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 Numéro 73, Avril 2010 
Le projet Osmose : bilan de six mois d'expérimentation Version Imprimable  Version imprimable


Martine Chomienne, conseillère pédagogique  (Cégep@distance)

mchomienne
En janvier dernier, dans le nº 72 du Clic, nous exposions le projet Osmose du Cégep@distance. Lors de la rédaction de l’article, nous avions terminé la conception et l’installation de l’environnement social d’apprentissage sur les serveurs du Cégep@distance. Rappelons qu’Osmose est un environnement orienté vers la socialisation entre étudiants et la réalisation d’activités d’apprentissage spécialement conçues pour la collaboration entre pairs. Le projet porte sur trois cours : Littérature québécoise, Communication anglaise - niveau 1, Vision globale de l’entreprise. En août, nous avons procédé à une première mise à l’essai auprès de quelques étudiants fictifs. Cette validation a conduit à certaines modifications légères. Puis, le Cégep@distance a offert aux étudiants réguliers qui s’inscrivaient à un des trois cours, de participer au projet en choisissant l’option dite collaborative du cours, l’option Osmose.


Critères de choix des cours

Nous avions sélectionné ces trois cours selon différents critères et pour plusieurs raisons, entre autres parce que deux d’entre eux (Littérature québécoise et Communication anglaise) s’adressent majoritairement à une clientèle en commandite, alors que le cours Vision globale de l’entreprise répond aux besoins de formation d’étudiants qui, pour la plupart, effectuent un programme complet au Cégep@distance (l’AEC en comptabilité). Ces clientèles présentent des caractéristiques différentes : l’âge moyen de la clientèle en commandite est autour de 22 ans, alors qu’il est de 27 ans chez les autres étudiants qui, en général, ont des responsabilités familiales que n’ont pas les étudiants en commandite. Nous anticipions donc des différences quant aux préférences d’apprentissage des étudiants (en équipe c. individuel), à leur maîtrise des technologies, à leur connaissance des logiciels sociaux et des outils du Web 2.0 et à leur intérêt à utiliser ces outils dans le cadre de leurs cours à distance. La plupart, cependant, venaient à la formation à distance pour profiter de la grande flexibilité (entrée «à la carte», apprentissage individuel, autorythmé à l’aide d’un matériel pédagogique autoportant) que permet le modèle du Cégep@distance. Cela représente un défi assez considérable pour le projet. Nous le verrons plus loin.


Choix du logiciel de réseautage social éducatif ELGG

En général, les établissements de formation à distance font état de taux d’abandon préoccupants. Par exemple, au Cégep@distance, dans certains cours, ils peuvent atteindre 30%. Différentes causes sont associées à ce phénomène, et l’isolement des étudiants et leur difficulté à gérer leurs moments d’étude sont souvent pointés du doigt. Plusieurs recherches de la fin des années 1990 et du début des années 2000 ont montré que la satisfaction des étudiants était liée aux occasions d’interactions qu’ils pouvaient avoir pendant leur apprentissage. Ainsi, pour améliorer les taux de réussite, et alors que les technologies de l’information ajoutaient une dimension à l’interaction téléphonique synchrone avec les tuteurs, les établissements ont accru les possibilités de communication des étudiants. Le Cégep@distance, par exemple, offrait une plateforme Internet maison permettant aux étudiants de contacter leur tuteur ou tutrice par messagerie et d’intervenir dans des forums. On constatait cependant que ces outils n’étaient utilisés efficacement que si les tuteurs s’y investissaient significativement, ce qui augmentait considérablement leur tâche. Leur rémunération devait être revue à la hausse et la mesure devenait coûteuse pour l’établissement. Sans animation des forums par les tuteurs, les étudiants ne les utilisaient pas; de plus, l’animation par les tuteurs relevait d’une approche «top-down» structurée et gérée par «l’autorité», alors que la jeune génération, celle qui allait être sous peu la clientèle du Cégep@distance, entrait massivement dans les environnements où les usagers gèrent eux-mêmes leur réseau social, se présentent à la communauté en utilisant des outils tels que des éditeurs de vidéos, des outils d’affichage de photos qu’ils partagent avec leurs amis, bref des outils de création et de collaboration qui dépassent considérablement les seuls outils de communication que nous leur offrions.

