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 Numéro 86, Décembre 2014 
Synthèse d'un labo-VTÉ Version Imprimable  Version imprimable
L'innovation au collégial

Pierre Gignac

Dans le milieu de l’éducation au Québec, l’innovation représente un défi, et le concept même d’innovation reste mal connu. À l’occasion de trois rencontres-laboratoires, la Vitrine technologie-éducation (VTÉ) a donné la parole à un panel de spécialistes du milieu pour tenter de clarifier ce qu’on entend par innovation. Afin d’ancrer nos discussions sur une réalité concrète, le Centre de recherche pour l’inclusion scolaire et professionnelle des étudiants en situation de handicap (CRISPESH) a généreusement accepté de collaborer à notre démarche. Il a proposé d’aborder le thème de l’accessibilité en classe des documents en format numérique pour les élèves éprouvant divers handicaps visuels. Voici la synthèse des échanges et des discussions du labo VTÉ sur le thème de l’innovation dans le contexte collégial. Souhaitons que cet article stimule votre créativité et vous incite à démarrer votre prochaine innovation!

Inno… quoi? Innovation!
L‘innovation est un terme qui prête souvent à confusion. Pour certains, l’innovation s’exprime par l’adoption d’une approche ou d’un outil existants, mais nouveaux dans le milieu, et pour d’autres, elle signifie un changement radical, voire une révolution. Entre ces deux visions extrêmes, il y a place pour une très grande variété de changements et d’actions que l’on peut qualifier d’innovants. Le manuel d’Oslo1 de l’Organisation de coopération et de déve­loppement économiques (OCDE) définit l’innovation comme la « mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé nouveau ou sensiblement amélioré … d’une nouvelle méthode dans les pratiques … ». Nous retenons de cette définition deux points importants :

1- Une innovation est l’ajout d’une nouveauté ou d’une amélioration sen­sible à un produit, service ou procédé existant.
Pour dire qu’il y a eu innovation, il faut qu’il y ait eu une mise en œuvre appropriée.

2- Il existe deux grandes catégories d’innovations : celles dites radicales et cel­les dites incrémentales. Une innovation radicale impose des changements très importants dans nos méthodes, dans nos façons d’accomplir certaines tâches. Elle peut générer des changements de modèles de pensée. Notre environnement, notre perception du monde, celle de notre travail et de nos relations sont modifiés. La majorité des innovations sont de type incrémental : elles produisent des changements plus ou moins importants, mais significatifs, qui améliorent les produits, les services ou les pratiques. À cet égard, il est important de ne pas confondre innovation et révolution. Bien que les deux puissent être liées à l’occasion, l’innovation, au quotidien, revêt un caractère beaucoup plus progressif.


Complexité de l’innovation
L’innovation peut être décrite comme la rencontre d’expertises en vue d’un partage d’idées. Il s’agit avant tout d’une question de communication intra et in­ter­organisationnelle, tributaire de la capa­cité d’ouverture, de cocréation et de coconstruction des partenaires ainsi que de leur créativité.

L’innovation se heurte à plusieurs obstacles. Le premier et sans doute le plus important, c’est la confiance que doit avoir chaque individu en sa propre créativité. Innover est insécurisant : exposer au grand jour des idées « discutables ou non conformes aux règles et aux dogmes acceptés » peut nous rendre vulnérable. Il faut franchir cet obstacle et ne pas nous arrêter en raison d’un contexte qui nous modèle, nous paralyse à l’occasion et qui est tenu pour acquis. L’innovation exige une capacité d’adaptation continue et une ouverture au changement de la part de tous les intervenants et des utilisateurs dans le processus.


Vision et engagement institutionnel
Parmi les éléments essentiels de l’innovation, la formulation d’une mission et d’une vision de développement arrive en tête de liste. Une vision commune et partagée par tous les intervenants du processus d’innovation, à moyen et à plus long terme, facilite la prise de décision. Chaque individu doit posséder l’information sur les directions à privilégier, sur la part de risques à assumer et sur la place allouée à l’expérimentation. L’innovation s’inscrit dans une continuité et exige un ancrage organisationnel et institutionnel. C’est une décision stratégique à prendre et l’on doit être conscient qu’il faudra y consacrer des ressources.


