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 Numéro 87, Avril 2015 
Quelle place accorder aux badges numériques en éducation? Version Imprimable  Version imprimable


Christophe Reverd  (conseiller technopédagogique, Vitrine technologie-éducation (VTÉ))

Une centaine de participants se sont inscrits au laboratoire de la Vitrine technologie-éducation (VTÉ) sur les badges numériques ouverts (Open Badges), proposé en collaboration avec le Groupe de travail québécois sur les normes et standards en technologies de l’information pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (GTN-Québec)1 et l’Association canadienne pour la reconnaissance des acquis (ACRDA ou CAPLA en anglais)2. Cette série-labo de trois activités en ligne, réparties de septembre à décembre 2014, a renouvelé le regard sur la valeur pédagogique de l’intégration des badges numériques ouverts dans le milieu de l’éducation.

Des enseignants et des conseillers pédagogiques du réseau collégial québécois ont ainsi découvert et exploré le concept émergent de badges numériques et les nouvelles façons d’enseigner que ceux-ci supposent. Des praticiens francophones (secondaire, collégial et universitaire) et des fournisseurs de solutions tant du secteur public (Cégep à distance, Moodle-DECclic, REPTIC) que privé (Fondation Mozilla et son initiative Open Badges), provenant de différents pays, ont participé aux débats.

Un groupe francophone et un groupe anglophone, avec chacun un axe spécifique, ont été formés. Le premier s’est concentré plus particulièrement sur l’intégration des badges numériques dans des contextes pédagogiques formels, c’est-à-dire entre des acteurs du milieu de l’éducation. De son côté, le groupe anglophone, animé par Alexandre Enkerli, s’est penché sur l’intégration dans un cadre informel, à savoir les liens vers les communautés professionnelles et sociales.

Le présent article porte sur les travaux du groupe francophone, dont vous trouverez les enregistrements vidéos ainsi que de nombreuses ressources complémentaires en ligne sur le site de la VTÉ3.


Première étape : introduction au concept
Lors de cette étape, les participants se sont familiarisés avec le concept de badges numériques ouverts et leurs divers contextes d’utilisation en éducation.

Figure 1 Anatomie d’un badge ouvert numérique
(illustration : Kyle Bowen, traduction S. Ravet)

Un badge numérique est avant tout l’illustration d’une relation de confiance, basée sur des métadonnées. À l’image des renforts qui constituent le cœur d’une balle de baseball, les métadonnées structurent chaque badge en précisant qui a émis le badge et qui l’a reçu, quels sont les critères d’attribution ainsi que les preuves apportées pour l’obtenir.

Dès lors, il serait facile de se contenter d’utiliser le badge numérique comme une carotte pour récompenser la performance des étudiants. Mais n’est-ce pas déjà le cas avec les diplômes? Or, il ne s’agit pas de remplacer le système actuel, mais de le compléter. Pensez plutôt aux jeunes décrocheurs qui arrivent sur le marché du travail avec peu de scolarité. N’ont-ils pas acquis eux aussi des compétences au fil des cours qu’ils ont suivis, et cela, même en l’absence de réussite de la totalité du parcours qui leur était imposé pour obtenir leur diplôme?

Le concept de badge ouvert est né de la nécessité de reconnaitre les apprentissages informels. Il est mis de l’avant par la Fondation Mozilla au travers de l’initiative Open Badges4 dans le but de proposer un outil de reconnaissance d’une compétence informelle.

Figure 2 Un badge ouvert numérique est une déclaration de confiance basée sur des critères appuyés par des preuves.
(illustration : Kyle Bowen, traduction S. Ravet)

Jusque-là, tout le monde s’entend sur les bienfaits de cette initiative. Cela dit, les badges numériques serviront-ils un jour à la reconnaissance informelle de compétences informelles au même titre que les compétences formelles acquises dans un système éducatif on ne peut plus formel?

Il ne s’agit pas de remplacer les diplômes, ni même les mécanismes de reconnaissance des acquis (RAC), dont la finalité reste très formalisée. Il s’agit plutôt d’ajouter des nuances afin de refléter la diversité des personnalités qui se cachent derrière les appellations normalisées des diplômes.

Figure 3 Diversité d’utilisations des badges numériques
(illustration : Mozilla, traduction S. Ravet)

Imaginez plutôt un outil numérique intégré à vos profils sur les réseaux sociaux, à mi-chemin entre les bulletins de notes, peu partagés par les étudiants malgré la présence de mentions individualisées, et les diplômes, largement répandus, mais dépourvus de toute annotation.

Cet outil, c’est la brique élémentaire, le bloc Lego que tout un chacun doit pouvoir s’approprier pour se valoriser, aime à illustrer Serge Ravet, un des experts invités. Dès lors, les acteurs du système éducatif ne devraient pas être les uniques émetteurs de badges.

