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 Numéro 39, Avril 2001 
L'apport des TIC en techniques de la santé (1re partie) Version Imprimable  Version imprimable


Daniel Delisle, conseiller pédagogique en TIC  (Cégep de Chicoutimi)

Constellation U25, coefficient espace temps 2624,5 : «Docteur McKoy, comment va Scotty? Et bien Jim, l’examen au tricorder1 ne montre aucune lésion macroscopique mais l’analyse sanguine aux biosenseurs2 révèle une diminution anormale des globules blancs. Son état nous oblige à le garder quelques heures en observation à l’unité médicale.»

Évidemment, nous sommes loin des services médicaux dispensés par l’équipe médicale du Galaxy Class Starship USS Entreprise. Les phasers, tricorder et hypospray ne sont pas encore disponibles dans nos CLSC ni dans nos hôpitaux. Les technologies nouvelles influent non seulement sur toutes les sphères de la société québécoise, mais aussi sur l’ensemble des pratiques professionnelles, médicales et paramédicales. L’effet direct de ces changements se traduit par une transformation importante, d’une part, de la situation de travail des nouveaux diplômés de la formation technique collégiale et, d’autre part, en conséquence, des programmes de formation eux-mêmes. Les modifications profondes observées dans les programmes qui font appel naturellement aux technologies physiques telles que les techniques du génie civil, du génie électrique, de l’architecture et de l’informatique, pour ne nommer que celles-là, nous semblent tout à fait normales. Ce qui nous surprend un peu plus, et qui a des effets majeurs sur notre population scolaire, ce sont les retombées importantes des technologies nouvelles dans les programmes de techniques de la santé.

Notre cégep offre six programmes en santé : Soins infirmiers, Techniques d’inhalothérapie, Techniques de réadaptation physique, Techniques de laboratoire médical, Techniques de diététique et Techniques d’hygiène dentaire. Depuis quelques années, nous notons l’émergence de nombreux projets de recherche et d’innovations pédagogiques et techniques fondées sur les technologies de l’information et de la communication. Nous nous sommes donc interrogés sur les raisons qui favorisent le virage technologique dans des disciplines qui n’étaient pas, à priori, très axées sur les TIC.

Depuis plusieurs années, le réseau collégial du Québec a bénéficié, grâce entre autres au Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD), de nombreuses applications informatiques pédagogiques pour la formation en techniques de la santé : logiciels de simulation de cas ou didacticiels pour l’apprentissage de techniques qui étaient auparavant pratiquées manuellement, sans appareils informatisés. Et au-delà du changement marqué des pratiques pédagogiques, la nécessité de maîtriser la technologie est dictée par la pratique professionnelle quotidienne.

Par exemple, le travail des diététiciennes et des techniciennes en diététique suppose aujourd’hui des applications informatiques très complexes. Des logiciels tels que Micro-gesta et Vision de Nutritek sont de plus en plus utilisés dans les centres hospitaliers comme outils de gestion de cuisine et de menus et pour l’évaluation nutritionnelle. À partir des données du dossier médical du patient, l’élaboration de son menu se réalise beaucoup plus facilement. L’association de produits et aliments contre-indiqués en raison de réactions allergiques possibles est immédiatement signalée et éliminée. Verrons-nous bientôt les diététiciennes et les techniciennes au chevet des malades avec un appareil de type «Palm» pour élaborer leur menu quotidien? Déjà nos stagiaires et nos sortants utilisent, en milieu hospitalier, des logiciels spécialisés de ce genre. La formation dispensée au collège doit évidemment prévoir l’enseignement adapté au développement des compétences spécifiques requises. En techniques de diététique, le contrôle de qualité des aliments et des procédés, existe depuis très longtemps. Le développement de l’électronique, surtout marqué par la miniaturisation des composantes et l’apparition des microprocesseurs, a grandement modifié la pratique ici aussi. Les appareils modernes sont de réels ordinateurs qui, en plus de produire les courants thérapeutiques traditionnels, offrent la possibilité de mémoriser les protocoles et d’associer plusieurs types de courant. Les effets thérapeutiques ont été accrus. Certains appareils comportent même des écrans où il est possible d’afficher les structures anatomiques à traiter. Étudiants et professeurs doivent acquérir les compétences nécessaires à l’utilisation de ces appareils de technologie nouvelle. Si la gestion des dossiers par ordinateur n’a pas encore remplacé les documents manuscrits, les ordinateurs sont de plus en plus présents dans la préparation de plans d’exercices et dans certaines techniques d’évaluation de la fonction musculaire. Ce dernier point fera l’objet de la seconde partie de cet article, qui paraîtra dans le prochain numéro du clic.

Enfin, de toutes les formations en techniques de la santé du collégial, le programme qui a bénéficié de la plus grande révolution technologique est sans contredit Techniques d’inhalothérapie. L’utilisation d’appareils d’évaluation, de moniteurs et d’appareils de traitement du système respiratoire en inhalothérapie et en anesthésie est omniprésente. Si la plupart de ces appareils étaient, il n’y a pas si longtemps, de fonctionnement et de contrôle mécaniques, ils sont aujourd’hui électroniques, à contrôle numérique. Le micro-ordinateur est devenu un outil de travail indispensable pour l’inhalothérapeute. Le champ de pratique s’est modifié et a engendré une révision complète du programme. Une visite des laboratoires d’inhalothérapie au collège nous transporte presque dans les quartiers du Dr McKoy ! Les étudiants nous semblent évoluer avec aisance dans cet environnement technologique. Ventilateurs, moniteurs, pompes à perfusion, système d’évaluation de la fonction pulmonaire, électrocardiogramme numérique, décidément, la profession d’inhalothérapeute est à la fine pointe de la technologie. Les enseignants ont pris le virage technologique avec harmonie, intégrant applications pédagogiques et applications professionnelles des TIC. Cette attitude favorise beaucoup la réussite des étudiants de même que la démystification de l’intégration des TIC dans la société.

Comme on le voit, l’enseignement des techniques de la santé au collégial doit s’adapter aux besoins du milieu de travail actuel. Pour y répondre adéquatement, l’enseignement et l’utilisation des TIC sont devenus une obligation et non plus de la science-fiction. Dans le prochain numéro du clic nous présenterons un article qui traitera de l’apport des enseignants en techniques de la santé, et en recherche et développement d’outils TIC pour l’intervention clinique.

Rapport du capitaine James T. Kirk, coefficient espace temps 2624,9. «L’attaque du vaisseau Klyngon a causé quelques dommages mineurs à l’USS Entreprise. Les boucliers de protection sont à 80 % et tiennent le coup. Le chef ingénieur Scotty, blessé lors de la confrontation, est maintenant sur pied. Encore une fois, l’intervention rapide de l’équipe médicale a permis une reprise des opérations normales.»


1 Le medical tricorder utilisé par l'équipe médicale du USS Entreprise comprend deux composants : un module ordinateur et un senseur mobile haute résolution.
2 Les biofunction sensors sont directement incorporés dans des tables de traitements orthopédiques. Voir STERNBACH, Rick et Michael OKUDA, Startrek, The next generation, Technical manual, New York, Pocket Books, 1991.

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