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 Numéro 15, Mars 1997 
La potion magique d'Antidote Version Imprimable  Version imprimable


Marcel FORTIN

Nos lecteurs ne seront pas surpris de voir que, encore une fois, j'aborde l'examen des modules correction et grammaire d'Antidote du point de vue de l'apprentissage du français par des étudiants. Le premier article sur le Petit Druide (dictionnaire) et sur le conjugueur manifestait déjà cette préoccupation première.

Rappelons d'abord que nous croyons tous que nous pouvons apprendre de nos erreurs si nous pouvons en prendre conscience d'une façon ou l'autre... Et en prendre conscience est souvent le fait de l'action du professeur, du compagnon ou encore d'un livre (dictionnaire ou autre), d'un logiciel d'assistance à l'écriture...

Ces dernières années, on a beaucoup espéré des logiciels de correction. Certains d'entre nous, désenchantés, pensent qu'ils ont été par trop naïfs ! Naïfs au point de tolérer, de la part du logiciel, toutes sortes de "corrections" fautives, d'analyses de phrases fastidieuses et insensées ! Naïfs, au point d'oublier que le principal correcteur c'est d'abord et avant tout, et toujours, le rédacteur du texte ! Aujourd'hui, on sait que le logiciel ne doit pas remplacer ce rédacteur qui veut bien qu'on l'aide, mais de manière vraiment appropriée et sans augmenter sa tâche ! Ces aspirations, légitimes chez les rédacteurs et les apprentis rédacteurs, ont été largement comprises par l'équipe d'Antidote : la qualité de leur dictionnaire, l'étendue de leur conjugueur le prouvent déjà amplement à elles seules. Et cette perception se trouvera encore renforcée si vous examinez de près leur grammaire électronique et leur détecteur-correcteur.

 

Une grammaire électronique

Je disais plus haut qu'on peut apprendre par ses erreurs en en prenant conscience d'abord puis en trouvant rapidement les informations nécessaires pour les corriger. C'est ici qu'intervient la magie d'une grammaire électronique qui s'ouvre toute seule à la règle concernant votre difficulté. Un court texte explicatif vous aide à lever votre difficulté et si par malheur un mot ou l'autre de cette explication vous échappe, alors vous pouvez appeler le dictionnaire à la rescousse... La combinaison de l'erreur pointée avec le rappel de la règle de la grammaire et avec les informations du dictionnaire crée une synergie d'informations qui peut vous rendre capable de triompher de la plupart de vos difficultés en rédaction française. C'est là un scénario de base vraiment pédagogique pour aider l'étudiant à devenir davantage son propre correcteur. Bien fini le temps du correcteur prétentieux, omniscient et moulineur de textes !

Parce qu'elle est interactive, concise et illustrée de bons exemples, la grammaire électronique d'Antidote va sûrement connaître la même popularité que le Multidictionnaire des difficultés de la langue française (De Villers/Québec-Amérique) ou encore celle du bon vieux Thomas de chez Larousse (Dictionnaire des difficultés de la langue française). Sans être aussi complète que ces deux outils célèbres, la grammaire d'Antidote a la qualité première d'être à l'écran, près du texte, prête à s'ouvrir à la bonne règle et enfin ciblée sur les difficultés les plus répandues plutôt que sur l'ensemble des règles de la langue. Plus besoin de quitter son texte, plus besoin de feuilleter ! Grâce à une table des matières et à un index, la rapidité de consultation est favorisée.

J'ai parcouru cette grammaire en me servant de la table ou de l'index. Point de longueurs, toujours de la clarté. Mais j'ignore si l'étudiant en mal de français écrit aura toujours la sagesse et, ma foi, la patience de tout lire pour comprendre ses erreurs. À elle seule, cette grammaire électronique nouvelle va bousculer ses habitudes (celle de demander aux autres surtout), l'inciter à plus de travail personnel, et surtout à changer profondément les ateliers d'écriture assistée par ordinateur. Faites comme moi, parcourez ou encore "survolez" cette grammaire une fois ; la rapidité des renvois et la concision des articles avec la mise en évidence très accentuée des exemples vont faire naître en vous un désir : celui de voir Grevisse et cie devenir électroniques !

