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 Numéro 12, Novembre 1996 
Réseaux informatiques : le retour de Big Brother Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien GUAY  (Vitrine APO)

 

Est-ce la fin de l'informatique personnelle? Avec le retour en force des grands serveurs, on s'aperçoit que l'ordinateur personnel n'est pas facile à gérer dans un réseau. Et la situation est encore plus difficile dans les réseaux pédagogiques où cohabitent souvent plus d'une centaine de logiciels, les systèmes DOS, Windows 3.1, Windows 95, Unix et Macintosh et quelques milliers d'utilisateurs.

À la création des cégeps, dans les années 70, c'est encore le règne des ordinateurs centraux. On achète un HP 3000, on embauche un analyste, quelques programmeurs qui régneront en rois et maîtres sur l'accès aux espaces de travail et à l'information. Toute requête doit être planifiée longtemps à l'avance et chacun doit respecter des protocoles d'accès et des procédures rigides. L'ordinateur est utilisé par la gestion, très rarement pour la pédagogie.

 

La tour de Babel

Dans les années 80 avec l'apparition du PC d'IBM et, plus tard, du Macintosh, sonne l'heure de la libération et de l'autonomie. Ces ordinateurs sont souvent considérés avec dédain comme des jouets par le personnel informatique en place.

Affranchi du réseau, chacun peut installer les applications qu'il veut sur son poste. Les applications résidentes en mémoire -- les INIT en sont l'équivalent sur Macintosh -- pullulent. Chacun a son aide-mémoire, son calendrier ou sa table des caractères à la portée d'une touche de fonction et peut satisfaire ses requêtes sur-le-champ. La couleur du fond d'écran, la taille du curseur, la vitesse de la souris sont hautement personnalisées. Les premiers didacticiels voient le jour.

Mais dans les années 90, le besoin d'échanger des fichiers avec les collègues, de bénéficier de services additionnels comme la prise de copie de sécurité, l'accès aux imprimantes laser et aux banques de données favorise le retour du réseau. C'est l'ère du "workgroup".

Les administrateurs de réseau reprennent du service. Mais l'informatique personnelle est maintenant un droit acquis. En l'absence de standardisation et de procédures, chaque utilisateur est roi. Le réseau devient une tour de Babel et sa configuration varie au jour le jour selon les demandes des uns et des autres. En l'absence de procédures établies, chaque demande a souvent le même niveau de priorité, que ce soit le formatage d'une disquette ou l'installation d'un nouveau logiciel pour le lendemain. Et, quel que soit le problème, c'est toujours la faute du réseau.

Aujourd'hui, l'arrivée d'Internet pose de nouveaux problèmes. Qui dit "courrier électronique" dit aussi "compte personnel". Et le retour en force de serveurs spécialisés pour la base de données Oracle, par exemple, l'apparition des Intranet, tout indique le retour du balancier vers un environnement informatique centralisé.

Idéalement, chaque technicien devrait maîtriser TCP/IP, Oracle, NetWare, NT, Windows, UNIX et le Macintosh. Et participer régulièrement aux coûteuses sessions de formation des éditeurs et des fabricants. Un idéal peu réaliste quand on connaît les coupures de budget ou même de poste qui frappent de plein fouet les services informatiques.

 

Un remède de cheval

Pourquoi, dans ce contexte, ne pas partager l'expertise entre les établissements et créer une sorte de service centralisé? Plusieurs y ont déjà pensé pour le traitement de la paie, en particulier. Les Entreprises 3-Soft expérimentent depuis peu l'implantation de ce type de service grâce au contrôle à distance. Au moment où un problème se présente, un spécialiste du sujet peut rapidement établir un diagnostic et préparer un plan d'intervention à distance ou pour exécution par le personnel en place dans l'établissement.

On imagine facilement les coûts fabuleux engendrés par le transfert des plaintes et des problèmes à ce type de service. Il est reconnu que plus de la moitié des plaintes concernant les applications et procédures relève de la paresse. Il est plus facile de demander à l'autre que de chercher dans la documentation. Certains collèges n'y vont pas de main morte. Chaque utilisateur d'Internet qui désire avoir accès au courrier électronique doit signer une formule où il reconnaît qu'il ne recevra pas de support technique! Ailleurs, l'étudiant qui perd son mot de passe doit débourser 5 $ pour retrouver son accès au réseau.

Pour Yves Plourde, responsable du service chez 3-Soft, il est essentiel de redéfinir la mission des services informatiques des collèges. Cette mission est-elle de satisfaire tout le monde, d'assurer le fonctionnement des laboratoires, d'assurer le partage de documents d'un système à l'autre ? Doit-on offrir le support des applications (traitement de texte, chiffrier, base de données)?

La phase suivante consiste à s'assurer que l'équipement actuel est adéquat, à établir des niveaux de sécurité acceptables, à contrer les virus et à soigneusement documenter ces éléments pour qu'un intervenant puisse rapidement comprendre l'environnement d'utilisation.

L'étape finale a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Pour assurer une réponse rapide, il faut que l'environnement soit bien défini et uniforme. Cela se traduit par la standardisation. On se limitera à un ou deux systèmes, on ne fournira le support que pour les appareils qui se conforment aux normes quant aux programmes résidents et qui utilisent les applications permises!

Big Brother serait content : surveillance automatique des licences de logiciels, contrôle (ou censure?) des accès Internet, hors de la norme, point de salut! Et la pédagogie dans tout cela? Vous avez dit la péda...quoi?

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015