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 Numéro 24, Mai et juin 1998 
De bons vieux principes de base pour la conception d'un cours sur Internet Version Imprimable  Version imprimable


Martine MOTTET
Claude PERRAULT  (CCFD)

    Dans cette édition, Martine Mottet et Claude Perrault, tous deux responsables de projets au Centre collégial de formation à distance, ont composé, à quatre mains, une partition très Ç instrumentale È pour tous les pédagogues qui songent à rédiger un cours sur Internet. Ils lÕont fait en se centrant sur la personne qui apprendÉ

Après avoir exploré depuis quelques années les possibilités techniques d'Internet, plusieurs organismes et établissements d'enseignement commencent à offrir de la formation diffusée sur Internet. Ces initiatives varient sur le fond et sur la forme, sur les approches pédagogiques et sur les moyens technologiques déployés dans la réalisation des cours. Nous pouvons nous en réjouir, car de nouveaux modèles pédagogiques naîtront sûrement de cette diversité et des discussions qu'elle occasionne.

On peut cependant d'ores et déjà s'interroger sur les caractéristiques pédagogiques d'un cours sur Internet. Peut-on, par exemple, se contenter de « HTMLiser » un texte de cours ? Qu'en pensez-vous ? Supposons que vous êtes la personne inscrite à un cours sur Internet... Si l'on se place du point de vue de l'élève, on ne peut que répondre par la négative. En classe, le professeur et les autres élèves entourent la personne apprenante et donnent vie aux notes de cours, grâce à leurs explications, interventions ou questions. L'enseignement et l'apprentissage prennent donc place dans un tout autre contexte où le texte de cours n'est qu'un seul des éléments mis à contribution.

Il faut bien se rendre à l'évidence : pour un élève, suivre un cours sur Internet revient à étudier dans un mode de formation à distance ou encore d'autoapprentissage ; en conséquence, pour l'auteur, concevoir un cours sur Internet exige, dans un premier temps, de recourir aux principes de base propres à ces modes de formation. Dans un deuxième temps, il faut s'interroger sur ce qui fait la spécificité d'Internet et sur la « valeur ajoutée » du médium par rapport à l'apprentissage.

C'est dans cette perspective que nous vous proposons quatre mots-clés pour définir la conception pédagogique d'un cours sur Internet : présence, cohérence, interactivité et... plaisir.

Dans cet article, nous vous proposons d'examiner en détail, ensemble, le premier de ces mots-clés -- la présence -- qui fait appel aux « bons vieux » principes pédagogiques de base de la formation à distance.

Mais peut-on parler de présence dans un cours de formation à distance  ? Qu'est-ce que ce mot évoque pour vous, quand on parle d'Internet ? Ah oui ! vous avez peut-être tout de suite pensé au courrier électronique, aux groupes de discussion et aux sessions de bavardage (chat). Vous avez raison. Ces précieux moyens de communication, propres à Internet, permettent de réduire l'isolement dans lequel se trouve la personne qui suit un cours à distance ou dans un mode d'autoapprentissage. Grâce à eux, l'élève peut en effet communiquer avec ses pairs et avec son professeur.

Cependant, d'autres moyens -- relativement simples mais tout aussi importants -- permettent d'entourer l'élève et de lui offrir une présence tout au long de son cheminement. Ces moyens tout simples sont... textuels. Il s'agit d'établir un dialogue avec l'élève pour recréer autant que possible les interactions de la classe. Comment peut-on faire cela ? vous demandez-vous. En utilisant le « je », le « vous », en questionnant l'élève, en émettant des objections à sa place, en posant les questions qu'il aurait peut-être. En procédant ainsi, non seulement on rend le texte plus dynamique mais on en accroît le potentiel, en invitant l'élève à faire une lecture active du texte, à réfléchir, à synthétiser le contenu au fur et à mesure, à vérifier s'il est d'accord ou non, à essayer de trouver des exemples. Cette approche a pour but de favoriser sa persistance dans l'effort, de susciter et de maintenir sa motivation, ainsi que de lui permettre de travailler selon ses propres façons d'apprendre.


La persistance dans l'effort

Voilà peut-être l'aspect le plus névralgique de la formation à distance. Bien des gens qui ont tout ce qu'il faut pour réussir un cours sur Internet, soit une bonne motivation, une excellente méthode de travail et une planification impeccable, font tout de même face à un risque très sérieux d'abandon en cours de route. Pourquoi ? La plupart du temps, à cause de l'isolement. Avec tous ces contenus à assimiler, ces apprentissages à réaliser, le meilleur élève a peu de chances d'aller jusqu'au bout si l'enseignant ou l'enseignante n'est pas présent dans le texte.

