Retour à l'accueil
accueil renseignements diffusion
Recherche
avancée
 Numéro 66, Janvier 2008 
Le Web 2.0 Version Imprimable  Version imprimable


Martin Beaudin-Lecours, chargé de projet  (Vitrine Technologie-Éducation)

sceau_vitrine_1355Peut-être l’avez-vous entendue récemment chez un collègue technophile? L’expression «Web 2.0» est utilisée depuis quelques années par les professionnels anglophones du domaine des technologies de l’information, mais n’a fait son entrée que récemment dans le vocabulaire français, le plus souvent sans qu’on sache ce qu’elle signifie exactement. Dans le présent dossier, nous démystifierons pour vous ce terme parfois galvaudé, ainsi que quelques autres qui lui sont intimement associés, et illustrerons son potentiel en éducation.



Un changement de paradigme

D’abord, il ne faut pas confondre Web 2.0 avec Internet 2, qui désigne un consortium et son projet de réseau Internet ultra-rapide. L’expression «Web 2.0» est née en 2004, chez l’éditeur de livres d’informatique O’Reilly, des réflexions de Dale Dougherty sur la renaissance du Web à la suite de la crevaison de la bulle Internet, au début du millénaire1. Tributaire de certaines technologies, le Web 2.0 est tout de même avant tout un changement de paradigme : les usagers deviennent les premiers responsables du contenu et Internet remplace l’ordinateur personnel comme plateforme.

Wikipedia est peut-être l’exemple le plus éloquent de la première caractéristique du Web 2.0 : alors qu’auparavant une encyclopédie comme Britannica vendait l’accès à un contenu rédigé par des spécialistes, Wikipedia offre aujourd’hui gratuitement un contenu créé de toutes pièces par ses propres utilisateurs.

Comme épiphénomènes de cette tendance apparaissent des changements aux notions de droits d’auteur ainsi qu’à la manière même de classer l’information. On ne parle plus de «copyright», mais de «copyleft» et la majorité des sites Web 2.0 fonctionnent sous une licence Creative Commons qui permet une utilisation de leur contenu à des fins non commerciales2. Par ailleurs, un nouveau terme est apparu pour désigner l’étiquetage par mots-clés du contenu mis en ligne par Monsieur et Madame Tout-le-monde : la «folksonomie» (voir l’encadré).

Une plateforme est à la fois le logiciel et le matériel constituant un système informatique, la plus connue demeurant Windows. Depuis les débuts d’Internet, des sociétés ont tenté d’y transposer ce que Microsoft avait réussi avec les ordinateurs personnels : imposer sa plateforme pour vendre ses logiciels, ses jeux, certains accessoires… Dans le cas d’Internet, on vend de l’hébergement, des serveurs, de la bande passante, des systèmes de bases de données, des antivirus et beaucoup de publicité.

La comparaison entre Netscape, figure déchue des débuts d’Internet, avec l’omnipotent et multimilliardaire Google illustre la mutation du Web. Netscape, puis Microsoft se sont affrontés pendant des années pour que leur navigateur serve de porte d’entrée vers du contenu hébergé sur leurs plateformes respectives. Chacun publiait régulièrement une nouvelle version de son logiciel avec des fonctionnalités exclusives afin d’attirer les internautes et, par le fait même, les clients prêts à payer pour rejoindre ceux-ci.

Là où Netscape a échoué avec son approche logicielle, Google a réussi en offrant un service. En effet, Google est apparu comme une application Web toute simple, gratuite et constamment mise à jour, ne dépendant ni du logiciel ni du type d’ordinateur servant à y accéder. Graduellement, un nouveau paradigme allait en découler et aujourd’hui Google menace même les joyaux de Microsoft avec Google Docs, un service en ligne de traitement de texte et de chiffrier électronique. Des applications Web y tiennent les rôles que jouaient les logiciels Word et Excel, offrant en plus les avantages non négligeables de permettre l’accès aux documents de n’importe où et, conséquemment, de faciliter le travail en collaboration.

Les caractéristiques d’une application Web 2.0 découlent de ces deux aspects fondamentaux : contenu créé par les utilisateurs et le Web comme plateforme. D’abord, une application Web 2.0 doit être entièrement utilisable à travers un navigateur standard. Et puisque le contenu dépend de l’apport des usagers, elle doit présenter des aspects de réseaux sociaux et permettre de facilement entrer ou sortir de l’information.