Un processus à apprivoiser
Souvent, l’innovation passe par les communautés de pratiques. Elle mobilise la communication, l’émergence d’idées et l’entraide. Il faut créer un terrain fertile et le rendre favorable à l’éclosion des idées et à leur mise en œuvre. La structure des organisations, une culture de l’innovation et le leadership exercé par les cadres supérieurs et la direction contribuent à créer ce climat de confiance où les idées circulent librement et où le droit à l’erreur est reconnu et accepté.

Il n’y a pas de début qui soit trop modeste. Aussi petit que puisse être un changement, il peut croître, se répandre, faire germer de nouvelles idées. Lorsque, en cours de développement, des idées intéressantes surgissent ou des résultats inattendus se présentent, il est important de re­voir les perspectives, les occasions et les risques entourant le projet. Il faut éviter de persister si l’évidence suggère l’abandon. Il est préférable de changer de direction, d’accepter l’erreur ou l’échec et de se réorienter vers des projets offrant de meilleures possibilités.


Occasion d’apprentissage

L’innovation est une occasion d’apprendre à partir de l’expérience, d’une part, et de questionner la pertinence des consignes de travail, d’autre part. Dans le premier cas, l’apprentissage nous conduit à adapter nos méthodes de travail ou nos ressources aux consignes et objectifs. Dans le deuxième, les enjeux sont beaucoup plus importants. Il ne s’agit plus simplement de corriger des écarts ou des erreurs par rapport à une consigne déterminée, mais bien de remettre en question la consigne elle-même : est-ce que l’on agit vraiment de façon à atteindre nos objectifs? Bien sûr, un tel questionnement dérange. Il bouscule les habitudes, les modèles, et il exige d’accepter le changement.


Démarrage d’un projet d’innovation
Qui est responsable de l’innovation? Posez la question et vous verrez sans doute des points d’interrogation dans les yeux de la plupart des individus travaillant en milieu organisationnel ou institutionnel. L’on a tendance à déléguer à quelqu’un d’autre la responsabilité d’innover, le plus souvent à ceux qu’on appelle les décideurs, les cadres ou les gestionnaires. Une culture institutionnelle orientée vers l’innovation doit inclure une ouverture d’esprit vers l’exploration. Elle suppose que l’on soit en mesure d’accepter les risques, l’idée que certains projets puissent être abandonnés en cours de route ou échouent.

Il s’agit en fait d’entreprendre le plus grand nombre de projets et de mettre fin, très tôt, à ceux qui n’offrent pas de bonnes perspectives. Certains projets prendront leur envol et compenseront largement les efforts investis dans ceux qui n’ont pas donné les résultats attendus. Si une telle culture existe, tout le personnel se sentira concerné par l’innovation. Ultimement, un changement de perspective et de valeurs s’opérera. Chacun aura le devoir de s’engager dans l’animation de son milieu de façon à répondre positivement au démarrage de projets d’innovation.


Formulation du problème
Devant un problème à résoudre, on entame souvent immédiatement la recherche de solutions. Le risque d’une telle démarche est de chercher à soulager un symptôme au lieu de résoudre le problème sous-jacent. La partie la plus complexe du processus, au départ, est la formulation du problème, des intentions et des objectifs à atteindre. L’étape suivante est l’analyse elle-même du problème : Peut-on l’aborder autrement? Comment? Quels obstacles devrons-nous franchir? Il s’agit ici de formuler le défi à relever de façon que l’on puisse passer à l’étape de génération d’idées.


Préparer et suivre l’innovation
Un processus d’innovation ne peut pas être dissocié d’un processus de recherche. L’innovation doit absolument s’effectuer dans le cadre général d’une démarche de type scientifique. Il faut fixer des objectifs initiaux, les rendre explicites pour tous les intervenants et se doter de mécanismes de suivi en cours de réalisation, d’indicateurs confirmant l’atteinte des objectifs. Ce processus exige, comme pour tout autre type de projet, d’élaborer un cadre de gestion et d’assurer le suivi des budgets et du calendrier de réalisation. Chaque intervenant est consulté sur la programmation des travaux et sa participation au projet est très clairement décrite. L’innovation n’est pas un processus linéaire. Elle prend la forme de cycles que l’on revoit et sur lesquels se construit graduellement l’objectif du projet. Souvent, on découvrira des résultats inattendus, des utilisations intéressantes, mais imprévues, de l’objet du projet. L’innovation n’est pas un acte purement créatif. C’est un processus, elle se réalise selon un certain cheminement, et elle engendre des responsabilités à l’égard des intervenants et compte tenu des énergies investies dans le projet. Maintenir un esprit de collaboration, de respect et de confiance est très important.

