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 Numéro 45, Mai 2002 
La pratique des TIC : état de la situation au collégial Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay  (Vitrine APO)

Au cours de la session d’hiver 2002, la Vitrine APO a eu l’occasion d’offrir, en collaboration avec le programme Performa, un cours en ligne intitulé « Les TIC à des fins d'enseignement et d'apprentissage » à deux groupes d’enseignants du collégial, à travers l’environnement de formation en ligne WebCT.

Une première activité consistait à répondre à la question « Existe-t-il un style d’enseignement propre aux TIC? », soulevée après la lecture du document Les huit déficits1. La qualité des discussions par forum sur les conditions propices à l’utilisation des TIC et ce, dans les deux groupes, nous a incités à préparer une synthèse des interventions et à ajouter un complément d’information.


Un environnement favorable aux TIC

Généralement, l’accès à un laboratoire d’informatique pour la classe ne pose pas de grandes difficultés, bien que les démarches de réservation soient parfois lourdes. Avec en moyenne 17 postes par laboratoire dans le réseau collégial, il est souvent nécessaire de faire travailler les élèves en équipe, ce qui ne favorise pas nécessairement l’apprentissage individuel.

Par ailleurs, les enseignants ont souvent de la difficulté à avoir accès à un appareil décent pour préparer leurs activités. Il s’agit trop souvent d’un ordinateur vétuste partagé entre plusieurs collègues.

La difficulté principale vient du manque de support technique, tant sur le plan du personnel qualifié que de la rapidité d’intervention, en particulier lorsque s’amorce une séance de laboratoire. On mentionne également que des ressources techniques au niveau local et au niveau du réseau seraient essentielles pour guider les enseignants dans la recherche de moyens didactiques et dans le processus d’intégration des technologies en enseignement. Par exemple, s’il a besoin d’un projecteur, l’enseignant doit en assurer le transport et la mise au point sans aide technique. On applique le système « D » pour débrouillardise. Les problèmes techniques (postes en panne, absence de modules externes de navigateur, difficultés d’accès au réseau) sont nombreux et certains suggèrent même carrément de toujours prévoir une activité de rechange!

Ces difficultés seraient liées à l’absence de vision de la part de l’administration des collèges. Dans la plupart des cégeps, il n’existe pas de plan global d’action en matière de TIC. Les administrateurs ne sont pas convaincus de la pertinence des TIC en éducation et renvoient à gauche et à droite les enseignants qui cherchent des solutions à leurs difficultés ou souhaitent simplement être entendus. D’ailleurs, le ministère de l’Éducation ne manquerait-il pas lui-même de vision et de leadership en ce domaine? Dans ce contexte, il devient difficile d’exercer des actions concertées en vue de l’utilisation des TIC.

Pourtant, les administrateurs pourraient mieux considérer l’intégration des TIC dans leurs lunettes s’il se révélait qu’une intégration structurée des TIC dans un programme peut être un moyen de se démarquer des cégeps environnants, attirant ainsi une plus grande clientèle et… un financement général accru.

D’une façon ou d’une autre, les participants conviennent d’une chose : qu’il serait vain d’attendre que des structures appropriées soient mises en place. Ils doivent eux-mêmes se convaincre que les TIC facilitent l’apprentissage chez les étudiants et proposent d'expérimenter de façon modeste l’intégration dans leurs classes.

Une autre difficulté est le manque de formation offert aux enseignants, souvent vieillissants et plus ou moins réfractaires aux TIC. Les recherches2 montrent qu’ils ont différents besoins de formation. Le tableau 1 montre la répartition des enseignants dans divers groupes d’utilisateurs.

La formation par des pairs plus expérimentés est envisagée comme une approche intéressante de solution à ces problèmes.


Les pionniers et les mordus
15 %
Ils ont déjà adopté les TIC et font les efforts requis pour surmonter les obstacles et offrir à leurs élèves des occasions d’utilisation des TIC et d’Internet.
Les sceptiques
Ils se demandent si le jeu en vaut la chandelle. Ils se laissent facilement décourager par les obstacles et renoncent à utiliser les technologies si les conditions ne sont pas favorables. Les sceptiques se divisent en deux sous groupes.
a) les insécures
25 %
Ils ont amorcé une démarche d’appropriation de l’outil et utilisent régulièrement les TIC pour préparer leurs cours et réaliser leurs recherches. Toutefois, ils se sentent beaucoup trop insécures pour les utiliser en classe avec leurs élèves. Il faudrait peu de chose -- des contenus appropriés, une formation adéquate axée sur leur tâche pédagogique et du soutien technique -- pour que ce groupe bascule du côté des mordus des technologies. C’est probablement vers eux que devraient porter les efforts de perfectionnement au cours des prochaines années.
b) les craintifs
45 %
Ils sont très peu familiers avec le fonctionnement de l’ordinateur et l’utilisent le moins souvent possible de crainte qu’il ne brise. Ils connaissent peu de logiciels et n’ont qu’une faible appréciation du potentiel de l’ordinateur et d’Internet. Ce groupe requiert un effort important de formation et de soutien.
Les réfractaires
15 %
Ils ne sont pas convaincus de l’utilité pédagogique des outils technologiques et ne s’en servent que pour la gestion et la préparation d’examens ou de notes de cours.