Un subtil changement d’apparence

Visuellement, les sites Web 2.0 peuvent se distinguer des autres. Ils affichent souvent, mais pas obligatoirement, un «nuage de mots clés» (tag cloud) et de petits carrés oranges permettant l’abonnement à ce qu’on appelle des «flux RSS» ou des «fils RSS». L’œil averti remarquera aussi que la page n’est pas rechargée au complet à chaque opération de l’utilisateur et qu’elle affiche des effets de transition, des effets spéciaux plus ou moins animés. Cette amélioration de l’expérience utilisateur est due à autre technologie associée au Web 2.0 : AJAX3. Les programmeurs Web utilisent de plus en plus AJAX pour créer de «riches applications Internet4», c’est-à-dire des sites plus fluides et agréables d’utilisation5.

tagcloud
Un nuage de mot clés (tag cloud) associés au Web 2.0. Typiquement, les mots les plus
utilisés sont plus gros que les autres. Image reproduite sous licence Creative Commons.

 
Nuage de mots-clés
Flux RSS
AJAX
Aspect
de réseau social
 
Wikipedia         Encyclopédie en ligne.
YouTube     crochet
Hébergement et partage de vidéos.
Del.icio.us crochet crochet   crochet Partage de signets classés par mot-clés.
Technorati crochet crochet crochet   Moteur de recherche de blogues et RSS.
Last.fm crochet   crochet crochet Analyse et partage de goûts musicaux.
Flickr crochet   crochet crochet Partage d’images classées par mots-clés.
Twitter   crochet   crochet Microblogging.
Digg   crochet crochet   Évaluation communautaire de sites Web.

Tableau 1. Les sites Web 2.0 parmi les plus populaires et leurs caractéristiques.


FOLKSONOMIE ET TAXONOMIE

Quand un internaute ajoute des photographies sur Flickr ou des vidéos sur YouTube, il doit y joindre des mots-clés (tags) qui les décrivent. Ce choix de mots est totalement libre : on n’a pas à respecter un ordre précis ni à utiliser une certaine terminologie. Ainsi, le classement du contenu ajouté dans Internet se fait au fur et à mesure, sans l’intermédiaire d’un spécialiste. Cette façon de faire se nomme folksonomy, néologisme combinant les mots folk (peuple) et taxonomy (taxinomie). Certains le traduisent en français par «taxinomie populaire», mais le Grand Dictionnaire terminologique a accepté récemment l’usage de «folksonomie».

La taxinomie et l’ontologie, des systèmes de classification plus traditionnels, sont les héritières du catalogage aristotélicien : un classement du général au particulier, pour des objets physiques qui ne peuvent se trouver qu’à un endroit à la fois, comme les livres d’une bibliothèque ou les fichiers sur un ordinateur. Yahoo a transposé ce modèle de classement à Internet en créant ses répertoires de sites Web classés en catégories et sous-catégories. Or, Internet n’est pas une bibliothèque dont le contenu doit être rangé sur des étagères, mais plutôt un enchevêtrement complexe de liens.

Les premiers sites de partage de signets fonctionnaient selon le même principe que Yahoo; ils nous incitaient à classer nos adresses Internet dans des dossiers et des sous-dossiers. Puis Del.ico.us proposa une autre manière de faire : l’internaute associe librement des mots-clés à ses signets, les partage et laisse les statistiques parler. Après tout, si l’étiquette qu’on appose à un signet n’est pas pertinente, elle sera peu utilisée. Les bons mots s’imposent par eux-mêmes, en quelque sorte, d’autant plus que les plus populaires nous sont proposés d’office. La folksonomie telle qu’on l’entend aujourd’hui était née.

Les critiques habituelles face à la folksonomie sont variées. D’abord, les mots peuvent être mal écrits. Même sans fautes d’orthographe, ils peuvent prendre la forme du singulier ou du pluriel en plus de demeurer imprécis. D’ailleurs, pour gagner en précision, beaucoup d’utilisateurs de Del.ico.us fusionnent plusieurs mots en un, détournant le principe de base du système. Celui-ci ne prend pas en compte non plus les synonymes, ni le fait qu’une même ressource puisse se trouver à deux adresses. Finalement, les différences de langue peuvent causer des problèmes : un même mot prend différents sens selon la langue dans laquelle on l’utilise et, faut-il le préciser, c’est l’anglais qui domine dans le monde des systèmes folksonomiques.

