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 Numéro 43, Février 2002 
L'intégration des TIC : une volonté ou un voeu? Version Imprimable  Version imprimable


Daniel Pagé, Conseiller pédagogique  (Cégep de Trois-Rivières)

On entend très souvent parler, ces dernières années, d'intégration des technologies de l'information et des communications (TIC) en éducation. La démonstration est faite maintenant : nos sociétés contemporaines n'échapperont pas à cette invasion qui pénètre, chaque jour et de plus en plus, toutes les sphères de l'activité humaine. Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, l'éducation a un rôle déterminant à jouer dans tous ces changements. Les discussions animées sur la pertinence d'intégrer pédagogiquement les TIC sont désormais chose du passé. Aujourd’hui, on parle davantage de la nécessité d'ajuster et de renouveler nos modes d'enseignement et nos outils d'apprentissage. Depuis que la concurrence mondiale ne se heurte plus aux contraintes spatiotemporelles, grâce justement à ces technologies, les règles du jeu se redéfinissent dans un registre beaucoup plus global, au rythme des initiatives et des innovations des individus, des institutions, des entreprises, des sociétés, des gouvernements…
On a beau en entendre parler et même en parler, si on jette un coup d’œil sur ce qui se passe réellement, autour de nous, sur le plan de l’intégration des TIC dans notre réseau collégial, il semble que les choses n’évoluent pas tout à fait au même rythme que le développement des technologies. Malgré les discours et les bonnes intentions, en effet, les préoccupations de ceux et celles qui devraient être les principaux artisans de cette intégration, les enseignants et les enseignantes, sont d’un tout autre ordre. Non pas que ces derniers soient opposés à ce type de développement, mais avec des tâches qui supportent tout le poids du quotidien, du renouveau et des effets à long terme des compressions budgétaires de la dernière décennie, la majorité d’entre eux en ont déjà suffisamment sur les épaules. Une démarche d’intégration des TIC dans l’enseignement et l’appren-tissage représente pour eux un fardeau. Il faut quand même considérer que, à elle seule, cette intégration réclame rien de moins qu’un changement de paradigme quant à la façon de concevoir l’enseignement, car il faudra davantage faire appel aux stratégies d’apprentissage pour permettre aux élèves d’évoluer dans ces nouveaux environnements technologiques.

Le Conseil supérieur de l’éducation, dans son rapport annuel 1999-2000 sur l’état et les besoins de l’éducation, considère « qu’il n’est aucune réforme, aucun changement en éducation qui puisse se faire sans l’adhésion et l’engagement du personnel enseignant ». Ici, lorsqu’on parle d’engagement du personnel enseignant, il est question de l’enga-gement de « tous » les enseignants. Or, comme nous le rappelait notre collègue Lisa Deguire, professeure à Jonquière, dans un récent numéro de Clic, on trouve deux catégories d’enseignants quant à l’intégration des TIC: les « pionniers » et les « récalcitrants ». On pourrait aussi les appeler les « passionnés » et les « autres »; parmi ces derniers, on retrouve diverses sous-catégories allant de ceux qui attendent que les conditions soient propices pour se lancer dans l’aventure, jusqu’aux détracteurs les plus tenaces, en passant par ceux qui éprouvent encore de la difficulté à enregistrer un fichier sur un disque ou qui en sont tout simplement incapables.

Par ailleurs, le Conseil indique, dans ce même rapport, que pour réaliser l’intégration des TIC à des fins d’enseignement et d’apprentissage, il importe, bien sûr, qu’on puisse bénéficier d’équipements de qualité suffisante « pour mettre à profit tout le potentiel d’information, de communication et de collaboration aujourd’hui escompté de la technologie numérique et du branchement en réseau ». À ce chapitre, le Conseil fait le point sur les efforts consentis au Québec pour doter les établissements d’enseignement d’un environnement informatique qui se prête à cette intégration, tout en soulignant que l’étape d’acquisition de matériel n’est qu’un tout premier pas vers l’intégration des technologies à des fins pédago-giques. Mais, comme le déplore le Conseil, ces efforts du Ministère n’ont pas été accompagnés d’un plan stratégique susceptible d’encadrer et de baliser les actions des établissements. Et de leur côté, les collèges ont-ils installé ces équipements pour créer des environnements favorables à l’intégration ou pour répondre aux exigences de certains programmes d’études – ceux où l’ordinateur et certaines de ses applications sont les objets mêmes d’apprentissage liés à la formation des élèves? À défaut d’un énoncé d’orientation clair sur le sujet, il est probable qu’une confusion puisse persister dans l’esprit de certains intervenants autour de cette question, ce qui n’aide en rien la cause de l’intégration, comme on peut le constater ici et là.

