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 Numéro 82, Avril 2013 
Le portfolio numérique Version Imprimable  Version imprimable


Plusieurs organismes partenaires TIC du réseau collégial  (La Vitrine Technologie-Éducation)

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Le présent dossier est issu d’un laboratoire offert par la Vitrine technologie-éducation en 2012-2013 à des enseignants qui souhaitaient 
explorer l’utilisation d’un portfolio numérique à des fins personnelles ou professionnelles, pour eux-mêmes ou avec leurs étudiants. Une vingtaine de participants ont ainsi été accompagnés dans cette appropriation.Ce laboratoire a été réalisé avec plusieurs organismes partenaires TIC du réseau collégial. Le portfolio SHERPA, développé dans le cadre d’un projet PCUC (MESRST), mis en œuvre par les partenaires conjoints SHERPA (APOP-DECclic-PROFWEB-VTÉ), a été mis sans frais à la disposition des participants par l’intermédiaire du service d’hébergement Moodle-DECclic. Profweb a recueilli les témoignages de plusieurs enseignants afin de constituer une source d’inspiration pour les participants. L’APOP a soutenu l’appropriation et l’utilisation de l’application.Le dossier s’ouvre avec une courte introduction schématique aux fonctions qu’on trouve habituellement dans un système de support de portfolio numérique. Suivent des recommandations pour le choix d’un outil.La présentation de témoignages d’enseignants permet d’aborder l’utilisation pédagogique, cette dernière étant ensuite illustrée au moyen d’une méthode de développement de scénario.

Enfin, le dernier texte relate l’expérience de la Région Lorraine, en France, où l’utilisation du portfolio s’inscrit dans une démarche d’orientation tout au long de la vie, impliquant des acteurs gouvernementaux, de l’enseignement et des entreprises.

 

 

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UNE VUE CONCEPTUELLE DU PORTFOLIO

Par  Frank FOURNIER, conseiller pédagogique, Cégep de Saint-Jérôme

 

Nous décrivons ci-dessous l’architecture typique d’un outil de gestion des portfolios au moyen d’un schéma général. Ce regard permet d’amorcer une réflexion sur les enjeux liés à l’introduction du portfolio dans un établissement, en particulier sur le plan de la planification de son utilisation.

 


Le portfolio est composé de projets. Plusieurs projets peuvent être regroupés dans une collection. La légende dans le coin supérieur droit indique les trois états possibles pour un projet : il peut être partagé ou masqué, par exemple lorsqu’il est en cours de rédaction, ou encore, être sous verrou, quand il est sous le contrôle exclusif de l’enseignant. Des commentaires peuvent être associés aux projets, et ce, sous l’un des deux états suivants : partagé ou masqué. Dans ce dernier cas, ils sont visibles uniquement pour l’étudiant et son enseignant.
L’espace réservé à l’étudiant peut habituellement être bonifié par des outils tels une zone de notification, un mur ou une liste de participants. Lorsque le statut d’un projet est partagé, il apparaît dans une zone commune et devient visible pour d’autres étudiants et pour l’enseignant. Cet environnement de partage peut aussi donner accès à des services de messagerie et à des réseaux sociaux.

Ce coup d’œil permet d’anticiper les répercussions possibles de l’implantation d’un système de portfolio dans une organisation. Par exemple, les fonctions de messagerie dans l’espace de partage et les fonctions d’échange de fichiers peuvent s’ajouter aux services similaires habituellement fournis par l’établissement, et on peut assister à un accroissement des canaux de communication. Une approche plus efficiente dans les versions futures serait la fédération de services, qui permettrait d’intégrer de façon transparente des services complémentaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE CHOIX D'UN OUTIL, UNE ÉTAPE CRUCIALE

Par  Pierre-Julien Guay, coordonnateur, Vitrine technologie-éducation, et président, Groupe de travail québécois sur les normes et standards en TI pour l’apprentissage, l’éducation et la formation

 

Le recours au portfolio numérique est souvent l’initiative d’un enseignant dans un cours donné.

Lorsque l’approche est fructueuse, on peut envisager deux types de contagion résultant en une utilisation accrue :

 

 

 

 

  • l’apprenant souhaite conserver à long terme les traces de ses apprentissages;
  • le département tout entier, voire l’établissement, souhaite intégrer le portfolio dans son approche éducative institutionnelle.

