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 Numéro 43, Février 2002 
Bourstad raconté par son concepteur Version Imprimable  Version imprimable


Bruno Poellhuber, Conseiller pédagogique  (CCFD)





Bourstad, un concours qui permet aux participants de gagner plus de 22 000 $ en prix, est d’abord une activité pédagogique qui repose sur l’utilisation des TIC. Pour vous donner un aperçu de Bourstad et de son histoire, je vous propose dans ce numéro une rencontre avec son concepteur, Paul Bourget, professeur au Département des techniques administratives du cégep de Rosemont.

Clic – Bonjour, Paul. La popularité de Bourstad grandit et, depuis treize ans, les développements ont été nombreux. C’est une activité qui s’adresse aux cégépiens, aux élèves du secondaire et de l’université, mais aussi au public. Pour les personnes qui ne sont pas familières avec Bourstad, pourrais-tu d’abord nous expliquer en quelques mots en quoi l’activité consiste?


P. B. – Il s’agit d’une activité où l’on simule la gestion d’un portefeuille de placements, d’une valeur de 100 000 $, en suivant le marché réel pendant 8 ou 9 semaines. Et on le fait d’une manière rationnelle, en documentant sa gestion de portefeuille.

Clic – Il y a longtemps que tu t’intéresses aux simulations boursières. Raconte-nous un peu la manière dont tu as développé Bourstad.

P. B. – Dès 1981, dans un cours d’initiation aux techniques administratives, j’utilisais, en mode manuel, une activité de suivi de titres boursiers dans mes classes. C’était surtout pour développer chez les étudiants un rapport affectif avec leur domaine d’études, pour rendre le cours dynamique. Les étudiants appréciaient la variété, le changement. Le fait de suivre le marché boursier les obligeait à essayer de comprendre l’environnement économique.

J’ai d’abord utilisé la simulation dans des cours d’introduction à notre programme d’études, par exemple dans le cours « Initiation à l’organisation de l’entreprise ». C’était une façon de donner un prétexte à l’étudiant pour se renseigner sur des entreprises dont il détenait des actions. En possédant un portefeuille et en suivant l’évolution du cours de ses actions, il était incité à se renseigner sur les entreprises qu’il détenait.

À l’époque, j’avais aussi eu des contacts avec la Bourse de Montréal, qui avait organisé un concours semblable, et avec l’Institut des valeurs mobilières, afin d’obtenir des livres que je pourrais offrir comme prix dans ma classe.

Clic – À ses débuts, donc, dans ce contexte, la simulation était faite de façon manuelle?

P. B. – Oui, on demandait aux étudiants de tenir une comptabilité manuelle. Je vérifiais à l’occasion s’ils avaient respecté les dates, s’il n’y avait pas eu d’erreur de calcul. Tout était fait sur des formulaires qu’ils remplissaient à la main. C’est en 1987 que j’ai implanté pour la première fois la simulation à partir d’une base de données, qui fonctionnait sur MAC et PC.

En 1992, on en a fait une activité intercollégiale et l’on a obtenu la commandite de DISNAT; j’estimais qu’il fallait offrir des prix plus importants que ce que j’offrais dans ma classe. Depuis, d’autres partenaires se sont ajoutés: Bell Canada, la Commission des valeurs mobilières du Québec, l’ordre des CGA et le journal Les Affaires. Ils nous aident à financer et à développer l’activité, qui vise aussi l’éducation du public.

Au début, chaque collège avait sa propre base de données. C’était à moi de fusionner certaines tables par la suite, pour donner un classement de temps en temps. Dès 1993, on a mis en place un système permettant de prendre les transactions par téléphone, et ce système alimentait par la suite notre base de données. En 1995, on a développé une application client-serveur reposant sur une seule base de données centralisée, et en 2000, on a renforcé cette dimension quand on a intégré la gestion de portefeuille.

À ce moment, j’ai transféré l’activité du cours « Initiation à l’organisation de l’entreprise » au cours « Placements en valeurs mobilières ». J’ai aussi trouvé intéressant de l’inclure dans le cours « Planification financière ».

Clic – Parce qu’elle permettait d’intégrer les notions de gestion de portefeuille?

P. B. – Oui. Je ne voulais pas faire dépendre mon évaluation de l’évolution du marché. En ajoutant cette dimension, l’activité devenait acceptable dans un cours de placements. Je pouvais évaluer la gestion de portefeuille et non seulement le rendement. Avant, honnêtement, il devenait fastidieux de lire les documents remplis manuellement par les participants pour savoir comment ils justifiaient leurs transactions. Maintenant, on leur demande de situer la nature de ces justifications. Elles sont codées et analysées systématiquement par le système, ce qui nous permet de les comparer à leur choix de gestion.