 

Un détecteur-correcteur

J'ai gardé pour la fin de mon examen d'Antidote le module qui me laisse le plus songeur. Non pas qu'il ne soit pas performant, mais le module correcteur me semble moins révolutionnaire que le dictionnaire et la grammaire. Et aussi parce que je sais, par expérience et par engagement pédagogique, qu'il ne faut pas entretenir le rêve fou de faire apprendre une langue à une machine en faisant oublier que le véritable enjeu ici c'est l'apprentissage de l'étudiant. Évidemment, le correcteur, après analyse grammaticale, détecte bien des difficultés, répond aux réglages de confusions, de style, d'anglicismes, etc., mais sur des copies d'étudiants du secondaire et du collégial particulièrement lourdes, il oublie beaucoup de choses... Cela met en évidence non pas d'abord les limites du correcteur, mais surtout le rôle indispensable du professeur auprès de tels éclopés de l'écrit ! Pour ces copies fortement de facture orale où règnent l'ellipse, les difficultés des homophones et de ponctuation, il faut un tutorat très étroit ; mais dès que le scripteur connaît un peu les règles de transcription de sa langue orale, il n'y a plus saturation de fautes, les phrases apparaissent plus nettes... et une plus grande autonomie d'écriture doit être encouragée de multiples façons, même avec un détecteur-correcteur ! Si vous avez déjà Antidote, alors transcrivez le texte de cet étudiant du secondaire donné à la fin de cet article et vous comprendrez que même avec un outil sophistiqué comme le correcteur d'Antidote, il y a un seuil au-delà duquel seuls des humains peuvent deviner le sens, traduire, montrer, encourager, stimuler... pour faire naître enfin le texte. Et les qualités proprement stylistiques seront occultées, aussi longtemps qu'on mettra de côté, dans les logiciels et ailleurs, l'analyse fonctionnelle et syntaxique de la phrase, car on ne fournit pas les moyens à l'étudiant de voir autre chose que la correction grammaticale et on ne l'aide pas à découvrir la structure de la phrase, sa longueur, sa variété, sa complexité... choses pourtant objectives et mesurables et qui fondent l'apprentissage du style. (Voir Bureau, Conrad : Linguistique fonctionnelle et stylistique objective du français, PUF, 1977.)

Ce que j'ai particulièrement apprécié dans le module de correction d'Antidote, c'est le tableau des réglages possibles pour définir la sensibilité du détecteur... J'y vois là une preuve additionnelle et conséquente d'une conception ouverte de la langue qui fournit des outils variés nécessaires selon les contextes de communication. Ce tableau de réglages fonctionnels encourage cette prise de conscience de la variété des parlers d'une même langue, des choix linguistiques à faire constamment et il engage la responsabilité du rédacteur.

 

 

Autre chose bien agréable : la politesse des interpellations du correcteur. Il nous interroge, il doute, il suggère, en laissant toujours la décision au rédacteur ! Peu à peu s'établit entre le rédacteur et son assistant électronique un climat positif, dépourvu de harcèlement. Et cet assistant affiche souvent le message que, même si son analyse est incomplète, il veut bien nous suggérer des choses... (Pour être bien vu chaque fois, ce message gagnerait à devenir clignotant.) Imbattable sur la détection des anglicismes, le correcteur peine vraiment sur les "perles" d'étudiants du secondaire du genre : "vas ton che vous" ou encore "sa vas bien", "nous éluons la reine"... Évidemment notre correcteur ne fait pas de récupération sémantique... ni de devinettes !

Pour celui qui sait écrire convenablement sa langue et qui commet des oublis, des erreurs... Antidote sera d'un immense secours, mais pour celui qui ne sait pas assez sa langue, au point d'ignorer la terminologie descriptive de la grammaire... alors, là, Antidote, pour agir, va exiger la présence d'un moniteur éclairé et pédagogue. On n'y échappe pas : la maîtrise d'une langue comprend aussi la capacité de l'analyser. Et si, par bonheur, des pédagogues comprenaient la richesse des outils d'Antidote, ils y trouveraient des ressources pour renouveler leur enseignement du français, faire pratiquer l'analyse grammaticale, l'acquisition du vocabulaire descriptif de la langue, et découvrir des stratégies de consultation et d'enrichissement du dictionnaire personnel. Les artisans d'Antidote font preuve d'intelligence et d'audace. Gageons qu'ils songent aussi à créer un jour un dictionnaire des synonymes, une grammaire du texte, des questionneurs sur les contextes et besoins de communication pour "assister" le rédacteur dans son analyse de situation... et organiser ses idées !

