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 Numéro 19, Novembre 1997 
Où en est le projet du cours de maths 103 sur Internet ? Version Imprimable  Version imprimable


Martine CHOMIENNE  (CCFD)

    En octobre de l'an dernier, nous vous faisions part d'un projet du CCFD concernant le développement d'un cours de maths sur Internet. Deux modules dans ce cours ont fait l'objet d'une mise à l'essai à l'hiver 1997. Ce sont quelques résultats de cette mise à l'essai que nous résumons dans le texte qui suit 1 .

Ce projet, subventionné par le Fonds de l'autoroute de l'information, avait pour objectif principal de tester le potentiel pédagogique d'Internet pour la formation à distance.

Nous parlerons aujourd'hui des aspects portant sur l'encadrement des étudiants et l'apprentissage collaboratif entre pairs. Ces deux aspects touchent essentiellement les possibilités de communication qu'offre Internet. Rappelons cependant que l'exploration du potentiel pédagogique d'Internet dans le projet a touché aussi les aspects du médium permettant de mieux présenter le contenu du cours. Les animations Java de graphiques visant à faire comprendre des notions abstraites, les exercices autoévaluation en ligne, avec rétroaction immédiate et dynamique, ainsi que les présentations PowerPoint, de l'avis des étudiants, rendent la lecture attrayante et facilitent la compréhension de concepts.


Une mise à l'essai
s'étendant sur six semaines

La mise à l'essai du cours a eu lieu du 3 février au 14 mars. Pendant cette période, les étudiants ont eu à réaliser des activités individuelles et des activités en équipe, selon un calendrier de réalisation précisé par deux tutrices. Ces dernières étaient les auteures du cours, c'est-à-dire des spécialistes de la matière qui avaient conçu et mis en forme les activités d'apprentissage, en partie autour d'un volume de base dont disposait chaque étudiant et en partie autour de contenus présentés dans des pages html.


Quels objectifs souhaitait atteindre la mise à l'essai ?

La mise à l'essai visait à évaluer l'environnement d'apprentissage offert aux étudiants via Internet et à recueillir leur appréciation globale sur les aspects médiatiques, techniques, pédagogiques et de contenu des deux modules diffusés via Internet.


Le recrutement des « cobayes »

Un appel a été lancé en décembre dernier afin de recruter des volontaires pour la mise à l'essai. Il était clair que la participation à la mise à l'essai ne pouvait donner des crédits pour le cours ; par contre, une compensation financière était offerte. Outre le fait qu'elle servait d'incitation à la participation, elle avait également pour objectif de permettre aux étudiants de mettre à niveau leur équipement informatique qui devait répondre à des critères élevés. En effet, les volontaires devaient disposer de l'équipement informatique suivant : un ordinateur Pentium multimédia 100 MHz ou plus, une carte de son 16 bits, un espace sur leur disque dur de 100 Mo de mémoire, 16 Mo de mémoire vive et un modem 28 800 bauds ou plus, et d'un accès à Internet. De plus, ils s'engageaient par écrit à faire toutes les activités requises. Au total, on leur demandait de consacrer environ 40 heures à l'expérimentation.


Qui sont les participants ?

Trois garçons et trois filles âgés de 17 à 24 ans composent le groupe. Trois sont inscrits dans un programme de formation préuniversitaire, les trois autres dans des programmes techniques. Trois encore en sont à leur première expérience de formation à distance, alors que deux ont déjà suivi un cours sur Internet et que l'étudiante la plus âgée a effectué tout son cursus collégial au CCFD. Trois s'estiment très familiers avec Internet, les trois autres peu ou moyennement ; deux sont très familiers avec l'informatique (ils étudient dans un programme relié à ce domaine), alors que les quatre autres se disent peu ou moyennement familiers avec les ordinateurs ; sur le plan de leur compétence en mathématiques, quatre estiment avoir une très bonne compétence dans ce domaine, alors qu'une se dit bonne et l'autre moyenne. Enfin, cinq participants sont étudiants à temps plein dans un cégep traditionnel, le sixième étudie à temps partiel au CCFD.


Comment était structuré
l'apprentissage sur Internet ?

