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 Numéro 64, Avril 2007 
Le Colloque qui URL! Version Imprimable  Version imprimable
La télécommunication Web, un dispositif de réseautage et
de développement professionnel en soutien à l'intégration pédagogique des TIC


Hélène Martineau  (APOP)

Au Québec, les ordres de l’enseignement supérieur (collégial et universitaire) tentent de relever le défi de l’intégration pédagogique des TIC depuis déjà une bonne décennie. Au cours de cette période et en parallèle, l’État a réalisé plusieurs interventions en vue de soutenir le développement d’une culture technologique : Fonds québécois de l’autoroute de l’information, programme Branchez les familles, la Toile du Québec, etc. De nombreuses autres actions ont également contribué au déploiement de ressources visant à accélérer le développement des savoirs tant éducatifs que citoyens : services gouvernementaux en ligne, programmes de recherche mesurant l’impact des TI sur la qualité du travail et l’innovation technologique, etc. Depuis peu, dans presque tous les secteurs d’activité – culturel, social, éducatif, économique –, divers groupes de travail et de pratique professionnelle militent activement en faveur de la création des savoirs théoriques et pratiques avec les TIC. Il s’avère que les TIC induisent la possibilité de produire de nouvelles connaissances pouvant être diffusées, discutées et partagées au bénéfice des objectifs de diverses communautés citoyennes (communauté de pratique, communauté apprenante, réseau informel de coopération et d’échange, etc.).

Ainsi, notre système éducatif a progressivement pris en charge cette préoccupation. Il l’a d’abord fait dans le rapport annuel du Conseil supérieur de l’éducation, Éducation et nouvelles technologies (1999-2000), puis, plus concrètement, avec diverses initiatives en vue de soutenir les acteurs sur le terrain pédagogique lui-même : programmes de soutien aux établissements pour les investissements technologiques, Comité de concertation des organismes dédiés à l’intégration des TIC, portail Profweb, soutien au Réseau des répondants TIC des collèges, etc. Cette liste des projets et réalisations contribuant à alimenter ce déploiement des ressources est loin d’être exhaustive : pensons au soutien apporté aux recherches dédiées à l’évaluation de la portée pédagogique et éducative des TIC, aux modalités d’accès, de gestion et de conservation de l’information et du patrimoine éducatif, à la veille technologique et pédagogique, à la conception et à la création de contenus pédagogiques en formats électroniques, à la diffusion des savoirs et des programmes de formation à distance dans des environnements ouverts et informatisés, etc.

Au cours des cinq dernières années, le développement des compétences et des ressources pour soutenir le perfectionnement professionnel des enseignants est également devenu un enjeu très important. Qu’elle soit associée à un processus scolaire (avec unités) ou informel (sans unités), l’amélioration de la pratique enseignante pour augmenter la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage avec les TIC est désormais considérée par le système socio-économique comme un passage obligé de qualification pour construire un modèle éducatif adapté aux exigences de la modernité.

Depuis 25 ans, l’APOP (Association pour les applications pédagogiques de l’ordinateur au postsecondaire) a participé à ce cheminement progressif vers l’intégration de l’informatique à des fins pédagogiques. D’abord en tant que communauté de pairs et plus récemment comme instrument de réseautage, elle a permis à ses membres, et particulièrement au réseau collégial, de soutenir ce processus et de miser sur la portée pédagogique effective des outils technologiques.

Le Colloque qui URL!, une expérience de télécommunicaton dynamique contribuant au développement de la télécollaboration

L’expérience du Colloque qui URL!, tenu les 10 et 11 janvier 2007, s’inscrit dans cette dynamique de développement de ressources pour les diverses composantes du système éducatif (enseignement et apprentissage – pratique professionnelle – programmes – évaluation des compétences – administration et organisation scolaire). En effet, cette rencontre inédite (www.apop.qc.ca/Colloque) réalisée en ligne, dans un format totalement Web, en mode synchrone, à distance et avec des outils de télécommunication (logiciel VIA1), a permis de prendre la pleine mesure de ce processus évolutif qui tend de plus en plus à s’accélérer. L’événement, qui a rassemblé quelque 350 personnes en provenance de la communauté éducative postsecondaire autour d’enjeux et de débats collectifs (120 activités, présentations, conférences, ateliers interactifs, salon des exposants, 5@7 en ligne, etc.), illustre explicitement comment les organisations des divers milieux sont désormais appelées à utiliser de nouveaux outils et à prévoir des environnements de travail médiatisés adaptés tant au contexte technologique actuel qu’aux besoins des communautés de pratique et des communautés apprenantes. Pour mémoire, rappelons que le colloque visait à faciliter la rencontre des participants avec le plus grand nombre possible de personnes dans un contexte de flexibilité (horaire souple et accès aux enregistrements asynchrones des activités, absence de contraintes liées à l’éloignement), de convivialité (simplicité et versatilité des modalités électroniques de communication), d’économie de ressources (coûts nuls de transport et de déplacement et réduction de la consommation d’énergie) et de service à des communautés diversifiées (francophone, anglophone, hors Québec, etc.).