Malgré sa grande facilité d’utilisation, qui est probablement son meilleur atout, la folksonomie ne remplacera donc pas l’ontologie, qui demeure la classification la plus appropriée pour les corpus restreints dont les catégories sont formelles et les entités, stables et facilement distinguables – en chimie, par exemple, avec le tableau périodique des éléments. Et certaines classifications ne pourront relever que d’experts, comme le DSM-IV rédigé par et pour les psychiatres afin d’uniformiser les diagnostics de maladie mentale, ou le Dewey par les bibliothécaires.

Par contre, la folksonomie est indissociable du Web 2.0 et elle est dans Internet pour y rester. Il est fort probable que les systèmes folksonomiques soient bientôt améliorés en tenant compte des critiques mentionnées ci-dessus et en utilisant des outils informatiques développés dans une perspective de Web sémantique : Internet ne serait plus seulement compréhensible que par les humains, mais aussi par des programmes et des logiciels. Ainsi, des algorithmes pourraient analyser les mots-clés choisis par les internautes pour les corriger, les traduire, les classer et effectuer des recherches automatisées.


Le RSS comme facteur de changement

rssLa technologie la plus intimement liée au Web 2.0, celle qui révolutionne véritablement Internet, est vraisemblablement le RSS, pour Really Simple Syndication. Comme son nom l’indique, elle permet à l’auteur d’un site Web de facilement syndiquer son contenu, c’est-à-dire de le partager pour publication dans un autre site Web6. Cette importante caractéristique des flux de données RSS rend Internet plus vivant et plus relationnel que jamais, les sites communiquant entre eux. Le RSS et son proche parent ATOM ne sont en fait que des manières d’organiser certaines informations (titre, auteur, date de publication) selon un format précis, dans un fichier XML. Le contenu est bien sûr également inclus dans ces flux de données, mais aucune mise en forme ni information de mise en page n’en font partie. Le phénomène des blogues est intimement lié à la technologie RSS, mais l’un ne va pas nécessairement avec l’autre. En théorie, un blogue pourrait ne pas permettre la syndication de son contenu tandis que le RSS est capable d’infiniment plus7.

Les flux de données RSS sont offerts par des canaux de nouvelles, comme Radio-Canada, Canoe et Cyberpresse, par des agences de presse comme l’Agence Science Presse, par la plupart des organisme de veille technologique en pédagogie, mais aussi par une foule de ces nouveaux sites Web 2.0 : les réseaux sociaux permettent de demeurer au courant des activités de nos amis, on peut être informé automatiquement d’événements culturels ou sportifs par certains calendriers spécialisés, même les sites de photographie les utilisent. Les fameuses baladodiffusions (podcast) sont également des flux de données RSS, mais leur contenu est de l’audio ou de la vidéo plutôt que du texte avec des images.

Pour tous ces types de contenus, vous pouvez vous abonner afin de recevoir automatiquement dans un agrégateur ce qui vous intéresse, plutôt que de devoir visiter régulièrement tel et tel site Web à l’affût de nouveautés. Un agrégateur a l’apparence d’une application de gestion des courriels à la différence que vous ne pouvez y écrire : au lieu de messages qui vous sont personnellement adressés, vous y recevez, par exemple, des nouvelles de la part de sites d’actualités ou des billets de la part de blogues8. Pour que vous profitiez des baladodiffusions, votre agrégateur doit pouvoir lire l’audio et afficher la vidéo9. Si vous continuez à visiter plus ou moins systématiquement des dizaines de sites pour rester au courant de leurs nouveautés, il est grand temps pour vous de vous doter d’un agrégateur et de cliquer sur ces petits carrés orange que vous voyez un peu partout sur Internet! La procédure consiste simplement à copier-coller une adresse se terminant généralement par «.xml» ou «.rss», parfois autrement. Mais gare aux indigestions d’information!


Les outils Web 2.0 et l’éducation

Lorsqu’on se demande en quoi l’avènement du Web 2.0 peut aider les enseignants dans leur métier, on songe d’abord, vu sa nature relationnelle, à des usages collaboratifs liés à des communautés de pratique. Par exemple, un professeur de physique pourrait lancer un blogue destiné à ses collègues du réseau collégial, ayant pour but de partager outils pédagogiques, réflexions et conseils. Cet enseignant pourrait facilement s’ouvrir un compte sur Edublogs10, y créer un blogue, puis y syndiquer un fil RSS de ressources en enseignement de la physique telles que répertoriées dans Eureka, et un autre sur l’actualité en science physique publié par l’Agence Science Presse. En quelques minutes, sans passer par l’infrastructure d’un collège, un blogue dédié à l’enseignement des sciences physiques au collégial serait né. Ses tâches d’enseignant requérant déjà beaucoup de son temps, ce professeur pourrait s’adjoindre des co-auteurs, chacun écrivant un billet à tour de rôle.