Clic – L’activité semble devenue très flexible relativement à ce qu’elle permet d’apprendre. J’imagine que les professeurs des différents ordres d’enseignement peuvent avoir divers degrés d’exigences quant aux analyses ou aux justifications qu’ils demandent à leurs étudiants?

P. B. – Oui, dans certains endroits, on l’a utilisée comme activité d’initiation à l’économie, dans les cours d’économie globale, par exemple. Pendant deux mois, on suit l’économie, et le simple fait de détenir un portefeuille amène l’étudiant à s’intéresser aux grands événements : les variations des taux d’intérêt, de la valeur du dollar, etc.


Au collégial, il est intéressant d’utiliser l’activité dans des cours qui intègrent des notions de gestion de portefeuille. À l’université, on s’en sert dans des cours avancés de finance qui portent sur la gestion professionnelle de portefeuille. Dans ces cours, les étudiants font des analyses assez sophistiquées, comme la gestion du ratio rendement/risque.


Le point de vue des étudiants

Clic – L’activité connaît une très grande popularité, mais ce sont souvent les professeurs qui décident de l’intégrer à leur cours. Dans quelle mesure les étudiants participent-ils?

P. B. – Sur 100 étudiants, il y en a 75 qui raffolent de l’activité. Et les 25 autres ne peuvent pas faire autrement que d’embarquer! Ils finissent par se laisser entraîner. Le quart de nos étudiants environ étudient en finance. Ceux-là disent « Je commence à avoir une idée du genre de travail que peut faire quelqu’un dans l’industrie des services financiers ». Ils « voient » toutes les opérations qu’ils peuvent faire car pour eux, au départ, c’était un monde assez abstrait.

Clic – De façon générale, comment réagissent les étudiants quand tu proposes cette activité dans ton cours?

P. B. – Le mot est passé, à Rosemont, maintenant! On m’en parle même à l’avance. Je crois que c’est assez semblable dans les autres collèges. C’est une activité live: tu peux toujours entrer dans un laboratoire pour voir dans Internet où en est ton portefeuille, ce qui suscite beaucoup d’intérêt pendant toute la période de la simulation. Les participants naviguent beaucoup sur le site. Ils s’informent et discutent entre eux des compagnies : « Nortel vient d’avoir un gros contrat ». Cette espèce d’arrière-plan d’animation dans la classe demeure toujours présent. Ils s’en parlent le midi, ils s’en parlent l’après-midi…

Clic – Les étudiants ont-ils tendance à se regrouper pour faire des analyses et discuter de leurs choix d’investissements? Travaillent-ils davantage ensemble ou seuls?

P. B. – Au début, ils travaillent ensemble pour essayer de comprendre, parce que ce qu’on leur demande est énorme. J’enseigne dans le domaine du placement depuis 27 ans, et honnê-tement, je peux dire que j’ai enseigné pendant 10 ans sans connaître la moitié de ce qu’il y a dans Bourstad à l’heure actuelle. Maintenant, on parle des options sur les devises, des stratégies sur les produits dérivés, des transactions sur les marchés étrangers, de conversions de devises, etc.

Lorsque l’étudiant arrive, il a entendu parler de Bourstad. Il sait que ce sera intéressant, mais il n’a pas vraiment idée de la complexité du système financier. Au début, plusieurs ne sont pas capables de lire les cotes de la bourse. Éventuel-lement, ils vont devoir choisir des titres en fonction d’une stratégie de gestion cohérente.

Clic – Qu’est-ce qui motive le plus les étudiants?

P. B. – Bourstad leur permet de comprendre le monde des marchés financiers, dans lequel il y a pour eux beaucoup d’employeurs potentiels. Et pour mettre les pieds dans une institution financière, il faut comprendre les principes de base des marchés et du monde de la finance, même si c’est pour un poste de technicien.

Clic – En général, quelle est la qualité des portefeuilles des étudiants?

P. B. – Ils sont très influencés par la tendance du marché, ce qui est typique des gens qui sont en train d’apprendre. Quand le marché a été fortement à la hausse, dans les années 1990, les portefeuilles ont bien performé. L’an dernier, il y avait un marché à la baisse et la majorité des portefeuilles étaient à la baisse. Mais depuis qu’on a des mécanismes de gestion automatisés, la qualité des portefeuilles s’est beaucoup améliorée. Je dirais que c’est trois ou quatre fois plus intéressant comme gestion qu’auparavant.

