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 Numéro 75, Janvier 2011 
L'impact de Facebook dans votre vie professionnelle Version Imprimable  Version imprimable


Bernard Arsenault, professeur de techniques policières  (Campus Notre-Dame-de-Foy)

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Les réseaux sociaux virtuels créent une foule d’occasions de rencontre : retrouvailles touchantes (et impossibles auparavant), échange de connaissances, communautés de partage, etc. Parfois, Bernard Arsenault agit comme enquêteur sur la Toile et il trouve là aussi des partenaires et renseignements utiles. Mais il sait comme nous tous que le réseautage social a ses revers : vol d’identité, cyberprédation, tort à la réputation… Ses étudiants ne sont pas à l’abri de ces dangers et le Département de techniques policières prend la chose très au sérieux, notamment depuis l’automne dernier.





Des murs de Facebook aux murs de la classe

À l’automne 2009, la réalité frappe de plein fouet l’une de mes classes. Je reçois un courriel, un soir, contenant 14 photos montrant mes étudiants dans un bar. L’informateur anonyme me confie qu’il trouve inacceptable d’exposer ces photos dans Facebook : «Vous ferez ce que vous voulez!», me lance-t-il.

Le lendemain, je fais défiler les 14 diapos devant ma classe, au rythme de 10 secondes d’exposition chacune. Mon mot d’introduction a un peu ébranlé les étudiants, mais là, dès la première photo, et bien que je leur tourne le dos, je sais que rien ne va. Après plus de 140 secondes d’images exposant des postures suggestives, plus personne ne respire…

Depuis cet incident1, les règles de discipline du programme Techniques policières au Campus Notre-Dame-de-Foy sont en révision. Ces règles, qui suivent notamment les normes de comportement fixées par l’École nationale de police du Québec, vont éventuellement influencer les attitudes et agissements des étudiants dans leur vie virtuelle, notamment sur les réseaux sociaux.


«Une bien petite planète où tout finit par se savoir»


Dans nos classes, nous accordons beaucoup d’importance à l’analyse des comportements, que ce soit ceux des policiers en exercice, des présumés contrevenants ou du public en général. On confronte souvent les étudiants avec leurs limites, leurs préjugés ou leurs lacunes. Depuis cet incident Facebook, le contrôle de l’image virtuelle est devenu une responsabilité de l’étudiant, dans mon département. Plusieurs ont d’ailleurs fermé leur compte ou s’apprêtent à le faire; d’autres exercent un meilleur contrôle des images qu’ils exposent et des internautes à qui ils les montrent. Les séances d’information que nous tenons au collège sur le sujet font leur effet…


Les faux secrets et les mirages de la maison de verre

Certains de mes étudiants plongent à pieds joints dans cette belle culture de partage sans trop en comprendre les retombées. Pour ma part, je compare l’arrivée de Facebook à l’arrivée de la Ford modèle T sur les routes américaines : on n’aura mis en place des systèmes de régulation de la circulation et de protection du piéton que 20 ans après avoir créé le problème!


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Nous vous invitons à écouter la conférence prononcée au Centre des congrès de Québec par Danah Boyd, spécialiste
des médias sociaux chez Microsoft Research et Fellow à l’Université de Harvard2. © Les conférences numériques, CCDMD


Les 15 millions de nouveaux automobilistes disséminés à travers les États-Unis à cette époque, qui conduisaient sans code ni signalisation routière, ont causé beaucoup de morts et fait de nombreux blessés avant qu’on n’invente les premiers feux de circulation… en 1929!

Nous créons nous aussi des problèmes si nous nous comportons de n’importe quelle façon dans Facebook. On pourrait comparer cette nouvelle vitrine à celle d’une maison de verre : tout ce qu’on y publie est susceptible d’être utilisé un jour contre nous.

facebook_iconEn cinq ans d’existence, le réseau social Facebook est passé de 3 400 utilisateurs à 500 millions3. En a-t-on seulement évalué l’impact avant de s’y inscrire et d’y publier jour après jour toutes sortes de choses, surtout si elles sont personnelles?

La grande famille de Facebook prend des proportions à peine imaginables chez nos jeunes. Certains de mes étudiants ont plus de 800 «amis». Comment penser sérieusement s’associer sans crainte à autant d’individus? Dorénavant, je fais l’exercice dans mes classes : je scrute le détail des familles virtuelles et les commente. Leur composition se révèle stupéfiante, surtout si l’on se met dans la peau d’un employeur. En effet, aurait-on idée de mentionner dans un curriculum vitae des relations ou des amis que nous n’aurions pas? Avec certaines travailleuses du sexe, par exemple? Ou avec certains culturistes particulièrement passionnés suggérant que nous portons en nous une agressivité latente inquiétante pour le bon exercice de notre profession? Voilà des positions équivoques qui peuvent nous amener à nous questionner sur le réseautage social pratiqué à l’aveugle, sans discernement.

Cette belle culture de partage des renseignements personnels permet de bâtir des albums de photos ou de citations compromettantes. Que celles-ci soient représentatives ou non, leur mise en ligne vient modifier notre image et peut nuire à notre réputation. Et comme le virtuel est susceptible de devenir éternel, cette identité numérique qui se forge à chaque nouvelle inscription peut nous poursuivre longtemps! Plus de 60% des employeurs vont sur le Web. On a tous intérêt à soigner l’image de nous-même que nous souhaitons projeter.


L’importance de la protection de la réputation
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En techniques policières, la protection de la réputation est un devoir. Qui aimerait faire échouer une opération policière en raison de déclarations ou de commentaires faits un jour sur ces réseaux? Il faut démontrer aux étudiants les retombées possibles de tels actes sur leur future carrière.

Pour que nos étudiants ne jouent plus leur destinée ou celle des autres à coups de dés, nous leur recommandons de fixer les paramètres de confidentialité de leur vitrine Facebook pour en fournir l’accès à leurs amis réels seulement. Ils doivent adopter un code comportemental sans faille, et agir dans le virtuel comme dans le réel, avec retenue et discrétion.


iteractive

Site recommandé pour le paramétrage de Facebook
 


1 Bernard Arsenault donne régulièrement des séances d’information sur le sujet : dans son collège d’abord, adressées à l'ensemble des professeurs, puis aux étudiants de Techniques policières, et enfin dans le réseau collégial, où ses conférences sont très populaires! Ses auditeurs ont tôt fait de voir tous les risques qu’ils courent en fréquentant certains sites!

2 L’auteur du présent récit partage en bonne partie les opinions de la conférencière.

3 Chiffre atteint le 21 juillet 2010, selon son fondateur Mark Zuckerberg.

4 Partout au Canada, on donne des conférences ou ateliers sur la nétiquette et le code comportemental à adopter sur le Web : http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/internet/201009/04/01-4312760-des-universites-canadiennes-enseignent-letiquette-des-reseaux-sociaux.php

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015