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 Numéro 24, Mai et juin 1998 
Le cours de Babel Version Imprimable  Version imprimable
ou les malheurs du multimédia sur Internet

Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Pieter Bruegel de Oude, Tour de Babel, circa 1563, Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, Pays-Bas.


    Pierre-Julien Guay
    Vitrine APO

    Ce dernier article d'une série de trois raconte une expérience de développement multimédia sur Internet dans le cadre d'un projet subventionné par le Fonds de l'autoroute de l'information du Québec. Quand scénarisation ne rime pas nécessairement avec éducation... et les multiples surprises de l'effervescence des outils de développement et de navigation.


Les faux prophètes

Nous ne nous doutions pas à quel point nous étions des pionniers dans le développement de nouveaux médias d'apprentissage avant de nous lancer à la recherche du scénariste idéal pour faire la recherche, composer les dialogues et imaginer les activités interactives de démonstration. Certains scénaristes, issus de la télévision, multipliaient les décors, les effets visuels et les personnages malgré nos consignes bien élaborées. D'autres escamotaient totalement la pédagogie du scénario ou ne connaissaient vraisemblablement pas le milieu éducatif et ses problématiques. Mais, comme une image vaut mille mots, voici quelques exemples de propositions que nous avons reçues :

     

  1. une page-écran tirée d'un scénario inspiré de l'univers de la télévision qui réclame quatre minutes de téléchargement pour 30 secondes de texte peu pertinent.

  2. ici, une approche pédagogique éprouvée, la répétition, toujours en 30 secondes audio téléchargées en quatre longues minutes.

  3. quant au nouveau rôle de l'enseignant, ce scénariste n'a pas hésité une seconde :


La traversée du désert

Une fois établies la portée du cours et son approche pédagogique, nous avons entrepris la réalisation d'un prototype afin de valider l'interface graphique, la métaphore, de tester les fonctions Java et les composantes multimédias.

Afin de rejoindre le plus vaste public possible, nous avions choisi de développer une application compatible avec Netscape 3.0 et Explorer 3.0, sans utilisation de modules externes (ces applications possèdent généralement leur propre fenêtre et leur propre interface, ce qui rend la navigation plus complexe).


Des problèmes...

La guerre que se livrent Netscape et Microsoft pour s'imposer comme ressource de navigation sur Internet apparaît très clairement lorsqu'on souhaite développer une application compatible pour les deux solutions. Chacun reconnaît et interprète HTML et Java à sa manière et on doit toujours s'attendre à des surprises en visionnant l'application avec l'un et l'autre.

Au tout début, une difficulté inattendue a surgi lorsque les utilisateurs faisaient un double-clic sur un objet Java, ce qui gelait immédiatement l'appareil. Plus d'une semaine de travail a été nécessaire pour résoudre ce problème.

Et comme le Macintosh fait souvent figure de parent pauvre, il se trouvait que le module Java sur Netscape 3.0 pour Macintosh présentait de graves lacunes. Ainsi, jamais les programmeurs ne sont venus à bout d'afficher au bon endroit un lien hypertexte dans les bulles de dialogue sur Macintosh. Nous avons résolu de passer à Netscape et Explorer, version 4.0. Mais, ici, c'est Microsoft qui ne fait pas ses devoirs et laisse des fonctionnalités de côté dans sa version pour Macintosh.

Afin de renforcer l'interactivité, nous avions prévu que des bulles de dialogue apparaîtraient au passage de la souris. À ce moment, la personne s'animait. Selon la vitesse du processeur et la qualité de la connexion, nos personnages gigotaient à une vitesse fulgurante ou encore des bandes grises s'intercalaient entre chaque image.

Malgré un soin méticuleux apporté à la diction des répliques, une fois compressées, elles devenaient des charabias inintelligibles. Quant aux séquences vidéo, elles devaient être traduites en gif animés. Une animation de 20 secondes à raison de 10 images seconde se traduisait par 200 images à télécharger. Même en limitant leur taille à 5 K chacune, cela représentait un mégabyte de données à télécharger.


...et des solutions

L'absence de standardisation des fonctions Java nous a conduits à limiter le recours à des applets réputés stables dans les deux environnements, Windows et Macintosh, pour le développement de l'application finale.

L'interactivité sera en partie assurée par le recours à JavaScript, moins puissant mais davantage compatible, et aux fonctions offertes par Dynamic HTML, supportées par Netscape 4.0 et Explorer 4.0, en se limitant aux seules fonctions compatibles (voir le tableau).


Tableau comparatif de Java et JavaScript
  Java JavaScript
Type d'application Compilé sur le serveur Interprété par le client
Orientation objet oui pas de classe ni héritage
Code Applets séparés de HTML Intégré dans HTML
Type de données
des variables déclaré
oui non
Vérification des références
aux objets
à la compilation à l'exécution
Fonctions très grande souplesse limitées
Compatibilité faible bonne sur les fureteurs de génération 3.0 et +


Quant aux fonctions multimédias, plutôt que d'offrir les dialogues en audio, nous avons choisi d'introduire de courts bruits d'ambiance. La version audio des dialogues d'introduction sera optionnelle. Dans l'application, on aura plutôt recours à des animations avec gif animés. Cela permet de télécharger uniquement les portions d'images qui font l'objet d'animation. Les fonctions hypertextes seront étendues aux schémas, ce qui permettra d'explorer certains thèmes. Enfin, de courtes séquences d'évaluation formative avec rétroactions précises permettront de vérifier l'atteinte des objectifs d'apprentissage.


Conclusion

La création de contenu multimédia sur Internet est-elle plus qu'un miroir aux alouettes ? Les guerres entre éditeurs d'outils de développement et d'utilisation entraînent un haut niveau d'incompatibilité. Les solutions et normes techniques d'aujourd'hui seront-elles encore supportées demain ?

Alors que se développent de plus en plus les industries de l'apprentissage, il est essentiel de commencer à apprivoiser les nouveaux médias. Cela requiert des changements importants d'habitudes et de procédés dans la conception, dans l'utilisation du matériel didactique et dans la gestion des apprentissages.

Tant à cause de la complexité technique que des coûts impliqués, cette démarche doit être collective et être basée sur le partenariat. Tout comme la révolution industrielle a amené la disparition des artisans, la transformation industrielle de l'éducation (surtout au niveau de la formation continue et supérieure, il est vrai) pose un défi considérable aux systèmes d'éducation étatisés.

Ce qui nous a frappés surtout, c'est l'inadéquation entre les moyens de production et les moyens d'utilisation. Les solutions techniques sont souvent puissantes, multiples mais incompatibles et au futur incertain. Or, pour être rentable, un produit multimédia doit pouvoir être utilisé facilement par le plus grand nombre. Au fur et à mesure de l'évolution technologique, on doit sans cesse recommencer à acquérir de l'expertise.

Ce serait cependant une erreur de ne pas s'aventurer. Le suivi du développement du dossier des industries de l'apprentissage 1 montre clairement que nous devons commencer aujourd'hui à développer notre expertise pour faire face à la concurrence demain.

 


Note

     

  1. Étude de cas sur les nouveaux médias d'apprentissage. strategis.ic.gc.ca/SSGF/it02653f.html
    La formation et la technologie : un partenariat qui rapporte. strategis.ic.gc.ca/SSGF/sc01494f.html
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Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015