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 Numéro 18, Octobre 1997 
Pratiques pédagogiques Version Imprimable  Version imprimable


Bruno POELLHUBER  (APOP)

Les NTIC deviennent de plus en plus présentes dans notre vie de tous les jours. Dans les médias, on n'en a plus que pour l'Internet. Les chroniques spécialisées et les émissions sur le sujet se font de plus en plus fréquentes. Il devient quasiment banal d'aborder le sujet. Les données de tous types se présentent couramment sous une forme numérique : sons, voix, musique, images, photos, vidéos. Il devient de plus en plus facile de les échanger et de les distribuer. Les compagnies de câble veulent offrir la téléphonie, les compagnies de téléphone, la télévision. Les deux offrent l'accès Internet, et tout cela pourrait bien être aussi disponible par satellite. On peut même naviguer sur le Net avec certains modèles de téléphones !

Les accès au réseau Internet deviennent de plus en plus rapides et de moins en moins dispendieux. Les sites Internet et les cédéroms commencent à exploiter de façon intéressante les possibilités d'interactivité. Les interfaces deviennent de plus en plus intuitives et faciles à utiliser, ce qui rend l'utilisation des NTIC à la portée de tous, qu'il s'agisse de naviguer sur le Web, de construire des pages Web ou même de concevoir des contenus multimédias.

Face à tout cela, les réactions des professeurs sont diverses. Certains parlent d'une surmédiatisation du phénomène. Ils considèrent qu'il s'agit d'un engouement passager et se contentent de rester sur la voie de service, en attendant que la mode passe, comme celle de l'audiovisuel. Pour d'autres encore, les possibilités des nouvelles technologies éveillent les rêves les plus fous : ils s'émerveillent de voir un vidéo de quelques secondes (après l'avoir télédéchargé pendant une demi-heure) ou une image en trois dimensions en se disant que rien ne sera jamais plus pareil. On s'imagine facilement que les étudiants vont apprendre vite et mieux et que les problèmes pédagogiques vont tous être réglés comme par magie. C'est facile ! On n'a qu'à tout mettre sur Internet et ils vont apprendre seuls !

Mais un nombre de plus en plus grand de professeurs s'intéressent simplement aux possibilités pédagogiques qu'offrent les NTIC. Ce sont de moins en moins des passionnés de l'ordinateur, des APO (applications pédagogiques de l'ordinateur) et de la programmation, et de plus en plus des professeurs plus « ordinaires », qui, sans être des mordus d'informatique, se questionnent : Quelles sont les possibilités que présentent les NTIC en tant qu'outils d'apprentissage ? Doit-on les intégrer aux pratiques pédagogiques ? Comment ? En quoi vont-elles modifier le rôle des professeurs ?

Les NTIC peuvent d'abord simplement être vues et utilisées comme un vaste répertoire de ressources sur support numérique. Les contenus numérisés de grande qualité deviennent de plus en plus nombreux, de plus en plus facilement et rapidement accessibles ; cédéroms, banques de données, sites Internet. Dans le champ de l'éducation et des sciences humaines notamment, on retrouve sur le Web du matériel de qualité en abondance.

La possibilité d'utiliser l'image, les rotations en trois dimensions permettent de renforcer certains apprentissages par des modes de traitement de l'information auparavant inaccessibles. Ces possibilités sont fort intéressantes dans les domaines où les habiletés de visualisation jouent un grand rôle (en physique, en architecture, etc.). Mais même dans d'autres domaines, l'utilisation des diverses modalités sensorielles peut favoriser un traitement plus en profondeur. De plus, l'interactivité de ces médias peut permettre aux apprenants de chercher des réponses à partir de leurs propres questions.

Les NTIC présentent des possibilités nouvelles comme mode de distribution de la formation, en particulier pour la formation à distance. Ces possibilités présentent des avantages intéressants en termes pratiques. Avec le courrier électronique, il est facile d'offrir aux élèves des plages d'encadrement étendues. On peut utiliser les pages Web pour échanger des textes, des contenus, des plans de cours, des exercices, et des examens entre professeurs et étudiants. Cela signifie-t-il la disparition des professeurs ?

Sûrement pas ! L'apprentissage demeure un phénomène largement social et affectif. Le rôle des professeurs, bien qu'appelé à se transformer, devient plus important que jamais. La contribution essentielle des NTIC est de nous aider à passer d'un modèle centré sur l'enseignement (ce que fait le professeur) à un modèle centré sur l'apprentissage (ce que fait l'élève). L'information devenant de plus en plus facilement accessible, et le savoir devenant de plus en plus décloisonné, on ne peut plus concevoir le rôle du professeur comme étant essentiellement celui qui est le dépositaire unique des connaissances reliées à sa discipline, qui dépose ce savoir dans les récipients à remplir que sont les têtes des élèves (les cruches ?).

Les étudiants sont de plus en plus appelés à devenir des acteurs actifs qui construisent leurs apprentissages en interaction avec un environnement ouvert et riche d'informations. Mais ce n'est pas parce qu'il navigue sur Internet qu'un étudiant apprend. Il risque même de « surfer » en traitant l'information de façon superficielle et peu significative. Le problème n'est plus un problème d'accès à l'information, mais plutôt un problème de surabondance de l'information. Il devient de plus en plus nécessaire d'apprendre à rechercher et à trouver de façon efficace les informations pertinentes, à évaluer d'un point de vue critique la valeur de ces informations (spécialement lorsqu'elles sont obtenues via le net où n'importe qui peut publier n'importe quoi), de s'y attarder et de les traiter en profondeur. Le rôle des professeurs dans le développement de ces habiletés est crucial.

Cela demandera une certaine ouverture d'esprit, car il est certain que l'on rencontrera des situations où certains étudiants en connaissent plus que le professeur, sur certains logiciels par exemple. Et des étudiants à qui l'on donne un travail de recherche à faire dans une discipline donnée peuvent fort bien devenir plus experts que leur professeur sur leur sujet pointu. N'est-ce pas là une révolution de la conception que l'on se fait du rôle du professeur ? Mais l'utilisation pédagogique des NTIC ne nous renvoie-t-elle pas à ce qui est vraiment le rôle essentiel du professeur : un rôle d'accompagnateur, d'entraîneur, de modèle, qui motive, encadre et guide l'étudiant dans ses apprentissages tout en lui laissant la responsabilité de ceux-ci ?

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