La question d’explorer le potentiel de ces environnements dans le monde éducatif se posait, d’autant plus que la société en général (le monde des médias, des affaires, le monde politique, etc.) les intégrait déjà dans ses pratiques. D’ailleurs, certaines réflexions et expériences étaient en cours dans quelques milieux, qui développaient des environnements semblables en leur donnant des visées éducatives. Par exemple, l’Université Brighton en Grande-Bretagne concevait et produisait le logiciel ELGG. Ce logiciel se distingue d’autres logiciels sociaux tels Facebook ou MySpace principalement par le contrôle qu’a l’usager sur l’affichage de ses contributions. L’usager peut décider de garder l’information qu’il produit privée, ou de la rendre accessible à ses amis seulement, ou encore, au groupe élargi de la communauté à laquelle il participe, voire à l’ensemble des internautes. De plus, ce logiciel à code ouvert offre des fonctionnalités de base (le cœur du logiciel) et il est possible de l’enrichir de fonctionnalités additionnelles sous forme de plugiciels et d’extensions, que produit une communauté active de développeurs (elgg.org). Au Cégep@distance, nous l’avons adapté et lui avons donné une image Cégep@distance. Il fait partie maintenant d’un environnement à plusieurs facettes baptisé Osmose.


Composantes d’Osmose

Osmose est avant tout un projet d’expérimentation au Cégep@distance. Financé en partie par le fonds Inukshuk et par PAREA, il vise à tester le potentiel en formation à distance d’un environnement complet de réseautage social éducatif. Osmose est aussi un environnement de réseautage social, de création et de collaboration.


Osmose : un projet d’expérimentation

Le projet est encadré par une démarche de recherche et s’appuie sur un cadre théorique1 tout en étant exploratoire. Il s’étend sur trois ans et deux itérations sont prévues. La première année a été consacrée à la conception de l’environnement ainsi qu’à l’élaboration et à la validation des instruments de mesure2.

Les deux années suivantes sont deux périodes d’expérimentation et d’analyse. Nous en sommes actuellement aux deux tiers de la première itération. Nous entamons l’analyse pour préparer la deuxième itération, qui débutera en juin 2010.


Osmose : un environnement de réseautage social

Osmose est basée sur les fonctionnalités qui composent le cœur d’ELGG, enrichies de fonctionnalités additionnelles qui répondent à certaines des particularités de l’apprentissage au Cégep@distance. Osmose, c’est d’abord l’image corporative de l’environnement, un environnement pour des jeunes dynamiques3 qui sont intéressés à apprendre et qui veulent échanger leurs idées, leurs réflexions, leurs commentaires et leurs productions avec les autres étudiants au moyen d’outils de communication, d’expression et de création qu’ils utilisent de plus en plus dans leurs loisirs. Remplir son profil et s’inscrire dans une communauté sont deux éléments primordiaux dans Osmose. Dès qu’il entre dans l’environnement, l’usager se présente. Il indique ses centres d’intérêt pour les partager avec d’autres, affiche sa photo et d’autres renseignements tels que sa localisation géographique, par exemple. Dans la perspective de se choisir des coéquipiers avec lesquels échanger et réaliser des activités d’apprentissage, il remplit un champ où il précise ses moments de disponibilité, la date à laquelle il souhaite terminer son cours et où il en est dans son cheminement scolaire4.

La figure 1 présente un profil rempli par une étudiante. Remarquez que les champs qui sont remplis en vert sont «cliquables» et permettent de retrouver les autres usagers qui ont donné les mêmes informations.

osmose_profil_m
Figure 1 : Profil d’une étudiante dans Osmose


Osmose : un environnement de création et de collaboration

En plus d’être un environnement de réseautage social, Osmose est un environnement de création et de collaboration.