 

Pour conclure

Tout compte fait, la trousse des outils d'Antidote nous offre déjà dans sa première édition une richesse d'informations tellement utiles et bien intégrées que la dynamique du travail de rédaction va s'en trouver transformée. L'équipe a créé là, par son travail exceptionnel, une nouvelle norme dans les aides électroniques à l'écriture. C'est par des instruments semblables que l'on travaille efficacement à notre aménagement linguistique, que l'on capte mieux les possibilités pédagogiques de l'ordinateur dans l'apprentissage de la langue écrite.

L'équipe d'Antidote a-t-elle bu la potion magique du druide Panoramix pour accomplir un tel exploit ? En tout cas, c'est ce qu'elle offre aux a.p.o. en français.

 

Performance des étudiants

La figure ci-contre fait état des erreurs commises par des étudiants du secondaire, du collégial et de l'universitaire en fonction des catégories d'erreurs.

Pourcentages d'erreurs par catégorie
(source : Bureau, C. : Le français écrit au secondaire,
Doc. du Conseil de la langue française, no 19.)

 

Performance du correcteur d'Antidote dans les grandes zones grises de la grammaire et de l'orthographe

Erreurs graves proposées à Antidote-correcteur par importance décroissante
grammaire (gravité 35,8 %)
accord du participe passé - accord du verbe - accord du déterminant et de l'adjectif - emploi des modes - accord du pronom
orthographe (gravité 39,1 %)
exèmes et radicaux des verbes - homophonie entraînant confusion à l'écrit - majuscule absente (nom propre) - majuscule à un nom commun - graphème ajouté par influence de l'oral

Détections réussies par Antidote pour les catégories ci-haut énumérées
grammaire : sur 78 erreurs, 61 réussites (78 %)
orthographe : sur 19 erreurs, 15 réussites (78,9 %)

Résultats obtenus par SansFaute/
Grammaire
et par Druide correcteur

Les exemples sont les mêmes que ceux fournis dans le numéro 10 de Clic. Rappelons que plus le scripteur ignore sa langue, plus les difficultés qu'il crée deviennent lourdes et quasi insurmontables pour un correcteur machine ou non...


 SF/GDruide
Bloc 1 Grammaire :15/24 17/24
Bloc 1 Syntaxe :1/183/18
Bloc 1 Sémantique :2/82,5/8
Bloc 1 Orthographe :5 /109/12
Bloc 2- exemples détaillés
1- accord du nom :4/44/4
2- accord du p. passé :9/99/9
3- accord du verbe :11/1410,5/14
4- accord de l'adjectif qualificatif :8,5/1512/15
5- accord du déterminant :12/1414/14
6- emploi des modes :4/54/5
7- accord du pronom :0/30/3
8- orthographe :7/76/7
9- anglicisme :1/54/5
10- morphologie :5/64/6

 

Un texte de 3e secondaire

(Source : Bureau, ibidem, p. 128-129.)

Je voudrais parler des jeune aujourd'hui. Premierement les jeunes qu'est-ce-que c'est des tireur de joint (drogue) ou des élèves modele des années 30 - ou ben 60 -. Aujourd'hui Je ne voudrais pas mettre cela sur les parent mais les parents ou presque tout les parent. La majorité nous traite et pense qu on est des salaud ou bien des drogués. Je le dit franchement aujourd'hui les jeunes on un esprist de revolte c'est sur pas a cause des parent mais surtout comment le monde vie. Mais on est aussi humain on voudrait changer le monde mais cela n'est pas possible pour l'instant. On voit un jeune dans la rue ou bien paurvre coucher dans la rue on va l'aider tout depend du gars mais on fond de nous meme on voudrais l aide mais on dirait qu'une main a ... l en empêche qui nous pousse en dehors du secteur du jeune. Les jeune sont dans la Drogue oui mais tout les jeunes, se sont quel que uns qui fume et qui met cela leur mauvaise reputation sur les dos des jeunes et tout le monde pense meme le jeune que si qu'elqu'un a les cheveux long il est un drogue. Il y a toujou des barbus mais il faut pas s en occuper jusqua ce qu'il vienne se meller de tes affaire personnel. Si il est baveu c'est peu etre a cause du climat ou il a vécu mais c est peut être le garcon ou la fille la ou le plus confiant, il y a aussi un coeur ce garcon ou fille làs. il ne faut jamais dire notre idee selon les habit que des gens porte selon la premiere expression car ca peut faire mal a beaucoup de jeunes ou aussi des personnes plus vielles(es).

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