute de l'information à des fins pédagogiques. Retour au texte.

  11. Préparer les jeune au 21e siècle, rapport du groupe de travail sur les profils de formation au primaire et au secondaire, juin 1994, ministère de l'Éducation, p. 1. Retour au texte.

  12. Des collèges pour le Québec du XXIe siècle, formation générale, MEQ, Québec. Retour au texte.

  13. Ibid., p. 89. Retour au texte.

  14. Miser sur le savoir, rapport de conjoncture 1994, vol. 2 les nouvelles technologies de l'information, Conseil de la science et de la technologie, p. 23. Retour au texte.

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