Évidemment, un enseignant peut profiter des outils du Web 2.0 sans créer lui-même et partager du contenu, en se servant des fils RSS pour demeurer informé de tout ce qu’il juge pertinent à son enseignement et en classant les sites Internet qui l’intéressent particulièrement selon ses propres mots-clés (étiquettes ou tags). Il pourrait effectuer cette veille grâce à des outils en ligne, de chez lui, depuis un café Internet ou à partir de n’importe quel ordinateur de son école. Ainsi, ses signets se retrouveraient, par exemple, sur son compte Del.icio.us, et ses fils RSS, sur son agrégateur personnel hébergé par Newsgator Online ou Google Reader.

Le Web 2.0, nous l’avons vu, est une mutation du Web qui en fait une plateforme à part entière, où les logiciels sont remplacés par des applications Web et où les sites partagent entre eux de l’information au moyen de services Web et de flux RSS. Sans leur être spécifiquement adressés, les outils pouvant servir aux enseignants s’y multiplient, non seulement pour leurs activités de veille, mais aussi pour les activités de médiatisation, d’édition et de présentation. Par exemple, lancé il y a à peu près un an, Slideshare se veut l’équivalent de YouTube, mais pour les présentations de type PowerPoint plutôt que pour la vidéo. Vous pouvez y téléverser vos présentations pour utilisation plein écran sur l’ordinateur de votre choix. Comme toute bonne application Web 2.0, Slideshare permet d’inclure ses présentations sur une page Web et ses flux RSS peuvent servir à s’abonner aux présentations les plus populaires, à celles d’un utilisateur particulier ou encore à celles décrites par tel ou tel mot-clé.

Sites Web 2.0 pouvant servir
aux enseignants
Veille
Con-
ception
Médiati-
sation et édition
Présen-
tation
Appren-
tissage
 
Google Docs       Créez des textes et des feuilles de calcul.
Wikipedia       Comme une encyclopédie qu’il faut critiquer.
YouTube       La vidéo peut servir en éducation!
Del.icio.us         Classez vos signets d’une nouvelle manière.
Technorati         Pour fouiller blogues et fils RSS.
Flickr     Toute la classe peut commenter des images.
Digg         Pour votre veille… en anglais.
SlideShare       Pour placer en ligne vos présentations Powerpoint.
Slide       Réalisez des diaporamas dynamiques.

Tableau 2. Suggestions d’usage pédagogique pour des sites Web 2.0 parmi les plus populaires.


Vous remarquerez que la plupart des sites mentionnés dans le tableau 2 affichent des noms anglais. Internet demeure une création américaine et ses innovations, le plus souvent, viennent du monde anglo-saxon. Google Docs, Flickr et Wikipedia peuvent pourtant s’utiliser en français. Et même si YouTube ou SlideShare ne proposent que des environnements en anglais, le contenu que vous y placez, lui, peut être dans la langue de votre choix. De plus, en France et en Belgique, des outils francophones se réclamant du Web 2.0 ont fait leur apparition ces derniers mois :

Edumedia-Share On y partage des ressources, comme l’image d’un vortex ou un film illustrant la différence en DNA et RNA. Les ressources peuvent être évaluées et commentées. Le contenu est parfois anglophone et, pour l’heure, orienté sur les sciences.
Le Web pédagogique Webzine, forums, wikis, blogues et vidéo, nous sommes bien sur un site Web 2.0. Des conseils pour «passer le bac», des forums de parents.
Intellego Une plateforme de blogue française qui permet aux élèves, aux professeurs et aux parents d'élèves de partager des contenus scolaires, des conseils, des méthodes pédagogiques.
Enseignons.be Nous y avons trouvé des documents Word prêts à imprimer, sur l’histoire de la Belgique et sur le mouvement rectiligne, avec des images et des questionnaires. Pour élèves du «fondamental» et du secondaire.

Tableau 3. Outils pédagogiques Web 2.0 francophones. Source : emob.fr.


