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 Numéro 15, Mars 1997 
Apprendre l'@BC des nouvelles technologies de l'information et de la communication Version Imprimable  Version imprimable
De l'importance de la formation

Martine MOTTET  (CCFD)

L'@ ou arobas, devenu le symbole d'Internet et des nouvelles technologies de l'information et de la communication, les NTIC, est à la mode. Qu'on soit internaute chevronné ou observateur distant de l'inforoute, on ne peut y couper. À la télévision, à la radio, dans les magazines et les journaux, @ fait figure de vedette, dans les adresses électroniques où on nous invite à écrire pour donner notre avis, dans des mots où il remplace la lettre A, ou même comme titre d'une émission pour les branchés.

Le multimédia et Internet sont en effet en voie de devenir incontournables non seulement dans les médias, à la maison et au travail mais aussi à l'école. Incontournables et là pour y rester, tout comme la télévision, que nos parents avaient peine à imaginer (des images dans une boîte?), et qui fait aujourd'hui partie de notre vie quotidienne. Le développement des NTIC soulève des questions théoriques : Quel est l'impact des NTIC sur la société, le travail, les professeurs et les élèves ? Quel parti peut-on en tirer dans l'enseignement et l'apprentissage ? Mais cela soulève aussi des questions bien pratiques : Je n'y connais pas grand-chose, alors comment devrais-je faire ? Que faudrait-il que j'apprenne ? Vers qui devrais-je me tourner pour apprendre ? Les réponses aux premières questions permettent d'y voir plus clair pour les deuxièmes.

 

Une transformation profonde du travail

L'information est aujourd'hui la matière première de notre société postindustrielle. C'est pourquoi les entreprises qui adoptent rapidement les NTIC pour accroître leur compétitivité sur les plans national et international exigent des compétences nouvelles de leur personnel. Le travail fait de plus en plus appel à des capacités cognitives supérieures (il est plus abstrait), présente un caractère plus collectif (les équipes de travail multidisciplinaires sont fréquentes) et exige un renouvellement constant des connaissances et habiletés (une condition de l'entreprise apprenante). En d'autres termes, outre une connaissance approfondie des domaines de spécialité, il suppose la maîtrise des environnements technologiques, d'excellentes compétences en traitement de l'information, des habiletés sociales solides et une grande capacité à apprendre avec autonomie tout au long de sa vie. Les jeunes Québécois et Québécoises répondront-ils à ces exigences à leur arrivée sur le marché du travail ? Comment peut-on favoriser leur réussite, autant personnelle que collective ?

En intégrant dès maintenant les NTIC dans leurs approches pédagogiques, les professeurs peuvent influer sur le développement de telles compétences et outiller adéquatement leurs élèves pour l'avenir.

 

Apprendre à apprendre grâce aux NTIC

Vous pensez que l'intégration des NTIC en éducation, cela a une petite odeur de réchauffé qui vous rappelle les hauts mais surtout les bas de l'audiovisuel ? Cependant, les NTIC font déjà partie des loisirs des jeunes comme ils feront partie de leur environnement de travail. C'est vrai, ils aiment les NTIC comme ils aiment la télévision. Même que plusieurs d'entre eux disent qu'ils les aiment PLUS que la télévision. Pourquoi ? Parce qu'ils s'en servent non seulement pour s'amuser (qui a dit que plaisir et apprentissage, "c'est pas rap"?) mais aussi pour découvrir des choses, satisfaire leur curiosité, bref, pour apprendre. Et ils ne le font pas en consommateurs passifs d'informations, mais en apprenants actifs et autonomes, constructeurs de leurs connaissances. Ils seront d'ailleurs les premiers à le souligner. Voilà déjà un bon point de départ pour développer les autres compétences dont ils auront besoin en tant que travailleurs et citoyens.

Il faut donc développer, pour eux et avec eux, des environnements et des activités d'apprentissage recourant aux NTIC, où l'élève est le principal acteur de son apprentissage, où il échange et travaille avec d'autres, où il apprend à chercher l'information, à la classer, à la synthétiser et à la critiquer. Des exemples ? Une leçon multimédia interactive où, après avoir observé des simulations trop coûteuses à faire en classe, l'élève doit tirer ses propres conclusions ; une activité collective de création textuelle ou multimédia supposant la recherche d'information sur des DOC ou sur l'inforoute ; une analyse comparative des points de vue de deux spécialistes, rejoints par courrier électronique, qui ne s'entendent pas sur une problématique de l'heure ; un forum électronique portant sur le thème principal du cours et animé par le professeur.

 

Et les enseignants ?

Si le matériel de cours est disponible sur Internet ou sur DOC et si les élèves apprennent en discutant entre eux ou avec des spécialistes à distance, les enseignants et enseignantes vont-ils disparaître ? Quel est donc leur rôle si les élèves sont directement -- et littéralement -- branchés sur les sources de savoir ?

Avec les NTIC, le rôle de transmetteur du savoir tend en effet à diminuer chez le professeur en raison d'une multiplication des sources d'information médiatisées. D'ailleurs, ce ne sont pas les NTIC qui sont à l'origine de ce phénomène : c'est l'imprimerie. Avec les NTIC, ces sources d'information sont "seulement " encore plus nombreuses, plus variées et surtout plus à jour.