C’est ici que les formats d’enregistrement des éléments d’un portfolio prennent toute leur importance. Ces formats varient selon les plateformes. Certains établissements ont une approche maison avec un format unique et propriétaire.

Dès qu’on envisage le passage de l’apprenant d’une plateforme à une autre au fil de sa progression d’un niveau scolaire à un autre, ou encore, d’une organisation à une autre, il importe de pouvoir conserver et transférer le contenu du portfolio. Cela est particulièrement crucial dans une approche régionale, où l’apprenant peut conserver son portfolio du collège à l’université, puis l’enrichir par des activités de formation d’ordre professionnel tout au long de sa carrière.



UN ESPACE DE PARTAGE
Fondamentalement, une plateforme de portfolio a pour fonction d’emmagasiner les travaux de l’apprenant et de gérer le flux de partage. Si l’enseignant peut attribuer une note et associer des commentaires à un travail, l’apprenant ne souhaite pas toujours partager cette information avec ses pairs et ses employeurs potentiels ! Par contre, il
souhaitera rendre visibles ses meilleures réalisations et celles qui ont fait l’objet de commentaires élogieux de la part de ses pairs.

Pour chaque document, la plateforme doit normalement enregistrer :
  • la date
  • l’auteur (apprenant, enseignant, pair…)
  • le type de contenu (activité, rencontre, personne, organisation, plan)
  • l’objectif rattaché au document (assertion, réflexion, preuve, réalisation)
  • le type de relation avec d’autres éléments

Un portfolio exporté au format LEAP2A est ainsi présenté sous forme d’éléments situés en contexte par une catégorie tirée d’un vocabulaire contrôlé. De plus, chacun de ces éléments peut être mis en relation avec les autres, et c’est là que la richesse pédagogique se dégage. Une réalisation « vient appuyer » une production, une rencontre « a pour résultat » une publication, un commentaire « est une réflexion sur » une activité.

Le standard le plus utilisé est LEAP2A, qui permet l’échange de portfolios entre Mahara et SHERPA, par exemple. Il est donc essentiel, au moment du choix d’une plate-forme de portfolio, de s’assurer qu’elle est compatible avec LEAP2A. À noter que certaines plateformes permettent aussi l’exportation en HTML, mais la structure des éléments et leur interrelation sont alors perdues.

 

 

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DE PLUS EN PLUS AMBITIEUX : LE PORTFOLIO !

Par Émilie Lavery, enseignante de littérature et de français au Collège Édouard-Montpetit et animatrice de Profweb

 

 

 

Ce parcours synthétique de l’usage du portfolio au collégial est tiré de la première visioconférence du labo VTÉ sur le portfolio numérique, tenue le 13 novembre 2012. Au cours de cette session, les participants ont pu entendre sept témoignages sur l’utilisation du portfolio numérique par des enseignants du réseau collégial québécois.

 

UN PORTFOLIO D'ÉVALUATION DES COMPÉTENCES COMME ACTIVITÉ DE SYNTHÈSE DU COURS
Les premières utilisations du portfolio numérique en éducation eurent lieu au début des années 19901. Plusieurs pratiques du réseau collégial ont été documentées par Profweb une dizaine d’années plus tard. Yves Morin (2004), du Cégep Marie-Victorin, adopte le carnet de réflexion hebdomadaire en remplacement de l’examen final, ce qui lui permet d’évaluer la progression des apprentissages ainsi que les connaissances procédurales. L’outil pour le constituer reste au choix de l’étudiant (PowerPoint, Word, ou, plus récemment, Prezi).

Ginette Bousquet (2004), du Cégep de Sherbrooke, introduit dans son cours Démarche d’intégration des acquis en Sciences humaines, en activité synthèse, le portfolio de présentation en format PowerPoint. En optant pour le diaporama numérique, elle augmente la part de créativité du projet, son potentiel d’expressivité. C’est là un parcours symbolique qu’emprunte le retour réflexif de l’étudiant sur ses apprentissages les plus significatifs au collégial. En agençant à sa guise la vitrine de son portfolio, l’étudiant fait en sorte qu’elle le représente2.