Les deux caractéristiques (création et collaboration) vont de pair. Elles dépendent néanmoins de chaque usager, car c’est ce dernier qui décide s’il partage et avec qui il partage ses contributions. S’il choisit de les garder privées, la collaboration ne sera pas très forte; par contre, la possibilité de garder privées ses contributions peut être intéressante quand l’usager souhaite améliorer son texte, ses commentaires, ses réflexions avant de les rendre disponibles. Il a ainsi un espace de travail individuel qui n’appartient qu’à lui seul tant et aussi longtemps qu’il le souhaite.

Pour s’exprimer, l’usager dispose d’un ensemble d’outils. Il peut le faire dans un forum, dans un blogue ou dans une page, en créant une vidéo, en ajoutant des photos qu’il insère dans une page, dans un billet de blogue ou dans un message. En effectuant ces contributions, il décide à qui il les rendra visibles et, dans certains cas, à qui il accordera des droits de modification. Les pages, par exemple, peuvent être affichées pour tous si l’usager pense qu’elles peuvent être profitables aux autres. De plus, il peut les rendre modifiables par ses amis seulement, ou encore, par les membres de son équipe de travail lorsqu’il effectue une activité collaborative. Il dispose aussi d’un parvis (un mur) sur lequel il transmettra une information à tous les étudiants de son groupe-cours (parvis de groupe) ou à certains destinataires qu’il aura ciblés. C’est là l’endroit idéal pour lancer un appel afin de savoir qui est prêt à réaliser une activité en équipe. La réponse est envoyée à la personne qui a adressé l’appel.

Enfin, Osmose comprend aussi une plateforme VIA de vidéoconférence Web. Elle est offerte aux étudiants comme aux tuteurs. Tous y sont inscrits et peuvent entamer des sessions au gré de leurs besoins.


Les activités collaboratives dans Osmose

Cette description de l’environnement ne serait pas complète si nous n’y parlions pas des activités conçues pour que les étudiants les réalisent en équipe. Ces activités sont adaptées d’activités formatives, facultatives, déjà proposées dans le matériel pédagogique du cours traditionnel. Elles les remplacent et ont subi une réingénierie pédagogique pour favoriser l’apprentissage collaboratif. Elles sont disponibles dans la banque5 des scénarios d’apprentissage du CCDMD.


Premiers pas dans Osmose

Depuis bientôt six mois, l’environnement est offert aux étudiants pour une première expérimentation qui se poursuit jusqu’à la fin mai. Nous pourrons alors réaliser une évaluation complète de l’expérience. Déjà, cependant, nous faisons certaines constatations qui nous aident à préparer la deuxième itération. Celle-ci proposera un Osmose modifié auquel les étudiants s’inscriront à compter de juin 2010.

Première constatation : depuis septembre 2009, les étudiants se sont inscrits dans l’option Osmose de façon très progressive. Depuis un mois environ, le rythme d’inscription s’accélère.

En date du 19 février 2010, l’état «d’occupation» de l’environnement est le suivant :


Toutes
les options
Étudiants inscrits
à l’option Osmose
Étudiants entrés
dans la plateforme
Cours N = N = % H F N = % H F
Littérature québécoise 432 57 13 27
30 38 8,7 18 20
Communication anglaise 265 27 10 3 24 18 6,7 3 15
Vision globale 178 16 9 0 16 13 7,3 0 13
Total 875 100 11,4 30 70 69 7,8 21 48

Tableau 1 : Inscriptions à Osmose après cinq mois et demi d’exploitation


Dans la partie gauche du tableau, on voit que ce sont entre 9 et 13% des étudiants qui s’inscrivent à l’option collaborative. Ce pourcentage varie selon les cours, et c’est en Littérature québécoise qu’il est le plus élevé.

