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 Numéro 64, Avril 2007 
Pour mieux décrire les ressources d'enseignement et d'apprentissage Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay, délégué canadien aux séances plénières d'ISO/IEC JTC1 SC36  (Vitrine Technologie-Éducation)

Les lecteurs du Clic ont déjà eu l’occasion de se familiariser avec la notion de ressources d’enseignement et d’apprentissage (REA1). Il s’agit en somme de tout matériel pédagogique qui peut être référencé et utilisé pour l’apprentissage, l’éducation ou l’enseignement, par exemple une présentation PowerPoint, un exercice interactif ou une séquence vidéo.

Pour qu’une REA soit utile, il est important que cette ressource soit spécifiquement conçue dans une intention pédagogique et qu’elle puisse être utilisée dans un curriculum formel. Idéalement, elle doit pouvoir s’insérer dans une séquence d’apprentissage; ainsi, le matériel monolithique d’un cours ne pourrait être considéré.

Qu’elles soient produites par des organisations spécialisées, référencées par des experts ou qu’elles soient le fruit de la passion d’un enseignant, il est utile de disposer d’un catalogue permettant d'avoir accès au plus grand nombre possible de ces ressources et de les recenser. Cela permettra à l’enseignant d’avoir un vaste répertoire de matériel didactique et d’éviter la duplication coûteuse de ressources. En outre, l’ensemble de ces ressources constitue un patrimoine éducatif qui peut être un excellent moyen de promotion culturelle à l’étranger et de contribution à l’éducation dans les pays en voie de développement.

L’existence de ces catalogues repose sur le fait que les REA puissent être décrites en utilisant un ensemble commun de règles et de descripteurs. Nous verrons dans ce texte l’évolution de normes gouvernant le référencement de ces ressources.


Dublin Core

En 1995, un groupe de travail se réunissait à Dublin, dans l’État américain de l’Ohio, afin de jeter les bases d’un système de description bibliographique pour des ressources accessibles en ligne.

Composé d’une quinzaine de descripteurs de base et d’une vingtaine d’autres appelés «raffinement», le Dublin Core est devenu la norme ISO 15836 en 2003 et il existe aujourd’hui des lignes directrices pour son exploitation dans plus d’une vingtaine de langues.

Simple et facile, le système permet l’utilisation libre de multiples systèmes de classification. Cependant, puisque ceux-ci ne sont pas référencés, il se révèle très difficile d’agglomérer différents catalogues pourtant tous élaborés à partir de la même norme. En outre, il ne comporte, dans sa version étendue, qu’un seul descripteur lié aux aspects pédagogiques de l’enseignement et de l’apprentissage.


IEEE LOM

En 2002, l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) publiait une norme conçue spécifiquement pour la description de ressources d’enseignement et d’apprentissage. Le IEEE LOM (Learning Object Metadata) 1484.12.1 comprend 68 descripteurs, regroupés en neuf catégories, qui peuvent être utilisés pour décrire les différents aspects d’une ressource en favorisant leur repérage pour des fins de réutilisation, particulièrement dans un contexte de formation en ligne.

Vu la grande quantité de descripteurs possibles et la nécessité de tenir compte de particularités liées au contexte d’enseignement dans chaque pays, on a vu apparaître plusieurs profils d’application du LOM, dont CanCore au Canada et Normetic au Québec.

C’est la Vitrine Technologie-Éducation qui a développé ici le premier référentiel de ressources d’enseignement et d’apprentissage basé sur le profil d’application Normetic. Les partenaires du réseau collégial québécois, le Centre collégial de développement de matériel didactique, la plateforme d’enseignement DECclic, le Cégep@distance et Infiressources utilisent ce profil d’application.

Dans la continuité d’accords convenus entre la Vitrine Technologie-Éducation et l’Agence pour l’enseignement et la recherche scientifique en communauté française de Wallonie, Belgique, le projet MuREA, mis de l’avant par la Direction des ressouces didactiques du ministère québécois de l’Éducation, du Loisir et du Sport, regroupe des intervenants du Québec, de la Belgique, de la France et de la Suisse qui s’engagent dans la mutualisation de ressources d’enseignement et d’apprentissage en langue française pour le pré-scolaire, le primaire et le secondaire.

Par ailleurs, le LOM souffre du manque de précision dans la définition des éléments et des valeurs possibles. Des concepts tels le type ou le niveau d’interactivité, la densité sémantique et la difficulté laissent une large place à la subjectivité et peuvent être interprétés différemment selon les approches culturelles propres à un contexte d’enseignement. La multiplicité des profils d’application fait en sorte qu’un élément obligatoire dans un contexte donné devient facultatif dans un autre, de sorte qu’il est impossible d’agglomérer les enregistrements de plusieurs référentiels.