Les deux enseignants observent l’effet bénéfique des stratégies métacognitives développées : l’étudiant peut se questionner sur ce qu’il a appris, commenter ce qu’il est en voie d’apprendre. Choisir ses méthodes pour l’atteinte des éléments de compétences du cours, c’est se donner le meilleur contexte d’apprentissage. Yves Morin a vu son taux 
de réussite grimper de 10 %. La mise en place de stratégies d’autoévaluation et d’autorégulation des connaissances augmente l’implication des étudiants. Ces enseignants complètent leur dixième année d’utilisation. Ils retiennent comme critère de choix de l’outil celui de l’agrément de l’étudiant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UN PORTFOLIO VOCATIONNEL POUR LES ENTRANTS ET LES SORTANTS
Le portfolio de carrière constitue l’une des applications les plus concrètes de l’approche orientante, que l’école québécoise encourage depuis 2002 pour lutter contre les effets néfastes de la « faible connaissance des réalités du monde du travail et des choix de formations et de carrières possibles3 » sur la motivation de même que sur l’obtention du diplôme.

Cette mesure, qui s’ajoute à d’autres, donne de bons résultats. En témoigne Serge-Philippe Tremblay (2012), du Cégep de St-Félicien, qui a introduit cette activité dans le cours Carrières en administration4, un cours de première session tout à fait bien « rodé ». Son portfolio WordPress est un projet de session. Voilà un contexte favorable à la réflexion par l’étalement du temps et l’espace d’intimité introduits par le travail à domicile. Au cours du stage d’observation, l’étudiant apprend bien des choses au sujet du milieu de travail, choses qu’il ignorait et auxquelles il réagit. Il doit tenir également un registre des témoignages des conférenciers du milieu.

Autre outil à découvrir : le Webfolio, rapporte le conseiller pédagogique et répondant TIC Luc Blain, du Cégep de Sainte-Foy. Des enseignants de gestion commerciale, de design, de sciences de la nature l’expérimentent depuis quelques mois. Le Webfolio5, conçu par le Service de placement de l’Université Laval, puis adapté au collégial par les cégeps de Sainte-Foy et de Drummondville, aide les étudiants à verbaliser leurs attitudes. À l’étape du questionnement, en préambule, l’étudiant définit ses orientations professionnelles. L’onglet « Connaissance du marché », alimenté par la banque d’information de Repères, lui décrit plus de 400 professions. Une fois son choix de carrière validé, il explore la zone « Mon projet en action » pour la préparation de son CV, de l’entrevue, ou encore, pour l’établissement d’un plan professionnel incluant les impératifs de formation. Enfin, la section « Mes documents » lui permet d’héberger les éléments d’un petit portfolio d’apprentissage.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UN PORTFOLIO DE FORMATION EN DEVENIR

Le portfolio de formation rend d’immenses services même si sa pleine réalisation reste à venir. Certaines expériences concrètes montrent combien l’ouverture de passerelles d’accès aux productions des étudiants permet d’assurer une meilleure transition entre les cours. Lorsque deux cours traitent de la même compétence, le portfolio devient un atout, selon l’enseignant de design d’intérieur Sylvain Lefebvre, du Cégep de Lanaudière à L’Assomption.

Ainsi en est-il pour son cours de troisième session Rendu (570-KVM-CA), un préalable à Rendu et maquette (570-KVM-CA). Le portfolio d’apprentissage facilite le transfert des connaissances pendant la session suivante. Sylvain Lefebvre corrige en ligne chaque exercice remis en format numérique. L’étudiant a ensuite accès à tous ses travaux corrigés et aux fichiers des meilleurs exercices du groupe, intitulés « Rendus de référence ». Les rendus personnels et les rendus de référence permettent aux élèves d’améliorer leurs techniques de représentation des matériaux pour leurs prochains travaux.

Le portfolio a également permis de régler de petits problèmes lors de l’épreuve synthèse des sortants de sixième session. Les enseignants aux prises avec la mauvaise qualité des rendus de certains purent, sur la base des réussites de l’année précédente colligées au portfolio d’apprentissage, exiger des étudiants des rendus conformes à la qualité demandée. Sylvain Lefebvre voyait cette mesure d’aide appliquée bien au-delà de ses propres prévisions ! Les activités de suivi qu’il avait eu l’occasion de pratiquer avaient des retombées certes imprévues, mais sans contredit utiles du point de vue de la formation !