Au début de l’ouverture de l’option, nous rejoignions par téléphone tous les étudiants inscrits dans les trois cours pour leur expliquer le projet et ses enjeux. Les étudiants, en grande majorité, se disaient prêts à s’y inscrire, mais reculaient quand ils comprenaient qu’ils devaient s’engager, au moins moralement, à réaliser les activités collaboratives proposées. Un sondage préalable auprès de notre clientèle6 avait fait état d’un pourcentage moyen de 24% des étudiants se disant intéressés à collaborer en ligne avec d’autres étudiants dans le cadre de leurs cours à distance; nous étions conscients que les résultats du sondage traduisaient une intention7, alors que l’inscription traduirait un engagement. Ainsi, ce fait se vérifiait.

On voit aussi dans la partie droite du tableau que, au moment où nous avons arrêté nos données, seulement 69% des étudiants inscrits à l’option étaient entrés dans l’environnement. Ce décalage est dû au mode d’inscription continue du Cégep@distance. Tous les jours, de nouveaux étudiants s’inscrivent; il faut laisser aux derniers arrivés (ils ont été aussi comptabilisés dans notre relevé) le temps d’entrer dans la plateforme.

Deuxième constatation : les étudiants affichent leur présence dans l’environnement, mais, somme toute, ils socialisent peu.

Si remplir son profil, s’afficher par une photo ou un avatar, se constituer un réseau d’amis sont des indicateurs de socialisation dans l’environnement, on note dans les tableaux 2 et 3 que la plupart des étudiants ont rempli une proportion substantielle de leur profil; une moitié d’entre eux ont inséré une photo ou un avatar et la majorité ont invité leur tuteur ou leurs pairs à faire partie de leur réseau d’amis.

  Degré de remplissage du profil Affichage d’une photo
ou d’un avatar
Cours n ≤ 50% 51-75% ≥ 76% Oui Non
Littérature québécoise 38 9 18 11 19 19
Communication anglaise 18 8 5 5 8 10
Vision globale 13 1 6 6 9 4
Total 69 18 29 22 36 33
Total (%) 100% 26% 42% 32% 52% 48%

Tableau 2 : Éléments de socialisation - le profil et l’avatar


Nombre d’amis
Cours n 0 1 2 3 4 5 6 7 8
Littérature québécoise 38 16 8 2 5 5 1 0 0 1
Communication anglaise 18 6 5 1 0 2 1 2 0 1
Vision globale de l’entreprise 13 3 1 1 3 2 1 1 1 0
Total 69 25 14 4 8 9 3 3 1 2
Total   25 15
30
Total (%) 100% 36,3% 20%
43,7%

Tableau 3 : Éléments de socialisation - le nombre d’amis


De plus, bien que le relevé ne soit pas encore complet, on note déjà un volume important de communications des étudiants avec le tuteur ou la tutrice par messagerie et par le parvis personnel.

Par contre, certains outils tels les blogues, les forums, les agendas ou le parvis du groupe n’ont pratiquement pas été utilisés. Nous avions misé sur eux pour créer la socialisation, mais pour le moment, elle ne semble pas au rendez-vous.


Troisième constatation : peu nombreux sont les étudiants qui réalisent les activités collaboratives.

Pour ces activités, que les étudiants réalisent par groupes de deux, trois ou quatre, dans un modèle sans cohorte, nous leur avions demandé d’indiquer, dans leur profil, leurs moments de disponibilité et leur rythme de travail. Le tableau 4 montre que 20 étudiants n’avaient tout simplement pas rempli le champ «Moments de disponibilité» ou avaient indiqué ne pas pouvoir donner de moments fixes. Même si les 49 autres avaient inscrit des périodes régulières, il semble que trouver des possibilités de travailler en équipe soit demeuré difficile. Les étudiants s’en plaignaient à leurs tuteurs, qui finalement leur disaient de réaliser les activités seuls pour ne pas retarder leur cheminement. D’autres étudiants – la plupart (50/69)8 – n’ont tout simplement pas réalisé les activités dans Osmose.


