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 Numéro 45, Mai 2002 
La chambre noire virtuelle... Version Imprimable  Version imprimable
La révolution numérique en photographie, c'est d'abord le logiciel Photoshop

Claude Séguin, Conseiller pédagogique  (Cégep Gérald-Godin)

L'offre de caméras numériques se fait de plus en plus alléchante. Faut-il succomber à la tentation?

Ceux et celles qui ont des ordinateurs personnels depuis quelques années, ont payé pour apprendre la leçon : l’innovation coûte cher, les performances des équipements s’améliorent constamment, il s’ensuit une désuétude coûteuse pour l’acheteur. Par ailleurs, la photographie numérique suppose un apprentissage, et il faudra bien s’y mettre un jour ou l’autre.

Mais, par quoi commencer? Est-ce le temps d’acheter? Si oui, quoi? Une caméra numérique est-elle essentielle? Faut-il acheter une caméra pour longtemps? Ou acheter une caméra « minimale » juste pour être dans le coup? Pourquoi ne pas acheter d’abord un scanner de négatif et exploiter toutes ces images accumulées au fil des ans? Examinons quelques possibilités.

Acheter pour économiser de la pellicule et du temps? Non. Pour la majorité d’entre nous, l’économie de pellicule, de frais de laboratoire ou de temps n’est pas significative. D’ailleurs nos fabuleux boîtiers de Nikon, Canon ou Olympus 35mm ne dorment-ils pas dans nos tiroirs? Si nous voulons utiliser des images pour le Web, dans une présentation PowerPoint ou une application multimédia, un appareil numérique presque bas de gamme suffira. Une image 800 x 600 pixels est le maximum nécessaire dans ce cas, et les appareils 1024 x 768 équipés d’un zoom coûtent environ 300 $.

Mais si l’on veut faire des sorties sur papier, c’est une autre affaire! Pour faire des « 8 x 10 » acceptables, il faut un appareil de 3 mégapixels. La différence vient du fait que la densité de pixels pour l’écran est de l’ordre de 72 pixels au pouce, alors que sur papier, il en faut de trois à quatre fois plus, soit de 200 à 300 pixels au pouce.


Avantages et désavantages de la photographie numérique

a) Avantages

  • Économie sur les frais de pellicule et de laboratoire.

  • Économie de temps entre la prise de vues et le résultat.

  • Facilité de réutiliser, archiver, envoyer une image une fois qu’elle est en format numérique. Reproduction facile d’une image une fois qu’elle est éditée.

  • Contrôle total de l’image (jusqu’au niveau du pixel).

b) Désavantages

  • Appareils encore cinq fois plus coûteux, si on les compare à des équivalents traditionnels.

  • Désuétude rapide des équipements, bien qu’on s’approche de la qualité qu’on peut atteindre avec les caméras traditionnelles.

  • Problème d’archivage à très long terme : dans 25 ou 50 ans, comment lira-t-on nos CD d’aujourd’hui? Et l’on peut encore tirer une épreuve d’un négatif d’il y a 100 ans, non?

  • Apprentissage long non seulement de la photographie, mais de la photo numérique, si l’on veut tirer avantage de Photoshop.

Que faire ? Primo : mettre la main sur une caméra numérique pour se familiariser avec cette technologie; si vous ne pouvez pas l’emprunter à votre beau-frère, vous pourriez songer à en acheter une, mais pas trop chère. Deuzio : l’achat d’une caméra numérique n’est pas essentiel pour débuter; utilisez un scanner pour numériser des négatifs 35 mm ou des images sur papier photographique. Le scanner EPSON Perfection 2450 à 600 $ permet de numériser des négatifs moyen et grand format en plus du 35 mm, et des images sur papier photo : c’est une solution à considérer. Tertio, et c’est pour moi le plus important : se mettre à l’apprentissage de Photoshop. Car pendant que vous vous familiariserez avec ce logiciel, le prix et le rendement des appareils numériques risquent fort d’avoir changé… pour le mieux.

Photoshop permet à l’amateur d’arriver à des résultats de haute qualité. De plus, la possibilité de réaliser des images composites assez facilement encourage une créativité qu’envierait le célèbre photographe montréalais du 19e siècle William Notman. Ce dernier et son équipe pouvaient mettre des mois à créer une image à partir de plusieurs, voire de centaines de négatifs, ce que l’on peut faire en quelques minutes, tout au plus quelques heures, avec Photoshop. Au sujet de Notman, voir entre autres le site. Pour des photos composites contemporaines: www.johnpaulcaponigro.com/contents/index.html.