Les témoignages des utilisateurs de la plateforme numérique SHERPA coïncident avec ces vues. Il serait bénéfique d’adopter le portfolio d’apprentissage dans plusieurs cours de la formation en arts visuels. « Cet accompagnement, précise Dgino Cantin (2011), du Cégep Limoilou, permet d’échelonner les défis jusqu’à l’activité synthèse de programme7 ».

Cet enseignant fait remarquer que la distance qu’installe le média de même que l’éloignement du temps de production sont favorables au processus d’autocritique « quand vient le temps de l’analyse ».

Les étudiants trouvent très stimulant d’organiser leur collection et de mettre en valeur leur travail dans le portfolio, explique pour sa part Marie-Claude Smith (2011), du Cégep de Lévis-Lauzon. Ils arrivent très facilement à utiliser la coquille, et même, ils personnalisent leur page. La particularité du portfolio SHERPA, c’est qu’il se gère à travers des projets. Chacune des pages peut être réunie dans une ou plusieurs collections. L’étudiant peut rendre son portfolio accessible aux participants qu’il souhaite accueillir, ou l’ouvrir à tous les utilisateurs SHERPA.

Ce dernier permet également de créer des rétroactions sur le travail de l’étudiant, tient à souligner Marie-Claude Smith. Dans le cadre d’un projet d’aide à la réussite de son collège, elle expérimente les effets d’un réseau d’écoute issu de son établissement et composé d’un conseiller pédagogique, d’un aide pédagogique individuel à la réussite et d’un conseiller d’orientation.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les témoignages rassemblés mettent en lumière la variété d’usages, de contextes et les faits saillants liés au choix de chacune des technologies adoptées pour la création d’un portfolio. On le constate, l’intégration du portfolio couvre le spectre entier de la vie de l’étudiant, de son entrée au collège à sa sortie du collégial. Il serait souhaitable que cet outil puisse évoluer8 avec lui !

 

1      Diane Lafond précise dans sa chronique « Les portfolios numériques en tant qu’instrument d’évaluation » http://benhur.teluq.ca/wordpress/sanspapier/chroniques/technologies/technologie5_0512/ qu’il aurait alors été « utilisé principalement par les pédagogues américains et anglophones du Québec », © Télé-université, Université du Québec à Montréal, le 30 avril 2012. Consulté le 28 décembre 2012.

2      « J’ai, pour cette raison, préféré PowerPoint à eduportfolio http://eduportfolio.org/ … , dont la simplicité d’utilisation est toutefois réelle. L’étudiant n’avait qu’à déposer ses documents à l’endroit approprié du gabarit que j’avais choisi », explique Ginette Bousquet.

3      MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DU LOISIR ET DU SPORT, À chacun son rêve - pour favoriser la réussite. L’approche orientante : Document d’information, En ligne , 2002. http://www.mels.gouv.qc.ca/DGFJ/csc/general/chacun/chacun.html, p.11.

4      NDLR Voir l’article Le portfolio en Techniques de comptabilité et gestion : la stratégie du petit pas, p.13

5      Le Champlain St. Lawrence College, qui en a assumé la traduction en anglais, vient de l’adopter. Le Service de placement de l’Université Laval prévoit l’offrir « à la vaste majorité des cégeps par le biais de Repères », annonce le site. Consulté le 28 décembre 2012.

6      Projet en cours : reprise du portfolio dans un cours de troisième (Gestion de l’information), puis de sixième session (Stages en comptabilité et gestion)

7      Dgino CANTIN, Suivre le cheminement d’un élève : une réalité avec le portfolio numérique d’apprentissage SHERPA, En ligne , 5 novembre 2012. http://www.profweb.qc.ca/fr/publications/recits/suivre-le-cheminement-dun-eleve-une-realite-avec-le-portfolio-numerique-dapprentissage-sherpa/index.html. NDLR Ce récit est repris dans le présent numéro de Clic, p.11.

