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 Numéro 22, Mars 1998 
Conception, développement et mise à l'essai d'un cours de formation à distance multimédia au collégial : résultats préliminaires Version Imprimable  Version imprimable


Martine CHOMIENNE, CCFD
Ginette GAUTHIER, Cégep de Chicoutimi

    Dans le cadre du projet STÉFI 1 , et des services de formation à distance de ce projet, les cégeps de Jonquière et de Chicoutimi et le CCFD ont reçu le mandat de concevoir et d'expérimenter un modèle de cours sur Internet. Dans ce contexte, deux modules du cours Portrait d'une région ont fait l'objet de deux prototypes. Le cours Portrait d'une région est un cours complémentaire du programme de Sciences humaines (ensemble 2). Issu du Renouveau de l'enseignement collégial, il vise à rendre l'étudiant compétent dans l'analyse du développement régional selon une ou plusieurs approches propres aux sciences humaines. Les deux prototypes ont été mis à l'essai respectivement le 10 et le 24 novembre 1997. Ce sont les résultats de ces mises à l'essai qui sont présentés ici.

Étant donné la nature expérimentale du projet, la composition du groupe de travail a fluctué quelque peu pendant la réalisation du projet qui a débuté en juin dernier. L'équipe rassemblait cependant essentiellement deux spécialistes de la matière (un géographe et un sociologue), un informaticien, une spécialiste de formation à distance (technologue de l'éducation), une psychologue et un responsable de projet (lui aussi technologue de l'éducation). Un infographiste s'est joint à l'équipe au moment de la production 2 .

Le projet s'est déroulé en trois étapes : conception, production informatique des prototypes et mise à l'essai. La première étape a été de familiariser l'équipe avec les exigences, formats, particularités, modèles, etc. de formation à distance. Afin d'établir les balises du cours à développer, cette étape a mené à la rédaction d'un devis pédagogique fixant les mandats et les tâches de chacun dans le groupe, ainsi que les paramètres administratifs et pédagogiques reliés à la situation de formation à distance médiatisée via Internet. L'étape de production informatique des prototypes s'est déroulée parallèlement au développement du design pédagogique particulier aux deux modules choisis. Enfin, la mise à l'essai du prototype a constitué la dernière étape.


Devis pédagogique

Dans ses grandes lignes, le devis stipulait que :

     

  • le cours devait être développé sur Internet ;
  • le cours devait faire appel à plusieurs méthodes d'enseignement/apprentissage ;
  • le matériel présentant le contenu du cours allait être consulté à partir d'un site hypermédia sur Internet à l'aide d'un logiciel de navigation approprié ;
  • le cours allait comprendre une présentation audiovisuelle diffusée en continu sur Internet qui servirait de document déclencheur aux activités suivantes du cours ;
  • des commentaires audio pouvaient aussi être présents là où ils faciliteraient la compréhension ou, de façon indirecte, pour orienter la réflexion des étudiants ;
  • la communication inter-étudiants et le travail en équipe seraient favorisés. Synchrone et asynchrone, la communication inter-étudiants utiliserait des outils de courrier électronique, de groupes de discussion, de chat, etc. ;
  • la communication entre le tuteur et les étudiants s'effectuerait par différents médias : téléphone, courrier électronique, groupes de discussion.

Le devis définissait également un environnement Internet découpé en trois espaces pédagogiques 3 . Un espace de « présentation - consultation » offre à l'étudiant du matériel qu'il peut consulter à loisir au fur et à mesure de son apprentissage. Un espace de « production - apprentissage par la pratique » fournit à l'étudiant l'occasion d'approfondir et d'assimiler, par le biais de travaux pratiques ou d'exercices, la matière dont il a pris connaissance dans l'espace de présentation. Enfin, un espace de « communication - support/encadrement/supervision » assure le support à l'étudiant, tant sur le plan du déroulement des activités pédagogiques que sur le plan de la compréhension de la matière.

Le devis pédagogique impliquait aussi la production :

  • de textes didactiques interactifs ;
  • d'un guide d'études ;
  • d'un système d'aide en ligne ;
  • d'une série de devoirs et de leur guide de correction ;
  • d'exercices et de leur guide de correction ;
  • d'activités en équipe avec des directives, et des indications sur leur déroulement ;
  • d'un guide d'encadrement à l'intention des professeurs-tuteurs.


Expérimentation

Les deux prototypes ont été mis à l'essai lors de deux sessions distinctes, à deux semaines d'intervalle.

Objectifs

Les objectifs de la première session étaient de vérifier la faisabilité de la diffusion d'un cours de formation via Internet sur le plan technique, et de recueillir l'opinion des différents participants sur les aspects pédagogiques. Les résultats de l'évaluation de cette première session devaient servir à orienter la conception du deuxième prototype dans le but de l'améliorer. La deuxième session cherchait à vérifier l'amélioration du deuxième prototype par rapport au premier sur le plan pédagogique et à tester la faisabilité sur le plan technique de sa diffusion à distance.

