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 Numéro 64, Avril 2007 
Le courrier de Profweb Version Imprimable  Version imprimable


Denis Thibault, équipe Animaweb

courrier_profwebSoutenir l’intégration pédagogique des TIC dans un monde «hypertechnicisé» ne va pas sans susciter certaines réactions. Ce sont parfois celles d’enseignantes et d’enseignants pour qui l’émergence des technologies dans la classe ne constitue pas toujours une avancée pédagogique. Cela peut se traduire aussi dans une question du type «C’est bien beau tous ces outils techno-là, mais comment on va arriver à enseigner avec tout ça?». En voulant participer à la réflexion, Profweb publiait dernièrement la chronique1 Les «accommodements» technologiques en classe2. Nous la reproduisons ici.


Dans une classe tout à fait typique d’un collège québécois, deux étudiants, à leur premier cours, veulent utiliser un ordinateur portable. Rapidement, dans les premières minutes, le professeur prévient : «Si vous venez en classe avec un portable, vous devez le tenir fermé. Dans mon cours, vous n’en aurez pas besoin…». Comment la technologie peut-elle côtoyer la pédagogie?

Telle une pensée unique qui veut s’imposer, la présence des technologies dans nos milieux d’enseignement peut laisser croire à certains qu’il y a une «subordination de l’éducation à la technologie3». Ainsi, des enseignants ont choisi de ne plus remettre aucun document papier à leurs élèves. Certains collèges ont demandé à leur personnel enseignant de transmettre les relevés de notes uniquement à l’aide du système de gestion pédagogique de l’établissement. Et puis, un travail écrit à la main par un élève est-il toujours bien reçu par un professeur? Combien d’exemples pourrions-nous donner de cette progressive, mais évidente pénétration de la culture technologique dans nos écoles?

Les développements technologiques, toujours plus rapides et de moins en moins coûteux, font qu’ils deviennent aujourd'hui partie intégrante du «sac à dos» de l’élève. Cellulaires, baladeurs vidéo (dits «technologies mobiles4») et ordinateurs portables font et feront de plus en plus intrusion dans la classe, non sans provoquer notre réflexion de pédagogue. Certains proposeront des scénarios pour un usage pédagogique des technologies tandis que d’autres feront tout simplement état de la nécessité culturelle qui s’impose. Ainsi, selon un sondage, une proportion importante d’élèves ayant un cellulaire sont d’accord pour le garder en classe s'il ne dérange pas les autres5.

Récemment, cet accommodement a rencontré une limite. En effet, la mauvaise prestation d’un enseignant en classe a été diffusée dans Internet après qu’un élève l’eut, à son insu, filmé avec son cellulaire. L’établissement touché a décrété l’exclusion de «tout appareil électronique de communication6». Est-ce la solution? Tout usage des TIC non prévu au plan de cours doit-il être d’emblée exclu? N’y a-t-il pas les mêmes risques dans des situations où la présence d’outils technologiques est prévue? Pensons au plagiat à l’aide des technologies, auquel un étudiant sur deux aux études supérieures aurait déjà eu recours. Des réactions trop négatives ne font-elles pas qu’élargir le fossé numérique7 entre les générations?

De tout temps, l’éducation a eu des défis à relever, et celui-ci n’est pas le dernier. Bien définir les usages possibles des technologies en fonction de leur potentiel de soutien à la pédagogie, de la valeur ajoutée aux pratiques habituelles, tout en éduquant à un usage éthique, ne serait-il pas la meilleure solution?

Vous avez connu une difficulté dans un de vos cours? Communiquez avec nous pour nous dire comment vous vous en êtes sorti.



Par ailleurs, nous avons obtenu le témoignage de deux élèves qui remercient leur enseignant d’avoir rendu possible l’usage des TIC dans leurs activités d’apprentissage.


L’utilisation du forum sur le plan pédagogique
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À l’époque de l’informatique, il est justifié de chercher à moderniser nos pratiques et ainsi tirer profit de ce que nous offre la technologie. L’utilisation du forum sur le plan pédagogique est sans doute intéressante. Mais est-elle appréciée par les étudiants? Ayant récemment participé à un forum scolaire dans le cadre d’un cours, je peux donner mon opinion. Il est sans doute possible de se faire une idée plus claire de l’intérêt du forum utilisé sur le plan pédagogique. Je décrirai tout d’abord mon expérience, et je poursuivrai avec ma perception du forum.

L’activité du forum comportait deux parties. Première partie : un thème fort général. Nous devions discuter d’un texte d’Aristote. Chaque participant pouvait transmettre à ses confrères du forum sa compréhension du texte. Au départ, celui-ci semblait ésotérique et inaccessible. Plusieurs participants ont indubitablement partagé cette opinion, notamment au commencement de l’activité. Mais grâce aux interventions de chacun, notre compréhension du texte analysé s’améliorait sans cesse. Incontestablement, certains membres du forum possédaient, dès le départ, des connaissances suffisantes permettant de bien appréhender la signification du texte. Les interventions de ces membres étaient donc très enrichissantes pour tous.