8      Lorsque les besoins de l’apprenant et du travailleur se rejoignent, la motivation est au plus haut, rappelle Raymond Marcil, du Cégep de Rimouski, dans son récit http://www.profweb.qc.ca/index.php?id=3617&L=0&cHash=d00cc0968b8832fdea9fa0364fa5161c. Le portfolio : une application toute naturelle en bureautique : « Le fait de servir d’outil de présentation chez les employeurs motive nos sortantes et nos sortants, ce qui les pousse souvent à se dépasser pour présenter un portfolio individuel de qualité très professionnelle. »

 

 

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PLANIFIER L'UTILISATION D'UN PORTFOLIO NUMÉRIQUE

Par Yves Munn, conseiller technopédagogique, Vitrine technologie-éducation

 

Ce texte porte sur les choix et les scénarios d’utilisation du portfolio numérique. Il est inspiré de la troisième visioconférence du labo VTÉ sur le portfolio numérique, tenue le 11 décembre 2012. Au cours de cette session, les participants ont assisté à la présentation de l’invitée-experte Sophie Ringuet, conseillère pédagogique au Cégep@distance.


QUELQUES PRINCIPES DE BASE
À l’occasion du troisième laboratoire de la VTÉ sur le portfolio numérique, Sophie Ringuet, conseillère pédagogique au Cégep@distance, propose les lignes directrices suivantes pour aider les enseignants à faire un choix éclairé :

  • analysez vos besoins et déterminez vos intentions éducatives;
  • prenez le temps de structurer vos contenus avant de décider si le portfolio est l’outil approprié;
  • considérez les deux principales forces du portfolio numérique :
  • engager l’étudiant dans une démarche métacognitive8;
  • permettre un suivi personnalisé de l’étudiant;
  • considérez aussi la principale limite d’un portfolio numérique, soit l’investissement de temps qui sera nécessaire pour le suivi individuel de chaque portfolio.


Sophie Ringuet recommande que l’usage du portfolio numérique soit obligatoire pour tous les étudiants d’un même groupe.Il ne doit surtout pas être suggéré comme une activité pédagogique facultative – les expériences antérieures démontrent que rares sont les étudiants qui réalisent un portfolio si son utilisation n’est pas obligatoire et suivie! En conséquence, prenez en considération la charge de travail que cela implique : commencez avec de petits projets, surtout pour les grands groupes d’étudiants.

 

TYPES DE PORTFOLIO

Les principales finalités se déclinent en quatre catégories. Dans un dossier de la Vitrine technologie-éducation, Robert Bibeau (2007) en fait une description assez complète et rigoureuse9. Il s’agit du portfolio de présentation, du portfolio d’apprentissage, du portfolio d’évaluation et du portfolio de développement professionnel.


Portfolio de présentation
Ce type de portfolio, axé sur le produit final,  présente généralement une collection des meilleures productions de l’étudiant ou celles ayant une valeur plus significative. On peut l’associer au portfolio des artistes.


Portfolio d’apprentissage
Ce type de portfolio est axé sur le processus d’élaboration du travail de l’étudiant plutôt que sur le produit final. Il présente généralement une collection de productions et de réflexions faisant foi des progrès de l’élève pendant une période donnée. Ce portfolio favorise le processus de méta-cognition par l’évaluation formative.


Portfolio d’évaluation
Ce type de portfolio permet de porter un jugement sur une collection de productions. Il s’inscrit dans un processus d’évaluation sommative qui permet de vérifier l’atteinte des compétences acquises par l’étudiant.


Portfolio de développement professionnel
Ce type de portfolio présente une collection de productions et de réflexions documentant le cheminement professionnel dans le temps. Il comprend généralement un curriculum vitæ.

Un portfolio numérique pourrait combiner plusieurs types de portfolio dans le cadre 
d’un même projet. Par exemple, un enseignant peut élaborer un portfolio combinant les types apprentissage et évaluation. Sophie Ringuet souligne cependant que, souvent dans ce cas, l’étudiant est porté à penser qu’il n’a pas droit à l’erreur. Il pourrait être plus réticent à mentionner ses difficultés si la démarche d’apprentissage n’était pas bien expliquée par son enseignant.



MÉTHODE POUR DÉVELOPPER UN SCÉNARIO D'UTILISATION
Lors du laboratoire VTÉ, Sophie Ringuet a également proposé une méthodologie comprenant quatre étapes pour développer un scénario d’utilisation d’un portfolio numérique.