Procédure en chambre noire virtuelle

Voici une procédure qui vous permet de commencer à travailler dans votre chambre noire virtuelle. L’important, c’est d’avoir une méthode de travail qui soit reproductible, et qui vous assure de ne rien oublier et de ne pas perdre de la qualité tout au long de la manipulation de votre image.

On peut effectuer deux types de corrections avec Photoshop : les corrections globales, qui affectent l’ensemble de l’image, et les corrections locales, qui n’en affectent qu’une partie.


Préalables

Qu’est-ce qu’une image « de la meilleure qualité possible »?

1) C’est une image qui compte au moins autant de pixels au départ que l’image qu’on veut obtenir à la fin.

2) C’est une image qui a été acquise avec le plus grand nombre de bits possible pour coder les couleurs : ainsi, il est préférable d’avoir 48 bits plutôt que 24 bits, soit deux fois plus de bits pour chaque couleur (rouge, vert et bleu. Si votre scanner produit des images à 36 bits, Photoshop les interprétera comme des 48 bits. Plusieurs opérations de Photoshop ne fonctionnent pas en 48 bits, mais celles qui risquent de vous faire perdre de la qualité le font.

3) Finalement, c’est une image dont les valeurs sont distribuées également tout au long de l’histogramme de la fonction Image>Réglages>Niveaux… (Voir plus loin la section Corrections globales). Si l’image est obtenue par scanner et que l’information est située trop à gauche ou trop à droite, l’image manquera d’information dans les ombres ou dans les hautes lumières. Dans ce cas, refaites le scan. Ou encore, si vous prenez la photo, assurez-vous qu’elle ne soit ni surexposée (manque d’information dans les hautes lumières, qui sont brûlées) ni sous-exposée (manque d’information dans les ombres, qui sont trop sombres).

Avant de faire quelque correction que ce soit, renommez votre image et enregistrez-la en format PSD (Photoshop document) ou en format TIFF. Si vous manipulez votre image en JPEG, elle sera comprimée chaque fois que vous l’enregistrerez.


Corrections globales

Changez l’orientation de l’image Image>Rotation de la zone de travail si nécessaire.

Recadrez pour enlever ce qui est inutile et faire en sorte de vous concentrer sur l’essentiel. Mettez en valeur le sujet par la règle des tiers (vous positionnez des éléments importants sur des lignes imaginaires situées aux tiers verticaux et horizontaux de l’image). Pensez à diriger les diagonales vers les coins. Attention au centre de l’image : cet endroit est réservé au bon Dieu. Sélectionnez avec le rectangle de sélection, puis faites Image>Recadrer.

Voilà sans doute la fonction la plus « incontournable » pour les photographes. Toute photo en a besoin. Ajustez le point le plus sombre de l’image et le point le plus pâle. Essayez de résister à la tentation de perdre de l’information en mettant les points noir et blanc au delà du minimum, car les nuances dans les extrêmes seront perdues et vous ne pourrez plus les retrouver. Mais tout dépend aussi de votre intention : ajustez le point moyen intuitivement, ce qui corrigera le contraste général de l’image, mais sans que vous perdiez d’information; c’est beaucoup mieux qu’avec la fonction Image>Réglages>Contraste. Si vous désélectionnez Aperçu, vous affichez l’image avant la correction; en la sélectionnant de nouveau, vous pouvez juger de l’ampleur du changement. Revenez dans Image>Réglages>Niveaux pour ajuster la neutralité de l’image. La pipette grise point gris est la véritable baguette magique et devrait s’appeler : gris neutre. Auparavant, vous aurez ajusté la taille de l’échantillon de la pipette à 3x3. Celle-ci permet de corriger toute l’image en fonction d’un point de référence connu comme devant être neutre. Est neutre ce qui contient autant de rouge, de vert que de bleu. Le noir vaut 0, 0, 0 et le blanc 255, 255, 255, un gris neutre vaudra alors x, x, x. Si le noir n’est pas noir, que le blanc n’est pas blanc, le gris… n’est pas neutre, Photoshop « force » la neutralité du point sélectionné en déplaçant d’autant toutes les valeurs de l’image. Il est parfois nécessaire d’essayer à plusieurs endroits avant d’obtenir la neutralité souhaitée. Une fois l’image devenue neutre, on pourra ensuite, selon le message, la rendre plus chaude, plus verte, plus froide, etc.

