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 Numéro 70, Avril 2009 
Réseau informatique et pédagogie Version Imprimable  Version imprimable


 (Vitrine Technologie-Éducation)

daniel_vigeant
La gestion d’un parc informatique en soutien à la pédagogie représente un défi organisationnel important pour les établissements d’enseignement. Les contraintes de fiabilité et de stabilité les obligent à choisir de façon minutieuse les applications et l’environnement de travail. Les obligations citoyennes, conjuguées aux limites de la bande passante, se traduisent également par le blocage de sites ou de services en ligne. Quels critères et stratégies doit-on adopter pour assurer le meilleur soutien dans un tel contexte?

Entrevue avec Daniel Vigeant (DV), directeur de l’informatique et des technologies de l’information et des communications au Collège Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse, diffusée dans l’épisode 24 de Réseau TIC, la baladodiffusion de La Vitrine Technologie-Éducation et réalisée par Pierre-Julien Guay (PJG).




PJG : Le concept de «coût total de possession – CTP», ce que les anglophones appellent le «Total Cost of Ownership - TCO», est populaire en informatique. De quoi s’agit-il exactement?

DV : C’est le coût de l’infrastructure technologique dans un établissement, en termes de fonds d’investissement et de fonctionnement. Le CTP tient compte de l’achat des postes de travail et des logiciels, de l’infrastructure réseau, de l’entretien en termes de ressources humaines et de la formation nécessaire. On parle ainsi d’un investissement de 1300 dollars, en moyenne par appareil, pour un collège d’une complexité moyenne; le coût d’entretien est de l’ordre de 1500$. Au-delà du coffret de base comprenant l’antivirus et l’abonnement au réseau, il faut fournir, selon les disciplines, des logiciels spécifiques qui ajoutent à la complexité du parc informatique. On n’a qu’à penser aux programmes Instrumentation assistée par ordinateur ou Arts plastiques, où l’on a besoin de scanneurs, de numériseurs.

Nous avons à gérer jusqu’à 250 ou 300 applications sur le plan pédagogique seulement et il nous faut connaître toutes les applications, toutes les particularités de chaque petit logiciel, même si on ne peut pas être experts en tout; on doit s’assurer que le réseau est constamment en état de marche, au moins pendant les heures d’ouverture du collège. Dans le CTP, il y a un coût associé à la non-productivité. Une classe qui ne peut travailler faute de réseau, à cause d’un virus ou d’un appareil défectueux, ne fonctionne plus. Bien sûr qu’il faut toujours un plan B, mais si on prend l’exemple de la simulation informatique de la dissection d’un rat, en biologie, le plan B est pratiquement impossible et l’activité d’apprentissage doit simplement être annulée.


PJG : Est-il pertinent d’imposer certains choix?

DV : Nous devons imposer un certain nombre de choix pour ce qui est de l’exploitation, des navigateurs et des ressources logicielles. Ces décisions se prennent habituellement avec les gens concernés, avec les enseignants qui sont directement dans les classes. Les initiatives personnelles doivent être transparentes, bien connues du groupe dont l’enseignant émerge, c’est-à-dire de son programme ou de son département; sinon, les chances qu’elles soient soutenues par le collège sont pratiquement nulles. En effet, on a vu trop de projets tenus à bout de bras par une seule personne; inévitablement, au bout de quelque temps, le projet tombe à l’eau et on se rend compte qu’on a englouti beaucoup de ressources financières et d’énergie pour finir avec des résultats négatifs. Toujours en lien avec le CTP, nous sommes en train de rationaliser nos plateformes pour nous concentrer sur un ou deux modèles de systèmes d’exploitation qui répondent à l’ensemble des besoins du collège.


PJG : Le système d’enseignement supérieur est relié par le Réseau d’information scientifique du Québec (RISQ) et les collèges disposent d’une connexion Internet de 100 Mb. On peut donc dire que l’accès est infiniment plus rapide que ce qu’on peut avoir à la maison, par exemple?

DV : Nous, on calibre l’entrée de la bande passante en fonction des besoins relatifs du collège. Évidemment, 100 Mb, cela paraît beaucoup, mais avec un parc informatique de 1600 ou 2000 appareils, la bande est grandement divisée.


PJG : Ne serait-ce que pour la responsabilité sociale ou citoyenne, vous devez exercer un certain contrôle sur l’accès. Je pense en particulier aux sites pornographiques, publicitaires ou transactionnels, par exemple. Comment faites-vous ces choix?

DV : Pour ce qui a trait aux sites indésirables comme les sites pornographiques, nous avons, à la tête du réseau, le dispositif nécessaire pour les bloquer. J’aimerais mentionner une expérience qu’on a connue, il y a deux ans. Les jeunes commençaient à avoir des problèmes de jeu compulsif. On a recensé le nombre de joueurs de cartes réels et on a voulu aussi savoir s’il y avait des élèves qui jouaient virtuellement au poker. On a donc bloqué les sites de poker. Cinq minutes après le blocage, il y avait déjà eu 2000 requêtes, faites par environ 25 joueurs, dans le collège, qui cherchaient le site en même temps. Nous consultons les listes de sites indésirables. Il y a des communautés mondiales qui rafraîchissent les listes; on s’en inspire et on télécharge.