Baladodiffusion

Depuis qu’Apple a lancé son iPod et révolutionné à sa manière l’industrie du disque, on a vite envisagé pour son populaire baladeur d’autres usages que la simple écoute de musique. L’idée de pouvoir écouter une émission de radio en différé, au moment et à l’endroit de son choix, a mené à la naissance de la baladodiffusion (podcasting). Bientôt, les pédagogues les plus technophiles ont envisagé des applications pédagogiques à la baladodiffusion. D’abord, tout naturellement, pour les cours de langue, qui reposaient déjà sur l’utilisation de supports audio et de dictaphones. Le iTunes Music Store recense des centaines de cours de langue, dont des défis sur la grammaire anglaise par BBC World Service ou des vidéos illustrant le vocabulaire français par DailyFrenchPod. On s’est aussi rendu compte que la baladodiffusion pouvait aider les dyslexiques à assimiler différentes matières pour lesquelles la prise et la lecture de notes devenaient des obstacles majeurs à la réussite scolaire.

Dans la mesure où les baladodiffusions peuvent équivaloir en richesse à des émissions radiophoniques, ou même de télévision, elles peuvent servir autant à la veille qu’à la conception d’un cours, à sa médiatisation et sa présentation. Les usages possibles de la baladodiffusion en éducation sont nombreux, mais ce fort potentiel se bute au Québec à un obstacle majeur : la baladodiffusion n’est pas encore entrée dans les mœurs même des plus branchés. Une étude récente nous indique que seulement un cinquième des Québécois sont équipés à la fois d’un baladeur numérique et d’un ordinateur connecté à Internet. De ce nombre, seulement 12 p.100 ont déjà téléchargé du contenu baladodiffusé! Si vous vous mettez à baladodiffuser, vous serez assurément à l’avant-garde et contribuerez au changement d’habitude des Québécois.

En octobre dernier, l’Université de Stanford s’est fait pionnière en lançant ses premières baladodiffusions sur le tout nouveau service d’Apple, iTunes U. Bientôt, les étudiants pourront suivre des cours dans l’autobus qui les mènera en classe!


Blogues

En avril 2006, la Vitrine Technologie-Éducation a publié dans le Clic un tour d’horizon des blogues en éducation. Brigitte Vandal y racontait la genèse des blogues et présentait quelques applications pédagogiques. Toujours en collaboration avec la Vitrine Technologie-Éducation, elle a aussi monté un dossier sur le sujet pour le compte du Carrefour Éducation, en octobre 2006. Nous vous référons à ces articles pour plus de détails et des exemples de chacune des applications pédagogiques qu’elle a recensées et que nous nous contentons ici de répéter :

Le blogue enseignant Pour proposer des ressources pédagogiques
Pour réfléchir sur sa pratique professionnelle
Pour supporter un travail de recherche ou pour gérer un projet
Pour fournir des informations pratiques sur le cours
Pour prolonger le travail réalisé en classe
Pour proposer des activités pédagogiques
Le blogue classe Pour réaliser un projet pédagogique
Pour communiquer avec ses élèves
Pour que les élèves communiquent entre eux
Pour que les élèves communiquent avec l’extérieur
Le blogue élève Pour évaluer son travail tout au long de l’année
Pour faire ses devoirs


Les blogues sont tant répandus qu’ils n’ont plus besoin de présentation. Rappelons simplement qu’ils peuvent servir à l’évaluation d’un étudiant, sous la forme de webfolio, comme à la veille par l’enseignant. Et même si le média semble plus adapté aux discussions sur les lettres, les arts et la philosophie, sachez qu’il existe aussi des blogues sur les mathématiques!


Wikis

Wikipedia se nomme ainsi parce qu’elle est à la fois une encyclopédie et un wiki. Un wiki est un système de gestion de contenus qui rend les pages Web librement et également modifiables par tous les visiteurs autorisés. Ces pages ne sont pas hiérarchisées, mais simplement liées entre elles par des hyperliens. Contrairement à l’idée reçue, un wiki n’est pas forcément modifiable par tout le monde ou n’importe qui : on peut exiger des auteurs d’être inscrits, ce qui pourrait servir à restreindre l’usage du wiki d’une classe à ses seuls étudiants, par exemple. De plus, un wiki archive continuellement chaque modification qu'on y apporte, avec sa date et son auteur, et conserve généralement toutes ces informations dans une base de données. Si Wikipedia est devenue plutôt fiable, c’est principalement à cause de son succès populaire : ses nombreux utilisateurs assurent une surveillance permanente. Avec le temps, d’autres wikis gagneront à être connus par les enseignants : Wikibooks et Wikiversity, par exemple.

