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 Numéro 65, Octobre 2007 
Le courrier de Profweb Version Imprimable  Version imprimable


Jacques Lecavalier, enseignant de français  (Collège de Valleyfield)

icone_profweb_courrier_139c Je réponds à l’invitation de Denis Thibault qui nous demandait, dans le Clic n° 641, de témoigner des difficultés rencontrées avec les nouvelles technologies utilisées en classe par les étudiants.

Selon moi, le collège ne doit pas chercher, dans ses règlements, à prévoir toutes les circonstances, mais à soutenir un principe : l’utilisation des TIC en classe par les étudiants doit favoriser l’apprentissage et non lui être nuisible. Soutenu par ce règlement, le Département ou le Programme peut édicter des règles adaptées au contexte particulier; enfin, l’enseignant peut régler les problèmes au cas par cas. C’est ce que j’ai dû faire, faute de règles départementales.


Cellulaires : sonnerie interdite en classe

L’étudiant qui attend un appel urgent (maladie, entrevue) doit en aviser l’enseignant au début du cours et sortir dès que la sonnerie retentit. On retrouve ici l’utilité même du cellulaire : l’urgence. Pour les autres cas, on dispose de boîtes vocales. Grâce à cette règle, je n’ai entendu aucune sonnerie en classe durant toute l’année scolaire. Même cet hiver, alors que j’avais pourtant un groupe turbulent…


Photos : la prise de photos est interdite (téléphone ou caméra)

À deux reprises, des étudiantes se sont photographiées mutuellement, durant un atelier. J’ai donné un avertissement la première fois. La seconde fois, j’ai donné un avertissement très ferme. Aucune récidive. Ces étudiantes ont pourtant été surprises à parler au cellulaire à voix haute dans la bibliothèque et elles ont ignoré l’enseignante qui leur servait un avertissement.


Ordinateur portable

J’ai permis à un étudiant de travailler en classe avec son portable. Il était averti que toute utilisation non liée au cours serait suivie d’une interdiction d’utilisation. Je l’ai surpris une fois à naviguer sur un site non lié au cours. J’ai réitéré l’avertissement. J’ai pu vérifier souvent, à cause de la fréquence du travail en équipe, que le portable était utilisé à bon escient. L’étudiant prenait les notes pour l’équipe et les envoyait par courriel à ses coéquipiers. En contrepartie, les autres devaient participer autrement à la recherche et à l’analyse, par la relecture du texte de l’œuvre et des notes de cours. Personne n’était dispensé de participer à la discussion. Durant les trois derniers cours, comme le texte final ne devait pas sortir de la classe, le portable a été interdit. J’ai expliqué cela brièvement à l’étudiant, qui n’a pas protesté. Cependant, j’ai eu une demande d’une étudiante à l’effet de pouvoir utiliser le correcteur d’Office 2007 pour rédiger son texte final. Cela m’embête, car je ne le connais pas et l’étudiante soutient qu’il est bien meilleur que celui d’Office 2003. Je préfèrerais Antidote, mais nous n’en avons que 16 licences, installées dans un laboratoire non accessible durant mon cours. Le problème me semble alors celui de l’égalité des chances, de l’accès pour tous. Une règle départementale exige que le texte final soit écrit en classe, sans aide extérieure. Je ne peux pas la contester tant que nous n’avons pas plus d’outils, ce qui crée un cercle vicieux.

Toutefois, ces règles particulières perdent tout leur sens si l’enseignant ne jouit pas d’une crédibilité suffisante auprès du groupe. S’il doit recourir à l’autorité chaque fois qu’un problème se pose, aucune règle ne suffira jamais et il perdra peu à peu le contrôle du groupe. Cela dépasse les nouvelles technologies et inclut toutes les dimensions de la relation pédagogique. La crédibilité se gagne quand les étudiants comprennent que l’enseignant est là pour les aider à réussir, elle se perd quand ils voient que le prof s’en tient à sa matière, au lieu de chercher à savoir ce qui n’a pas été compris ou assimilé. En ce sens, les TIC ne posent pas un problème nouveau, elles ne font qu’augmenter la tension dans la relation d’autorité. Je rejoins ici Meirieu2.

Les enseignants qui adoptent dans leur classe des positions fortement répressives ou qui demandent à la direction de formuler des règles fermes et rigides sont souvent ceux-là mêmes qui ne parviennent pas à obtenir une crédibilité suffisante dans leur classe.

L’excellent dossier sur le plagiat3 monté par Profweb prend d’autant plus d’actualité que les collèges sont en train de revoir, à la demande de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, leurs politiques institutionnelles d’évaluation des apprentissages (PIEA). Le moment est donc opportun pour que nos établissements prennent en considération l’évolution des technologies et des pratiques pédagogiques.

Souhaitez-vous commenter ces propos? Avez-vous expérimenté un situation semblable dans un de vos cours? Communiquez avec nous ou écrivez directement dans Profweb, dans la zone Commentaires.



1 http://bulletinclic.profweb.ca/cgi-bin/aff.pl?page=article&id=2033

2 Meirieu, Philippe. Éducation : contre le caprice mondialisé. In Le bloc-notes mensuel de Philippe Meirieu 27 mars 2007. En ligne

3 Perreault, Nicole. Le plagiat et autres types de triche scolaire à l'aide des technologies : une réalité, des solutions. In Profweb 22 janvier 2007. En ligne

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015