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 Numéro 39, Avril 2001 
Gérer l'information, un aide-mémoire Version Imprimable  Version imprimable


Myriam Germain  (Vitrine APO)

À l’heure d’Internet et autres médias, comment mettre ces vecteurs au profit de l’apprentissage? Comment, entre textes, hypertextes, illustrations, animations, présenter les informations de telle sorte que l’apprentissage et la mémorisation soient optimisés?». Voilà la question que posent les auteurs Éric Jamet et Alain Lieury dans le dernier Science & Vie Hors Série («Nouveaux médias : une information pensée pour le rappel», Science & Vie Hors Série, no 212, septembre 2000, p. 153-160).

Les chercheurs en psychologie cognitive s’intéressent de près aux avantages des TIC en matière d’apprentissage, de mémorisation, de compréhension. Ils nous disent que, généralement, on retient
10 p. 100 de ce qu'on lit;
20 p. 100 de ce qu'on entend;
30 p. 100 de ce qu'on voit;
50 p. 100 de ce qu'on voit et entend;
80 p. 100 de ce qu'on dit;
90 p. 100 de ce qu'on fait.

Grâce à leur caractère visuel, animé et interactif, les TIC semblent à même de servir au mieux les objectifs d’apprentissage. L’activité d’exploration sur le thème de la sécurité routière, par exemple, dans l’application praTIC-o-praTIC, illustre ces avantages des TIC dans le cas d’un tableau résumé, d’une séquence animée, d’un extrait sonore ou d’un applet de simulation.

J'entends - J'oublie
Je vois - Je me rappelle
Je fais - Je comprends

Selon le contexte, la valeur des TIC dans le processus d'apprentissage varie. Les TIC n'ont pas pour fonction immédiate de nous faire saisir tous les concepts, mais elles accroissent notre niveau de motivation, créent un intérêt et nous encouragent à participer davantage au processus d'apprentissage. Et c'est à partir des éléments retenus par l'élève que se constituent des bases solides servant à créer des liens entre des notions connues et de nouvelles notions.

La présentation de données organisées
Les auteurs Éric Jamet et Alain Lieury insistent sur l’importance de la gestion de l’information comme aide-mémoire pour faire des TIC les meilleurs vecteurs de connaissance.
Ils citent d’abord les études de John Sweller, théoricien en psychologie cognitive, selon qui l’intégration de données hétérogènes s’effectue dans notre mémoire à court terme, «dont la capacité est limitée» . Il faut lui faciliter la tâche, mais comment? Le chercheur suggère que la présentation, l’organisation schématisée de l’information transmise facilite la compréhension et assure une meilleure mémorisation.

«La mémoire n’est pas seulement vouée à fabriquer des représentations mentales. Elle possède aussi des mécanismes dynamiques permettant d’organiser et de récupérer les informations. Le schéma, en tant que motif graphique, représente un plan de récupération très efficace basé sur l’image.» MM. Jamet et Lieury donnent l’exemple de l’utilisation d’une carte schéma qui structure l’information transmise par un document vidéo. «Sur le plan pédagogique, le schéma facilite l’apprentissage en permettant de structurer l’information sémantique du document et de saisir, en simultané, sa structure spatiale.» Ils citent aussi l’exemple de l’animation, qui se révèle fort efficace pour illustrer des phénomènes invisibles à l’œil nu, sous-terrains, de mécanique complexe, de traversée du temps, ou encore, de dimensions intergalactiques! L’animation a cependant un désavantage : l’absence de maîtrise du rythme de présentation des données, d’où la nécessité de la faire dérouler à plusieurs reprises pour saisir l’ensemble des éléments.
«On gagnera certainement à remplacer le texte écrit par des commentaires parlés et à introduire un peu d’interactivité, au minimum l’arrêt sur image.»

Les pièges des TIC
Les auteurs nous expliquent que les TIC agissent sur trois plans : le mode perceptif qui saisit l’information; la représentation mentale; le support d’information, avec ses limites et ses atouts.

«La coexistence de ces trois niveaux aboutit à de multiples combinaisons de présentation de l’information.» Afin de comparer l’efficacité de différents médias, les auteurs ont soumis un questionnaire à choix multiples à des élèves qui avaient abordé de façons diverses des questions simples de physique. «Les résultats indiquent que les modes les plus efficaces sont la lecture d’un texte seul et celle d’un manuel où le texte est illustré. En outre, contrairement aux résultats classiques démontrant l’efficacité du dessin seul, le résultat le plus paradoxal est l’inefficacité totale de la télévision muette – score nul. On en connaît la raison : l’absence de double codage. Enfin, la moindre efficacité de la télévision par rapport au manuel ou à la lecture tient, elle, à l’absence de l’orthographe des mots complexes et à l’impossibilité dans laquelle se trouve le téléspectateur de réguler la vitesse de présentation et de revenir en arrière.»

Les recherches démontrent de plus que les enfants et adultes, dans leurs manipulations d’hypermédias, se perdent dans le texte, revisitent souvent la même page, ignorent des sections entières des documents, ou se perdent d’un lien à un autre, oubliant le but initial de leur recherche. «Certains chercheurs ont déjà montré que les hypertextes pouvaient être améliorés par la présence de cartes conceptuelles dans le document. Le rôle organisateur des schémas est donc également utilisable avec Internet.»

Trop d’information tue l’information
En somme, il apparaît important de maîtriser l’art de la synthèse afin de mettre en évidence les éléments organisateurs de l’apprentissage, que ce soit par une carte du site, une série de résumés en caractères gras au sein d’un texte, un graphique, un schéma. «Il est surprenant de constater que des personnes confrontées (sic) à un simple résumé d’un texte sont plus efficaces en termes de rappel que des personnes qui ont été confrontées (sic) au texte entier ou au texte accompagné du résumé.»

Les auteurs concluent : «Trop d’information tue l’information.» Il revient donc à l’enseignant, dans son travail de conception d’activités pédagogiques intégrant les TIC, de gérer l’information. Cela signifie : choisir des supports à l’apprentissage dans lesquels l’information est organisée de façon efficace et claire, trouver le type de ressources le plus approprié à la matière étudiée, et même, au besoin, créer des outils aide-mémoire et structurants d’accompagnement dans le contexte des TIC.
 

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