1. S’assurer des conditions essentielles de base
Il faut d’abord s’assurer que les étudiants peuvent accéder facilement au logiciel du portfolio numérique et qu’ils peuvent y disposer d’un espace de stockage suffisant pour l’ensemble du projet.

Il faut aussi prendre en considération le fait que les étudiants, les enseignants et les autres collaborateurs doivent être accompagnés dans l’exploration du logiciel de portfolio. Cela peut impliquer du temps de formation, la production d’aide-mémoire ou de procédures d’utilisation, sans négliger l’apport du soutien technique pour pallier les problèmes possibles d’ordre logiciel et informatique.

Avant de commencer le portfolio numérique, les étudiants doivent comprendre :

  • qu’ils seront des auteurs publics sur la plateforme, ce qui suppose une certaine réflexivité de leur part;
  • que les communications doivent s’y faire de manière éthique comme pour tout autre logiciel social10;
  • que les règles en lien avec le droit d’auteur et les mentions de la propriété intellectuelle doivent être rigoureusement respectées.


Si le portfolio est utilisé par plusieurs personnes dans un programme d’études, il faut :

  • rechercher l’adhésion des enseignants de la formation spécifique et générale;
  • prendre du temps en équipe pour planifier et analyser l’utilisation du portfolio numérique en considérant les buts, les cours porteurs, l’évaluation, etc.;
  • élaborer un scénario dans le cas où des étudiants ne feraient pas tous les cours du programme : RAC, changement d’établissement et autres possibilités.



DÉTERMINER LE RÔLE DES INTERVENANTS ET LES FINALITÉS DU PORTFOLIO NUMÉRIQUE

Un moyen efficace de cerner les finalités et le type de portfolio que vous devriez adopter est de déterminer le rôle des acteurs qui auront, de près ou de loin, à intervenir dans le cycle de vie de cet outil.

L’acteur principal du portfolio est-il l’étudiant ou l’enseignant ?

  • Si c’est l’étudiant, fait-il son portfolio :
    • pour lui-même ?
    • pour partager avec son ou ses enseignants ?
    • pour partager avec ses pairs ?
    • pour partager avec d’autres personnes : experts, milieu de stage,  employeurs, famille, amis, etc. ?
  • Si c’est l’enseignant, fait-il son portfolio :
    • pour lui-même ?
    • pour partager avec ses étudiants ?
    • pour partager avec d’autres personnes : employeurs, collègues, réseau, amis, etc. ?


Les objectifs d’enseignement et d’apprentis-sage que vous atteindrez seront différents pour chacun des quatre types de portfolio.

 

 

Le Cégep@distance a également contribué au laboratoire VTÉ en confiant à Sophie Ringuet  le soin d’accompagner les participants dans leur démarche d’appropriation du portfolio numérique.

 

 

 

 

À cette étape, il faut que l’étudiant puisse percevoir la valeur ajoutée du portfolio pour lui. C’est là un élément motivateur essentiel pour qu’il s’investisse dans la réalisation du projet.

Voici quelques exemples de finalités répertoriés par type.

  • Pour un portfolio de présentation axé sur le produit, les buts pour l’étudiant pourraient être de :
    • présenter ses travaux au terme d’un cours, d’une session, d’un programme et recevoir de la rétroaction formative;
    • présenter un exemplaire de ses meilleurs travaux à un employeur en vue d’une admission dans un programme ou un établissement;
    • amener l’étudiant à parler de ses apprentissages, de ses réussites, de ses champs d’intérêt et de ce qui le motive.
  • Pour un portfolio d’apprentissage axé sur un processus, les buts pourraient être de :
    • amener l’étudiant à prendre conscience de ses apprentissages et de sa démarche d’apprentissage;
    • favoriser le développement d’habiletés pour s’autoévaluer et de stratégies pour le faire, se fixer des buts pour s’autoréguler;
    • déterminer ses forces et ses difficultés;
    •  effectuer un suivi personnalisé du cheminement de l’étudiant.
  • Pour un portfolio d’évaluation, les buts pourraient être de :
    •  recueillir des preuves de la maîtrise d’une ou de plusieurs compétences;
    •  procéder à de la reconnaissance des acquis;
    •  s’assurer que toutes les compétences ont été acquises pendant une formation.
  • Pour un portfolio de développement professionnel, les buts pourraient être de :
    •  présenter son cheminement, ses compétences, ses réalisations;
    •  partager son expertise et ses expériences;
    •  valider ses acquis, reconnaître ses compétences, planifier sa formation ou gérer son cheminement de carrière;
    •  «  … documenter son cheminement, de systématiser sa démarche de réflexion et de développer une plus grande conscience de sa pratique, de l’analyser et de prendre des décisions éclairées menant à son développement professionnel et personnel11 » (Bibeau, 2007).



