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 Numéro 67, Avril 2008 
Les étudiants en difficulté et la baguette magique des technologies de l'information Version Imprimable  Version imprimable


Carole Quesnel, enseignante en littérature  (Collège Jean-de-Brébeuf)

caroline_quesnelrecitJe l’avoue bien humblement, il y a quelques années à peine, je considérais d’un œil des plus sceptiques les technologies de l’information (TI), je me méfiais surtout de ces «machines» qui s’interposent froidement dans les relations interpersonnelles. J’ai été en quelque sorte convertie de force par ma dynamique collègue Monique Caron-Bouchard grâce à ses projets de recherche PAREA sur l’intégration des TI à l’enseignement1.


Un projet de recherche

Forte de cette nouvelle foi en la recherche, j’ai présenté au printemps 2005, avec trois collègues de Brébeuf et un prof du Collège Laflèche, une demande au Programme de recherche et d’expérimentation du réseau privé de l’enseignement collégial (PREP) pour réaliser un projet d’accompagnement virtuel personnalisé auprès d’étudiants et d’étudiantes en difficulté. Ce projet a été mené à l’automne 2005 et à l’hiver 20062. Que voulions-nous découvrir? Nous voulions savoir si, pour des étudiants à risque, le fait d’être encadrés régulièrement durant toute une session à l’aide des TI (courriels hebdomadaires, clavardages, forums de discussion) avait un impact sur leur motivation et leur réussite scolaire.


Une expérimentation

L’intérêt de ce projet réside entre autres dans le fait que les professeurs et professeures participants venaient de deux établissements collégiaux et enseignaient dans quatre disciplines différentes (français, informatique, sociologie et chimie). Ce parti pris pour la diversité n’était pas sans entraîner des problèmes logistiques, on le devine aisément. En revanche, il a considérablement enrichi notre perspective et favorisé un partage des expertises. Nous avons suivi de près durant 15 semaines 28 élèves à risque, et ce à l’aide des TI, puis nous avons comparé à l’aide de questionnaires et d’indicateurs divers leur perception de l’expérience à celle de 27 élèves témoins, également à risque, qui ne bénéficiaient pas de cet encadrement.

Comment s’est matérialisé ce soutien virtuel? L’élève recevait chaque semaine un courriel personnalisé de la part de sa professeure ou de son professeur, qui, par exemple, annonçait le contenu du cours, rappelait les travaux et échéances, exprimait des conseils ou des encouragements. De plus, elle ou il était exposé au cours de la session à au moins deux autres exercices en mode virtuel : clavardage la veille d’un examen, forum de discussion sur une pièce de théâtre vue dans le cadre du cours, etc. Au fil des semaines, les professeurs-chercheurs consignaient dans un journal de bord diverses informations : délai de lecture des courriels envoyés, nombre d’absences au cours, nombre de consultations au bureau, échanges de courriels, participation aux exercices virtuels.


Des résultats encourageants

L’analyse des données recueillies au cours de l’expérimentation mène à un certain nombre de constats. À ce jour, aucune étude n’a clairement démontré de lien direct entre l’utilisation des TI et l’amélioration de la réussite. Comme on pouvait s’y attendre, la nôtre n’a pas révélé non plus de baguette magique, malgré les espoirs bien légitimes des chercheurs. Il faut dire que les sources des difficultés scolaires de la clientèle à risque sont variées et complexes, et que le soutien personnalisé n’en est pas la panacée.

Mais du côté de la motivation, les résultats sont nettement plus encourageants. Chercheurs et participants s’accordent tous pour affirmer que le projet a été utile. L’étude a permis de constater que des liens mutuellement satisfaisants se sont tissés entre professeurs et élèves au cours de l’expérimentation. Le secteur où le comportement du groupe expérimental s’est le plus distingué de celui du groupe témoin est la consultation des enseignants sur le mode présentiel et virtuel. Ce constat a son importance si l’on considère que les élèves à risque négligent souvent le recours direct au professeur.

Les environnements virtuels utilisés – courrier électronique, clavardage et forum de discussion – présentent tous des avantages et des inconvénients qui ont été mis en lumière par l’expérimentation. Ils font d’ailleurs l’objet de recommandations très précises dans notre rapport, que l’on peut consulter dans Internet. Nous sohaitons vivement que ces suggestions puissent guider d’autres professeurs du réseau collégial qui désireraient intégrer les TI à leur enseignement.


Une suite

Le chantier des recherches sur l’intégration des TI à l’enseignement collégial est assurément l’un des plus actifs à l’heure actuelle. Les résultats de notre expérimentation confirment l’intérêt que procurent les environnements virtuels pour soutenir l’apprentissage. Une autre équipe de Brébeuf s’active d’ailleurs présentement à prolonger les conclusions de notre rapport en les élargissant dans le cadre d’un nouveau projet subventionné par PAREA et dont l’expérimentation commencera en janvier 2008.


1 Argumentation et environnements d’apprentissage (2003); Forum de discussion et perception de l’apprenant (2005); les rapports sont disponibles sur le site Internet de Brébeuf : http://www.brebeuf.qc.ca/artic.

2 Accompagnement virtuel personnalisé : motivation et réussite scolaire (2006); le rapport est disponible à l’adresse suivante http://www.brebeuf.qc.ca/artic.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015