La documentation, un aspect trop souvent négligé dans le domaine de l’innovation, est essentielle. Petits ou plus importants, une revue des projets s’impose de même que la rédaction de rapports s’imposent. Et lorsque l’on obtient des résultats encourageants, il faut célébrer! Rien de plus motivant pour une équipe que de savoir qu’elle a réussi et que cette réussite est reconnue et partagée par les pairs.


Engagement des acteurs
Un projet d’innovation se réalise difficilement en solo. C’est d’abord et avant tout un travail d’équipe, une entreprise de communication, de partage d’idées, de mise en commun d’expertises diverses, complémentaires et souvent transdisciplinaires. La personne responsable du projet doit soutenir et motiver chacun des acteurs impliqués et adopter envers ceux-ci une approche inclusive. L’utilisateur potentiel, pour s’ap­proprier l’innovation, doit être consulté dès le départ; lui seul connaît ses besoins. Tous les autres acteurs dans l’élaboration de la solution innovante sont aussi importants. Il ne s’agit pas de leur signifier simplement que leur contribution est nécessaire, mais plutôt de les faire participer à la démarche et à la recherche de solutions. Comment voyez-vous le projet? Qu’est-ce que vous en pensez? Quelles peuvent être vos interventions, votre participation? Il faut construire le projet avec eux. Ce sont des parties prenantes essentielles au bon fonctionnement du projet, qui collaboreront d’autant plus si elles perçoivent l’appui et la confiance accordés à l’équipe.


Résistance à l’innovation
L’innovation dérange parfois, elle bouscule l’ordre établi et n’est pas toujours perçue comme un avantage ou un pas vers une meilleure situation. Chaque personne porte en elle une culture : une culture globale et partagée par un ensemble d’individus ou une population, mais également une culture plus personnelle avec son propre système de valeurs et de croyances. Dans ces conditions, l’innovation, qui exige un changement de comportement, peut parfois être perçue comme entrant en conflit avec le milieu ou la culture dans lesquels s’insère un individu. Elle devient une source de résistance et possède son lot de détracteurs. Il faut être conscient que ces détracteurs ou résistants sont souvent les porte-parole d’une culture et d’un milieu social… et que d’autres personnes les appuieront. De quel milieu est issu ce détracteur? Quel type de pression, personnelle ou comme représentant d’un groupe, subit-il? Souvent, les détracteurs ne sont pas systématiquement contre l’innovation. Ils ont peut-être mal compris les enjeux, ils interprètent le changement comme un obstacle à leur liberté de choix ou d’action. Il est important de clarifier les intentions à la base de l’innovation et d’inclure les détracteurs dans la démarche vers son implantation. Évidemment, cer­tains auront plus de difficultés à s’adapter. Il faut leur trouver une place, préciser qu’il y aura des changements dans les habitudes et méthodes de travail, mais qu’avec le temps, en opérant de telle ou telle autre façon, la tâche sera facilitée.


Offrir et vendre son innovation
Un aspect qui peut paraître plus commercial en milieu institutionnel est le volet marketing d’un projet d’innovation. Il faut vendre les résultats à l’utilisateur, les diffuser, les faire connaître. Si l’on veut faire rayonner un projet et implanter nos résultats, il faut en piloter la diffusion, en faciliter l’adoption, consacrer les efforts et les ressources nécessaires à cette communication. Il ne faut pas s’imaginer que les personnes s’approprieront une innovation sans qu’on en parle, sans qu’on fasse l’effort d’aller frapper aux portes pour la présenter. Une autre responsabilité est liée au fait que très souvent, les projets sont réalisés avec une part de fonds publics. Il incombe aux innovateurs de les faire connaître pour que d’autres puissent éventuellement en profiter, ou encore, de favoriser de nouvelles collaborations pour des projets.