PLANIFIER LE SCÉNARIO
Pour bien planifier l’utilisation du portfolio, il faut tenir compte de la structure du contenu qui servira au moment du dépôt des différents éléments par l’étudiant. Plus il y a de contenu déposé, plus son organisation prend de l’importance. Une bonne planification permet aussi de pré-voir les étapes à réaliser et les tâches de chaque acteur dans le temps. Voici quelques activités à prévoir :

  • Une présentation de la démarche d’utilisation du portfolio dans le cours ou le programme.
  • Une démonstration de l’importance du portfolio et de la valeur ajoutée pour l’étudiant. Cela lui permettra de comprendre pourquoi il vaut la peine de faire des efforts et d’investir du temps pour réaliser un portfolio, et de voir combien cela lui rapportera.
  • Une présentation d’exemples : votre portfolio ou celui d’anciens étudiants. Encore mieux, pourquoi ne pas demander à un ancien élève de témoigner des bénéfices qu’il a tirés de son portfolio numérique ?
  • Des activités d’appropriation de l’outil portfolio, comme des exercices pratiques intégrés dans la démarche.


À chacune des étapes du cours, déterminez les tâches qui doivent être effectuées, qui les effectuera et combien de temps cela prendra. Idéalement, intégrez des activités qui favorisent la métacognition. Il faut soutenir l’étudiant tout au long de la démarche.

Dans un article sur la place d’un portfolio électronique dans une démarche d’apprentissage12, Ginette Bousquet, enseignante au Collège de Sherbrooke, suggère de planifier le portfolio en trois grandes étapes :

  • Mes apprentissages
(finalité : apprentissage)
  • Mes bilans 
(finalité : présentation et évaluation)
  • Mes réflexions


Sophie Ringuet souligne d’ailleurs l’importance de demander à l’étudiant de réfléchir à ses apprentissages à partir de réalisations concrètes et d’expériences vécues dès le départ, plutôt que de réfléchir à ses compétences ou son apprentissage pour ensuite trouver des expériences concrètes qui corroborent sa réflexion !


VALIDER LE SCÉNARIO
L’importance de valider votre scénario d’utilisation n’est pas à négliger. Évaluez d’abord la pertinence de l’utilisation d’un portfolio, tant pour l’étudiant que sur le plan pédagogique.

En ce qui concerne la qualité des données, soit le contenu du portfolio, et la démarche proposée, Sophie Ringuet propose d’évaluer les points suivants :

  • Le contenu recherché
  • L’échéancier
  • Les éléments de motivation
  • La faisabilité du portfolio choisi
  • Les aspects concernant la métacognition, l’objectivation et l’autorégulation
  • L’organisation et la structure du portfolio
  • Les modalités et les critères d’évaluation
  • La rétroaction
  • Les aspects juridique et éthique


Pour ce qui est des modalités de gestion, deux grands aspects sont aussi à valider : la gestion pédagogique et le volet technologique. Concernant le premier, il est bon de se questionner sur la place du portfolio numérique dans le programme de formation et sur la démarche d’évaluation des apprentissages qui accompagne le portfolio. Terminez par l’évaluation des aspects comme le choix de l’outil, la formation et le soutien technique.

 

8      Faire réfléchir l’étudiant sur ce qu’il apprend et sur son processus d’apprentissage.

9      Robert BIBEAU, « À chacun son portfolio numérique », Bulletin Clic, vol. 65, automne 2007. En ligne . http://bulletinclic.profweb.ca/cgi-bin/aff.pl?page=article&id=2053.

10      Source : A. BEAUDIN-LECOURS, I. DELISLE, M.-J. DESROCHERS, G. GERMAIN, P. GIROUX, L. LACHAPELLE-BÉGIN, C. MARTEL et J.-L. TRUSSART. Guide de l’utilisation pédagogique des médias sociaux, En ligne , 2012. http://guidems.labovte.ep.profweb.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/Guide-dutilisation-p%C3%A9dagogique-des-m%C3%A9dias-sociaux.pdf.

