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 Numéro 16, Avril 1997 
Copilote en programme Version Imprimable  Version imprimable


Christian BARRETTE

 

Interrogez n'importe quel professeur sur la principale lacune de ses élèves et il y a fort à parier que la réponse portera sur la difficulté d'établir des liens entre les éléments du contenu. Que ce soit par l'approche par compétences, la démarche d'intégration ou la résolution de problèmes, tous les discours pédagogiques ciblent le même objectif : dépasser l'acquisition pour atteindre la compréhension. La compréhension marque l'aboutissement de la relation entre l'enseignement et l'apprentissage; c'est le stade de l'autonomie où l'enseignant abandonne l'élève à lui-même dans l'utilisation créatrice des connaissances acquises.

Trois opérations me semblent nécessaires pour que les processus cognitifs débouchent sur une véritable intégration des connaissances. Initialement, c'est la mémorisation qui est mise en oeuvre pour transformer l'expérience de la découverte en une acquisition d'images et de mots. L'expérience s'enrichit, le vocabulaire se développe et le découpage de la réalité se raffine. Ce processus n'est pas que cumulatif, car des liens se tissent continuellement entre les acquis nouveaux et antérieurs.

En second lieu, les mots, les images, les concepts s'organisent pour créer de l'ordre ou pour fournir des explications. L'analyse devient plus riche, multidimensionnelle, et elle contribue à donner du sens à la connaissance accumulée.

Enfin, en troisième lieu, émerge la compréhension par l'utilisation sélective et dirigée vers un but des connaissances déjà acquises et organisées, ces dernières formant alors un savoir intégré et significatif. L'information prend alors un "sens", c'est-à-dire, littéralement, une direction.

Ce sont ces trois étapes vers l'intégration que parcourent les élèves engagés dans la démarche Copilote 1 que j'utilise dans plusieurs de mes cours. Cette démarche s'appuie sur une méthode pédagogique et sur un logiciel qui en facilite l'application. Dans ce texte, je voudrais faire part de son application auprès de groupes du profil "Individu et société" du programme de Sciences humaines.

Dans le cours d'anthropologie "Origine et évolution de l'espèce humaine" que suivent en deuxième session toutes les personnes inscrites dans le profil "Individu et société", l'application de la méthode donne lieu, tout d'abord, à l'analyse d'un livre obligatoire. Tout au long de la session, les élèves retirent de leurs lectures des définitions, des descriptions et des exemples afin d'asseoir des connaissances empiriques et conceptuelles. En même temps, ils repèrent les passages qui mettent ces informations en ordre, soit par la classification, soit par la composition, soit par la mise en séquence, soit, enfin, par la mise en ordre de grandeur. Enfin, ils reprennent aussi les passages qui fournissent des explications sur des processus, des événements ou des actions.

Au terme de ce travail d'analyse, les élèves vont procéder à une synthèse personnelle des informations en produisant une dissertation sur un thème général de leur choix. Ainsi, ils intègrent et donnent un sens aux connaissances acquises.

Un an plus tard, certains de ces élèves pourront, en dernière session, choisir un autre cours d'anthropologie, "Race ou racisme ?", dans lequel ils pousseront encore plus loin la démarche mise en place auparavant. Cette fois, ils utiliseront à fond le logiciel afin de s'autoévaluer et de se préparer aux évaluations sommatives. Cela donne lieu à des formes d'évaluation surprenantes et à une relation pédagogique singulière.

Dans ce cours, le seul examen a lieu à la fin de la session. Mais une autre forme d'évaluation exige à trois reprises durant la session que les élèves, individuellement en classe et sans droit aux notes, mettent par écrit des synthèses personnelles sur des thèmes généraux. Chacun de ces thèmes est connu d'avance et correspond à l'objectif d'une partie du cours. Par exemple, mes élèves viennent juste de terminer leur travail portant sur le thème suivant : "Évaluer la part des facteurs génétiques dans les caractéristiques individuelles et dans les variations entre les populations humaines". Ce travail requiert que les élèves appliquent judicieusement 12 notions que je leur impose d'utiliser. Évidemment, celui ou celle qui se présente à l'exercice sans maîtriser les notions ni les rapports qu'elles entretiennent n'arrivera qu'à produire un embrouillamini. C'est pourquoi l'étape préliminaire d'autoévaluation est si importante, et pour la réaliser ils utiliseront le logiciel Copilote.

Copilote permet d'une part au professeur de procéder à l'analyse du contenu conceptuel d'un bloc de cours en identifiant tous les éléments et toutes les relations qui relèvent de la description, de la mise en ordre et de l'explication. Il y ajoute même une vision intégrée de tous ces éléments qui traduit alors sa propre compréhension du domaine analysé. Pour chacun des niveaux, la description, la mise en ordre, l'explication et la compréhension, le logiciel fournit une manière appropriée de présenter l'information.

