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 Numéro 27, Février 1999 
Enseigner : méthode industrielle ou artisanale ? Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Déjà, aujourd'hui, les francophones peuvent s'inscrire à l'école virtuelle et poursuivre au collège virtuel où ils peuvent suivre un programme d'études collégiales virtuelles en sciences de la nature. Pendant ce temps, on prépare l'université virtuelle francophone.

Ces projets mèneront-ils vers des diplômes virtuels ? La question n'est pas aussi déplacée qu'on pourrait le croire. Aux États-Unis, les futurs diplômés en jurisprudence de la Concord University School of Law ne seront pas reconnus par la toute-puissante American Bar Association. Pour l'instant, seule la Californie leur permettra d'exercer sur son territoire.

Que va-t-il se passer au Québec lorsque les étudiants suivront leurs cours virtuels dans plusieurs collèges à la fois ? Un cours préparé par la crème des enseignants d'une discipline entrera ainsi en compétition avec les cours des enseignants d'autres collèges qui risqueraient de voir fondre leur clientèle et de se retrouver en disponibilité ! Et que diraient les gestionnaires de voir diminuer les allocations pour le nombre d'étudiants fréquentant à temps complet leur établissement ? Pour l'instant, nous n'en sommes pas encore là.

Certains de ces projets méritent bien leur nom de virtuel puisque les étudiants n'auront accès à aucune salle de classe. Il s'agit entièrement de formation à distance où sont offerts à la fois le contenu pédagogique et l'accès à des tuteurs.

Pour d'autres projets, il ne s'agit pas de remplacer tous les cours mais d'offrir des ressources complémentaires aux élèves. C'est ainsi au collège virtuel de Bois-de-Boulogne où tous les publics peuvent utiliser gratuitement Intermath, un excellent document de mise à niveau avec des exercices interactifs qui permettront ensuite de s'attaquer aux mathématiques collégiales. C'est aussi l'objectif du projet Cyberas du cégep de Saint-Jérôme, premier collège à implanter les ordinateurs portatifs dans l'enseignement et l'apprentissage.


Le procédé industriel

Le développement de contenu de formation multimédia coûte cher. Dans l'industrie, on parle de 35 000 $ par heure d'interaction. Une production de qualité professionnelle nécessite en effet une équipe comprenant scripteurs, illustrateurs, programmeurs et pédagogues. Le développement de fonctions interactives nécessite la maîtrise de techniques en évolution constante tels Java, DHTML, etc. À ce prix, pas question de faire trop de retouches ou de mises à jour !

Mais les avantages des nouveaux médias d'apprentissage sont là. Pourquoi s'inscrire dans un traditionnel cours de traitement de texte, de chiffrier ou de navigateur Internet alors que, pour moins de 50 $, on peut se procurer d'excellents produits autonomes de formation multimédia qui ne nous embêtent pas avec des notions qu'on maîtrise déjà, qui nous guident avec précision étape par étape et qu'on peut utiliser à la maison ou au bureau au moment qui nous convient ? Les études démontrent qu'on apprend ainsi jusqu'à 50 % plus vite, qu'on retient jusqu'à deux fois plus et qu'on économise jusqu'à 75 % des coûts liés à l'approche magistrale (frais de déplacement, remplacement, etc.).

Avec un coût de revient de 3 000 $ l'heure, les collèges qui développent actuellement le programme de sciences de la nature font sans doute des miracles. Mais comment récupérer tous ces investissements avec les règles du jeu actuelles ? À qui vendre ces contenus si on ne peut jouer le jeu de la libre concurrence entre les collèges ? Beaucoup penseront d'emblée à la francophonie sans réaliser qu'il existe de nombreuses différences culturelles tant dans la manière d'enseigner qu'à propos des contenus. Par exemple, avant d'être utilisé en Alsace-Lorraine, le contenu du cours d'introduction aux NTIC de la Vitrine APO a dû être adapté. Là-bas, par exemple, les acétates sont devenus des transparents.

Ce lourd processus de production multimédia a souvent le désavantage de laisser l'auteur pour compte. Après le passage des scénaristes, des programmeurs, des illustrateurs et des réviseurs, il a peine à reconnaître ses idées originales. Et la production industrielle de contenu signifie nécessairement des efforts de vente, de distribution et de marketing, pas toujours conciliables avec nos organisations et nos intérêts purement pédagogiques. Sommes-nous alors condamnés à n'être que des clients pour les versions françaises des produits américains ?