Notez qu’il peut être plus important d’avoir une couleur de peau agréable que d’avoir une image parfaitement neutre! Fenêtre>Afficher infos permet d’afficher les valeurs de la peau en CMJN (ou CMYK). Une peau de Caucasien peut varier beaucoup. Donc, n’utilisez les nombres qui suivent qu’à titre de guide : 3x à 5x plus de magenta que de cyan, un peu plus de jaune que de magenta. Mieux vaut corriger toute l’image pour corriger les valeurs de la peau. Une technique consiste à convertir en CMJN (CMYK) Image>Mode>Couleur CMJN, puis à corriger avec les courbes, Image>Réglages>Courbes. Avec la pipette, vous aurez noté au préalable les valeurs du cyan, du magenta et du jaune qui sont à modifier : valeur de départ->valeur d’arrivée. Entrez les valeurs pour la courbe qui a besoin d’être modifiée. Revenez en RGB, Image>Mode>Couleur RGB.

Augmentez ou diminuez la saturation des couleurs selon votre intention. J’aime augmenter très légèrement la saturation, soit entre 5 et 8 (davantage si je viens de passer du mode de couleur CMYK au RGB). Modifiez légèrement la balance des couleurs : Image>Réglages>Balance des couleurs. J’apprécie souvent des couleurs légèrement plus chaudes. Déplacez les curseurs vers le rouge, le magenta et le jaune. Au contraire, si vous voulez signifier la nuit, la maladie, la mort, le froid, etc., allez dans la direction inverse; ici aussi, une valeur de 5 à 8 suffit généralement.

L’important, c’est que la modération a bien meilleur goût! Vous venez de faire plusieurs manipulations de votre image. Prises une à une, ces manipulations doivent passer inaperçues, être à peine visibles, très subtiles. Mais il ne faut pas oublier qu’elles s’additionnent! C’est lorsque vous visionnerez côte à côte l’image de départ et celle d’arrivée que vous serez à même de constater le chemin parcouru.


Corrections locales

Pour en apprendre davantage sur l’utilisation des outils de sélection, consulte l’Aide de Photoshop, elle est très bien faite.

Enlevez les poussières et éraflures sur vos négatifs, et les défauts sur la peau, avec l’outil tampon de duplication.

Regardez attentivement les zones les plus claires, puis les plus sombres, enfin les moyennes : demandez-vous s’il faut en éclaircir certaines ou en assombrir d’autres. Ayez à l’esprit qu’une zone très claire attire l’œil, ce qui peut être dans le sens de votre message ou pas. Dans ce genre de correction, on peut utiliser la version virtuelle des outils classiques de la chambre noire.

Passez à quelques reprises avec cet outil sur une zone à pâlir.

Correction locale de la luminosité, du contraste et des couleurs (voir aussi Corrections globales). Trois cas me viennent à l’esprit. Dans le portrait, on améliore sensiblement la vivacité du regard en augmentant le contraste des yeux et en accentuant le reflet dans les yeux. De même, la couleur des lèvres gagne à être plus saturée. Finalement, on peut vouloir augmenter la profondeur de l’image en utilisant une technique connue des peintres classiques : désaturer et éclaircir ce qui est à l’arrière-plan, afin que l’œil perçoive le fond comme plus éloigné encore. Ici, il suffit de sélectionner une partie de l’image et d’y appliquer un des réglages qu’on a utilisés globa-lement pour l’image (voir plus haut). Pour sélectionner, utilisez le lasso ou le lasso magnétique; n’oubliez pas d’ajuster le contour progressif pour faire en sorte que la correction que vous allez appliquer à l’objet s’estompe de façon progressive. Consultez l’Aide sur contour, lissé et lasso. Un truc : utilisez ctrl+H ou Commande+H avec le Mac pour masquer le contour de la sélection pendant que vous faites les ajustements; vous pourrez mieux vous centrer sur l’ajustement. Mais n’oubliez pas de désactiver la sélection (qui est alors invisible) avec CTRL+D ou commande+D.