Indication des moments de disponibilité Réalisation des activités d’apprentissage collaboratif; les chiffres indiquent le nombre d’étudiants qui ont (ou n’ont pas) réalisé au moins une activité
Cours Non Oui Seul En équipe Non
Littérature québécoise 10 28 5 2 30
Communication anglaise 8 10 4 0 14
Vision globale 2 11 3 5 6
Total 20 49 12 7 50
Total (%) 29% 71% 17,4% 10,1% 72,5%

Tableau 4 : Réalisation des activités collaboratives


Signalons quand même que c’est dans le cours Vision globale de l’entreprise que la collaboration telle que nous l’avions imaginée, s’est le plus manifestée. Le sujet s’y prête certainement, car l’activité consiste en une étude de cas portant sur la mise sur pied d’une entreprise, travail important qui est plus facilement réalisable à plusieurs. C’est dans ce cours d’ailleurs que la visioconférence a été utilisée abondamment (huit fois) par une équipe de trois étudiantes. Celles-ci, les premières inscrites au cours, ont réalisé les trois activités en équipe, envoyant, après chaque étape, leur travail commun dans Osmose à leur tuteur.


Préparation de l’itération 2

D’autres données sont à venir, mais à la lumière de ces premiers résultats ainsi que des commentaires et réflexions des tuteurs dans les rencontres hebdomadaires que nous avons avec eux depuis le début de l’expérimentation, nous sommes en mesure de recentrer nos actions pour la deuxième itération. Nous ne traiterons ici que de deux éléments dont nous planifions déjà la mise en place : revoir la notion de liberté coopérative et améliorer la socialisation.


Réviser la notion de liberté coopérative

Nos réflexions ont porté sur les activités qui nous semblaient relever de la «liberté coopérative», un concept développé par Paulsen en 2004. Selon cet auteur, la liberté collaborative préserve la flexibilité de la formation à distance tout en permettant aux étudiants de profiter des avantages de l’accès à une communauté d’apprentissage. En comptant sur les apprenants pour gérer leurs moments de travail ensemble, il nous semblait que nous avions alors opérationnalisé ce concept : dans un environnement de réseautage social, les étudiants devenaient «libres» d’organiser leurs moments de travail en commun. Or leur liberté s’arrêtait là. Les activités qui leur étaient proposées étaient prescriptives, très structurées et ils n’avaient d’autre choix, au moins pour la première activité dans chacun des cours, que de suivre les consignes. Ils devaient réaliser en équipe de deux, trois ou quatre personnes une production commune.

À l’automne 2009, Dalsgaard et Paulsen publiaient un article sur la notion de transparence dans la liberté coopérative. Cette dernière y était envisagée dans un sens beaucoup plus large que celui que nous lui avions donné et la transparence renvoyait à l’accès des membres de la communauté aux «contributions» de chacun. Le terme «contribution» englobe chez ces auteurs les notions de présence, activités et interactions. Toute production, ressource ou autre émanant d’un membre d’une même communauté – un billet dans un blogue, un commentaire dans un forum ou une contribution dans n’importe lequel des outils de la plateforme – peut créer chez la personne qui la consulte un besoin de modifier son point de vue, d’approfondir sa réflexion, ou, au contraire, renforcer son opinion; autant d’actions qui relèvent d’un apprentissage sur lequel le groupe a une influence, un apprentissage qui n’aurait pas été le même s’il avait été effectué individuellement. Pour cela, cependant, il faut que les membres de l’environnement sachent (quelqu’un doit le leur dire) que leurs pairs ont contribué d’une façon ou d’une autre et qu’ils aient accès à ces contributions.

Dans cette perspective, les activités ne sont pas imposées d’en haut, elles proviennent des membres de la communauté; qui plus est, elles ne dépendent pas de la volonté des étudiants à collaborer. On pourrait dire que c’est indirectement, à travers les traces que n’importe laquelle de leurs «contributions» laisse dans l’environnement, qu’ils favorisent l’apprentissage coopératif. Nous n’avons plus alors aucune raison d’imposer aux étudiants de réaliser les activités en équipe, ce qui, nous l’avons vu, les décourageait de d’inscrire à Osmose.