De ce fait, le badge n’est pas centré sur l’organisation qui l’a créé, mais bel et bien sur l’apprenant. Ce dernier est libre d’enrichir sa collection de badges, et il sera fier d’en afficher certains sur les réseaux sociaux ou un blogue, ou encore, de les lier à une page Web ou à son CV. Les badges issus de l’initiative Open Badges sont technologiquement neutres, c’est-à-dire qu’ils peuvent être ajoutés à tout sac à badges (badge backpack) compatible. C’est là une caractéristique à vérifier avant de considérer d’associer votre badge à n’importe quel fournisseur de badges en ligne. En effet, certaines de ces plateformes ne permettent tout simplement pas d’extraire les badges afin de les utiliser auprès d’un autre fournisseur. Cette fonction est importante, elle vous sert à reconnaitre vos savoir-faire tout au long de votre vie, en fonction de l’évolution de vos besoins – c’est-à-dire qu’un badge ne doit pas se résumer aux seules habiletés acquises à l’école.

Figure 4 Le sac à badges rassemble les badges collectés ici et là par un individu, un peu comme un passeport rassemble les visas attestant de ses voyages.
(illustration : Mozilla, traduction S. Ravet)

Grâce aux badges numériques, un finissant d’un programme technique comportant des habiletés en multimédia pourra mettre celles-ci de l’avant afin d’attirer clients ou employeurs potentiels. Mieux encore, tout au long de ses futurs perfectionnements, un jeune infographiste, par exemple, pourra collecter de nouveaux badges attestant la réalisation de projets professionnels.

Est-ce à dire qu’il est possible de valoriser les projets périscolaires et extrascolaires? Certainement! Le badge numérique est universel. Les limites sont celles que vous vous fixez, et les enjeux ne sont pas techniques, car il est très facile d’élaborer des badges.


Deuxième étape : mise en œuvre d’un badge
Lors de cette étape, les participants ont discuté de l’élaboration d’un badge et de l’utilité d’un canevas.

Figure 5 Le badge numérique est la brique élémentaire, le bloc Lego que tout un chacun doit pouvoir s’approprier. (S. Ravet)

C’est parti! Vous êtes décidé. Mais par où commencer? Telle est probablement la première question qui vous viendra à l’esprit! Vous trouverez ci-dessous un schéma pour vous guider dans l’élaboration d’un badge numérique. Ce canevas a été présenté avec plusieurs autres lors de la deuxième étape du laboratoire, afin que les participants discutent des principaux aspects à considérer dans ce genre de démarche. Tout d’abord, évitez de foncer tête baissée sans avoir sérieusement pensé à votre projet de badge et aux besoins que vous souhaitez combler. La conception est la partie la plus importante et probablement la plus longue. Réfléchissez bien à ce qui existe déjà et que vous cherchez à compléter. Puis, il faut vous demander ce que le badge reconnait ou encourage : le savoir-faire? l’attitude? les connaissances? les valeurs? etc. Bien entendu, clairement déterminer les parties prenantes est crucial. Qui recevra le badge? Qui l’attribuera? Qui consultera le badge et qui pourrait éventuellement s’en porter garant? Avancez dans votre réflexion en examinant maintenant le mode d’attribution. Précisez plus spécifiquement quels seraient les indicateurs d’une bonne performance et les preuves qui en témoigneraient. Avez-vous déjà une idée du processus d’attribution, des acteurs à impliquer afin de définir une méthode assurant tant la qualité que la cohérence de votre démarche d’un badge à un autre? Muni de ces informations, vous pourrez alors entamer la deuxième étape : celle de la mise en œuvre.

Attention, la réflexion n’est pas terminée! Pensez à définir les ressources nécessaires pour arriver à vos fins. Quelle stratégie de promotion envisagez-vous? Celle-ci dépendra de la communauté sur laquelle vous pouvez vous appuyer. Votre badge est-il destiné à l’un de vos groupes d’étudiants ou à un ensemble de personnes ayant assisté à votre colloque? Encore une fois, tout dépend de votre objectif. Ce dernier vous aidera enfin à définir les indicateurs de succès pour mesurer la valeur de votre badge sur le terrain. Rien de pire, en effet, qu’un badge dont personne ne voit l’intérêt et qui finit sa vie tel un trophée sur une étagère.

Vous êtes prêt à passer à l’action? Un dernier détail qui a son importance : n’oubliez pas de penser à la conception graphique de votre badge!

Figure 6 Un des canevas d’élaboration d’un badge numérique présenté lors du laboratoire.
(illustration : DigitalMe, traduction S. Ravet)


Troisième étape : implantation d’un badge dans un réseau de confiance
Lors de cette étape, les participants ont reçu de l’information sur le réseau de confiance à mettre en œuvre pour assurer le plein succès d’un badge.