La personne qui s'inscrit à un cours sur Internet a, pour mille et une raisons, choisi de travailler de façon individuelle, à partir de la maison, à son rythme. Elle est donc seule devant son ordinateur. C'est précisément cet isolement qui, même s'il lui convient, peut miner sa motivation et ruiner sa planification, si bonnes soient-elles. L'auteur, au premier titre, est la personne qui, par sa présence, doit empêcher que l'isolement devienne un facteur négatif. Étant entendu que son travail sera plus tard complété par la personne qui va assurer le tutorat de la personne inscrite.

Pour l'auteur, la meilleure façon d'assurer cette présence, qualité la plus distinctive d'un cours à distance, c'est le dialogue. Au moment où les pages Web sont lues, elles le sont par une seule personne, ou, si l'on préfère, par une personne qui est seule au moment où elle lit le texte. Or, il faut que cette personne sente que c'est à elle qu'on s'adresse, comme s'il s'agissait d'une correspondance personnelle. Tout est là.

L'auteur doit, dès le début, amorcer une relation entre lui-même et un élève, relation qui devra se maintenir jusqu'à la fin du cours. Le cours constitue une communication entre deux adultes (ou entre un adulte et un jeune adulte), dont le contenu porte sur un objet que l'un connaît très bien et l'autre, un peu, ou parfois très peu, sinon pas du tout. Ce principe doit être clairement établi dans l'esprit de l'auteur et se refléter dans sa façon d'écrire : on ne parle pas à un adulte ou à un jeune adulte comme on parle à un enfant ; on ne s'adresse pas à une personne de la même façon qu'à un groupe.

Au fond, le « truc » n'est pas très sorcier : on emploie abondamment le « je » et le « vous » et on imagine une situation de conversation pendant laquelle on exposerait ses vues sur l'objet du cours, ce qui donnerait lieu à un échange entre soi-même et l'élève.

On doit se rapprocher le plus possible de la langue parlée, surtout évidemment, lorsqu'il s'agit de consignes ou de corrigés, mais aussi dans les exposés de la matière, du moins dans les paragraphes d'introduction et de conclusion. Il va sans dire que l'expression doit néanmoins rester correcte. Certaines tournures, courantes dans une conversation, deviennent inacceptables dans un texte écrit.

D'une façon générale, on fait des phrases courtes, comme dans une conversation, tout en faisant des phrases structurées et conformes sur les plans grammatical et syntaxique. Une touche d'humour ne nuit pas, bien au contraire (rappelez-vous le quatrième de nos mots-clés : le plaisir).

Comme dans une conversation, il convient d'interpeller souvent, de poser des questions, de supposer différentes réponses à ces questions. Par exemple :

Vous est-il arrivé de faire telle chose de telle manière ? Qu'est-ce qui est alors arrivé ? Ah ! vous avez perdu en qualité ce que vous aviez gagné en temps. Ça valait quand même le coup, me direz-vous peut-être, mais en avez-vous parlé avec votre voisin ou votre collègue de travail qui est dans la même situation ? Son opinion vous réserve peut-être des surprises.

La consigne la plus importante qu'on puisse donner à un professeur auteur est la suivante : « Avant d'écrire quoi que ce soit, dites-le d'abord, puis écrivez ce que vous venez de dire. C'est la meilleure façon de garder votre vis-à-vis avec vous, même... sur Internet. »


La motivation personnelle

Comme la motivation naît de l'intérêt, il faut, du début jusqu'à la fin du cours, susciter, amplifier et maintenir cet intérêt. Pour ce faire, le professeur auteur doit établir et maintenir une complicité entre lui-même et l'élève, complicité qui permet à ce dernier de suivre les directives de son professeur en étant conscient de ce qu'il fait et en ayant, le plus souvent possible, la liberté d'organiser lui-même sa façon d'apprendre.

Pour maintenir sa motivation, il va de soi que l'élève a régulièrement besoin d'être encouragé : il ne doit à aucun moment se sentir dépassé par les événements, en l'occurrence la matière, l'ordre de présentation des notions et des consignes, le rythme, les applications. On sait, par exemple, que telle portion de la matière est particulièrement difficile à maîtriser. Voilà l'endroit privilégié pour intervenir et soutenir les efforts de l'élève en lui offrant quelques mots d'encouragement (suivant les moyens technologiques employés, on peut les accompagner d'une photo du professeur ou même d'un vidéoclip).