Wikibooks et son équivalent francophone, Wikilivres, sont nés en 2003. Ils se veulent des bibliothèques de «livres pédagogiques librement distribuables que chacun peut améliorer». Plus de 66 000 pages sont recensées dans 120 langues, dont près de 5000 en français. Le contenu de ces sites est sous licence de documentation libre GNU; ces livres peuvent donc être utilisés en classe gratuitement.

N’existant que depuis 2006, Wikiversity se veut une communauté pédagogique partageant des ressources d’enseignement et d’apprentissage, plus particulièrement celles qui ne sont pas textuelles et déjà regroupées dans Wikibooks.

Le site anglophone est organisé en portails (Humanities, Physical Sciences), en écoles (Art and Design, Geology) et départements (Astronomy, European History). Son pendant français, Wikiversité, est subdivisé plus simplement en facultés. Wikiversity est encore loin d’être aussi riche que Wikipedia : une structure complexe est mise en place, mais la plupart des rubriques sont vides. Wikiversité n’attend que votre apport!

Comme le suggère le site de Wikibooks, contribuer à un wiki peut devenir une activité pédagogique en soi. Pourtant, les exemples en ce sens se font très rares. En théorie, on peut utiliser un wiki pour créer des sites Web sans connaissance du HTML, pour émettre des commentaires sur un document en évolution, pour des projets de groupe avec plusieurs auteurs, pour rassembler de l’information et pour tout travail révisé par ses pairs.

Mais il semble que la nature du wiki, non hiérarchisée et communautaire, rende trop complexe son utilisation en classe dans un court laps de temps et serve mieux les projets à long terme. Dans nos recherches sur le sujet, les quelques wikis destinés aux étudiants que nous avons pu trouver avaient été laissés à l’abandon.

LE RÉSEAUTAGE SOCIAL

Le réseautage social (social networking) renvoie à une catégorie d’applications Internet qui visent à relier des gens entre eux. Les premiers services de ce type remontent à bien des années avant l’avènement du Web 2.0. On cherchait alors à réunir d’anciens compagnons de classe. Friendster, LinkedIn et Windows Live Spaces font partie de la centaine de réseaux sociaux recensés sur Wikipedia, mais ce sont plutôt les MySpace, Twitter et Facebook qui se sont imposés ces dernières années : 96 p. 100 des adolescents américains utiliseraient un service de réseautage social au moins une fois par semaine, y passant en moyenne presque autant de temps que devant la télévision1.

Avec ses 50 millions d’utilisateurs, MySpace est devenu, en plus d’un vaste réseau social, un véhicule incontournable pour les artistes de l’industrie musicale désireux de publiciser leur œuvre. Pour sa part, Twitter fait dans le microblogging et permet à l’internaute d’afficher ses activités ou ses humeurs en moins de 140 caractères. Pratique pour les cellulaires! Avec ses 31 millions de membres, Facebook gagne rapidement du terrain, aidé par son interface efficace et ouverte aux développeurs indépendants.

Le phénomène des réseaux sociaux prend une telle ampleur qu’on en crée pour les enfants : à l’achat d’un toutou, un code est octroyé pour accéder au réseau Webkinz, dans lequel une version virtuelle du jouet permet de communiquer avec les autres acheteurs ou de s’adonner à des jeux que l’on présente comme éducatifs. Disney s’est d’ailleurs porté acquéreur d’un réseau similaire, le populaire Club Penguin. Des pédagogues y voient un bon moyen d’intéresser les jeunes à l’écriture, ceux-ci montrant plus d’enthousiasme à clavarder qu’à disserter d’une manière littéraire.

Mais beaucoup d’enseignants et de parents ne cachent par leur méfiance. Des écoles de la ville de New York font même signer des contrats à leurs élèves, ceux-ci s’engageant à ne pas utiliser d’applications de réseautage social sur les ordinateurs de l’école. Sous prétexte de lutter contre les prédateurs sexuels, des avocats, des sénateurs et des politiciens américains proposent régulièrement de légiférer en la matière, cachant malhabilement d’autres craintes sur le partage d’informations personnelles et, bien souvent, leur ignorance quant aux bénéfices de ces nouvelles technologies qu’il ne maîtrisent pas eux-mêmes.