La page d'accueil du cours introduisait les étudiants dans l'environnement qu'ils allaient retrouver tout au long de leur apprentissage. Dans une colonne de navigation verticale permanente à gauche de l'écran, ils avaient accès à un guide d'études, un guide d'apprentissage, des outils de communication, un fichier d'aide en ligne et des ressources complémentaires telles qu'un lexique, la liste des symboles mathématiques ou une bibliographie.

Le guide d'études est un document hypertexte qui donne des informations générales sur le cours, ses objectifs, son contenu, la façon d'apprendre dans le cours, etc. À signaler que dans ce guide l'étudiant retrouvait un calendrier détaillé, semaine après semaine, de tout ce qu'il devait accomplir.

Le guide d'apprentissage est le document qui donne accès au contenu ; il branche l'étudiant directement à la partie du contenu qu'il doit s'approprier ou à l'activité qu'il doit réaliser.

Les outils de communication permettent à l'étudiant, par un simple clic de souris sur l'icone du courrier électronique ou d'un forum de discussion, d'ouvrir le logiciel pour consultation ou apport d'information. D'autres outils, accessibles de la même façon, permettent l'audioconférence à quatre et le partage d'un tableau blanc avec son ou avec fonction de « chat ».

Deux soirs par semaine, les tutrices et un dépanneur technique étaient disponibles à leur ordinateur pour répondre aux questions des étudiants par audioconférence, ou pour donner des conseils et des explications autour d'un document que chaque partie partageait.

Le fichier d'aide en ligne présente sommairement aux étudiants le fonctionnement de tous les logiciels utilisés dans le cours, depuis le navigateur avec lequel ils cheminent sur le site Web du cours jusqu'à l'outil de partage du tableau blanc qui leur permettra de travailler en synchrone, avec leur coéquipier ou avec une tutrice, à la résolution d'un exercice.


Quelle démarche ont suivie les étudiants
au cours de la mise à l'essai ?

La gestion du temps

Le total d'heures d'étude que chaque participant a consacré au projet a varié de 10 heures à 42 heures, avec une moyenne de 25 heures. Le nombre de sessions de travail a été de 9 à 21 (moyenne 15) pour une durée de 1 heure à 2 h 10 min chacune (moyenne 1 h 40 min).

Ces écarts dans les temps consacrés à l étude montrent bien la flexibilité du format sur Internet. L'étudiante qui a passé le plus de temps sur le projet est celle qui a réalisé le nombre le plus élevé de sessions ; c'est celle qui au dire des tuteurs présentait les compétences en mathématiques les plus faibles.

Les activités réalisées

Les activités étaient de plusieurs sorte ; elles pouvaient être individuelles, libres et réalisées par l'étudiant à son ordinateur sans contrainte de temps (asynchrones), ou bien alors en équipe (synchrones) et demandaient par conséquent une disponibilité à des moments précis, fixés à l'avance.

L'activité la plus fréquemment réalisée est la consultation du courrier électronique ; elle est suivie par celle du forum de discussion à caractère social, puis c'est l'envoi de courrier électronique à d'autres étudiants qui arrive en troisième position. Vient ensuite la lecture du guide d'études avec notamment la consultation fréquente du calendrier des activités auquel l'étudiant se réfère pour savoir où il en est et où il s'en va.

À l'opposé, les ressources complémentaires et l'aide en ligne sont très peu utilisées, de même que le forum de discussion sur la matière. Pour les tutrices, si ce dernier est peu utilisé, c'est parce que les difficultés techniques ont monopolisé l'attention des étudiants au détriment de la matière ; pour les étudiants, il semble que ce soit plutôt parce que la matière des deux premiers modules était relativement facile à comprendre. La matière se complexifiant, les étudiants estiment que ce forum aurait été davantage utilisé si le cours s'était poursuivi.

Les difficultés techniques

Les difficultés d'ordre technique que les étudiants ont rencontrées étaient dans l'ensemble dues plus à la précarité des logiciels qu'à l'inexpérience des étudiants. Mentionnons cependant que, dans les deux premières semaines du cours, les étudiants peu familiers avec l'informatique ont eu un peu de mal à manipuler les outils. Ils ont rapporté des pertes de fichiers, des difficultés d'ouverture de logiciels, etc., problèmes qui ne se produisaient pas chez les plus expérimentés.