Variété des points de vue sur l’innovation
Les points de vue sur l’innovation divergent beaucoup parmi les participants. Pour certains, l’innovation doit être révolutionnaire et être le fait d’un seul individu. « C’est une démarche pourvue d’un grand I : Innovation ». Les Innovations introduisent la Nouveauté et non des améliorations ou des adoptions. D’autres se réfèrent à Legendre (2005), qui définit l’innovation comme « l’introduction dans un milieu donné d’un l’objet ou d’un contenu qui en fait une nouveauté ». Ou encore, on la qualifie de phénomène émergent : « L’innovation sort parfois sans qu’on ait conscience qu’il y a un problème. » L’innovation doit-elle porter un rêve? « C’est peut-être l’idée qu’on a de l’innovation qui suscite le rêve. » Mais, il faut « transformer le rêve en projet ». On constate ici la variété des points de vue. C’est une situation normale, qui se présente lorsque les frontières d’un concept ne sont pas clairement définies. Toutefois, s’entendre sur les caractéristiques de l’innovation ne réglera pas les obstacles à franchir. L’innovation exige une attitude positive et d’ouverture. C’est une occasion d’apprendre à apprendre, de s’adapter et de vivre ensemble, de faire face à d’autres formes de changement.


Définition d’une vision de l’accessibilité au CRISPESH
Parti d’une vision très large des enjeux de l’accessibilité, le CRISPESH en vient à la conclusion qu’il veut amorcer un changement pratique et y participer. « Souvent, après coup … l’idée de l’accessibilité en classe, c’est de voir s’il est possible d’anticiper le besoin et que les documents soient accessibles dans la classe dès le début. »

Pour le CRISPESH, intuitivement, il existe un lien entre la technologie adap­tative et la technopédagogie. Toutefois, « sur le plan technopédagogique, la réflexion n’est pas encore ancrée ». La prise en compte dans la classe des besoins et des problèmes est toujours difficile à réaliser. Le CRISPESH fait face au défi d’intégrer la démarche d’accessibilité dans une vision technopédagogique d’anticipation et non de réaction aux besoins, par les enseignants et les intervenants du milieu.


Besoin des usagers et provenance de la demande
Le besoin des usagers est toujours le point de départ de la recherche d’une inno­vation. L’observation de leur milieu, une curiosité incessante et surtout une ouverture aux moindres détails filtrant de leur environnement sont nécessaires. Il faut repérer les signaux fiables, porteurs d’informations sur l’expression des besoins et des tendances en émergence. Dans sa démarche, le CRISPESH constate qu’il existe un manque d’accessibilité, en classe, à des documents en format numérique pour les élèves éprouvant des handicaps visuels. Une question est soulevée par un participant : « Qui est insatisfait, à ce moment-ci : les administrations, les intervenants et les chercheurs, les enseignants, les élèves? D’où vient la demande? »

À cette question, plusieurs réponses sont proposées. « Il y a tellement de besoins variés en mesures adaptées que nous ne pourrions formaliser … , ils sont fonction des styles d’apprentissage, des intelligences multiples … Une réalité certaine, c’est l’augmentation fulgurante des besoins en services adaptés. ». Ou encore, plus précisément « … ce qui nous intéresse, ce sont les personnes qui sont très marginalisées dans une classe, qui n’ont pas accès à des textes en format numérique parce qu’on distribue des textes papiers ».
Dans ces réponses, on perçoit une certaine difficulté à préciser la source exacte de la demande. Pris un peu par surprise avec cette question, nos participants ont insisté sur l’importance de susciter la formulation d’idées divergentes. Il aurait fallu poursuivre cette période d’expression de divergence pour identifier la provenance de la demande. Le contexte du laboratoire ne le permettant pas, l’exercice devra être prolongé jusqu’à ce qu’il y ait convergence des idées. Le CRISPESH déterminera avec précision, parmi les sug­gestions obtenues, la clientèle cible vers laquelle il dirigera ses efforts d’innovation. Il devra lui attribuer certaines caractéristiques en l’impliquant dans sa démarche afin de saisir avec précision ses besoins.


Handicaps potentiels visés
Lors des discussions, plusieurs points sont ressortis concernant la nature des handicaps et de la clientèle cible. Un participant souligne : « Un handicap fait référence à des niveaux définis par la médecine, mais il existe aussi divers niveaux de capacité reconnus par des enseignants … les individus qui ne suivent pas le rythme, et c’est souvent dû à certaines incapacités. » Et le problème n’est pas uniquement lié à l’imprimé, à l’écrit. Il y a aussi le visionnement de présentations PowerPoint, de vidéos, de schémas… en fait, « tous les médias visuels qui sont utilisés en situation d’enseignement et d’apprentissage ». Certains handicaps sont temporaires, telles les infections de l’œil et de l’oreille, ou d’autres apparaissent progressivement. La clientèle est vieillissante et pourrait avoir des besoins précis. Donc, l’accessibilité des documents est aussi un problème de société. Elle concerne tout le monde et non seulement une clientèle spécifique d’élèves.


