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 Numéro 16, Avril 1997 
Multimédia à gogo Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien GUAY  (Vitrine APO)

 


Comme je visitais récemment un important collège, on m'entraîna au département de chimie pour que je voie le développement d'un produit multimédia extraordinaire. Alors que je m'étonnais de l'absence d'une équipe de développement, on me répondit que l'enseignant qui travaillait au projet valait à lui tout seul toute une équipe. Un stagiaire avait travaillé au projet pendant plus de six mois et le collège avait investi pas loin de 40 000 $ dans cette fameuse production.

C'est un passionné, m'avait-on dit. Et pour cause, l'enseignant avait hypothéqué sa maison pour acheter l'équipement de production multimédia. Ses innombrables soirées devant l'écran l'avaient conduit au divorce. Il ne s'en plaignait pas car cela lui avait laissé encore un peu plus de temps pour programmer.

Au collège, il utilise un ordinateur multimédia dernier cri avec deux haut-parleurs branchés sur un amplificateur de 120 watts. Son programme s'ouvre avec la cinquième symphonie de Beethoven.

"C'est l'interprétation de Karajan, n'est-ce pas ?, lui dis-je. Ça n'a pas dû être facile d'obtenir les droits de reproduction.

- Pas besoin, c'est seulement les 15 premières secondes.

- Je ne vois pas le menu principal...

- Pas besoin, tout a été soigneusement programmé. Ils ne peuvent pas se mêler. Ils n'ont qu'à s'asseoir et à regarder."

Les thèmes traités s'affichent en jaune sur fond rose. Je n'arrive pas à lire quoi que ce soit ; ce doit être de la physique très avancée. Les écrans de la première partie sont une succession monotone de texte qui apparaît graduellement au son d'une machine à écrire (en passant, les temps changent : mon fils de douze ans est incapable d'identifier le son de la clochette de fin de ligne). Dans le coin supérieur droit, une sorte de spirale tourne. Je suis violemment tiré de ma torpeur par les 120 watts de Beethoven.

" Nous venons de finir la première section, dit mon enseignant. Ici, l'étudiant doit indiquer s'il a bien compris les notions de base.

- Mais je ne vois qu'un seul bouton. Où est le bouton Non ?

- Pas besoin, c'est tellement bien expliqué qu'ils ne peuvent pas ne pas comprendre, tu vois ? "

La deuxième partie est plus dynamique. C'est une série de questions à choix multiples. À la suite d'une bonne réponse, c'est un Mickey tout souriant qui apparaît.

"Fantastique ! Comment avez-vous pu vous entendre avec Disney pour obtenir les droits ?

- Pas besoin, quand ma femme est partie avec les enfants, le plus jeune avait oublié son album. Je n'ai eu qu'à numériser l'image."

Ce n'est qu'à la troisième partie que j'ai réussi à persuader mon interlocuteur de me laisser utiliser moi-même le logiciel. Hélas, je n'ai pas eu le temps de voir grand chose car, à peine avais-je par dessein choisi une mauvaise réponse que l'alarme générale s'est déclenchée. Même l'écran de l'ordinateur s'est mis à clignoter rapidement, alternant entre le blanc et le rouge vif. Prenant mes jambes à mon cou, je suis sorti en vitesse pour attraper un taxi.

Le lendemain, mon interlocuteur m'envoyait un courrier électronique en m'expliquant qu'il n'y avait pas eu de feu, que l'alarme était un son qu'il avait programmé en cas de mauvaise réponse (il voulait s'assurer que l'étudiant s'en souvienne) et il me demandait de lui suggérer des distributeurs pour son produit.

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