Le professeur a ainsi plus de temps pour faire ce que seul un être humain peut véritablement faire : soutenir le processus d'apprentissage en favorisant la re-socialisation constante de celui-ci. C'est ce que Monique Linard (1996), du CNRS, appelle judicieusement la "médiation humaine de la médiatisation technique 1 ". Parce qu'il est bien vrai qu'on n'apprend pas tout seul, le professeur doit guider les élèves au sujet de leurs méthodes d'apprentissage, les conseiller et les aider à résoudre les problèmes particuliers, être leur mentor lorsque vient le temps de mettre leurs connaissances en application dans des projets d'engagement communautaire ou dans des projets de service aux entreprises, animer les groupes de discussion en classe ou sur Internet, agir comme courtier en ressources pour les aider à évaluer les sources d'information et la qualité des informations recueillies. C'est déjà en partie le rôle du professeur, dites-vous ? Mais avez-vous vraiment le temps de vous y consacrer ? Et si les NTIC vous permettaient de le faire ?

Mais qui produira le matériel de cours ? Qui pensera aux activités d'apprentissage ? Nous en sommes encore aux tout débuts des NTIC en éducation. Les productions ou environnements d'apprentissage "tout faits", répondant aux besoins des programmes, sont rares. Par conséquent, ils sont souvent le fruit du travail créatif d'un enseignant ou d'un petit groupe d'enseignants, qui cumulent plusieurs rôles : ingénieur pédagogique, expert technologique, graphiste, programmeur, gestionnaire de projet, etc. Par contre, de plus en plus, des équipes multidisciplinaires sont mises sur pied, où le professeur expert-matière est secondé par des informaticiens, technologues de l'éducation et autres.

Qu'il s'agisse de remplir le rôle de guide ou celui de concepteur de matériel pédagogique médiatisé, de nombreuses compétences nouvelles sont requises chez l'enseignant et chez l'enseignante. Sur le plan de la communication, maîtriser la conception de documents pédagogiques médiatisés, l'apprentissage à distance, l'écriture propre aux environnements hypermédias interactifs, les techniques d'animation de forums électroniques, les techniques de gestion d'équipes de travail collaboratif à distance. Sur le plan technique, il y a les habiletés techniques de base, la maîtrise des outils technologiques (logiciels de bureautique et de présentatique, logiciels-auteurs, collecticiels, courrier électronique, navigateurs, outils de création de pages Web et autres outils Internet), la maîtrise des méthodes de recherche documentaire et des environnements abstraits comme l'inforoute.

 

Mais par où débuter ?

Au fond, cela dépend de vos intérêts et de votre style d'apprentissage. C'est en faisant qu'on apprend, pensez-vous ? Joignez-vous à un groupe de travail sur les NTIC dans votre établissement ou démarrez un projet en vous jumelant à un collègue branché ou à une autre équipe.

Pour appuyer votre pratique de connaissances théoriques, vous voudrez peut-être suivre des cours dans votre établissement ou ailleurs. Plusieurs universités offrent aussi des cours et des programmes en technologie de l'éducation ou en communication, qui traitent de l'intégration pédagogique des NTIC. Pour accroître votre maîtrise des aspects techniques, inscrivez-vous à un cours sur le sujet, par exemple au Centre des technologies informatiques du collège de Maisonneuve (Introduction à l'informatique et à divers logiciels, Utilisation du réseau Internet, Conception de pages Web), au Centre de recherche informatique de Montréal (Initiation au monde du multimédia, Gestion d'un projet multimédia), à la Télé-université et au Centre collégial de formation à distance (ABC@Internet).

Vous préférez aborder le sujet à votre rythme ? Regardez des émissions télévisées sur le sujet : Branché, le samedi à 17 heures à la SRC, et @ AROBAS, le samedi à 16 heures à TQS. Procurez-vous des publications spécialisées, qui abondent dans les kiosques à journaux : trois brochures publiées par Québec-Science, Guide Internet (guide québécois de sites), le guide La littérature sur Internet, etc. La Presse publie aussi tous les jours une page sur les nouvelles technologies. Mieux encore, lisez Édu@média, une revue entièrement consacrée aux nouvelles technologies en éducation, publiée sur Internet à l'adresse http://edumedia.risq.qc.ca/.

N'oubliez pas, bien sûr, d'obtenir un accès à Internet et votre adresse électronique. Naviguez d'abord sur le Web à l'aide d'adresses trouvées dans les médias. Et découvrez les possibilités pédagogiques des NTIC, qui sont exploitées dans une multitude de projets créatifs au Québec et dans le monde entier ! Et, qui sait, peut-être ajouterez-vous votre propre projet à la liste !

 


Note
  1. LINARD, Monique (1996). "Nouvelles technologies et formation", Sciences humaines, hors-série numéro 12, février-mars 1996, p. 70-73. Retour au texte.

Lecture complémentaire

PUIMATTO, Gérard (1995). Multimédia, enseignement, formation et téléformation. Évolution des technologies de l'information et perspectives d'applications dans la formation initiale et continue. CNDP / Les publications du Québec.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015