Repenser l’interface pour favoriser le groupe

Dans la suite de la réflexion précédente, nous avons aussi décidé de restructurer la plateforme pour mettre l’accent sur le groupe. Nous soupçonnons, et c’est ce que nous ont dit les trois membres d’une équipe, que l’actuelle complexité de l’environnement ne favorise pas la socialisation entre étudiants. C’est pourquoi, dans la plateforme de la deuxième itération, l’étudiant pourra, dès son entrée sur la page d’accueil, atteindre en un clic le clavardage, la messagerie ou la visioconférence. De la même façon, il pourra entrer dans son groupe-cours, avoir accès à sa liste d’amis, aux membres de son équipe ou à tous les membres de la communauté. Les outils individuels, excepté le profil, seront relégués au deuxième plan ou même supprimés. Ils faisaient double usage, car avec les outils de son groupe, par les possibilités d’accès que donne l’usager, celui-ci peut décider de garder ses contributions privées (personnelles) tant et aussi longtemps qu’il le souhaite. Enfin, sur la page d’accueil l’utilisateur aura accès aux dernières activités et il pourra choisir de voir toutes celles qui se déroulent dans son groupe-cours ou seulement celles de ses amis. Un moyen rapide de savoir ce qui s’est passé dans l’environnement depuis sa dernière visite.


En résumé

Le projet Osmose s’inscrit dans l’optique d’offrir aux étudiants un environnement d’apprentissage comprenant des outils qui soient en lien avec ceux qu’ils utilisent spontanément et avec lesquels ils transigent quotidiennement. Ces outils de communication, de collaboration et de création se retrouvent dans les logiciels de réseautage social et le Web 2.0. À l’issue de presque six mois d’expérimentation, les premières constatations sont à l’effet que nous devons abandonner nos réflexes de pédagogues contrôlants et nous préoccuper au contraire de favoriser la socialisation dès que les étudiants s’inscrivent au cours. À cette fin, les tuteurs ont déjà commencé à convoquer systématiquement les étudiants dans une conférence VIA dès leur inscription. Cette première rencontre virtuelle entre étudiants se continue par la suite de façon asynchrone dans la plateforme.

Nous avons appris bien d’autres choses de cette première itération, et c’est là un immense avantage de la méthodologie que nous avons retenue, une méthodologie qui nous donne la chance de faire une deuxième itération après avoir rectifié le tir.

Au plaisir de vous en donner des nouvelles bientôt!
 


1 T. Anderson, B. Poellhuber, et M. Chomienne, Présentation au colloque Web 2.0 Mati, Montréal, 19 mars 2009.

2 La méthodologie Design Based Experiment a été décrite dans le mémoire déposé pour la demande de subvention au programme PAREA en février 2008.

3 On peut visionner le vidéoclip promotionnel à l’adresse http://cegepadistance.ca/cours/osmose/default.asp

4 Ces trois champs sont des champs ajoutés pour les besoins de l’expérimentation au Cégep@distance. Ils ne font pas partie du profil standard du logiciel, mais ils nous semblaient nécessaires pour faciliter aux étudiants la gestion du travail d’équipe.

5 Rechercher le mot ELGG dans les scénarios des disciplines 400 et 600.

6 Bruno POELLHUBER, La préparation des étudiants inscrits en FAD à utiliser les logiciels sociaux et à collaborer, présentation au Colloque CIRTA 2009, Université Laval, Québec, 18 novembre 2009.

7 Le sondage a été réalisé auprès de quelque 3 600 étudiants qui se sont inscrits au Cégep@distance (tous cours confondus) entre le 3 juin et le 31 août 2009.

8 Même si nous considérons que quelques étudiants sont trop nouvellement inscrits à l’option pour avoir réalisé une activité collaborative, ce chiffre demeure néanmoins élevé.

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