> Provenance des participants au «Colloque qui URL!», édition 2007 (PDF)


Il importe de mentionner que cette aventure technologique comportait plusieurs défis organisationnels de même qu’un grand potentiel d’imprévus techniques. Ainsi, dans un contexte de télécommunication, un participant peut être en ligne et échanger dans un rapport de très grande proximité (caméo vidéo et son synchrone), lequel est amplifié par le fait de pouvoir être «présent» depuis le domicile, dans un environnement familier et confortable. Dans ce cas, la qualité des échanges relève du fournisseur du service de télécommunications et les résultats sont excellents. Toutefois, la responsabilité de l’installation et de l’appropriation des outils technologiques appartient alors à l’utilisateur. La situation est toutefois différente dans le contexte du milieu de travail : le participant doit alors s’adapter aux équipements informatiques et à l’environnement institutionnel, mais il bénéficie par contre du soutien technique local (installation des périphériques, protocoles de sécurité, etc.). À ce sujet, plusieurs établissements et organisations prennent actuellement la pleine mesure des limites de nos infrastructures et de nos réseaux institutionnels. En effet, les systèmes de communication dédiés à la circulation de l’information ne sont pas toujours à la hauteur des attentes et des besoins. La large bande passante à haut débit n’est pas accessible à tous et n’offre pas la même qualité dans tous les secteurs. Qui plus est, les établissements font face à des contraintes tant budgétaires qu’organisationnelles, d’où la nécessité de contrôler l’accès à la circulation des contenus et à la télécommunication. En effet, la réunion virtuelle de participants à distance dans un environnement de visioconférence (avec utilisation de caméras Web et de casques d’écoute avec microphone) implique une importante hausse de consommation de la bande passante.


Un événement à la hauteur des attentes et des besoins de la communauté des colloquistes

L’analyse des retombées du Colloque qui URL! a permis d’effectuer plusieurs constats et d’anticiper le potentiel d’utilisation des TIC en vue de développer des dispositifs de réseautage et de développement professionnel. Ce sont les participants qui ont évalué l’événement, à l’aide d’un outil de sondage en format électronique (REP_SOL2). Cent trente-deux (132) participants au colloque, soit presque 40% des personnes inscrites, ont répondu à 94 questions portant sur diverses dimensions de l’événement.

Les résultats révèlent notamment que le taux de satisfaction concernant les différents aspects associés à la réalisation de l’événement est très élevé. Mentionnons d’abord les aspects organisationnels, tels l’information sur le colloque et l’inscription (tableau A), le processus d’organisation et de gestion (tableau B) et le site dédié à la Communauté de pratique du colloque (tableau F). Hors de tout doute, cette étape déterminante pour la mise en œuvre du processus d’inscription a été franchie avec succès.

L’appropriation des outils de télécommunication et l’adaptation à l’environnement technique nouveau (tableau E) proposé par le logiciel VIA ont été très faciles, au-delà de toute anticipation. Seules la disponibilité et la fluidité de la bande passante semblent avoir relativement fait défaut, décevant 12% des répondants.

Le contenu et le format des présentations (tableau C) ont manifestement fait l’objet d’un bilan très positif, tout comme le niveau de satisfaction exprimé pour chaque catégorie d’activité (tableau H).

Enfin, les résultats obtenus concernant le format (tableau D) et l’appréciation de l’événement dans son ensemble (tableau G) confirment que les participants du colloque ont effectivement adopté la formule d’une grande rencontre en ligne, en mode synchrone, ainsi que les conditions de réalisation de l’événement lui-même.

Cette expérience se révèle donc fort intéressante et très concluante. En fait, il est permis d’envisager qu’une portion importante des intervenants du réseau soient prêts à utiliser de nouveaux outils pour bénéficier pleinement des avantages du réseautage. Les commentaires recueillis, tant avec l’outil de sondage que de façon informelle, indiquent que, parmi les pistes d’amélioration souhaitées, plusieurs participants préfèrent clairement les activités orientées sur l’interaction, l’échange et la collaboration autour d’enjeux et d’applications pédagogiques ciblées.

Toutes ces informations de même que celles recueillies au cours des quatre dernières années nous amènent à reconsidérer le rôle et la portée d’un tel événement, et l’intérêt d’utiliser les outils de travail et de télécommunication Web pour le développement professionnel des intervenants du milieu de l’éducation.

Des outils de développement professionnel pour les communautés de pratique et plus encore

Nous savions déjà que l’intégration des TIC pour l’apprentissage et l’enseignement avait un impact considérable sur les modes de fonctionnement et d’organisation des collèges et des universités. Nous avions également pris acte du potentiel d’intervention et de modélisation des technologies dans la mesure où ils permettent d’élargir considérablement l’éventail des stratégies pédagogiques, de modifier de manière déterminante les orientations et les modalités d’évaluation des apprentissages tout en s’imposant dans les programmes et les standards de formation.

