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 Numéro 19, Novembre 1997 
La loi des APO ou pourquoi ça marche seulement pendant les tests ! Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien GUAY  (Vitrine APO)

Les applications des nouvelles technologies sont vraiment étonnantes. C'est ainsi que j'ai pu me taper un trajet Montréal-Toronto, Toronto-Winnipeg et Winnipeg- Régina avec une infection d'oreille abominable pour démontrer, à moitié sourd, que je pouvais effectuer, grâce à la télématique, le même travail que je faisais à Montréal. Peut-être aurais-je dû rester à Montréal et faire ma démonstration à distance dans l'autre sens.

On déplore souvent le peu d'enthousiasme des enseignants à utiliser les nouvelles technologies. Ils disent ne pas faire confiance à l'équipement ou à la qualité de l'installation dans un laboratoire, bref n'importe quoi pour ne pas innover, me suis-je toujours dit.

Je dois avouer que longtemps je me suis méfié de la technologie comme de la peste. Pas question pour moi de faire une présentation avec PowerPoint. Qui pouvait m'assurer que mes hôtes auraient la même version, que des mauvais secteurs n'allaient pas apparaître sur ma disquette ? Longtemps, j'ai préféré plutôt faire imprimer mes diapositives, à 15 $ l'unité, et utiliser un bon vieux carrousel.

Lentement, à force de voir des présentations réussies, je me suis laissé aller sans savoir que j'allais ainsi être confronté aux pires situations de ma vie. Ces expériences dramatiques m'ont rapidement conduit à élaborer « la loi des APO ». Voici mes principales conclusions :


1. Les pannes matérielles ne surviennent qu'immédiatement avant la présentation.

Que ce soit l'accès au réseau ou la lampe de projection, toutes les composantes physiques fonctionnent parfaitement jusqu'au moment exact de la présentation. J'ai tenté de déjouer cette loi en modifiant à la dernière minute le moment d'une présentation mais il semble que le matériel ne réagisse que lorsqu'il perçoit la présence d'un public exigeant.


2. Tout fonctionne toujours bien pendant les répétitions.

Aux prises avec des problèmes de conversion de fichiers en passant d'une plate-forme à l'autre, j'avais pris l'habitude d'enregistrer ma présentation sur une disquette PC faite sur un Macintosh, puis de récupérer et convertir cette présentation pour un PC. Tout s'est toujours bien passé lors de mes tests.

Mais en arrivant devant un auditoire de l'École polytechnique, il n'y avait plus aucun fichier sur la disquette ! De retour au bureau après une séance d'improvisation éprouvante, je glisse la disquette dans le Macintosh pour y retrouver, intact, mon fichier de présentation.

Une autre fois, le fichier converti au format PC prenait presque deux fois plus d'espace et il était nécessaire de le compresser afin de tout faire tenir sur une disquette. Non seulement je réussis à trouver le technicien pour faire le travail mais j'arrive tout juste à temps à l'aéroport. À destination, impossible de décompresser l'archive, des mauvais secteurs apparaissent sur la disquette. Une autre séance d'improvision s'annonce...


3. L'entretien des appareils se fait toujours au pire moment.

Nous devions présenter, à un sous-ministre et à la presse, un nouveau site Internet. Afin de contrôler les impondérables, nous avons choisi de nous brancher par modem au service du collège par l'intermédiaire d'une ligne privée. Pas moyen d'obtenir la connexion. On finit par rejoindre le technicien qui nous apprend, tout éberlué, qu'il vient tout juste de mettre le serveur en pièces détachées afin de remplacer des éléments. La présentation au sous-ministre se fait à partir de la copie du site que nous avions pris soin de placer sur le disque rigide, mais près de la moitié de la démonstration nous mène vers un message d'erreur de connexion.


4. On ne vous dit l'essentiel qu'après la catastrophe.

Je me sentais comme l'équilibriste qui s'avance sur son fil. Afin de démontrer à l'assemblée des directeurs généraux des collèges le pouvoir d'Internet comme centre de ressources (textes, sons, stations de radio, etc.), j'avais accepté de préparer une présentation en temps réel.