Certains collèges, par ailleurs, se sont dotés d’un plan d’intégration pédagogique des nouvelles technologies dont le réseau pourrait entre autres s’inspirer, et ont accompli un travail phénoménal depuis des années : de « passionnés » pédagogues persistent et s’acharnent, sans compter les heures, à développer et à maintenir à bout de bras l’expertise du réseau collégial à un niveau toujours acceptable. Or pourquoi est-ce la quasi-indifférence chez les « autres » enseignants? Il ne faut pas se le cacher, malgré les efforts de certains collèges, de quelques centaines d’enseignants « passionnés », d’associations ou d’organismes comme l’APOP, la Vitrine APO, le CCDMD ou le CCFD, le dossier de l’intégration pédagogique des TIC, dans le réseau collégial, n’évolue pas très vite. D’un certain point de vue, il semble même stagner depuis quelque temps.

Puisque l’intégration des TIC ne peut se faire sans l’adhésion des enseignants, pourquoi ne pas établir sérieusement les conditions qui favoriseraient, de façon concrète, un meilleur engagement de leur part? On peut en énumérer quelques-unes:

  • encourager tous les enseignants à participer au processus d’intégration des TIC dans l’enseignement et l’apprentissage;

  • trouver une façon d’assouplir la tâche des enseignants qui entreprennent la démarche d’intégration;

  • se doter d’orientations claires et précises, et au besoin d’une politique, quant à l’intégration institutionnelle et pédagogique des TIC;

  • se doter d’un plan stratégique d’intégration institutionnelle et pédagogique des TIC;

  • proposer, sur une base continue, des activités de formation adaptées aux besoins des enseignants pour leur permettre d’atteindre un niveau souhaitable de maîtrise de l’utilisation des technologies (comme le précise le Conseil : « …bien que l’apprentissage des outils technologiques soit essentiel, il ne s’agit aucunement de transformer chaque enseignant en spécialiste en informatique, mais d’offrir à chacun les bases nécessaires à une intégration pédagogique à la fois conviviale, stimulante et performante. »);

  • proposer des activités de formation destinées à préparer les enseignants à intégrer les technologies à des fins pédagogiques, dans des contextes qui donnent une importance accrue aux stratégies d’apprentissage;

  • créer, avec l’étroite complicité des enseignants, des environnements qui puissent tenir compte des activités d’apprentissage qui s’y dérouleront;

  • appuyer pédagogiquement les travaux d’élaboration, de préparation et de planification d’activités d’apprentissage mettant en jeu les technologies nouvelles;

  • assurer un support technique diligent au cours des expérimentations et des activités d’intégration qui précèdent la mise en place d’un dispositif technologique visant l’atteinte d’objectifs d’apprentissage;

  • assurer un support technique prêt à utiliser au moment où les activités d’apprentissage se déroulent.

Dans l’ordre des choses, c’est l’enseignant qui est l’acteur principal de l’intégration des TIC. En fait, nous devrions dire que ce sont « tous » les enseignants qui sont au centre du processus. Sans leur engagement, il est difficile de penser réussir cette intégration, du moins, à brève échéance. Pour s’assurer du concours de tous les enseignants, il est indispensable de créer les conditions qui favorisent leur participation. Il appartient à chaque établissement de le faire, comme il appartient au Ministère d’aider les collèges à relever le défi. Autrement, il sera davantage question d’un « vœu » que d’une « volonté ».

Entre-temps, rien n’empêche les établissements de réfléchir sur les meilleures façons d’amorcer l’intégration des TIC, en dégageant certaines orientations qui leur permettraient, dès maintenant, de déployer une structure facilitant la mise en place des conditions nécessaires. Évidemment, cela implique un exercice d’évaluation des conditions existantes et le réaménagement de celles qui pourraient davantage appuyer les enseignants. Pami les « passionnés », certains peuvent avoir jusqu’à quinze, voire vingt ans d’expérience dans ce type de pratiques pédagogiques. Certains établissements aussi ont pris les devants en matière d’intégration institutionnelle et pédagogique des TIC et il leur ferait sûrement plaisir de partager leur savoir-faire dans ce domaine.


DEGUIRE, Lisa. « Réussir ou ne pas réussir l’intégration des nouvelles technologies », Clic, no 42, Décembre 2001, p. 5

QUÉBEC (PROVINCE). CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉDUCATION. Éducation et nouvelles technologies : Pour une intégration réussie dans l’enseignement et l’apprentissage : rapport annuel sur l’état et les besoins de l’éducation 1999-2000, Québec, Conseil supérieur de l’éducation,
2000, 181 p.

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