L’omniprésence des technologies, dans toutes les sphères de la vie économique et sociale, a ainsi rendu nécessaire l’ajout d’une nouvelle dimension au profil de sortie de l’étudiant des années 2000, celui de compétences TIC orientées notamment sur la recherche, la gestion et la communication de l’information. Ce processus s’inscrit forcément dans un contexte institutionnel, scolaire et collectif d’échange et de collaboration avec des environnements de travail mixtes et hybrides. En l’occurrence, les outils d’enseignement et d’apprentissage traditionnels et conventionnels cohabitent déjà harmonieusement et de manière profitable avec les technologies.

Le développement de ce profil de compétences TIC chez les étudiants oriente irréversiblement les établissements vers la prise en charge d’objectifs d’apprentissage et d’activités auxquels les effectifs enseignants, bien que réceptifs, sont peu préparés. Situation qui, corollairement, place les établissements devant la nécessité de pouvoir s’appuyer sur la modélisation d’un profil de compétences enseignant prévoyant et incluant des habiletés et des standards de performance avec les TIC. Dans l’obligation de prendre également en charge les divers points de vue qu’entraîne ce nouveau paradigme de l’intégration pédagogique des technologies, les établissements devront progressivement s’adapter à ces transformations qui sont appelées à bouleverser considérablement la structure et l’organisation scolaire tout en exigeant des ressources très importantes.

Dans ce contexte, comment les technologies peuvent-elles contribuer à soutenir la progression des organisations dans l’intégration des TIC et dans la perspective d’un développement institutionnel? L’utilisation des nouveaux outils technologiques tels les logiciels de télécommunication serait-elle de nature à soutenir avantageusement les apprentissages formels et informels des intervenants pédagogiques? Ces nouveaux «équipements» et dispositifs pédagogiques sont-ils en mesure de contribuer au développement de nouveaux réseaux sociaux et professionnels significatifs en éducation? Dans quelle mesure sont-ils susceptibles de soutenir la gestion des connaissances et des compétences institutionnelles? L’interaction, la discussion et le partage des savoirs qu’ils sous-tendent pourraient-ils servir de point d’appui au développement de communautés de pratique et d’apprentissage à très forte valeur professionnelle «ajoutée»?

Ces technologies innovantes et conviviales seraient-elles de nature à stimuler et faciliter les processus de reconnaissance formel ou informel de communautés enseignantes ou éducatives jusque-là isolées ou inopérantes?

Jusqu’à quel point les outils de télécommunication sont-ils susceptibles de devenir des lieux de travail, d’échange et de partage interinstitutionnels à partir de pratiques pédagogiques validées ou innovantes? Peut-on anticiper et prévoir l’impact qu’ils auront sur la démocratisation et l’élargissement des savoirs, sur la discussion et l’analyse des enjeux pédagogiques, sur les processus d’accompagnement et d’encadrement et sur le soutien à la recherche?

Comment ces outils peuvent-ils contribuer à l’optimisation des environnements de travail dans les organisations, à l’éclatement des lieux et au déploiement des ressources d’apprentissage?

Bien qu’offrant déjà des fonctionnalités très proches de la réalité du travail en présence, les outils de télécommunication vont plus loin : ils permettent à l’usager-apprenant-communicateur de se créer un nouvel espace personnel de travail et d’échange, «surdimensionnel», à l’échelle Web. Le niveau d’interopérabilité et d’interactivité disponible agit comme un catalyseur et favorise la participation à un réseau d’accès aux ressources de contenu désormais disponibles dans un espace territorial ouvert et inclusif.

Qui plus est, les fonctionnalités de gestion des traces (archivages et médiatisation des résultats produits avec les fonctionnalités de communication) contribuent à la valorisation des savoirs et des apprentissages tout en augmentant la portée et le niveau de diffusion des éléments de contenu.

Si l’on en juge d’après le niveau d’intérêt et d’adhésion à ces nouveaux outils, force est de reconnaître que la télécommunication en mode IP n’est plus une utopie. Ces fonctionnalités sont désormais appelées à jouer un rôle déterminant comme service technologique avancé dans le «Web 2», tant dans les environnements d’apprentissage que pour les organisations apprenantes en enseignement supérieur. Ils pourraient également être appelés à jouer un rôle économique et stratégique déterminant dans la consolidation et la mise à niveau des infrastructures institutionnelles aux divers ordres d’enseignement, tout comme ils seront vraisemblablement des acteurs de premier plan dans l’économie du savoir. Mais la question reste entière : comment saurons-nous en tirer profit?

L’APOP poursuit sa recherche et son exploration en vue d’apporter sa contribution à l’élaboration de la réponse. Une deuxième édition du colloque aura lieu les 9 et 10 janvier 2008 sous le thème «TIC et réussite… ça clique!». Vous pourrez vous-même apprécier les enjeux de ce nouveau pari technopédagogique. Au plaisir de vous y rencontrer!

apop_colloque5_7
Le 5@7 «Sortez votre vin!» a sans aucun doute été un des moments forts de l’événement.

apop_via
L’interface de VIA offre un espace de télécollaboration convivial et efficace.


1 Logiciel de télécommunication produit par SVI eSolutions, compagnie québécoise offrant un environnement collaboratif complet et un espace de travail collectif virtuel.

2 REP-solution est une entreprise québécoise dédiée à la gestion de messagerie électronique et d’outils de sondage.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015