Tableau 1 - Répartition des enseignants dans divers groupes d’utilisateurs.


Des TIC et de la pédagogie

Beaucoup d’enseignants qui commencent à s’intéresser aux TIC souhaitent les intégrer comme outil de support dans leur approche magistrale. Il ne fait pas de doute que les TIC de démonstration (animations, PowerPoint, etc.) permettent de varier agréablement et efficacement les exemples, exercices et stratégies pédagogiques auprès des élèves.

D’autres considèrent qu’on doit délaisser le modèle traditionnel pour une approche axée sur l'apprenant. Pour utiliser la pleine potentialité des TIC, il faut effectivement accepter de déplacer la responsabilité de l'apprentissage vers l'élève à plusieurs reprises en prenant le risque que tous n'apprennent pas les mêmes choses ni par les mêmes moyens. Des recherches dans le domaine de l’éducation soutiennent que la technologie aura moins d’influence sur la qualité de l’apprentissage si elle est uniquement utilisée pour appuyer des façons traditionnelles d’enseigner et d’apprendre; par conséquent, l’utilisation des ressources offertes par la technologie et l’autoroute de l’information exige de restructurer les programmes d’études, les méthodes d’enseignement, l’espace physique de la classe et l’horaire de l’établissement. Les TIC exigent un investis-sement considérable, car l’enseignant doit devenir un véritable créateur et consacrer de nombreuses heures à la préparation de ses scénarios pédagogiques.

On retrouve l’opposition classique entre les paradigmes « enseignement » et « apprentissage ». Deux points font cependant l’objet d’unanimité :

a) Pour obtenir des effets bénéfiques réels pour les élèves, il faut désormais penser interactivité avec les élèves plutôt que bourrage de crânes. Si les activités ne sont pas suffisamment préparées, les élèves pourront avoir tendance à se promener un peu partout dans Internet sans accomplir de tâche.

b) L’élève est le principal bénéficiaire des TIC, celui qui doit en retirer le maximum en termes d’apprentissage. Pour s’engager davantage dans un cours, il doit être en mesure de s’approprier les outils d’apprentissage et les savoirs. Il devra également s’adapter à un nouveau rôle où la passivité sera moins de mise.

Les enseignants nous ont décrit l’esprit nécessaire pour se lancer dans l’aventure des TIC :

  • Pouvoir surmonter l’insécurité

  • Croire, vouloir du changement et persévérer

  • Être convaincu que les TIC facilitent l'apprentissage

  • Pouvoir remettre en question la pédagogie, vouloir varier ses stratégies pédagogiques et ne pas avoir peur d'innover ou de se tromper.

Pour bien appliquer les TIC, il faut avoir confiance autant en soi qu’envers les élèves, prendre des risques et, comme le résumait un participant : « …lâcher prise par rapport à la notion de contrôle de tout le processus d'apprentissage pour en laisser une partie à l'étudiant ».


1. http://ntic.org/guider/textes/div/bibdeficit.html

2. SCIENCETECH COMMUNICATIONS. Les investissements des universités québécoises en matériel multimédia de formation, Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), mai 2000, 87 pages.

DANVOYE, Paul. Bilan de l’an IV du plan ministériel d’intervention. Année scolaire 1999-2000, Direction des ressources didactiques, MEQ, Montréal, juin 2001, 40 pages.

GARNIER, Isabelle, Stéphane GAUVIN. Des contenus numériques pour l’éducation. Étude sur le programme de licence mixte 1998-1999 et les besoins en contenus numériques, Faculté des sciences de l’administration, Université Laval, septembre 2000, 41 pages.

GERVAIS, Mariette. Recherche sur les besoins du personnel enseignant en regard de l’intégration des TIC dans des écoles ou des classes innovatrices du primaire, Direction des ressources didactiques, MEQ, Montréal, décembre 2000, 68 pages.

RIOUX, Sonia. La démarche d’intégration des TIC à l’école : le point de vue des acteurs, Direction des ressources didactiques, MEQ, Montréal, juillet 2000, 142 pages.

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