Le LOM souffre également de plusieurs défauts. Par exemple, l’élément «type de ressource pédagogique» fait référence à la fois à la nature de celle-ci et à son utilisation pédagogique. Lorsqu’une ressource est offerte en plusieurs formats, il est impossible de lier un format particulier à l’élément de localisation et à la taille du fichier. Dans un contexte scolaire, qui s’étend de la prématernelle au secondaire, il est impossible de construire des tables de recherche en fonction de l’âge minimal et maximal de l’apprenant visé. Enfin, l’utilisation du format vCard pour préciser les entités qui contribuent d’une manière ou d’une autre à une ressource, est lourde et ambigue.


ISO/IEC 19788 MLR

Au sein d’ISO, il existe un comité conjoint ISO - IEC (International Electrotechnical Comittee), le Joint Technical Committee (JTC1). Plus précisément, le groupe de travail WG4 du sous-groupe de ce comité conjoint, se consacre à l’élaboration de normes pour les technologies de l’information pour l’apprentissage, l’éducation et l’enseignement, et met au point une norme internationale pour la description des REA. Cette norme porte le numéro 19788 et est intitulée Metadata for Learning Resource.

L’expérience acquise par la Vitrine Technologie-Éducation dans le développement d’Eurêka et son implication dans le groupe québécois de travail sur les normes, le GTN-Q, ainsi qu’au sein du Conseil canadien des normes lui ont valu d’être invitée à faire partie de la délégation canadienne dans le cadre des travaux du sous-groupe 36 et de corédiger la norme MLR. Celle-ci repose sur trois principes fondamentaux : l’adaptabilité culturelle, indépendamment de la langue utilisée, la capacité d’extension pour tenir compte de besoins spécifiques et l’interopérabilité au moyen d’un ensemble d’éléments obligatoires. Cette norme vise à répondre aux exigences particulières de communautés culturelles ou régionales en prévoyant des mécanismes d’extension.

La partie 1 de la norme MLR est un cadre conceptuel décrivant les structures de données utilisées et les règles pour la construction de grammaires en vue de décrire des aspects précis des ressources d’enseignement et d’apprentissage.

Les structures de vocabulaire et les mécanismes d’association (binding, en anglais) sont conçus de manière à permettre une grande flexibilité et, dans le cas des vocabulaires, ils sont prévus pour supporter les applications du Web sémantique. Une telle application, par exemple, pourrait automatiquement substituer «premières nations» à «indigène» ou «indien» lorsque le contexte de recherche permet d’inférer que la requête concerne des habitants du Canada. De même, la prise en compte automatique du contexte permettra de résoudre des ambiguïtés liées aux mots ayant plusieurs sens.

Mots Sens 1 Sens 2
addition note (facture) opération d’arithmétique
affection maladie sentiment
argent monnaie métal
course commission compétition
dossier chaise ensemble de documents
front anatomie (tête) guerre
objectif but optique
palais anatomie (bouche) édifice
titre texte valeur boursière
histoire chronique conte

Tableau 1 : Exemples de mots à double sens dont l’ambiguïté pourrait être automatiquement
résolue dans une application de Web sémantique2.


De manière plus simple, la structure de données des vocabulaires permet également de préciser le genre, qui joue un rôle parfois déterminant quant au sens.

Masculin Féminin
un cartouche une cartouche
un livre une livre
un manœuvre une manœuvre
un mémoire une mémoire
un mode une mode
un physique la physique
un poste la poste

Tableau 2 : Exemples de mots dont le sens diffère selon le
genre et dont l’ambiguïté pourrait être automatiquement
résolue dans une application de Web sémantique.


La partie 2 se veut un modèle exemplaire de l’application de ces structures et règles pour établir un ensemble commun d’éléments obligatoires. Parce que les ressources décrites à l’aide de MLR partageront ces éléments, il sera désormais possible d’effectuer des recherches simultanées dans un grand nombre de répertoires en appliquant des critères comme le niveau scolaire ou la langue de la ressource.

Les rédacteurs de la norme MLR ont apporté un soin particulier à reproduire des procédures familières aux utilisateurs de Dublin Core et de LOM, de manière à faciliter le passage. Ainsi, les parties 3 à 11 de MLR correspondent aux 9 catégories de LOM et plusieurs vocabulaires liés à des éléments, tels le type de relation entre les ressources, les renseignements liés à la pédagogie, utilisent les mêmes que celles de LOM ou de Dublin Core. La parution de MLR est prévue autour du printemps 2008. On peut suivre l’évolution des travaux dans la section publique du site du SC36.


1 Voir, en particulier
L'ère des REA, octobre 2003
Le marché florissant de la formation en ligne, janvier 2006
Hors normes, la formation?, janvier 2004

2 Adapté de Thérouanne, Pierre «Effet du contexte lexical sur l’accès à la signification des homographes polarisés»

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015