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 Numéro 30, Septembre 1999 
Les TIC au cégep Version Imprimable  Version imprimable


Francine Gélinas, FDC
Pierre-Julien Guay, Vitrine APO

Depuis quelques années, de grands efforts financiers ont été consentis afin d'équiper le réseau collégial des outils technologiques propres à lancer les collèges sur la voie de l'intégration des technologies de l'information et de la communication.

On souhaite, avec raison, que tous ces efforts consentis à l'infrastructure matérielle rejaillissent sur les pratiques pédagogiques. Distribué dans les 48 collèges membres de la Fédération, notre questionnaire à ce sujet s'adressait aux directions des études. Nous avons obtenu un taux de réponse de 81,2 %, soit 39 collèges sur 48.

Tous les collèges interrogés ont un site Web institutionnel (39/39). Ces sites sont généralement conçus comme vitrine publique où le collège expose ses différents services. Actuellement, 36 % des collèges exploitent un intranet, 38 % n'ont développé aucun réseau interne pédagogique et n'en élaborent présentement aucun, tandis que 26 % en sont à l'élaboration de cet intranet.


Accès à la technologie
Seulement 5 % des collèges n'autorisent pas les professeurs à avoir une adresse électronique sur le serveur du collège. Un de ces collèges accorde une adresse électronique par département. On peut dire qu'il est relativement facile d'en obtenir une dans 89 % des collèges, soit qu'elle est attribuée automatiquement (38 %), soit que le professeur l'obtienne après une simple demande (51 %).

Quand il est question d'octroyer une adresse aux étudiants, les restrictions sont plus nombreuses : 51 % des collèges disent octroyer une adresse à leurs étudiants. Cependant, lorsque l'on étudie les réponses à la sous-question « Si oui, comment leur est-elle attribuée ?» , on constate que plusieurs collèges qui ont répondu « oui » restreignent la portée de cet accès. En effet, 18 % (7 collèges) l'accordent seulement à des étudiants de certains programmes ou certains cours. Il y a tout de même 34 % des répondants qui attribuent une adresse électronique à leurs étudiants. Il reste cependant 49 % des collèges qui n'attribuent pas d'adresse électronique aux étudiants.

Attribution des adresses électroniques


Un espace sur le serveur du collège offre la possibilité d'échanger entre étudiants, ou entre professeurs et étudiants, sur le serveur même ; 61 % des répondants disent offrir des espaces de travail sur le réseau aux élèves. Cependant, lorsqu'il est question de préciser à quelles fins, on remarque des restrictions semblables à celles de l'octroi d'une adresse électronique. L'accès est alors destiné à un groupe d'étudiants précis dans le cadre d'un programme (informatique, muséologie, électronique, bureautique) ou d'un cours ciblé. En fait, 29 % des collèges donnent un espace aux étudiants sans mentionner de restrictions tandis que 32 % le font avec des restrictions claires et que 39 % n'offrent aucun espace aux étudiants sur le serveur du collège. Les professeurs ? 85 % des répondants disent leur offrir la possibilité de publier un site Web à des fins pédagogiques sur le serveur du collège.

Un des éléments facilitant l'intégration des TIC dans les pratiques pédagogiques est l'accessibilité des outils. La question 10 énumère différentes possibilités reliées aux outils les plus courants. Les résultats sont les suivants : 77 % des répondants disent attribuer à chaque département un ordinateur branché sur Internet, et 56,4 % sur l'intranet du collège.

Quant aux unités mobiles d'ordinateurs dédiées à des applications pédagogiques en classe, 70 % des collèges les rendent disponibles sur prêt. Dans 51 % des collèges, ces unités mobiles font partie du matériel de certains départements.

Les projecteurs multimédias sont à la disposition des usagers et disponibles sur prêt dans 82 % des collèges, tandis qu'ils font partie intégrante du matériel de certains départements dans 38,5 % des cas. On retrouve aussi ces projecteurs en permanence dans les labos (13,2 %) et dans certaines classes (14 %).

Dans 43,6 % des collèges, les professeurs ont accès à un ordinateur branché sur un réseau dans un laboratoire qui leur est spécifiquement attribué. Cette formule n'exclut pas qu'il y ait dans le même collège un ordinateur par département branché sur un des réseaux.

Pour des applications pédagogiques avec des étudiants, 54 % des collèges disent centraliser les ordinateurs dans un laboratoire que les professeurs réservent. Là aussi, l'existence de laboratoires à accès libre pour les étudiants n'est pas exclue. Ils sont présents dans 79,5 % des collèges.

Moins courantes sont les salles de vidéoconférence, 25,6 % des collèges en possèdent, et très peu de collèges demandent à des étudiants d'avoir leur ordinateur portable.

Que pensent les professeurs de la situation en ce qui concerne l'aménagement matériel lié aux TIC ? Dans 38 % des collèges, les professeurs sont satisfaits et 30 % insatisfaits. D'autres collèges ont préféré faire seulement quelques commentaires sur les besoins des professeurs (26 %). Les répondants au questionnaire n'étant pas les enseignants eux-mêmes, il est difficile d'évaluer la réponse à cette partie de la question.


Pratiques pédagogiques

Considérant que 13 % des collèges répondent uniquement à l'énoncé «Un groupe de professeurs travaille actuellement sur un projet» et que 34 % des collèges répondent aussi uniquement à «Des professeurs, à titre individuel, travaillent sur un projet», on peut poser l'hypothèse que dans au moins 47 % des collèges, l'appropriation des nouvelles technologies et leur intégration dans l'enseignement sont assez faibles. Un groupe de professeurs et quelques professeurs ne constituent pas une masse suffisamment forte pour avoir des effets d'entraînement sur la communauté des intervenants.