Naturellement, nous sommes tombés au moment où FreePPP pour Macintosh devenait tout à fait incompatible avec le système 7.2 opérant Open Transport. Il avait fallu se résoudre à utiliser un PC portatif avec Windows 95 et Microsoft Explorer. Rien que le fait de manipuler la petite excroissance rouge au centre du clavier pour tenter de contrôler le curseur était suffisant pour convaincre l'auditoire que je souffrais de paralysie cérébrale. Ne connaissant alors ni Windows 95 ni Explorer, j'ai passé plus de la moitié de la présentation à ouvrir et refermer des fenêtres de toutes sortes.

Heureusement, la connexion avec le serveur du collège avait pu être établie et même le système d'amplification pour la démonstration de la musique MIDI et des stations de radio fonctionnait, du moins 20 minutes avant le début de la présentation, juste le temps nécessaire pour qu'après 20 minutes d'inactivité, le système me débranche automatiquement. Après avoir épuisé les ressources de la cache, j'ai fini par établir la connexion pour faire écouter les nouvelles en différé à partir du site de Radio-Canada. Mais c'était justement l'heure où on procédait à la mise à jour des données. J'ai dû terminer ma présentation en disant que « d'habitude, ça marche », sous des applaudissements bien discrets.


5. La loi des APO se défie de tous vos efforts de sécurité.

Après avoir récupéré de ces traumatismes, je m'étais bien promis qu'on ne m'y reprendrait plus. Remplaçant un collègue au pied levé pour une introduction à l'Internet, j'avais déposé près de son portatif la disquette contenant ma présentation et mes listes de liens Internet. M'assurant que la disquette est bien placée dans le lecteur, je pars, pour découvrir une fois rendu là-bas qu'il ne s'agissait pas de la bonne disquette.

À malin, malin et demi, j'avais déposé une copie des documents sur le serveur FTP de la Vitrine. Seulement, Netscape veut bien accéder à tous les sites FTP, sauf celui-là. L'heure de la présentation est déjà dépassée et j'ai toutes les peines du monde à repousser la jeune fille qui veut absolument me présenter aux 200 personnes du public alors que je m'évertue à transférer mes fichiers. Finalement mon technicien déplace le document sur un autre serveur mais, dans l'énervement, je perds la trace d'un fichier sur le disque rigide. Au moins, je récupère la liste de liens et suis quitte, une fois de plus, pour improviser.


6. Ce qui est compliqué marche toujours, ce qui est simple, jamais.

Lors d'un travail effectué auprès de lycées français d'Amérique, nous devions démontrer les capacités de NetMeeting pour tenir des séances de perfectionnement collectif pour les enseignants. Le technicien s'estimait chanceux d'avoir pu installer la version bêta2 le matin même. Nous n'avons eu aucune difficulté pour échanger avec des collègues en France mais il a été impossible de communiquer avec le poste situé à deux mètres de nous dans le laboratoire.

Dans une autre démonstration, j'avais été invité à Bogotá pour démontrer les fonctionnalités de NetMeeting pour des séances de formation continue des enseignants. La version 2 maintenant stable ne fonctionnait que sous Windows 95. Dès sept heures le matin, le technicien installe donc le système. Mais les configurations pour le réseau Internet disparaissent. La situation est réglée quelques secondes avant le début de ma présentation alors que le technicien de Montréal croit toujours que nous sommes en test et m'envoie, en lettres énormes : TA FEMME SE PORTE BIEN AVEC SON AMANT (amante en espagnol). Horrifié, je lui demande d'activer le partage d'application à toute vitesse et pouf, je me retrouve sans connexion devant un auditoire qui rigole encore du message apparaissant à l'écran et avec 90 minutes de présentation à improviser en espagnol.


ÉPILOGUE

Mon docteur dit que je vais bien. Depuis que je prends mes médicaments, je n'ai plus d'attaque en voyant une souris ou une excroissance rouge. 

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