PJG : Quelles sont les contraintes prises en considération pour le blocage de certains services comme MSN, Torrent ou YouTube pour ne pas interférer avec les approches pédagogiques?

DV : Nous avons des coupe-feux, des contrôleurs de bande et on peut permettre le passage ou non de certains contenus. Ce qui tue une bande passante, c’est la vidéo ou la radio. Quand on a coupé l’accès à YouTube au collège, on a reçu autant de félicitations que de critiques de la part de la communauté enseignante. Il y a des clips sur YouTube qui sont donnés en références aux élèves, notamment en arts visuels, en arts plastiques, en philosophie… On peut «bloquer» ou «débloquer» à la demande.


PJG : Quels sont les outils disponibles pour gérer les accès Internet?

DV : L’outil classique est le bon vieux «Proxy», qui permet le passage ou le non-passage de certains sites à travers le coupe-feu. Les contrôleurs de bande sont intégrés à cela. Pour ne pas pénaliser l’ensemble des usagers si on autorise des applications spécifiques comme YouTube dans un secteur, on doit parfois diminuer la bande passante pour ce secteur; en somme, ils doivent en payer le prix.

Nous avons lancé une étude sur les contrôleurs d’écran : les enseignants peuvent devenir la tête d’un miniréseau qui se trouve dans la classe, via le poste maître. Le problème, c’est qu’on nous demande de censurer des sites, mais aussi de ne pas en censurer. Le prof doit donc être capable de gérer les éléments névralgiques présents dans sa classe et c’est à lui qu’on donne le contrôle de la censure. Nous, on devient le transporteur de l’information de masse dans les classes, et l’enseignant, dans sa classe, décide s’il l’utilise ou non… C’est une approche «à la carte». Il s’agit de travailler sur le plan de la pédagogie plutôt que de la coercition. On ne veut pas devenir la «matrone» technologique, même si dans une certaine mesure on ne peut empêcher que ça arrive. Il faut que les enseignants comprennent et qu’ils fassent comprendre aux élèves l’importance de choisir judicieusement l’information trouvée sur Internet.


PJG : On prétexte souvent la question de la sécurité pour expliquer les restrictions d’accès. Est-ce que c’est vraiment un problème?

DV : Nos postes de travail sont verrouillés et il est impossible pour un utilisateur d’installer une application, que ce soit par Internet ou par clé USB. Si on autorisait les installations sur les postes de travail, on en perdrait tout de suite le contrôle, on n’aurait plus la possibilité de s’assurer de leur fiabilité. On rendrait possible l’accès des virus ou des logiciels malveillants, qui pourraient s’installer et contaminer le poste, ou l’ensemble de la classe, voire le réseau au complet… soit 1 800 postes de travail en pédagogie seulement!

Par ailleurs, avec le concept de pédagogie à distance, et étant donné les ressources accessibles sur la planète, plusieurs enseignants demandent de pouvoir faire des essais. C’est là qu’entre en ligne de compte le jeu du compromis. On travaille à la pièce. On ne laissera jamais un enseignant devenir «administrateur» de son poste, par exemple. Toutefois, il doit pouvoir explorer et il faut trouver le moyen de le laisser fureter dans Internet tout en conservant le niveau de sécurité.

Il y a quelques années, c’était facile pour l’enseignant de déterminer la ressource dont il aurait besoin en cours de session parce qu’il n’y avait pas de ressources logicielles disponibles. Aujourd’hui, les enseignants doivent pouvoir avancer pour faire avancer les élèves. Beaucoup de profs sont «fouilleurs», explorateurs; ils essaient des ressources logicielles, les découvrent parfois en plein milieu d’une session et veulent les utiliser aussitôt en classe. Comme administrateurs des ressources informatiques, nous aimons beaucoup la stabilité et de telles demandes nous font frémir un peu. Il va falloir trouver le moyen, ensemble, de s’organiser pour répondre plus rapidement aux besoins ponctuels des enseignants. C’est malheureux qu’on ne puisse pas les laisser essayer quelque chose qui peut être prometteur… Cela fait partie de nos objectifs.

La direction, la gestion des TIC, cela ne se vit pas en vase clos ou pour la simple transmission de fichiers électroniques. Nous sommes là d’abord et avant tout pour aider les jeunes à grandir et ce sont les enseignants qui font grandir les jeunes. Il faut s’assurer que les enseignants ont les outils nécessaires et raisonnables à leur disposition pour accomplir cette mission première des établissements.

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Le collège Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse



1 Propos recueillis et mis en forme par Claire-Andrée Leclerc

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015