On doit aussi inclure, tout au long du cours sur Internet, des exercices d'autoévaluation pour lesquels on fournit un corrigé. Ces exercices doivent être conçus de façon à permettre à l'élève de faire régulièrement le point sur ce qu'il a appris et sur ce qu'il est capable d'appliquer. Le corrigé de ces exercices demeure, pour l'auteur, l'endroit privilégié pour prodiguer à l'élève, dans cet esprit, les précisions nécessaires. L'auteur doit prévoir les erreurs et les correctifs, tout comme en classe l'enseignant ou l'enseignante doit s'attendre à ce que les élèves, lorsque interrogés, n'arrivent pas nécessairement tout de suite à la bonne réponse. Par exemple, si vous avez répondu telle chose à la question X, ou si vous avez obtenu le résultat Y lors de l'exercice pratique, c'est que probablement vous avez oublié de..., ou que vous n'avez pas tout à fait compris tel ou tel élément. Ce n'est pas grave à ce stade-ci. Relisez telle ou telle page (ou cliquez ici pour revenir à la page en question) et vous devriez comprendre sans peine ce qui s'est passé ou aurait dû se passer. Si vos autres réponses sont bonnes, c'est que, dans l'ensemble, vous avez très bien saisi. Ça va bien, continuez ! Mais réglez d'abord ce petit problème.


La méthode de travail intellectuel

Les gens n'apprennent pas tous de la même façon ; des personnes sont à l'aise avec l'approche induction-déduction, d'autres avec l'approche analyse-synthèse. Ce n'est pas pour rien qu'on doit en classe répéter plusieurs fois la même chose, de manière différente, jusqu'à ce qu'on sente que tous les élèves ont compris.

Il en va de même dans un apprentissage sur Internet, sauf que les élèves ne sont pas présents devant soi, que les questions ne viennent pas immédiatement, qu'on ne peut vérifier instantanément la compréhension. L'auteur doit donc inventer les questions qu'on lui poserait, se mettre dans la peau de plusieurs élèves différents qui ont, chacun et chacune, leurs propres façons de comprendre et d'apprendre. Les directives d'apprentissage doivent être formulées de manière à permettre différentes façons de procéder. Par exemple :

À ce moment-ci, vous vous demandez peut-être pourquoi je parle de telle opération plutôt que de telle autre. J'ai choisi de le faire pour la raison suivante... Cependant il est possible que, pour vous, il soit plus intéressant, compte tenu de votre expérience, de voir d'abord tel ou tel aspect, ce qui vous faciliterait les choses. Moi, je n'ai aucune objection ; allez voir la section X, puis reprenez ici. Attention toutefois de ne pas oublier de...

Notons en passant que la nature même d'Internet, grâce aux hyperliens, permet une navigation non linéaire, adaptable au style d'apprentissage de chaque personne.


Une base solide pour exploiter la valeur ajoutée du médium Internet

Bien sûr, rédiger un bon texte qui établit un dialogue avec l'apprenant, soutient sa motivation et accommode la diversité des styles d'apprentissage n'est pas suffisant pour concevoir un cours sur Internet. Il faut aussi tirer parti des caractéristiques propres au médium. Nous exposerons ici brièvement quelques points à retenir, sur lesquels nous pourrons élaborer dans un article subséquent.

Quand on suit un cours sur Internet, on entre dans un univers virtuel, difficile à maîtriser. Ce n'est pas comme tenir un livre dans ses mains. Il faut donc offrir à l'élève des points de repère qui lui permettent de naviguer aisément, de connaître son cheminement dans la matière, de savoir où il se trouve et d'aller facilement où il le désire. En d'autres termes, il faut réduire au minimum les risques que l'outil fasse écran entre l'élève et la matière, entre l'élève et son apprentissage. L'attention de l'apprenant ou de l'apprenante ne doit pas être retenue par le contenant mais plutôt par le contenu. Pour ce faire, il faut appliquer avec soin les principes de cohérence (notre deuxième mot clé) dans la mise en page, dans l'utilisation des couleurs, des polices de caractères et des icones, ainsi que dans la navigation.

Notre troisième mot-clé, «  interactivité », est quant à lui bien à la mode ces jours-ci. Comme on l'a vu plus tôt, l'interactivité peut prendre la forme d'un dialogue écrit entre le professeur et l'élève tout au long de la rédaction du cours. Elle apparaît aussi dans tous les exercices d'apprentissage : illustrations et schémas interactifs, tableaux à bâtir, simulations à explorer. Un bon niveau d'interactivité permet à l'élève d'être constamment actif dans son apprentissage. Nous y reviendrons dans un l'article promis plus haut.

Et le plaisir ? Le quatrième mot-clé, le «  plaisir », est le fruit des trois premiers. Un dialogue continu avec l'apprenant, qui fait appel à son expérience et suscite son intérêt tout au long du cours, en est la condition de base. La cohérence, quant à elle, est en quelque sorte le « chien de garde » du plaisir : l'incohérence crée le sentiment d'être perdu, amène de la frustration et détourne l'attention de l'élève vers des obstacles à son apprentissage. Il ne faut pas sous-estimer, enfin, la dimension ludique de l'interactivité.

Au-delà des choix technologiques qu'on peut faire dans l'éventail des possibilités qu'Internet nous offre, les principes de base de la rédaction textuelle en formation à distance demeurent une condition de succès d'un cours sur Internet ! 

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015