Les applications de réseautage social poussent tout de même comme des champignons. Certaines, comme Ning, proposent aux internautes de créer leur propre réseau social, que ce soit un club de joueurs d’échec ou un regroupement d’enseignants. Nous y avons trouvé un réseau francophone nommé «Hors les murs» où enseignants, étudiants et parents échangent des idées sur «leurs expériences pour s'affranchir des carcans qui transforment l'école en prison».

D’autres applications sont directement destinées au monde éducationnel, comme EduSpaces ou mynoteIT. EduSpaces fournit espaces personnels, blogues, outils de présentation, communautés et forums à plus de 150 000 membres. Un peu à la manière de Google Docs, mynoteIT permet aux étudiants de prendre leurs notes de cours et de les partager, mais aussi de gérer leur agenda scolaire.

Une dernière précision : quand on parle de sites Web 2.0 ayant un «aspect de réseau social», on ne désigne pas nécessairement des services de réseautage social : Flickr et YouTube n’ont pas pour fonction première de relier des gens entre eux, mais bien de mettre en commun du contenu venant des usagers.


1 «Réseau social» étant largement défini et incluant le populaire service de clavardage Microsoft Messenger.


Et ensuite?

L’expression «Web 2.0» est devenue une formule de marketing et plusieurs développeurs veulent vendre leur solution à la sauce Web 2.0, y compris au monde de l’éducation. La tendance actuelle est aux plateformes «pouvant tout faire», des wikis aux blogues en passant par la gestion documentaire ou de classe. Mais il ne suffit pas que ces outils existent pour assurer une utilisation réussie des technologies Web 2.0 en éducation. Rappelez-vous que le principe fondateur du Web 2.0 est la création du contenu par les utilisateurs et que Wikipedia ne serait rien sans la participation des centaines de milliers d’internautes qui y contribuent. Or, si les plateformes Web 2.0 ou les réseaux sociaux voués à l’éducation se multiplient, le nombre d’utilisateurs potentiels reste le même. On peut déjà prévoir que plusieurs de ces solutions disparaîtront faute d’un seuil critique d’usagers.

Par ailleurs, les sites Web 2.0 populaires comme YouTube, qui pourraient vous permettre une utilisation pédagogique, servent aussi à autre chose et pourraient bien être bloqués par le service informatique de votre établissement d’enseignement. Un changement de mentalité doit s’opérer autant chez les intervenants du monde de l’éducation que chez les parents afin que les nouvelles technologies ne leur soient plus étrangères et menaçantes. En attendant, nous ne saurions trop recommander l’usage de blogues et de fils RSS comme moyens de rester à jour en matière de TIC et de moyens d’enseigner sa discipline.

Plusieurs se questionnent sur la pérennité du Web 2.0 à l’heure où tant de services gratuits sont offerts. Malgré le succès du modèle d’affaire de Google reposant sur les revenus publicitaires, les plus sceptiques voient même dans le phénomène du Web 2.0 une nouvelle bulle qui éclatera tôt ou tard. En attendant, il est fort probable que les publicités prennent plus de place chez tous ces services Web 2.0, ce qui pourra poser des questions d’éthique au moment de leur utilisation pédagogique.

Au moment où vous lisez ces lignes, le Web 3.0 est annoncé, mais personne n’en connaît la nature exacte. Certains représentants de firmes spécialisées parlent d’un Web sémantique, d’un réseau d’intelligence artificielle, d’interfaces utilisateur en trois dimensions… Twine vient de lancer un service Web sémantique pour le grand public, qui pourra archiver courriels, pages Web, images et vidéos, et les organiser automatiquement. Microsoft propose PhotoSynth, une application qui analyse les similarités de différentes photographies pour les présenter dans un espace tridimensionnel. On peut aussi imaginer que le Web 3.0 tiendra plus compte des usagers des cellulaires et autres bidules électroniques portables.

Quoi qu’il en soit, le Web 2.0 demeure le projet initial d’Internet devenu réalité grâce à quelques technologies, à un nouveau modèle d’affaires, et surtout, à la prise de contrôle de son contenu par ses usagers. Une foule d’avenues pédagogiques s’ouvrent à tous et invitent à explorer leur potentiel. Toutes ne survivront pas, mais elles offrent un terrain d’expérimentation inédit pour l’enseignant et l’enseignante.

LA VIDÉO DANS INTERNET

L'arrivée de la vidéo dans Internet est souvent associée, à tort, au Web 2.0. Le gain de puissance des ordinateurs et l’augmentation des vitesses de connexion à Internet a évidemment entraîné l’incroyable engouement pour YouTube. Mais la diffusion de vidéos n’est pas une nouveauté technologique liée au Web 2.0. C’est le service gratuit d’hébergement offert par YouTube qui est révolutionnaire.

