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 Numéro 22, Mars 1998 
Un obstacle aux NTIC en pédagogie : l'absence de curiosité Version Imprimable  Version imprimable


Réjean JOBIN  (CCDMD)

Par les temps qui courent, nos administrateurs ont beaucoup de responsabilités à assumer. Il devient donc très difficile pour eux de suivre tout ce qui se réalise en pédagogie. Pourtant, de nombreuses décisions doivent être prises et elles risquent d'affecter les bienfaits que peut produire l'utilisation des NTIC.

Par exemple, depuis quelque temps, de nombreux collèges ont décidé de rationaliser leurs équipements informatiques. Ils ont pris la décision de ne plus acheter d'ordinateurs Macintosh. Le but de cette opération est de développer une expertise sur un seul type d'appareil afin d'en faciliter l'entretien. Est-ce une bonne décision pour la pédagogie ? Bien qu'il soit trop tôt pour porter un jugement éclairé, on peut tout de même se questionner. Les services informatiques de nos collèges ont-ils trouvé ou mis en place des moyens pour mieux superviser les installations logicielles ? Les ressources humaines que nécessite la gestion du parc informatique sont-elles suffisantes et formées en conséquence ? Si oui, c'est prometteur, sinon les pannes logicielles sur les ordinateurs vont sûrement croître. En effet, si vous avez déjà installé des logiciels sur environnement PC et sur Macintosh, vous comprenez vite cette différence.

Dans la mise en place d'un réseau unifié, de serveur pour l'intranet, dans la mise à la disposition des enseignants et élèves de logiciels éducatifs, a-t-on bien compris les besoins de la pédagogie ? Depuis plus de trois ans, nous avons rencontré plusieurs intervenants du milieu collégial. Nous avons rarement pu échanger avec les services informatiques ou les directions des collèges sur l'utilisation de logiciels éducatifs, qu'ils soient sur cédérom ou sur Internet. Nous avons malheureusement trop souvent constaté que la majorité des décideurs n'ont jamais exploré un logiciel éducatif. On pourra toujours répondre à ces remarques que beaucoup d'enseignants ne le font pas eux non plus.

Évidemment, nous avons un parti pris pour les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Nous croyons que l'utilisation de ces nouveaux moyens pédagogiques peut grandement améliorer l'apprentissage. Pour ce faire, il y a cependant une condition préalable : devant un produit éducatif informatisé, nous devons faire l'effort de l'examiner. Il y a malheureusement plusieurs enseignants qui n'ont pas développé cette attitude. Pour ce qui est de nos décideurs (dirigeants, responsables de l'informatique et conseillers pédagogiques), je vous laisse deviner la réponse.

Si on prenait l'habitude d'explorer davantage le matériel didactique informatisé, on ferait sans doute plusieurs découvertes. On trouverait peut-être de nouveaux outils d'apprentissage mais nous croyons surtout que l'on découvrirait la nécessité de collaborer davantage et d'établir de véritables partenariats. Réaliser du matériel didactique informatisé n'est pas une chose très simple et ce, tant sur le plan du contenu que sur le plan des aspects technique et financier.

À l'heure actuelle, de nombreux collèges réalisent divers essais. En soi, c'est une bonne nouvelle. Cependant, le réseau collégial peut-il se permettre de dédoubler les réalisations ou de négliger le développement hors de ses murs de nouveaux outils pédagogiques ? Chaque collège peut-il mettre en place, par exemple, un service de production multimédia ?

Probablement pas. Il faut alors apprendre à se fier à d'autres, et cela reste difficile à imaginer. Prenons un exemple. Nous entendons fréquemment divers collèges affirmer qu'ils sont à mettre au point un site Internet pour les cours de philosophie ou de mathématiques. Lorsque l'on sait qu'un cours sur Internet ou sur cédérom doit être repensé de A à Z pour être efficace et ne pas être un simple livre informatisé, avons-nous les moyens d'en créer de multiples exemplaires ? Réinventer l'enseignement demande beaucoup d'efforts humains et financiers ; il apparaît difficile d'imaginer que tous pourront bâtir des cours et répéter ce qui se réalise ailleurs.

C'est l'absence de curiosité qui semble poser problème. Pense-t-on suffisamment à vérifier ce qui se construit ou s'utilise ailleurs avant d'entreprendre une réalisation de matériel ou de contenu ? Les prochaines années seront importantes pour le réseau collégial ; il devra apprendre plus que jamais à collaborer et non à compétitionner puisque les ressources financières nécessaires au développement d'outils répondant à des critères de qualité pédagogiques sont minces.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015