Dans la deuxième partie du forum, nous avons discuté d’une question plus approfondie, en lien avec le thème de la première partie. Encore ici, la question débattue semblait au départ quelque peu obscure. Toutefois, dès le premier message du forum, la discussion s’est amorcée. Par conséquent, notre opinion individuelle et personnelle de la question s’est rapidement créée. J’apprécie le fait que tous les participants ont su se respecter tout au long de l’activité. Je n’ai observé aucune trace d’impolitesse ou d’agressivité dans les messages. Chacun a eu droit à son opinion, sans se faire juger. Puisque tous les intervenants ont participé sous un pseudonyme, impossible de les identifier. De cette façon, aucun ne s’abstenait de donner son opinion de peur de se faire juger. Je trouve cet avantage très intéressant. Il s’agit d’une véritable liberté d’expression.

Au cours des deux parties de l’activité, les membres du forum devaient interagir en décrivant leur opinion personnelle ou en commentant l’opinion des autres participants. De ce fait, tous les participants étaient amenés à présenter leurs idées personnelles et à considérer celles de leurs confrères du forum. Ils avaient ainsi l’occasion de comparer leurs idées et d’évaluer l’exactitude des opinions. À plusieurs reprises, certains participants ont constaté que les idées des autres leur convenaient mieux que leurs propres idées. Ils étaient alors libres d’adopter les idées des autres membres, ou de les rejeter. Ainsi, leur vision du sujet évoluait constamment. Ayant moi-même modifié ma vision de la question débattue à quelques reprises, notamment dans la seconde partie de l’activité, je suis conscient que les idées amenées par chacun furent profitables.

Il est merveilleux de constater qu’il fut possible, tout au long de l’activité, de s’entraider par l’entremise d’un forum virtuel. En effet, nous étions amenés à aider les autres participants par la transmission de nos connaissances et de nos opinions. Plusieurs membres ont su profiter de la mise en commun de nos connaissances et bénéficier d’une évolution d’idées considérable à l’égard du thème du forum. Je considère que je fais partie de ceux-ci. C’est là un avantage formidable de l’utilisation du forum en classe.

Également, le forum permet d’inciter les étudiants à se questionner sur des sujets qu’ils ne considéreraient probablement pas autrement. À première vue, le sujet de notre forum semblait plus ou moins intéressant. Cependant, lors de la discussion, on a vite constaté qu’il était passionnant. Croyant que la plupart des participants posséderaient une opinion très similaire, je présumais que la discussion du forum serait insipide. Lorsque je pris conscience des nombreuses idées amenées par les participants, je réalisai tout l’intérêt du forum.

Un autre avantage important de l’utilisation du forum dans l’enseignement est qu’il permet à plusieurs personnes de tirer profit de la situation. En effet, les étudiants comme moi, qui préfèrent écrire sur un clavier d’ordinateur plus qu’avec un stylo, et lire un texte à l’écran et non sur papier, ont su apprécier la situation. Parallèlement, nous savons que le forum virtuel ne requiert aucune impression sur papier. Alors, l’environnement s’en trouve gagnant. Comparativement à plusieurs autres travaux scolaires, c’est à l’évidence un plus pour le forum! Également, le forum peut se dérouler à partir de n’importe où, à n’importe quel moment, sous condition d’avoir accès à un ordinateur et à Internet. À mon avis, cette grande liberté ne peut qu’avantager notre perception du forum.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’utilisation du forum sur le plan scolaire est une pratique comportant tout de même quelques imperfections. Au cours de l’activité, certains étudiants n’ont participé qu’à quelques reprises. De plus, les messages postés par ces quelques intervenants étaient parfois très peu constructifs. Le manque d’intérêt de certains participants était donc observable. C’est dommage. De plus, lors de leurs rares interventions, certains participants ont préféré répéter ce qui avait déjà été dit. Leur opinion aurait sans doute pu alimenter la discussion, au même titre que les autres idées reçues. Je trouve regrettable que le forum n’ait pu intéresser tous les étudiants.

En conclusion, je suis convaincu que le forum possède un très grand potentiel pédagogique. Malgré ses petites lacunes, il se révèle très profitable.

Michaël Munger, étudiant en sciences de la nature – Cégep d’Alma


Témoignage d'un ancien «pascalien
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Comme je sais que tu es très actif dans le milieu des nouvelles pédagogies d'enseignement, je me suis dit que tu aimerais peut-être entendre parler des nouvelles méthodes d'enseignement de mon université.

J'étudie à l'École Polytechnique de Montréal en génie physique. Deux cours de première année, Mécanique pour ingénieurs et Matériaux, sont maintenant donnés sous la forme d'auto-apprentissage, c'est-à-dire que les professeurs ne donnent plus d'exposés magistraux. Par exemple, le cours de mécanique, qui était sous la forme 3-3-3, est maintenant sous la forme 0-3-6.