Pour la description, la forme de représentation retenue est une sorte de fiche pouvant contenir du texte et une image (figure 1, en haut à gauche). Un réseau en forme d'arbre sert à représenter les informations de mise en ordre (figure 1, en bas à gauche). L'explication d'une action ou d'un événement, quant à elle, tient dans une autre sorte de fiche où sont désignés les différents "acteurs" (figure 1, en haut à droite). Enfin, la compréhension, sorte de synthèse d'ensemble, s'exprime dans un réseau assez ouvert conçu comme une carte de concepts (figure 1, en bas à droite).



Figure 1
Les quatre représentations des connaissances dans le logiciel Copilote

D'autre part, afin de se préparer à l'évaluation de leur production écrite, les élèves vont recourir au même logiciel pour réviser la matière pertinente dans le matériel préparé par le professeur et converti à leur usage. Leur tâche consiste alors à répondre à de simples questions, à construire des arbres permettant d'établir des liens d'ordre entre des éléments et à schématiser des explications. Ils peuvent même commencer à construire leur plan de dissertation sur le thème général dans une carte de concepts. Tout au long de leur travail, ils peuvent recourir à des fonctions automatisées de rétroaction grâce auxquelles ils précisent leur degré de maîtrise du domaine et la nature de leurs difficultés. À tout moment, ils peuvent obtenir un bilan résumant leur niveau de performance (Figure 2). Au terme de leur révision, ils pourront se présenter en classe et rédiger un texte bien assis sur une solide compréhension du sujet.

Figure 2
Bilan du niveau de performance

Le logiciel est conçu pour une utilisation individuelle. À l'heure actuelle, je fournis le matériel et le soutien technique en version Mac-OS et Windows à plus d'une centaine d'étudiants, tâche plutôt fastidieuse qu'éliminerait le dépôt centralisé dans un site d'accès Internet au collège. Chacun d'entre eux étant muni de sa propre disquette, les élèves peuvent travailler à leur guise, soit à la maison, soit sur l'un des quatre appareils disponibles dans le laboratoire multifonctionnel des sciences humaines du collège.

Lorsqu'ils travaillent au laboratoire, les élèves offrent aux professeurs qui y assurent une permanence le spectacle réconfortant d'équipes de travail solidaires et dynamiques. Loin de s'isoler, ils se regroupent pour échanger des réponses ou des trucs, manuels et cahiers de notes ouverts sur les espaces de travail. Ce genre d'activités a profondément modifié la relation pédagogique qui nous unit. S'il reste que pour un bon nombre la seule préoccupation est d'obtenir la "bonne réponse", la majorité n'hésite pas à discuter avec moi, au laboratoire ou au bureau voisin, des fondements de la matière. Ces échanges profitent à ces finissants qui se préparent ainsi aux exigences intellectuelles d'un programme universitaire. Dès lors, lorsque arrive le temps de rédiger leur synthèse personnelle, ils se présentent en classe en pleine possession de leurs moyens.

Lorsque le site du collège sera fonctionnel, les élèves pourront y accéder pour obtenir le logiciel et le matériel que je prépare. Ils pourront aussi en profiter pour communiquer avec moi par le biais du courrier électronique. Déjà, ils ont commencé à le faire en utilisant mon compte chez Vidéotron.

Les nouvelles technologies n'isolent pas les élèves, ils contribuent plutôt à créer de nouvelles communautés. De plus, si je les utilise pour me relever dans ma tâche de fournisseur exclusif d'informations, je peux en profiter pour changer mon rôle et devenir un conseiller, un "entraîneur" dans la production d'un savoir original, intégré, créatif.

 


Note
  1. Copilote est d'abord le fruit d'une recherche PAREA dont les auteurs sont Jean-Pierre Regnault, du cégep Montmorency, et Christian Barrette, du collège Ahuntsic (Copilote. Plan de développement d'un système informatisé d'autoévaluation formative. Collège Ahuntsic, décembre 1991, 192 pages). C'est aussi un logiciel produit grâce au soutien du CCDMD (Copilote, Devis de production d'un logiciel d'analyse de la matière et de création de matériel d'autoévaluation. Montréal, Collège Ahuntsic, 1992, 119 pages). Aux deux premiers auteurs, s'est joint Christian Contant, d'Ahuntsic, qui a assuré la programmation de la version Mac-OS du logiciel. La version Windows a été programmée par Pierre Dion, du cégep de Lennoxville. Une version en anglais est en préparation. Retour au texte.

 


Copilote est disponible dans la nouvelle édition 1997-1998
du DOC 101 logiciels éducatifs publié par le CCDMD.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015