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 Numéro 76, Avril 2011 
La culture des réseaux comme idéologie pédagogique Version Imprimable  Version imprimable


Jean-Yves Fréchette, Littérature et français  (Cégep François-Xavier-Garneau)


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On observe une constante dans la carrière d’enseignant (1972-2008) de Jean-Yves Fréchette : celle d’avoir propulsé ses étudiants dans des activités d’écriture et de production textuelle inédites. Son itinéraire de professeur, de concepteur de logiciels éducatifs (Logitexte, la Console d’écriture, Scriptor), de conférencier et d’écrivain montre comment la technologie, une technologie mixte tablant tout autant sur l’audiovisuel que sur les TIC proprement dites, et mise au service de l’événement, de la performance et de la communication, a permis d’offrir des environnements de travail qui ont soulevé l’enthousiasme chez ses étudiants. Ces derniers bloguent encore à l’occasion des événements qu’il crée ou auxquels il s’associe. Ils le firent notamment lors du Moulin à paroles.

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L’un des projets parapédagogiques1 de Jean-Yves Fréchette : Agrotexte.
Une sculpture agricole et textuelle de 1,6 km recensée dans le Livre
Guinness des records
en 1985 (Photo : Partick ALTMAN)


L’utopie en pédagogie

J’ai eu la chance de vivre cette période privilégiée de l’histoire des cégeps où l’utopie était encore un idéal qui alimentait la pratique des pédagogues. J’ai pu profiter de ressources technologiques formidables et, lorsqu’elles n’existaient pas, je les ai inventées avec l’aide de mes collègues. J’ai pu aussi compter sur des complices de première ligne : je salue ici l’amitié et le dévouement de tous les personnels de soutien. Depuis ma retraite, je m’affaire toujours au développement d’un environnement d’apprentissage informatisé, Scriptor, sur lequel je bricole depuis 1996, aidé par d’anciens étudiants du collège avec qui je travaille depuis peu dans une agence Web interactive : Crealogik.


Un environnement d’apprentissage numérisé

En classe, je n’ai jamais rien fait d’autre que de créer une écologie de l’apprentissage susceptible d’accroître la compétence des étudiants. Il m’est souvent arrivé de parler de ces dispositifs comme de «trappes à textes». J’ai pu par là même hybrider le contexte ambiant des valeurs, des connaissances, des techniques et des imaginaires. Comme prof, je fus à la fois un créateur, un chercheur, un diffuseur. Dans ce contexte, j’ai toujours cru que la pédagogie aurait tort de se priver des TIC, qui accroissent la portée des réseaux et des collaborations.


«Le reflet de vos propres apprentissages»

Le site Communication et discours (601-104) est la résultante d'un parcours collaboratif, celui de l’enseignant et celui de la classe. Au début, une seule consigne en page d’accueil : «Ce site est en constant développement : il appartient au prof de le nourrir et il vous appartient d'en faire le reflet de vos propres apprentissages.»

Je n’ai pas hésité à prendre tout l’espace média disponible en évitant cependant de n’exploiter que les TIC. Ainsi, un cours donné à la télévision fut l’occasion d’une réflexion au sujet de l’impact de la situation de communication sur la perception du message.

Je n’ai pas hésité non plus à passer de la classe (séances sur le pouvoir du regard, exercices de voix, etc.) à la console de télé, puis à l’agora. J’ai voulu multiplier les lieux de diffusion : capter du studio les reportages téléphoniques, puis les diffuser en direct dans la classe, avant d’en assurer la mise en ligne sur le site!


AU DÉBUT IL N’Y AVAIT RIEN. À LA FIN IL Y A TOUT

Ainsi, chaque semaine, chaque jour apparaissaient de nouveaux contenus : des citations quotidiennes pour le projet Rimbaud, un éditorial hebdomadaire dans lequel je donne le ton – j’évalue les activités de la semaine qui vient de passer, je commente les performances d’écriture en cours, je préviens des pièges communs, j’annonce le programme de la semaine à venir, je harangue les troupes et, parfois, je vocifère symboliquement. Sur le site, je parle également de l’actualité dans des sites thématiques (comme celui consacré au travail de l'artiste contemporain Cristo), en laissant aussi à mes 38 étudiants la responsabilité de nourrir leur sous-site personnel.

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Le site du Projet Rimbaud


Poursuivre sur la lancée du fantasme

Pour comprendre l’origine de cette singularité pédagogique, il faut sans doute remonter au mois de juin 1986, époque où je désirais ardemment réformer mon enseignement. Il me paraissait normal alors d’installer mes étudiants dans un champ, avec 24 Macintosh, de laisser un chantier textuel ouvert 24 heures sur 24 pendant 7 jours et de leur demander de produire en équipe une dizaine de livres illustrés avec des mots venus de plus d’une vingtaine de pays. J’y ai travaillé avec des collègues (Réal Bouchard et Raymond Hamel) et des étudiants de deuxième collégiale qui, aujourd’hui encore, pratiquent pour un bon nombre d’entre eux des métiers où le texte domine. Le Party textuel fut en quelque sorte le prélude de toutes mes découvertes ultérieures en pédagogie et une sanction pour les audaces à venir.

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Une classe exemplaire : la classe verte du «Party textuel»


Qu’aurai-je appris?

Il m’arrive souvent de penser qu’il y avait tout, au cégep, pour expérimenter les grands concepts qui alimentent aujourd’hui la pédagogie de la réussite. Au cours de ma carrière, j’aurai appris à banaliser mon rapport aux technologies, à devenir un expert (afin de diminuer le pouvoir tyrannique des TIC) et à travailler en réseau. J’aurai également appris à internationaliser mes collaborations et à créer des structures évolutives qui reflètent l'acquisition des connaissances et la maîtrise réelle des compétences.

Au fond, les TIC, ça ne m'intéresse pas! Ce qui me passionne, ce sont les pratiques qu'elles génèrent. Voilà pourquoi on trouvait sur le portail du cours 601-104 de l’hiver 2008 une constellation de sites. Cette architecture informatique qui intègre à la fois le contenu de référence du cours, le contenu hebdomadaire, les productions de la classe et de chacun des étudiants m’apparaît aujourd’hui encore une des pistes fécondes en pédagogie de la littérature dans les collèges.

Maintenant, je souhaite développer à l’Institut de twittérature comparée des outils d’écriture qui proposeront des scénarios pédagogiques pour l’utilisation de Twitter en production écrite et d’autres outils, notamment des lexiques spécialisés, des bases de données lexicales répertoriées par thèmes, des générateurs d’idées aléatoires, etc.

Et tout le reste est twittérature…

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Le président de l’ITC en entrevue


Les performances réseau2 d’écriture expérimentées par Jean-Yves Fréchette montrent qu’il n’y a pas de limite à l’espace du texte et que les défis d’écriture peuvent être lancés tant en kilomètres qu’en caractères3!


1 L’inscription «TEXTE TERRE TISSE» a mobilisé 15 «maîtres laboureurs» qui ont mis leurs machines aratoires au service de l’art. Agrotexte fut réalisée à Saint-Ubalde le 10 octobre 1982. 

2 L’itinéraire du texte a rassemblé, en 1983, 10 000 jeunes, des étudiants du primaire et du secondaire d’écoles de la Beauce qui ont participé au déroulement et à l’écriture de ce texte de 160 km, dans le cadre du 450e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier en Nouvelle-France.

3 Un «tweet», ou gazouillis, est, badine Jean-Yves Fréchette, un texticule composé de 140 caractères.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015