Évidemment, l'élève n'est pas laissé à lui-même. D'abord, il y a un portail informatique (dans le même genre que DECclic) qui regroupe une foule d'informations pertinentes. Il y a aussi l'échéancier indiquant exactement les pages couvertes dans le manuel, des exercices précis à faire, des problèmes résolus, etc. Deuxièmement, il y a un examen blanc (questions types d'examen) pour chaque semaine. Pour avoir accès à cet examen, l'élève doit répondre à cinq questions de difficulté croissante concernant la matière de la semaine, parmi une banque de questions; de cette façon, les étudiants peuvent difficilement se transmettre les réponses pour accéder rapidement à l'examen blanc. Quand l'étudiant fait une erreur, le logiciel lui dit même la nature de son erreur, en se basant sur la réponse qu'il a entrée dans l'ordinateur, ce qui lui permet de réviser sa méthode et de la corriger lui-même.

Dans le cours sur les matériaux, l'approche est semblable. La matière est découpée en unités. Sur le site Internet, le contenu de chaque unité est très bien décrit. Contrairement au cours de mécanique, où il y a trois examens classiques, ce cours dispose d’un contrôle informatique sommatif pour chaque unité, offert dans une salle informatique spéciale (sécurisée) pendant trois semaines. Donc, l'élève peut apprendre à son rythme. Le manuel est assorti d’un CD-ROM très bien fait. Pour chaque dessin en 3D dans le manuel, il y a une animation 3D sur le CD. De plus, tous les exercices sont sur le CD, en lien avec les animations et la matière vulgarisée. Tout est très complet : Vrai ou Faux, choix de réponses, questions à développement, solutionnaire détaillé, questions de révision et d'examens, etc.

Bien entendu, les assistants des professeurs ont des périodes de disponibilité pour répondre aux questions des élèves. Cependant, ils ne donnent jamais les réponses, ils ne font que GUIDER l'élève pour qu'il trouve lui-même la solution. De plus, il y a un forum en ligne où les élèves peuvent poser leurs questions et où les professeurs et autres élèves peuvent y répondre et échanger. Ceci permet aussi à tous les étudiants de la classe de voir les questions posées.

Pour ma part, je crois que cette méthode est très stimulante. Il est évident qu’elle est plus exigeante pour l'élève, mais l'apprentissage est beaucoup plus personnalisé. C'est la deuxième année que la Poly opte pour cette méthode. Ils nous ont dit que, l'an dernier, le taux d'échec dans ces cours avait diminué de 20 p. 100!

Bref, tu as sans doute remarqué que les technologies sont beaucoup utilisées dans ces cours, ce qui rend la formation dans le profil Pasc@l extrêmement pertinente. Tout ça était, pour moi, du déjà vu en quelque sorte. Pour d'autres, c'était du nouveau et surtout, de l'insécurité. C'est dans ce sens, et ceci en est une preuve concrète, que le profil Pasc@l est très avant-gardiste et à la fine pointe des nouvelles pédagogies. Je suis également très reconnaissant de la formation offerte par toi et tes collègues.

Alors, dans le but de poursuivre le profil Pasc@l (en espérant qu'il y ait beaucoup de nouveaux élèves cette année), tu pourrais peut-être en parler aux prochaines portes ouvertes, ou en glisser un mot à l'administration, qui est peut-être encore sceptique… Si tu trouves cela pertinent, tu pourrais aussi faire suivre le message aux autres professeurs de Pasc@l.

Bonne année scolaire!

Alexis Ragusich, étudiant – Université de Montréal


Avez-vous reçu de tels encouragements de la part de vos élèves? Communiquez avec nous pour nous en faire part. spirale_profweb


1 La chronique Animaweb est publiée chaque semaine dans Profweb.

2 Thibault, Denis. «Les “accommodements” technologiques en classe», dans Profweb, 5 février 2007. En ligne.

3 Petrella, Riccardo. «L’éducation victime de cinq pièges». En ligne.

4 Guay, Pierre-Julien, et Brigitte Vandal. «L'apprentissage mobile : un nouveau miroir aux alouettes?», Clic, n° 63, janvier 2007. En ligne.

5 Guglielminetti, Bruno. «Le cellulaire, même en classe», Le Devoir, 26 septembre 2005. En ligne.

6 Pineault, Jean-Philippe. «Fini, les cellulaires en classe», Journal de Montréal, 26 janvier 2007.

7 Barsalo, René. «Schéma postindustriel : Le fossé numérique». En ligne.

8 Voir le récit de Gilles Plamondon, «Les TIC au service des “natures brouillonnes”; Comment une plateforme peut devenir un outil efficace de gestion de classe!», Profweb, 23 octobre 2006. En ligne.

9 Pasc@l est un profil technoscientifique en Sciences de la nature, au Cégep de Sainte-Foy, dans lequel les étudiants utilisent un ordinateur portable dans la majorité de leurs cours. En ligne. Voir le récit d’André Girard, «Une approche centrée sur l'apprentissage en sciences et soutenue par les TIC», Profweb, 6 septembre 2005. En ligne.

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