Formulation d’un énoncé de vision du problème
Avec le partage des points de vue entre les intervenants, l’analyse de la demande et des types de handicaps, le CRISPESH a pu préciser son énoncé de vision du problème et clarifier dès lors ses intentions et ses objectifs. Dans sa démarche d’innovation vers une meilleure accessibilité, la pro­blématique à laquelle il désire se consacrer s’énonce ainsi : « L’accessibilité en classe des documents en format numérique et des aides technologiques soutenant l’apprentissage d’une personne ayant une incapacité à lire les imprimés ».
L’énoncé de vision fournit un cadre général qui oriente la recherche d’une solution à un problème plus spécifique. Une deuxième étape d’analyse s’amorce alors : quel est le défi particulier auquel le CRISPESH désire s’attaquer?


Démarrage d’un projet
Les discussions ont orienté la démarche d’innovation vers un objet spécifique de l’accessibilité : les imprimés. C’est autour de cet objet que se concentreront les échanges pour formuler un défi d’innovation. Plusieurs propositions divergentes sont soumises par les participants : « Démocratiser l’utilisation des outils d’aide technologiques; faire connaître les outils à l’ensemble des intervenants; l’apport des applications mobiles; peut-être une pédagogie à réinventer; impliquer l’éditeur pour la lecture des textes; la pédagogie inversée, s’orienter vers les technologies pour standardiser une approche inclusive : l’Universal design, la Conception universelle de l’apprentissage (CUA), les FabLabs, la ePUB ».

Toutes ces idées et plusieurs autres alimentent actuellement la réflexion du CRISPESH. L’équi­pe doit, dans un exercice de convergence, faire le tri, retenir et formuler le défi qui sera relevé. Celui-ci doit être clair et concis. Il doit laisser place à la créativité, à l’imagination et aux idées de solutions originales.

Pour établir un portrait global des enjeux, le CRISPESH a dressé une liste des différents acteurs, ou intervenants, participant à son processus d’innova-tion. Comme le démontre le tableau ci-dessous, ils sont nombreux et ils tra­vaillent à divers paliers dans le système d’éducation. Ce sont des collaborateurs potentiels, en mesure de fournir des ressources matérielles, professionnelles, didactiques, informatiques, etc., pour la réalisation du projet. Chacun d’eux a sa propre mission et ses propres priorités. Dans un effort d’innovation ouverte, le CRISPESH doit identifier ceux qui peuvent lui offrir une expertise complémentaire et miser sur la convergence des intérêts de chacun de ces acteurs vers son objectif d’accessibilité, pour les intéresser à son projet d’innovation.


Contraintes et résistance
La formulation d’un défi d’innovation doit aussi tenir compte des contraintes de réalisation et d’implantation, de même que de la résistance au changement des acteurs impliqués. Le défi doit donc être réaliste, pouvoir se conclure sur une période assez brève et tenir compte des obstacles à franchir. Les difficultés soulevées par nos participants sont de plusieurs types; en voici quelques exemples :

Préparer et suivre l’innovation
L’élaboration et le suivi du projet d’innovation du CRISPESH constituent en eux-mêmes un premier défi. On dispose de peu de recherches et d’outils d’évaluation des résultats quant aux soutiens technopédagogiques en jeu dans la réussite des élèves en situation de handicap. Plusieurs questions demeurent en suspens: « Comment évaluer les initiatives? Quels sont les critères? Comment évaluer l’innovation? Par rapport à quoi doit-on l’évaluer? »

Au fil des discussions, quelques suggestions sont formulées par les participants. Parmi celles-ci : la création d’un design expérimental, l’utilisation d’un groupe de contrôle et d’indicateurs de comparaison, le suivi de la progression des étudiants et de la perception de la réussite éducative par les étudiants et leurs enseignants.