  • Yeux : augmentez le contraste grâce à une sélection avec le lasso et la fonction Image>Réglages>Niveaux…

  • Yeux : augmentez l’impression de haute luminosité en sélectionnant avec la baguette magique le reflet dans les yeux, puis utilisez la fonction Filtre>Renforcement>Accentuation…>Encore plus net. Vous pouvez appliquer ce traitement à tout ce qui brille : bijoux, par exemple, ou réflexion sur du métal.

  • Lèvres : maquillez votre sujet avec sa propre couleur. Sélectionnez les lèvres avec le lasso, puis appliquez Image>Réglages>Saturation. Augmentez d’environ 10 à 15.

  • Créez l’illusion que le fond est plus éloigné : sélectionnez ce qui est au premier plan avec le lasso magnétique, inversez la sélection Sélection>Intervertir; l’arrière-plan est alors sélectionné. Image>Réglages>Saturation permet de diminuer la saturation, Image>Réglages>Niveaux… permet de diminuer le contraste du fond en ajustant le taquet gris de contraste, et de le rendre moins sombre en changeant les niveaux de sortie.

À ce point, l’image est corrigée. Il est donc capital de la sauvegarder. Ajoutez au nom du fichier un suffixe qui signifie qu’elle est corrigée : «corr», par exemple.


Préparation pour la sortie

Il faut préparer chaque image en fonction de sa sortie : papier ou Web, par exemple. On crée autant de fichiers distincts de l’image corrigée qu’il y a de sorties différentes. Pour une sortie Web, assignez un profil de couleurs RGB Image>Mode>Attribuer un profil… ; pour une sortie papier, préférez ADOBE RGB.

Sélectionnez une résolution en fonction de votre média. Image>Taille de l’image : pour l’écran, choisissez 72 pixels/pouce, sur papier 300 pixels/pouce au maximum. Désactivez le rééchantillonnage avant de cliquer sur OK.

Vous pouvez diminuer les dimensions de l’image, en particulier pour le Web. Image>Taille de l’image permet de faire les changements en pixels, ce qui est plus utile. Si vous changez la largeur, la hauteur devrait suivre proportionnellement; sinon, assurez-vous que Rééchantilonnage est sélectionné.

Toute image numérique a besoin d’accentuation. On donne l’illusion d’une plus grande netteté de l’image en augmentant le contraste des bords de tout objet dans l’image. Mettez l’image en taille réelle des pixels, donc 100 %. Affichage>Taille réelle des pixels. Filtre>Renforcement>Accentuation permet d’augmenter l’accutance, qui est précisément cette qualité de la netteté des bords. Mais la maîtrise de l’accentuation est très complexe. Pour débuter, choisissez un des trois autres réglages disponibles : Contours plus nets, Encore plus net, Plus net.

Sauvegardez en indiquant au nom du fichier un suffixe qui signifie que le fichier est prêt pour le Web: « w » par exemple, ou « p » s’il s’agit de papier.


Aller plus loin

Au colloque de l’APOP-AQPC, le 4 juin à Québec, j’animerai un atelier pré-colloque de cinq heures sur ce sujet. C’est une invitation à venir rencontrer d’autres mordus et à partager vos connaissances!

De façon générale, les ouvrages sur Photoshop sont très décevants pour les photographes. Ils sont faits pour d’autres usages du logiciel, en particulier pour produire des graphiques pour le Web. De plus, on n’y traite pas suffisamment des procédures et des problèmes propres à la photographie. Mieux vaut consulter des ouvrages spécialisés.

Voici un ouvrage essentiel, qui nous initie autant à l’aspect technique et au média qu’à une démarche artistique en photographie : CAPONIGRO, John-Paul, Adobe Photoshop Master Class, Adobe Press, 2000, 324 p.

Et pour apprendre à jouer avec les espaces de couleur pour la correction des images : MARGULIS, Dan, Professional Photoshop 6, Wiley, 2001.Cet ouvrage est assez coûteux : 100 $.

Regardez des images… le Web en regorge. Ne manquez pas : http://www.zonezero.com/

L’Aide dans Photoshop est particulièrement bien faite : on trouve facilement et rapidement ce qu’on cherche. Ne pas négliger la recherche sur Internet.

En faire… en faire… en faire!

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