Figure 7 Un tiers doit valoriser votre badge numérique aux bénéfices de son détenteur.
(illustration : Mozilla, traduction S. Ravet)

Puisque le badge est l’expression d’une relation de confiance, celle-ci doit pouvoir s’appliquer aussi bien au sein de la relation enseignants-étudiants qu’entre un employeur et des employés et, pourquoi pas, entre un travailleur autonome et ses clients.

À la dernière étape du laboratoire, la notion de confiance a été décortiquée en partant d’une question fort simple : est-il possible de s’autodécerner un badge numérique et, dans ce cas, quelle valeur peut-on lui accorder?
De ces discussions est venue l’idée du passage d’un badge de compétences à vocation individuelle à un badge de réussite à vocation beaucoup plus collective. L’idée sous-jacente étant celle de « faire avec » et non pas seulement de « faire pour ».

Imaginez une équipe constituée de plusieurs corps de métier qui, collectivement, ont participé à un projet. Le même badge, tel celui attestant la construction d’un pont, par exemple, prend une valeur particulière selon le destinataire (ingénieur en chef, chargée de projet, technicien, commis, etc.). Dans ce cas, le badge exploiterait le lien qui unit les détenteurs de ce badge avec l’idée de les rapprocher.

Dès lors, il faudra distinguer un réseau de confiance de la confiance dans le réseau. Tout est dans la valorisation de l’information dans le sac à badges.

D’autres participants ont appuyé l’idée d’avoir des badges « fermés » soutenus par un système formel (des compétences ministérielles) et dont la remise réduirait la nécessité d’apporter des preuves, alors que des badges « ouverts », davantage informels, exis­teraient en parallèle. Une catégorie dans laquelle se­raient intégrés les badges autoproclamés, par exemple.

Ce qui pose la question de la confiance à mettre dans un badge autodécerné sans autre badge de réussite...

Un des experts présents au laboratoire a rappelé qu’un artéfact était à la base d’une compétence et donc d’un badge. Il prône vigoureusement une approche collective riche de sens, car basée sur des preuves de réussite tel un badge attribué par un client, l’approche collective étant à l’opposé de l’approche normative. Cette dernière est essentiellement basée sur les compétences et potentiellement source de danger à ses yeux.

Cet expert voyait le badge autoproclamé comme un badge d’aspiration sans preuves menant à un faux sens de la réussite, ce que ne partageaient pas tous les participants. Comme quoi les badges peuvent répondre à de nombreux besoins et approches. Le débat continue! Mais une chose est certaine, un badge ne doit pas être élaboré pour un enseignant (à moins qu’il ait un rôle d’apprenant) ni même pour ses étudiants, mais pour le tiers qui doit en déverrouiller la valeur sur le terrain, pour le plus grand plaisir de ses détenteurs, selon les critères de l’émetteur.

Maintenant que vous savez ce qu’est un badge numérique ouvert et que vous avez une meilleure idée de la façon de développer le vôtre, que diriez-vous d’en créer un? L’aspect technologique a délibérément été mis de côté dans ce laboratoire, car il s’agit de la partie la plus facile… Nous vous proposons ci-dessous une brève sélection de sites (majoritairement en anglais) qui vous accompagneront dans vos premiers pas :
- Moodle, soit depuis la plateforme DECclic5 du milieu collégial québécois, soit depuis la plateforme Moodle de votre établissement. Il faut pour cela disposer d’une version 2.5 au minimum.
- Credly6; Peer 2 Peer University (P2PU)7; Achievery8; Open Badge Factory9.


Vous en connaissez d’autres? Partagez-les avec nous sur le site de la Vitrine technologie-éducation, où vont commentaires sur vos initiatives avec les badges numériques sont bienvenus!

 

1 Le site du Groupe de travail québécois sur les normes et standards en technologies de l’information pour l’apprentissage, l’éducation et la formation est accessible à l’adresse http://www.gtn-quebec.org.
2 Le site de l’Association canadienne pour la reconnaissance des acquis est accessible à l’adresse http://www.capla.ca.
3 Le laboratoire Badges numériques ouverts en éducation et le détail de ses trois étapes sont accessibles à l’adresse http://www.vteducation.org/fr/laboratoires/badges-numeriques-ouverts-en-education.
4 Le site officiel de l’initiative Open Badges est accessible, en anglais seulement, à l’adresse http://openbadges.org.
5 Le portail Moodle de la corporation DECclic est accessible, en français, à l’adresse https://portail.moodle.decclic.qc.ca.
6 Le site Credly est accessible, en anglais seulement, à l’adresse https://credly.com.
7 Le site de Peer 2 Peer University est accessible, en anglais seulement, à l’adresse http://badges.p2pu.org/en.
8 Le site Achievery est accessible, en anglais seulement, à l’adresse http://achievery.com/how-it-works.
9 Le site Open Badge Factory est accessible, en anglais seulement, à l’adresse https://openbadgefactory.com.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015