Matériel et méthode

Le logiciel utilisé est NetPodium de MetaBridge. Ce logiciel de diffusion (broadcast) interactive présente les fonctionnalités suivantes :

     

  • la présentation télédiffusée en direct ; le professeur est enregistré pendant qu'il donne le contenu. Elle peut être par la suite diffusée en différé ;
  • la présentation d'acétates enregistrés dans une base de données et servant d'appui aux commentaires et aux explications du professeur ;
  • la possibilité pour les étudiants de poser en tout temps des questions par écrit, pouvant être filtrées par un modérateur ;
  • la possibilité d'intercaler dans la présentation des activités interactives telles que des quiz testant la compréhension des étudiants ;
  • la possibilité de diffuser en direct des interactions entre le professeur et le modérateur.

Le matériel pédagogique suivant a été développé pour l'expérimentation :

     

  • des textes didactiques interactifs ;
  • un document d'accompagnement ;
  • une banque de données d'acétates sous forme de documents HTML à visionner en direct ou à revoir en différé ;
  • une banque de suggestions de sites à visiter.

Les lieux d'expérimentation

Pour les deux sessions expérimentales, les étudiants ont été regroupés dans le laboratoire multimédia du collège de Jonquière où chacun disposait d'un micro-ordinateur. Les conditions expérimentales excluaient donc la distance. Pour la deuxième expérimentation, la diffusion avait été ouverte à trois sites distants, soit le cégep de Chicoutimi, l'Université du Québec à Chicoutimi et l'Université du Québec à Montréal. Ces trois centres agissaient comme récepteurs, les personnes qui s'y étaient rassemblées étaient des observateurs invités.

Une semaine avant la première expérimentation, les élèves ont eu une courte initiation au logiciel.

Recueil des données

L'évaluation du niveau d'atteinte des objectifs a été réalisée à partir d'entrevues de groupe avec les élèves (ayant eu lieu immédiatement après chacune des sessions) et individuelles avec les professeurs, d'un questionnaire écrit, de l'analyse des questions posées lors des sessions et des commentaires des observateurs externes. Ainsi, 15 étudiants ont participé à la première entrevue et 8 à la deuxième ; 16 étudiants ont rempli le questionnaire lors de la première expérimentation, 8 lors de la deuxième.


Résultats

Les résultats rendent compte de l'analyse qualitative des données recueillies à laquelle s'est ajoutée une comparaison entre le devis pédagogique de départ et les prototypes expérimentés.

Résultats selon les différents acteurs

En conformité avec les objectifs visés, les évaluations des expérimentations ont porté sur la faisabilité technique et surtout sur les aspects pédagogiques des prototypes.

Sur le plan technique, les étudiants ont noté un décalage entre le son et l'image et un délai entre l'envoi d'une question et son affichage ; cependant, ceci ne semble pas avoir perturbé leur apprentissage. Ils ont également relevé une détérioration du son lors de la deuxième expérimentation. Ce problème est dû à la plus grande compression réalisée à l'enregistrement pour pouvoir diffuser la séance dans les centres d'accès à distance.

Quant à leur habileté à utiliser les fonctionnalités du système, elle n'a pas posé de problème, leur seul handicap étant leur peu d'entraînement à taper au clavier, lorsqu'ils souhaitaient poser des questions.

Parmi les éléments absents, les observateurs et les professeurs ont relevé le manque d'un outil de pointage pour indiquer sur les acétates l'objet du commentaire en cours.

Sur le plan pédagogique, les étudiants et les observateurs ont noté les éléments forts du médium (les éléments visuels : les acétates, les cartes ; les stratégies pédagogiques pertinentes : les commentaires du professeur, les interactions écrites avec le prof, les quiz et la présence du prof à l'écran). Il faut doser cependant cette dernière qui devient moins importante comme repère visuel au fur et à mesure que l'étudiant s'habitue au système. Ils ont aussi noté une amélioration lors de la deuxième session par rapport à la première, notamment en ce qui concerne l'interactivité qui a été plus grande : les quiz ont été plus nombreux, le rythme de présentation a été plus lent et entrecoupé d'un exercice. Les étudiants ont enfin fait état de plus de facilité pour poser des questions via le système.

Les élèves estiment qu'un cours diffusé de cette façon rend la concentration difficile. Ils sont d'avis qu'un tel cours convient plus à certaines disciplines et probablement en formation à distance. Ils sont cependant satisfaits de leur apprentissage qu'ils considèrent comme équivalent à celui obtenu dans un cours traditionnel.