Par contre, dans 37 % des collèges, plusieurs groupes de professeurs travaillent sur des projets liés aux TIC. Les sources de financement d'origine gouvernementale sont nettement majoritaires. D'ailleurs, nous retrouvons une mention associée à un financement gouvernemental dans 29 collèges sur 39, ce qui représente 59 % des collèges interrogés. Précisons cependant que PAAPNTIC n'existe plus. Cela risque de porter un dur coup au mode de financement car 14 collèges au moins en bénéficiaient. De même, l'ATPE (Adaptation aux technologies…) ne pourra plus servir dans ce secteur car ces fonds sont maintenant alloués aux révisions de programmes.

Les chiffres apparaissant dans «Ressources locales» et «Aucun financement et/ou bénévolat» correspondent exactement au nombre de collèges qui en ont fait mention. Il y a donc 33,3 % des collèges qui ont des projets financés à même les ressources locales et 30,7 % qui expérimentent un ou plus d'un projet sans aucun financement. Ce sont des choix d’établissement qui font que ce dernièr porte l'intégration des TIC «à bout de bras».

La formule du partenariat est peu développée. On sait que la recherche de partenariat est de plus en plus exigée lors de la présentation d’un projet. Il faudra travailler en ce sens pour assurer la survie du projet collégial d'intégration des nouvelles technologies.

Les types d'expérimentations en cours ont été classifiés par ordre décroissant. Nous ne pouvons cependant pas identifier dans quels secteurs d'enseignement ces logiciels sont utilisés ni combien de professeurs les utilisent dans ces collèges. Il semble se dégager de grandes disparités entre les collèges.

Type d'expérimentation à l'aide des TIC


Conclusion
Nous croyons pouvoir affirmer que le réseau collégial a amorcé un mouvement vers l'appropriation des TIC à des fins pédagogiques. On retrouve, présentes dans la plupart des collèges, les infrastructures matérielles nécessaires à l'utilisation d'Internet et du multimédia. Il est clair que le sondage ne visait pas à faire un inventaire du parc informatique mais la nature des questions nous permet tout de même cette déduction : réseaux (intranet et Internet), appareils multimédias, logiciels, courrier électronique, laboratoires se retrouvent dans la grande majorité des collèges. L'existence de projets dans la plupart des collèges laisse aussi croire à l'émergence du phénomène d'intégration des nouvelles technologies de l'information et de la communication. De même, les responsables du perfectionnement tout comme les principaux interessés, les professeurs, privilégient dans leurs thématiques de formation les questions liées aux technologies nouvelles. Plus encore, l'offre et la demande concernant le développement d'applications pédagogiques possibles sont loin d'être négligeables. Si on développe des scénarios, c'est qu'il y a émergence.

Émergence des pratiques pédagogiques liées aux TIC, certes, mais non généralisation. Des restrictions nombreuses ralentissent les processus d'appropriation et d'intégration, restrictions liées à la disponibilité du matériel, telles qu'exprimées dans les réponses à la question sur les besoins des professeurs. Nous avons mentionné au cours de cette analyse l'importance de l'accessibilité et de la disponibilité du matériel dans le processus d'appropriation et d'intégration des TIC. Dans l'ensemble, on dénote une bonne accessibilité aux réseaux pour les professeurs. Il n’en est pas de même pour les étudiants. Or les TIC ont comme caractéristique première leur potentiel interactif, et les acteurs fondamentaux de ces échanges sont le professeur et ses étudiants. Enfin, il y a des restrictions budgétaires évidemment, non directement évaluées dans ce sondage, mais qui ont un impact sur tous les champs pouvant favoriser l'intégration des TIC dans la pédagogie (matériel, perfectionnement, etc.).

Le sondage laisse bien des questions en suspens. Combien de collèges ont développé un plan stratégique d'implantation des TIC ? Quel est le nombre de projets en cours ? Quelle est la nature de ces projets ? Quels sont les secteurs d'enseignement les plus avancés sur le plan de l’intégration des TIC dans la pédagogie ? Y a-t-il des disciplines totalement absentes ? Y a-t-il des collèges qui développent une expertise particulière ? Combien de professeurs intègrent les TIC à leur enseignement ? Quels sont les scénarios pédagogiques les plus utilisés ? L'offre de formation comble-t-elle les besoins ? Il y aurait nécessité, dans un avenir rapproché, de procéder à une enquête plus approfondie. Le réseau collégial ne peut se permettre de ne pas dépasser le seuil de l'émergence. Trop d'enjeux sont en cause, à commencer par celui de développer les compétences nécessaires à nos étudiants pour faire face à la compétition et au monde du travail du prochain millénaire. En annexe, vous trouverez des extraits d'une étude parue dans la revue Yahoo du mois de mai 1999. Cette étude donne un portrait des établissements d'enseignement américains.

Enfin, rappelons les propos tenus par M. Christopher Jones, directeur du Language Learning Resource Center à l'Université Carnegie Mellon, (la troisième aux États-Unis quant à l'utilisation des TIC dans l'enseignement), lors du dernier colloque de l'APOP. Il a fait mention d'études menées sur les coûts de l'inaction liés à l'intégration des TIC dans l'enseignement. Ils sont exorbitants.

Il y a donc urgence d'atteindre un seuil critique où le nombre d'intervenants utilisant les TIC sera suffisamment élevé pour créer un effet synergique et faire basculer la vie pédagogique vers de nouvelles pratiques.

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015