11      Robert BIBEAU, « À chacun son portfolio numérique », Bulletin Clic, vol. 65, automne 2007. En ligne . http://bulletinclic.profweb.ca/cgi-bin/aff.pl?page=article&id=2053.

12      Ginette BOUSQUET, « La place d’un portfolio électronique dans une démarche d’apprentissage », Profweb, En ligne , juin 2005. http://www.profweb.qc.ca/fr/publications/recits/la-place-dun-portfolio-electronique-dans-une-demarche-dapprentissage/index.html.

 

 

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LORFOLIO

Un portfolio de développement professionnel 
à l’échelle de toute une région

Propos Emmanuel JOURNOT, directeur de projet à Inffolor, le Centre lorrain d’animation, de ressources et d’information sur la formation (Carif), recueillis par Pierre-Julien GUAY, Vitrine technologie-éducation

 

Lorfolio est un projet expérimental de portefeuille numérique de compétences, d’une durée de cinq ans, amorcé en 2007 et financé par le Conseil régional de Lorraine en réponse aux difficultés de reconversion industrielle et de recherche d’emploi.

L’objectif du projet est de permettre aux travailleurs et demandeurs d’emploi lorrains de capitaliser et de valoriser leurs compétences acquises par la formation et par l’expérience au moyen d’un outil numérique personnel. Pour les demandeurs d’emploi, la démarche est accompagnée par le service public Pôle emploi. Au terme de l’exercice de documentation du portfolio numérique, les données peuvent être exportées en format PDF ou dans un espace en ligne pour être présentées au moment d’une entrevue d’embauche. Cet outil peut également être utilisé par les salariés désireux de faire le point sur leurs compétences dans une approche réflexive de leur parcours professionnel.

Le projet, financé par des fonds publics (Région Lorraine + Europe), a été confié au service de formation continue Inffolor, qui œuvre dans le domaine de la formation des adultes. Un prototype a été expérimenté auprès de 4000 utilisateurs et 500 accompagnateurs, et une version complète est déployée depuis février 2013.

L’approche est principalement axée sur la préparation d’un portefeuille de compétences en offrant une traçabilité du par-cours. Elle permet également de préparer un inventaire des compétences à acquérir lors d’une démarche de reconversion professionnelle. Les nouvelles compétences acquises par apprentissage peuvent être ajoutées. Le référentiel de compétences utilisé est le Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME) développé par Pôle emploi.

Une grande variété d’acteurs ont été mobilisés au sein du comité de pilotage chargé de l’évaluation et de l’amélioration de la plateforme pour un territoire régional bien précis. Le Pôle emploi agit en matière d’accueil, d’information et d’orientation. Une concertation avec les acteurs de l’éducation nationale permet aux lycéens qui terminent leur formation de s’approprier l’outil afin de décrire leurs compétences acquises. En enseignement supérieur, l’Université de Lorraine utilise également la plateforme. La concertation avec les entreprises et le secteur professionnel, déjà amorcée, est en cours de consolidation.

 

 

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L’expérience d’accompagnement par les professionnels impliqués a suscité une réflexion positive sur leurs pratiques de suivi et d’information. Parmi les difficultés rencontrées en cours de projet, le degré et le coût d’accompagnement de la part des professionnels chargés de l’accueil, de l’orientation et de la formation restent 
difficiles à mesurer.

Emmanuel JOURNOT travaille au sein d’Inffolor, le portail lorrain de l’information et de l’orientation tout au long de la vie.

 

 

 

La plateforme logicielle a été conçue sur mesure par une société à partir de solutions libres. L’interopérabilité est assurée par l’importation/exportation en format XML, et le support au format LEAP2A sera bientôt opérationnel.

Pour 2013, le Conseil régional de Lorraine soutient le déploiement à grande échelle dans la région. De nouveaux acteurs tels les syndicats de salariés, les représentants patronaux et les chambres de commerce seront associés à cette opération. On envisage le développement d’une passerelle facilitant la démarche de validation des acquis de l’expérience et des liens vers d’autres référentiels de compétences.

 

 

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