La vidéo prend beaucoup plus d’espace d’hébergement que le texte et les images. Un clip de 30 secondes peut nécessiter plusieurs dizaines de fois l’espace nécessaire pour héberger un site Web même touffu. Les concepteurs de YouTube ont fait le pari de faciliter la vie des gens qui voulaient partager des vidéoclips trop lourds pour le courriel en hébergeant ceux-ci gratuitement sur leurs serveurs, ne comptant que sur les revenus publicitaires pour rentabiliser le tout. D’ailleurs, bientôt, nous pourrions bien voir des publicités précéder les clips qu’on veut visionner. Après la multiplication des clips drôles mettant en scène des chats, YouTube commence à offrir du contenu plus sérieux pouvant servir à des fins pédagogiques. En octobre dernier, par exemple, l’Université de Berkeley a même décidé de profiter de l’infrastructure déjà existante de YouTube pour mettre à la disposition de tous quelque 200 enregistrements de cours magistraux en chimie, biologie, science appliquée et philosophie.

Plus que le visionnement de clips, Internet permet la vidéoconférence. Celle-ci aurait pu se répandre sur nos appareils téléphoniques, mais Internet l’a rendue possible il y a déjà plusieurs années, avant même qu’on ne parle de Web 2.0. Profweb s’est tout récemment intéressé au sujet. Il distingue la vidéoconférence de la visioconférence. Alors que la première est semblable à un appel téléphonique entre deux personnes ou plus, la visioconférence ajoute aux fenêtres vidéo des outils partagés par les interlocuteurs, comme un tableau blanc. Dans la mesure où la visioconférence permet une certaine forme de travail collaboratif, nous pourrions la qualifier d’outil Web 2.0, mais, à notre avis, c’est étirer indûment la définition. En plus des applications de vidéoconférence comme Skype ou de visioconférence telles FlashMeeting, AdobeConnect et VIA, les plateformes de réseau social, éducatives ou non, utilisent de plus en plus la vidéo.

Si la vidéo s’est répandue dans Internet grâce à des sites Web 2.0 et que les pédagogues utilisent beaucoup la visioconférence pour discuter de leurs usages d’outils Web 2.0, la vidéo n’est pas à proprement parler une caractéristique du Web 2.0. Cependant, la vidéo dans Internet n’est pas près de disparaître, d’autant plus que les infrastructures de télécommunication permettront des connexions toujours plus rapides. La télévision traditionnelle, même si elle offre l’avantage d’une image de plus grande qualité, risque d’en être affectée, surtout qu’on observe déjà un transfert des investissements publicitaires vers Internet :

«Jusqu’ici, l’offre de télévision reposait sur un choix restreint de chaînes, une diffusion en flux linéaire, une audience collective et passive. Dans les prochaines années, à l’instar du Web 2.0 participatif, la TV 2.0 émergera avec des programmes à la demande, et une audience individuelle et interactive placée dans un environnement d'hyperchoix.»




1 De 2000 à 2001, 4300 sociétés cotées à la bourse NASDAQ ont subi des pertes de 148 milliards de dollars, entraînant des milliers de faillites et la disparition d’au moins 500 000 emplois.

2 À ce sujet, lire les numéros 56 et 63 du Clic.

3 AJAX : Asynchronous JavaScript And XML

4 En anglais : Rich Internet Application (RIA)

5 Flash permet les riches applications Internet depuis plusieurs années, mais cette technologie est fondée sur une approche logicielle : il faut ajouter un plugiciel à son navigateur tandis qu’avec AJAX, JavaScript suffit.

6 ATOM est un protocole équivalent un peu moins répandu, mais qui se veut plus flexible et précis. ATOM et RSS sont deux types de flux de données basés sur le langage XML.

7 Lire «100 idées pour utiliser RSS».

8 Lire aussi «Bien branché sur les TIC, grâce à Google», dans le numéro 60 du Clic.

9 iTunes est un des logiciels les plus utilisés pour la gestion des baladodiffusions puisqu’il sert aussi à transférer celles-ci vers les populaires iPod d’Apple. iTunes est avant tout un lecteur multimédia auquel on a greffé les fonctions d’un agrégateur.

10 Destiné aux écoles, un forfait «Premium» payant est aussi offert, permettant la création de plusieurs dizaines de blogues sous un même nom de domaine.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015