Clic – Est-ce que le fait de les obliger à justifier chaque transaction augmente la qualité de leur gestion?

P. B. – Oui, parce qu’ils exercent un contrôle. Avant, les étudiants finissaient par se dire : « Le professeur et les membres du jury ne seront jamais capables de tout lire cela », alors que maintenant, beaucoup d’aspects sont analysés automatiquement par le système. Honnêtement, je dirais que ce sont des gestions impressionnantes.


Le point de vue des enseignants

Clic – Qu’est-ce que ça implique concrètement, pour un enseignant, d’intégrer Bourstad à son cours?

P. B. – Il doit prendre une ou deux périodes pour expliquer le fonction-nement général de la simulation et remettre le matériel (le Guide du participant). L’interface du site Internet est relativement conviviale et demande peu de familiarisation. Par la suite, durant la simulation, les traitements peuvent être variables. Moi, en général, je prends les 15 premières minutes du cours pour faire un exposé, leur montrer des techniques qu’ils peuvent utiliser. Parfois, j’enseigne des notions assez avancées en finance.


Mais tout cela est très flexible, car l’acrivité repose sur l’auto-apprentissage. Je peux en donner plus ou moins si je manque de temps, si j’ai pris du retard… J’utilise beaucoup l’actualité. Par exemple, s’il y eu une baisse importante à la bourse hier, je demanderai : pourquoi? Les étudiants l’auront noté et, avec un graphique, je discuterai avec eux.

Clic – Qu’est-ce qu’on met à la disposition du professeur qui décide d’intégrer l’activité à son cours?

P. B. – On lui donne le Guide du maître, qui propose une série d’une dizaine d’exposés. Ce sont des exposés à géométrie variable. Ils peuvent prendre jusqu’à une heure par semaine, mais le professeur choisit ce qu’il veut présenter, ce sur quoi il veut mettre le plus d’emphase. Il dispose aussi d’un code d’accès qui lui permet de suivre son groupe ou un participant particulier.
À la fin de la simulation, le système produit une note pour chacun des participants. Cela constitue la base pour accorder les prix de gestion. Les professeurs apprécient énormément le fait de pouvoir obtenir des évaluations automatisées de leurs étudiants, même s’ils décident d’appliquer les critères d’une façon différente.


Les anciens gagnants

Clic – Depuis treize ans, il y a eu beaucoup de participants et plusieurs gagnants. Certains d’entre eux doivent sûrement se démarquer?

P. B. – Il y en a plusieurs qui sont bien placés dans l’industrie des services financiers. Je me rappelle un des premiers gagnants de Bourstad en 1987 ou 1988, Patrick Sauvé. Il a maintenant une très bonne position chez DISNAT. À l’époque, il avait gagné en spéculant à fond et aujourd’hui, il est gestionnaire du risque dans un portefeuille d’obligations gouvernementales. Il y a aussi Sonda Ladouceur, la fille de l’une de mes collègues à Ahuntsic. Elle a participé deux ou trois fois à Grasset, deux ou trois fois à Concordia, et deux fois comme membre du grand public. Elle connaissait tellement l’activité que quand on a eu l’occasion d’aller faire une démonstration au Vietnam, on lui a demandé d’accompagner Philippe Poirier. C’était probablement notre meilleure ambassadrice. Elle a eu la piqûre de la finance. J’ai rencontré sa mère l’autre jour et elle me disait: « Écoutez, l’engouement que Sonda a développé pour la finance, elle vous le doit! ». Je pense que ce qu’elle voulait dire, c’est que Bourstad lui a permis de découvrir cet univers-là. Elle a même poussé ses études jusqu’à étudier la finance dans une université prestigieuse de Londres. Présentement, elle est bien placée chez Première Banque Nationale.


Le futur

Clic – Et quels sont les développements prévus pour Bourstad?

P. B. – Je suis en train de travailler à la production d’un manuel pour les participants du grand public. De plus, cette année, nous aurons des participants d’un institut universitaire technique de France. On prévoit aussi augmenter le nombre de critères d’évaluation des portefeuilles et on aimerait bien développer pour le grand public un cours Internet qui pourrait accompagner l’activité.

Clic – Paul, merci d’avoir partagé tes projets et ton enthousiasme avec nous.



N.D.L.R. Voir l’article de Pauline Proulx, « Bourstad, une compétition éducative dans Internet », Clic, no 38, p. 1 ou à l’adresse suivante: http://www.bulletinclic.profweb.ca/clic38/bourstad.html

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