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 Numéro 24, Mai et juin 1998 
Le chemin de Damas d'une incrédule (1) Version Imprimable  Version imprimable


Carole PROVENCHER, Techniques d'éducation spécialisée, Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue  (APOP)

Je le confesse, j'utilise l'informatique dans ma pédagogie, en classe avec mes étudiants, et j'en retire plus de plaisir que de douleurs. Mais cela a été un long apprivoisement parsemé de nombreuses embûches et il m'arrive encore de me demander ce qui m'a pris de m'embarquer dans une telle aventure.


Première rencontre

Mes premiers contacts avec le monde de l'informatique sont plutôt houleux. Alain, l'homme de ma vie, a aussi une relation amour-haine avec ce charmeur d'Ordinateur, Ordi de son petit nom. Il l'a fréquenté occasionnellement, chez des amis, chez des connaissances, pendant plusieurs années. Puis, Alain l'a invité à demeure me faisant mille promesses et affirmant que Ordi-Texas est un petit instrument prenant peu de place.

Le croyant sur parole, sans méfiance, j'accueille chrétiennement ce nouvel assistant. Pas si tôt installé, Ordi accapare plusieurs heures de mon « chum » et même de grandes parties de nuit. Je ne faisais pas le poids devant la scintillante séduction d'Ordi : Alain désertait le lit conjugal.

J'ai tout essayé, l'accompagner dans ses virées avec Ordi (je m'ennuie à mourir), comprendre sa passion (ces paroles sont ?%!/&$ pour moi), lui montrer le vide qu'il faisait dans ma vie (il me promet de se contrôler mais...). Finalement, « la chicane prend » et, me sentant trompée, je menace, je pleure... rien n'y a fait... Rien d'autre que le temps qui passe.

Après un six mois houleux, la râpe de l'habitude use la séduction d'Ordi. Après avoir fait le tour de ses possibilités limitées, Alain établit une relation plus modérée avec son Texas Instrument. Mais je sors de cette expérience avec une répulsion viscérale face à l'utilisation de l'informatique. Pendant plus de 10 ans, je ne touche pas à un seul clavier de micro-ordinateur, ne comprenant vraiment pas l'attrait qu'exerce sur les gens cette bête invention.


Deuxième rencontre

À mes débuts au collégial, j'utilise la main droite, le stylo noir, les ciseaux, le papier gommé et la photocopieuse du cégep pour produire les multiples documents que tout professeur utilise dans son enseignement. Pour les documents plus officiels (plan de cours, examen), le secteur de l'enseignement m'offre les bons services de secrétariat.

Dans mon département, trois professeurs sur six n'utilisent pas ce service. Brigitte, Jocelyn et René me vantent les possibilités de l'informatique pour produire plans de cours, feuilles d'exercices, transparents, examens et autres documents de gestion (contrôle des présences, compilation des notes, etc.).

Pendant plus de deux ans, mes trois collègues offrent régulièrement de m'initier aux plaisirs de l'informatique. Fervents défenseurs de l'environnement Macintosh, ils insistent sur la liberté de production que donne l'utilisation de l'ordinateur. Oh ! j'avoue que je suis impressionnée par la qualité des documents qu'ils réalisent, tout en observant la quantité importante de temps consacré au « fignolage » de telle production : je résiste courageusement loin d'être convaincue des avantages de cette pâle imitation de machine à écrire.

Puis, le langage hermétique utilisé par les adeptes de l'informatique me rebute, leur « Mac » par ci, leur « fichier » par là, leur vibrante discussion sur les avantages du « Mac » face à ceux du « PC »... non vraiment, je ne comprends pas la passion qui les habite.

Un autre aspect rébarbatif me confirme dans ma position. Dans ces temps lointains, je vous parle du début des années 90, les ordinateurs assignés aux professeurs sont regroupés dans un local spécialisé situé à l'autre bout du cégep par rapport à nos bureaux. Résultat : que de fois je vois des étudiants venir au bureau de René, de Jocelyn et se retrouver devant une porte fermée et agrémentée d'un message informant que le professeur est disponible au local d'informatique.

Vais-je me laisser séduire par les attraits électroniques du mystérieux micro-ordinateur ?
(À suivre)

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015