L'artisanat

Depuis longtemps, les éditeurs de logiciels proposent des systèmes-auteurs afin que les enseignants puissent créer des contenus multimédias sans avoir recours à la programmation. Parmi les plus utilisés, on retrouve Authorware Professional et Course Builder. Les produits plus récents, tels que Hyperpage, permettent de livrer du contenu directement sur Intranet ou Internet.

En revanche, l'utilisation de gabarits prédéfinis dans les systèmes-auteurs conduit souvent à des applications rigides, limitées aux fonctions disponibles. Mais le plus grand défaut est que le contenu développé est largement tributaire de l'application. Dans les systèmes propriétaires, comme Tactic, le contenu est intimement lié à l'application de développement ou de lecture. Changer de système signifie risquer de devoir tout reprendre.

Par ailleurs, la convergence des applications vers Internet a fait de la création de contenu une opération presque banale. Avec Microsoft Office, par exemple, un enseignant peut produire des tableaux, graphiques, présentations et textes directement en format HTML. Il ne reste plus qu'à transférer les fichiers obtenus sur un serveur local pour les rendre disponibles dans tout l'établissement. On peut imaginer distribuer, par exemple :

     

  • un texte pédagogique comprenant des hyperliens vers des sites Internet ;
  • une présentation multimédia du type PowerPoint avec des boutons de navigation, de l'animation et du son ;
  • une feuille de calcul où l'élève peut changer les paramètres d'une équation et voir automatiquement les résultats dans un graphique.

On voit maintenant apparaître des ensembles d'outils permettant d'opérer un intranet pédagogique directement sur les serveurs de l'établissement. Ces systèmes permettent de réduire les coûts associés au développement de ressources en format HTML. Ils offrent des fonctions élaborées avec un niveau de complexité réduit. Ils favorisent également la récupération et l'utilisation des travaux d'étudiants. Le Centre collégial de développement de matériel didactique doit bientôt rendre disponible sa « Salle d'étude ». Il s'agit d'un environnement axé autour d'un système de base de données. Ce type de système, retenu pour la Salle des profs de l'APOP, rend possible :

     

  • la création de forums privés de discussion ;
  • de maintenir une liste de liens ou une page personnelle ;
  • de consulter et d'échanger des ressources pédagogiques (exercices, évaluations, plans de cours, etc.).

Le Centre des langues de l'Université de Victoria offre gratuitement un système de création de d'exercices destinés à de la formation par Internet. La programmation se fait en Javascript à partir de Windows ou Macintosh tandis que l'apparence des pages Web (fond, logos...) peut être prédéfinie. Il est possible de produire des questionnaires à choix multiple, des textes à trous, des mots croisés et des phrases en désordre

Une autre approche, permettant plus d'interactivité, est basée sur l'utilisation d'un serveur PERL couplé à un serveur WEB. L'ensemble Pédagonet est une réalisation de l'Académie de Strasbourg qui sera distribué gratuitement aux membres de la Vitrine en janvier. Une maquette prototype d'intranet est présentement disponible. Les applications pédagogiques sont multiples :

     

  • création de romans interactifs ;
  • maintenance de répertoires de sites selon des catégories ;
  • téléchargement de fichiers en mode FTP ;
  • utilisation de questionnaires à choix multiple ;
  • utilisation de bases de données gérées par une feuille de calcul.


La gestion des apprentissages

On confond souvent la diffusion de contenu pédagogique avec la formation à distance. C'est oublier le rôle crucial du tuteur qui guide l'apprenant, s'assure de sa progression, lui fournit des explications et ressources complémentaires. Cet encadrement ne doit pas nécessairement être présent tout au long des apprentissages. C'est au cours de la phase de conception qu'il convient d'établir les objectifs, de définir les connaissances préalables requises, de tracer les cheminements possibles. Quelques systèmes-auteurs offrent des fonctions de ce genre.

Mais comment peut-on réconcilier la production artisanale de contenu et l'encadrement pédagogique dans une approche de formation à distance ? La firme québécoise Novasys propose une solution intéressante avec TrainingOffice. L'environnement, utilisable en Intranet et sous Internet, permet d'utiliser aussi bien des fichiers que des applications déjà développés. Plutôt que de développer un cours, on assemble celui-ci à partir d'éléments déjà complets. Avec ce type d'outils, on peut facilement imaginer le développement de modules de formation à distance, basé sur du matériel existant et récupéré, à l'intention de clients spécifiques. Un produit semblable est développé par Formatique, la division francophone de Pathfinder, une entreprise canadienne qui propose le logiciel Nautikos.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015