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 Numéro 66, Janvier 2008 
Pour mieux diffuser, partager et réutiliser nos ressources numériques éducatives Version Imprimable  Version imprimable


Par Denis Thibault, équipe Animaweb

icone_profweb_pratique_1355Savez-vous qu'à la suite de l’adoption d'une norme internationale, l'ampoule électrique que vous achetez à votre quincaillerie locale pourrait être utilisée partout dans le monde? Il en va de même pour les touches du clavier d’ordinateur «canadien-français» et pour des milliers d’autres procédés qui, une fois normalisés, permettent à des entreprises de réaliser des opérations commerciales à l'échelle mondiale. Qu'en est-il dans le domaine de l'enseignement public?

L'élaboration de normes en matière d'éducation, de formation et d'apprentissage par les TIC, a d'abord répondu aux besoins de grandes entreprises commerciales ou militaires (p. ex., armée américaine). Elle leur a permis d'assurer une meilleure utilisation de leurs ressources.

Dans le secteur de l'enseignement public, dont celui du collégial, les besoins sont également nombreux. Que l'on songe seulement à toutes les ressources numériques produites par les enseignants et les enseignantes ou par des organismes financés par les fonds publics (p. ex., CCDMD, Cégep à distance, etc.) : si elles sont méconnues, on doit les dupliquer, les produire de nouveau. On peut imaginer les économies de temps et d’argent possibles si l'on peut en arriver à les repérer, à les diffuser et à les faire partager par les divers utilisateurs.

Ainsi, des documents pédagogiques (p. ex., présentation électronique, chiffrier électronique, page Web, animation Flash, vidéo, enregistrement sonore, etc.) aux applications diverses (diffusion de contenu, exercices, questionnaire, tutoriel, etc.) pourraient être exploités à partir d'un «catalogue» électronique. Or, la création d'un tel outil repose à la fois sur l'application de normes (p. ex., le système Dewey est une classification normalisée permettant de repérer le même document dans des bibliothèques différentes) et sur la participation des acteurs concernés. Dans le réseau collégial, une expérimentation est en cours visant à utiliser un tel catalogue1 de ressources d'enseignement et d'apprentissage (REA). Cet outil sert d'ailleurs dans Profweb pour alimenter la rubrique Ressources.

Pour mieux prendre en considération ce type de besoins, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS) soutient depuis quelques années le Groupe québécois de travail sur les normes (GTN-Québec) et, en collaboration avec d'autres provinces canadiennes, le Conseil consultatif canadien sur les normes en apprentissage en ligne (CCCNAL).

Parmi les objectifs du CCCNAL, retenons ceux-ci :

  • promouvoir la création d'un patrimoine éducatif partagé de ressources d'enseignement et d'apprentissage;
  • maximiser les avantages provenant de l'utilisation des technologies de l'information (TI) dans l'éducation, la formation et l'apprentissage.

La dernière rencontre du CCCNAL à Victoria, les 29 et 30 août derniers, a permis de faire un pas de plus vers l’atteinte de ces objectifs. Mentionnons d'abord la rédaction de documents «grand public» élaborés pour faciliter la compréhension des enjeux de la normalisation2.

De même, la présentation d'expériences3 réalisées en Colombie-Britannique et illustrant la mise en commun de REA a révélé que les besoins de partage et les solutions passentpar les mêmes considérations qu’au Québec : il faut appliquer des normes et aider les principaux acteurs à en saisir l'importance.

Est-ce que le besoin d'utiliser des ressources numériques dans votre enseignement est réel? Avez-vous tenté d'en partager avec vos collègues? Le feriez-vous si l'on vous y invitait? D'après vous, quelles sont les principales conditions qui pourraient inciter des enseignants et des enseignantes à collaborer à la mise en œuvre d'un tel «catalogue»?

À la suite de la parution de ce texte, deux collègues du réseau collégial, collaborateurs de Profweb, ont émis des commentaires. Dans le but d’enrichir le débat, nous vous présentons ici leurs témoignages.


Atelier sur les normes

par Khalid Gueddari, analysteTI/conseiller TIC, Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe (2007-9-12)

Excellent article sur un thème d'actualité, que j'appellerais le «développement numérique durable». Voici l’adresse d’un atelier que j’ai donné en rapport avec l’article de Denis Thibault et qui a suscité un petit débat. Difficile de changer les mentalités, mais il faut commencer quelque part… L'atelier porte sur des notions qui commencent à s'imposer dans le monde de l'éducation (au Québec ou à travers le monde) : REA, grains d'objets d'apprentissage, dépôts et partage des REA… Ceci dans le but de se constituer un patrimoine éducatif commun et de partager des objets d'apprentissage.