Avec le logiciel d'audioconférence, la perte intermittente du son est fréquente. Il y a là une nette instabilité de la fonctionnalité que les étudiants ont dénoncée comme un problème majeur. À plusieurs reprises, les communications commencées en audio par deux ou trois parties se terminaient avec un mélange de conversation audio et de conversation textuelle en « chat ».

Pour régler leurs problèmes techniques, les étudiants se sont tournés vers les tutrices et le technicien lors des périodes d'encadrement ou encore dans le forum technique.

Les difficultés d'apprentissage

Dans l'ensemble, pour la plupart des étudiants, les difficultés d'apprentissage ont été mineures et ils ont trouvé dans l'environnement du cours les ressources leur permettant de les résoudre. Là encore ce sont les outils de communication qui ont été les plus utilisés.


Comment les étudiants
ont-ils apprécié l'expérience ?

Lorsqu'ils font abstraction des problèmes techniques, les étudiants se disent satisfaits de leur expérience. Aucun ne s'attendait à ce qu'il y ait autant de communications dans le cours et c'est cet aspect-là qui les a le plus intéressés. Quatre des six étudiants se disent prêts à prendre le cours entier selon le même format.


Avantages par rapport
à un cours en classe

La flexibilité du format (pouvoir apprendre à son propre rythme, être maître de son horaire, ne pas avoir à se déplacer, etc.) et les ressources d'aide via les logiciels de communication sont des avantages de la plus grande importance pour les étudiants ; ces ressources permettent un soutien à l'apprentissage fortement comparable à celui fourni en classe. Pour l'étudiante qui a suivi plusieurs cours à distance « traditionnels », l'aide qu'elle a pu obtenir a été très supérieure à celle qu'elle reçoit habituellement dans les cours du CCFD ; de plus cette aide lui est venue des tutrices mais aussi en grande partie des autres étudiants.

Par contre, la participation aux audioconférences bihebdomadaires a été jugée contraignante ainsi que l'activité collaborative de partage du tableau blanc qui, à cause de la difficulté à trouver des moments de commune disponibilité, n'a pas été réalisée par tous les étudiants.

Une dimension sociale reconnue

Les possibilités de communication créent chez les participants un sentiment d'appartenance à un groupe. À l'issue du cours, quatre des six étudiants ont manifesté le désir de rencontrer le coéquipier qu'ils avaient le plus fréquemment côtoyé, surtout lors des audioconférences. Il faut cependant signaler qu'un des étudiants a fait cavalier seul à partir de la troisième semaine du cours. Pour lui, la matière était si facile qu'il n'éprouvait aucun besoin de communication et préférait cheminer individuellement. Il a cependant tiré parti des autres spécificités du cours dues à Internet et qui ne concernaient pas pour autant les communications.


Le point de vue des tutrices

Tout en déplorant les difficultés techniques qui ont nui à l'apprentissage, les tutrices ont reconnu l'avantage du cours électronique sur le cours par correspondance et sur le cours en établissement. Les étudiants ont d'ailleurs progressé beaucoup plus rapidement que ce qu'elles avaient prévu. À cet égard, elles font la même constatation que les étudiants qui mentionnaient que, sans problème technique, leur apprentissage aurait été de beaucoup plus rapide.

Les tutrices ont trouvé leur rôle plus dynamique grâce à la possibilité d'échanges collectifs, par exemple lors des soirées d'encadrement ou d'audioconférences et lors d'activités d'apprentissage collaboratif.

Mais elles ont aussi signifié la nécessité d'une plus grande disponibilité de leur part, entre autres à cause des multiples modes de communication qui favorisent l'échange entre étudiants et tuteur. De plus, à leurs yeux, leur rôle dépasse celui de tuteur, elles doivent maintenant assumer des fonctions d'animation lors des échanges collectifs.


En conclusion

On peut dire que la mise à l'essai de deux modules du cours Maths 103 sur Internet a été riche d'enseignements ; c'est à l'aide des éclairages qu'elle nous a apportés que nous sommes en mesure de développer le cours au complet. À cette occasion, nous nous poserons des questions sur la façon de constituer les équipes, d'animer les forums de discussion, d'offrir des activités collaboratives là où elles sont vraiment appropriées. Autant de questions qui ont émergé de l'expérimentation. 

 


Note
  1. Nous résumons ici le rapport de mise à l'essai présenté au CCFD par Sonia Rioux et Josianne Basque (21 avril 1997). Retour

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