Le point de vue particulier des professeurs

Ce sont les spécialistes de contenu, tous deux ayant une expérience d'enseignement, qui ont été les acteurs principaux de la conception et de la diffusion des deux prototypes. Lors de la diffusion, ils ont joué alternativement, entre les sessions, les rôles de professeur et de modérateur. Les commentaires qu'ils ont formulés concernent principalement la charge de travail, la collaboration du professeur et du modérateur ainsi que l'utilisation du système. Ainsi, ils ont relevé :

     

  • la surcharge de travail qu'occasionne un tel format ; un des deux professeurs a évalué à 60 heures sa contribution ;
  • l'importance du travail d'équipe lors de la conception avec les ressources techniques et pédagogiques ;
  • l'importance de la complicité entre le professeur et le modérateur lors de la diffusion ;
  • le manque de répondant visuel (l'auditoire est dans une autre pièce et le professeur ne peut voir ses réactions, ni évaluer sa compréhension) ;
  • un sentiment d'urgence , un rythme essoufflant pendant la diffusion dû au fait que le professeur veut passer toute la matière prévue (tous deux ont dit avoir préparé trop de contenu) ;
  • l'espèce de malaise du modérateur qui est toujours en attente des questions des étudiants. Il a été suggéré qu'un indice sonore se fasse entendre pour avertir le modérateur de l'entrée d'une question ;
  • le manque d'un dispositif permettant de pointer des éléments sur l'écran ;
  • la facilité qu'ils ont eue à se familiariser avec le système autant dans leur rôle de professeur que de modérateur.


Comparaison entre le devis pédagogique et les prototypes expérimentés

Pour compléter l'évaluation, nous avons réalisé une analyse comparative entre le devis pédagogique et les prototypes.

Il a été ainsi constaté que le modèle de formation à distance retenu et développé a consisté en la diffusion d'un cours magistral qu'on pourrait presque qualifier de cours filmé via un logiciel de diffusion sur Internet. Par rapport à un cours filmé, le logiciel permettait des interactions entre les étudiants, le professeur et le modérateur ; ces interactions sont apparues essentielles pour la motivation et l'apprentissage des élèves.

Comme nous l'avons déjà signalé, il faut aussi noter que les conditions d'expérimentation n'ont pas reflété les conditions définies dans le devis, en ce qui a trait aux lieux d'apprentissage de la clientèle visée. En effet, le devis pédagogique stipule que la clientèle étudiera principalement à domicile, ce qui n'a pas été réalisé.

De plus, on constate que c'est l'espace de présentation-consultation qui a été le plus exploité dans les deux sessions expérimentales. Pour ce point, la plupart des éléments identifiés dans le devis pédagogique ont été mis en oeuvre, particulièrement des textes didactiques interactifs, des télé-présentations vidéo diffusées en stream line. Ceci a permis au professeur de présenter chaque module, ses objectifs, son contenu, d'appuyer ses commentaires d'acétates explicatifs et d'animer sa présentation d'événements particuliers du type quizz interactifs.

L'interactivité des textes didactiques a cependant été limitée. Il n'y a pas eu de clips animés, ni de sons. Il n'y a pas eu d'animation d'éléments visuels avec la programmation Java ou par le biais de modules multimédias de type Shockwave ou autre ; pas de présentation des évaluations, notamment des autoévaluations avec rétroaction faite par des applets Java ou du HTML dynamique sous forme de questions à choix multiples, d'associations de termes avec leur définition, etc.

Il y a eu un début d'utilisation de l'espace de « production - apprentissage par la pratique ». Celui-ci a été un peu expérimenté sous la forme des quiz, et un essai de travail d'équipe a été proposé lors de la deuxième session expérimentale.


Conclusion et recommandations

Au terme de cette première phase importante du projet, l'équipe de développement s'apprête à faire la production complète du cours. La deuxième phase expérimentale devrait se rapprocher davantage du devis pédagogique. La téléprésentation ne sera répétée dans les prochains modules que comme événement déclencheur ou, à l'occasion, pour les éléments du cours pour lesquels les spécialistes de contenu la jugent appropriée.

Les objectifs relatifs à la deuxième partie du plan de travail fixés par l'équipe de conception sont :

     

  • de se pencher sur les espaces de production et de communication qu'offre Internet ;
  • de développer les éléments nécessaires à l'apprentissage autonome à distance, soit un guide d'études, des autoévaluations avec rétroactions, des exercices d'entraînement et des tests de vérification des apprentissages ;
  • de définir l'encadrement par le professeur-tuteur.

L'équipe retient de plus que l'ampleur du travail à réaliser dans un projet tel que celui-ci ne permet pas de s'attaquer à tous les problèmes à la fois. Une des recommandations importantes qu'elle formule est de procéder par étapes, et par prototypages successifs. Vouloir tout intégrer et tout vérifier dans un même prototype risquerait de mettre en péril l'objectif final du projet soit la production même du cours.

 


Notes

     

  1. DUFOUR, Louise et Gérald LIZÉE, Les NTIC en éducation, un exemple concret : STÉFI. Clic, 20, décembre 1997 - janvier 1998. Retour
  2. Les auteures remercient les membres de l'équipe qui par leur relecture ont contribué à l'amélioration de l'article. Retour
  3. CHOMIENNE, Martine et Claude POTVIN, « Implementing a Math Course on the Internet », in Actes du Colloque Inet 96, Montréal juin 1996. Retour

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