Des normes qui libèrent?!

Philippe Flamand, chargé de projet, Cégep@distance (2007-9-14)

Je ne sais pas si, un jour, vous avez commencé à monter une collection de vos films favoris en BETA… Moi, je l’ai fait! Or, certains titres n’étaient offerts qu’en VHS. Alors, j’ai dû acheter un lecteur VHS en plus du lecteur BETA que je possédais déjà. Mais comme à l’époque je demeurais en France, le retour au Québec fut encore plus irritant : mes lecteurs BETA et VHS étaient devenus inutilisables pour des raisons techniques et les films, pour des raisons de formats… Tout ceci pour vous dire qu’entendre parler de normes n’est pas nécessairement très agréable.

Dans le monde de l’éducation, on fait souvent allusion au caractère rébarbatif des normes, celles-ci étant perçues comme un frein à la créativité et à la liberté. Toutefois, si l’on désire réutiliser certaines de nos créations pédagogiques dans différents cours ou projets, ou mieux, si l’on souhaite les partager avec des collègues du réseau, les normes techniques et pédagogiques peuvent se révéler des outils fort libérateurs! En suivant ces «règles du jeu», en quelque sorte, je n’ai plus à me soucier des obstacles potentiels à la mise en valeur et à la pérennité du matériel pédagogique que je produis. Je peux simplement me concentrer sur l’élaboration du matériel, des ressources et des outils créatifs, dynamiques et efficaces et ce, l’esprit en paix!

Au Cégep@distance, nous travaillons présentement à l’élaboration d’un DEC en techniques d’éducation à l’enfance (TÉE) complètement modulaire afin de répondre au besoin sans cesse grandissant de formations «personnalisées» pour faire suite à un processus de reconnaissance des acquis de compétences. Pour nous assurer de l’utilisation optimale du matériel produit, nous accordons une place importante aux spécifications et aux normes en vigueur et en développement. Toutefois, outre l’interopérabilité technologique des objets d’apprentissage produits, nous travaillons aussi à l’élaboration de spécifications d’interopérabilité pédagogique. L’assemblage d’une série de REA ou d’objets d’apprentissage les uns à la suite des autres ne crée pas automatiquement un module d’apprentissage valable et cohérent. En formation à distance, le défi est d’autant plus grand que le matériel diffusé doit être autoportant, car il n’est pas transmis en classe par un professeur qui en articule les différents éléments.

Étant donné les ressources financières, parfois trop limitées, dont nous disposons pour produire du nouveau matériel d’apprentissage, la question des normes qui permettront à nos créations d’être transportables, de s’arrimer entre elles et de s’adapter localement, au besoin, est selon moi au cœur du débat… et de la solution.

Bon. Je dois maintenant retourner tenter de transférer mes cassettes BETA et VHS européennes vers des DVD, vers mon serveur TV, vers des mémoires Flash ou vers je ne sais quelle autre invention qui, par bonheur, sera certainement conforme à une norme internationale uniforme et adoptée par tous.



Des normes qui libèrent? Mais aussi des droits qui protègent!

par Khalid Gueddari, analysteTI/conseiller TIC, Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe (2007-9-14)

Vers la fin de l'article, il y a beaucoup d’interrogations… Si une partie de la réponse réside dans le changement des mentalités, il ne faut pas oublier la question de la propriété intellectuelle. Dans le texte de Denis Thibault, je n'ai pas vu de mots comme «droits d’auteurs», «propriété intellectuelle», etc. Un élément motivant ou rassurant, au moins dans le cas de certains, pour partager et utiliser une banque commune est peut-être le «Creative Commons». Je vous invite à consulter un récent rapport, Enjeux et défis de la mise en commun des ressources numériques d’apprentissage dans les universités québécoises, dans lequel quelques petits éléments de réponse pourraient se trouver. Bonne lecture et réflexion!



1 Eurêka. Référentiel de ressources d'enseignement et d'apprentissage développé par la Vitrine Technologie-Éducation, En ligne (6 septembre 2007)

2 Quoi et pourquoi les normes? Conseil consultatif canadien sur les normes en apprentissage en ligne, En ligne (6 septembre 2007)

3 Open School BC, En ligne (6 septembre 2007)
BCcampus, En ligne (6 septembre)
COOL School, En ligne (6 septembre 2007)

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