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 Numéro 2, Octobre 1995 
Ordinateur et société Version Imprimable  Version imprimable
Dix enseignants canadiens en visite au Japon

Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Avant de glisser la porte du laboratoire d'informatique, nous retirons nos pantoufles pour les laisser le long d'une petite plate-forme. Nous sommes à la fin juillet, à quelques jours des vacances scolaires et la fraîcheur de la climatisation nous laisse un répit en cette fin de mousson d'été. Nous sommes un groupe de 10 enseignants canadiens invités par la préfecture de Fukushima à visiter les écoles japonaises de niveau primaire et secondaire.

Dans les magasins japonais, on trouve facilement les nouveaux modèles de téléviseurs haute définition à champ élargi et les sytèmes de navigation assistés par CD et satellite. Tous les métros et autobus sont équipés de distributeurs automatiques, de modules d'affichage électronique et dans quelques bureaux secrets, les Japonais travaillent sur les langages de cinquième génération. Nous étions curieux de voir comment les ordinateurs étaient utilisés en éducation.

Une école secondaire offrait un programme sur les nouvelles technologies de l'information. En fait, il s'agissait plutôt de cours de programmation en Fortran 4 sur des terminaux et à l'aprentissage du traitement de texte et du chiffrier. L'accès au laboratoire est le plus souvent laissé au bon vouloir des enseignants et les appareils sont surtout utilisés par les élèves inscrits au club d'informatique qui s'initient à la programation.

La majorité des appareils exploitent la norme d'encodage JIS pour les caractères japonais (environ 6 000) et les applications de traitement de texte ou de chiffrier (Lotus) fonctionnent normalement. Nous avons aussi vu quelques logiciels éducatifs (astronomie, physique) tournant sur des ordinateurs 286 reliés par paire à une imprimante. Mais peu de machines disposent de disques rigides. Quant aux réseaux, ils sont inexistants. Ce n'est pourtant pas une question de financement, puisque le réseau éducatif est jugé prioritaire et, de ce fait, est à l'abri des coupures budgétaires en ces temps de ralentissement économique.

Au Japon, l'organisation du travail repose sur la hiérarchie et la collectivité. En Occident, l'ordinateur personnel est présenté comme un instrument personnel permettant à un individu d'accéder et de traiter de l'information. Chacun choisit son fond d'écran, la vitesse de sa souris, les sons qui accompagnent ses actions, ses icônes. Une telle manifestation d'individualité est peu compatible avec l'organisation du travail et des études au Japon.

Avec le déploiement des réseaux locaux à haute vitesse et la venue des applications collaboratives, on pourrait croire que les Japonais pourraient enfin se convertir à la micro-informatique. Mais les technologies de l'information entraînent innévitablement des changements organisationels profonds. Pour être efficace, chacun doit être en mesure de comprendre, de répondre et d'interpréter correctement l'information. Or, cela requiert une distribution plus équitable de la connaissance et de l'autorité, peu compatible avec l'oganisation hautement hiérarchisée du travail au Japon. Jusqu'ici, cependant, les Japonais ne semblent pas trop souffrir de l'absence de cette distribution de la connaissance et de l'autorité, sur le plan de la productivité. Peut-être un visiteur japonais trouverait-il paradoxal que nous passions tant de temps devant nos claviers à chercher et à activer des fonctions plutôt qu'à abattre du boulot ?

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