Les difficultés du suivi sont également soulignées. « La CUA est remplie d’initiatives intéressantes, mais repose sur peu de fondements scientifiques. » De même, on remarque que « lorsqu’on évalue l’étudiant, comment voir si la réussite est attribuable à un modèle ou à un autre? ». Le problème de l’évaluation est pertinent : non seulement il est difficile d’évaluer les résultats des élèves, mais aussi, il faut évaluer le dispositif innovant mis en place. Le CRISPESH devra donc se pencher sur les volets des méthodes d’évaluation. Ceux-ci pourraient constituer en eux-mêmes des objets d’innovation!


Vendre son projet
Nous avons déjà abordé l’importance de vendre, de faire connaitre son innovation, dans la première partie de ces deux synthèses. Nous ne reviendrons pas ici spécifiquement sur ce sujet. De nombreux exemples de projets ont été cités par nos intervenants.


L’innovation : un processus à apprivoiser, une occasion d’apprentissage
Lors de nos rencontres en ligne, les participants ont partagé points de vue, expertises et rêves. Pour conclure, voici ce qu’ils ont retenu de cette expérience :

- « Ce qui est intéressant, c’est de partager, de ne pas faire le processus tout seul. »
- « Parler de notre réflexion en public, ce n’est pas évident. Mais j’ai beaucoup appris de tous. »
- « Ça conditionne à voir l’innovation sous un angle différent. Ce n’est pas si inaccessible que ça. »
- « Ce n’est pas important d’où on vient, on s’est tous rencontrés autour d’un même thème. »
- « On essaie de faire émerger l’intelligence collective … c’est extrêmement riche. »
- « Au début, je me sentais pas mal seul, mais à la fin des trois rencontres de labo, je vois vraiment un réseau potentiel. »
- « C’est le fait qu’on se sent inclus, qu’on se sent à l’aise de sortir de notre zone de confort. »
- « Les rôles et les statuts ne sont pas déterminants, ensemble on peut faire des choses fabuleuses. »
- « Il y a énormément d’énergie et de bon vouloir et je trouve ça tout à fait sain et rafraichissant. »
- « Je réalise que l’innovation, ça se fait en groupe et ça a besoin des idées, de la collaboration et de l’énergie de tout le monde. Ce que je retiens, c’est l’importance de la mise en réseau. »
- « Inclure des gens avec qui on a moins l’habitude de travailler, je pense que c’est salutaire. »
- « Ça m’a donné le goût d’aller voir plus loin dans le processus d’innovation. »

Et pour terminer, ce commentaire sur un réel besoin de société : innover!

« C’est important de laisser aux gens ce goût de risquer et d’essayer quelque chose. Et je pense que c’est d’autant plus important qu’on est à une époque où ce que l’on peut léguer aux étudiants, c’est l’esprit d’innovation. Je suis certaine qu’ils en auront besoin. Donc, si on les inclut dans ce qu’on fait, on est en train de les former. De former leur esprit pour qu’ils aient les moyens de faire face aux problèmes, aux réalités et aux difficultés auxquels ils seront confrontés, qu’ils aient des handicaps ou pas. »

Note. Empruntant parfois leurs propres mots, l’auteur, Pierre Gignac, tient à remercier tous les participants à ces rencontres, à souligner leur contribution active, et particulièrement celle des intervenants suivants : Yves Munn, Pierre-Julien Guay et Christophe Reverd, Vitrine technologie-éducation; Christian Barrette et Lynn Lapostolle, ARC; Marc Tremblay, Roch Ducharme et Stéphanie Tremblay, CRISPESH; Alexandre Enkerli, ethnographe et professeur, Université Concordia; Gisèle Bertrand, CEFRIO; Évelyn Pitre, cégep du Vieux Montréal.

 


Webographie

Base de données de technologies informatiques adaptées « gratuites ou peu coûteuses » et vidéos de démonstrations
http://adaptech.org/fr/telechargement

CEFRIO 
http://www.cefrio.qc.ca

Centre de formation en ligne adapté aux apprenants sourds 
http://www.elsem-formations.com

Centre de recherche pour l’inclusion scolaire et professionnelle des étudiants en situation de handicap (CRISPESH)  
http://www.crispesh.com

Communautique  
http://www.communautique.qc.ca/

Échofab 
http://www.echofab.org/

ÉcoHackMtl 
http://ecohackmtl.org/

PERFORMA
Projets de recherche 
http://www.adaptech.org/fr/recherche
http://www.usherbrooke.ca/performa/fr/recherche-et-innovation/

Réseau de recherche Adaptech
Vitrine technologie-éducation
http://www.vteducation.org/fr/laboratoires/innovation

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