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 Numéro 48, Février 2003 
Et si nos services informatiques faisaient fausse route Version Imprimable  Version imprimable


Réjean Jobin, Responsable du programme de l'informatique  (CCDMD)

Cette année, le ministère de l’Éducation nous a demandé de travailler en concertation avec les autres intervenants en matière de TIC pour fournir un effort particulier dans deux programmes (Sciences humaines et Techniques de comptabilité et de gestion). Le 13 novembre dernier, convoqué à une réunion à cette fin, je me rends à Québec, à l’hôtel Royal William. Je monte à ma chambre pour préparer ma présentation en vue de la rencontre avec les responsables des TIC du réseau collégial, qui a lieu le lendemain. L’hôtel offre l’accès à Internet haute vitesse. Je branche mon ordinateur (PC) à la prise réseau et me voilà directement dans Internet sans aucune modification de configuration. Quel service bien pensé et facilement accessible!

Le lendemain, au cégep où a lieu la réunion, je tente de me relier à Internet. Peine perdue. On m’avise qu’un technicien doit venir configurer mon ordi! Après quelques minutes d’essais et d’erreurs, le technicien décide de brancher l’appareil en utilisant son code personnel d’accès puisque le branchement automatique (DHCP) n’est pas possible. Autour de moi, les différents présentateurs font face eux aussi à divers problèmes. Il y en a un qui ne peut visualiser certaines de ses pages Web parce que le système de protection du réseau (firewall) bloque le passage d’informations. Pour un autre, l’accès à des fichiers de type Shockwave est difficile. Les fichiers de types audio ou vidéo (Real Audio ou Real Video) ne sont pas non plus accessibles. Bref, on contrôle le réseau pour empêcher l’accès à des données trop lourdes, on verrouille les systèmes d’exploitation (Windows) pour ne pas que les usagers les modifient. Il est donc impossible d’installer soi-même une version de QuickTime sur les ordinateurs du collège pour faire rouler un logiciel du CCDMD.

Vous pensez peut-être que ce collège exerce un contrôle exceptionnel et que les autres collèges sont différents? Malheureusement non. La plupart des collèges ont pris cette orientation. En effet, pour éviter des inconvénients et des engorgements, on contrôle les accès Internet et les systèmes d’exploitation. Le résultat est étonnant : vous aimeriez utiliser les archives sonores de Radio-Canada dans votre cours de littérature? Oubliez l’idée, on refuse de laisser passer ce type d’information audio. Vous désirez utiliser le logiciel @rtefact ou Chronos? On vous empêche d’installer QuickTime et donc de pouvoir faire rouler le logiciel… Et dire que l’on demande aux enseignants d’innover et d’intégrer davantage les TIC dans leur pédagogie! Avec de telles embûches, comment peut-on y arriver?


Et si nous faisions fausse route…

J’ai toujours pensé qu’un collège avait comme mission première de favoriser l’acte pédagogique, c’est-à-dire de permettre à des enseignants d’utiliser le mieux possible les ressources favorisant l’apprentissage. Je constate malheureusement que les services informatiques n’ont peut-être pas encore assez réfléchi sur la mission éducative d’un collège.

Examinons un peu notre situation. Les étudiants qui arrivent dans nos collèges sont relati-vement bien outillés en matière d’ordinateurs. Les études récentes montrent que près de 90 p. 100 d’entre eux ont accès à un appareil à la maison. Pourtant, nous leur fournissons des accès dans des laboratoires informatiques de plus en plus nombreux. À vrai dire, on compte environ 1,3 ordinateur par élève si l’on inclut l’ordinateur personnel.

Le parc informatique des collèges est aussi très inégal. Mais comment maintenir à jour des parcs informatiques de 200 à 600 ordi-nateurs par établissement? Les réseaux sont peu performants, car il faudrait investir des milliers de dollars pour offrir l’accès audio et vidéo à tous les usagers en même temps et permettre le branchement à des serveurs Internet performants, et ce, tant de l’extérieur que de l’intérieur.

Pour pallier ces problèmes d’engorgement, les services informatiques des cégeps ont donc décidé de mieux contrôler les opérations. Et le contrôle est si efficace que pour accéder à des ressources pédagogiques informatisées, il faut plus que de la détermination à un enseignant… il faut un brin de folie, ou le courage de travailler à l’extérieur des structures informatiques de son collège. Combien d’enseignants préfèrent utiliser leur site personnel chez Vidéotron, Sympatico ou ailleurs parce que c’est plus simple pour tous (étudiants et enseignants)? Certes, on peut comprendre les besoins de sécurité d’un établissement, mais n’y aurait-il pas d’autres avenues?

Comment se fait-il que je sois capable de brancher mon ordinateur dans une université ou un hôtel et que je puisse y accéder à toutes les ressources, et ce, sans l’aide d’un technicien? C’est que les universités, en particulier aux États-Unis, ont mis l’accent sur la construction de réseaux performants et surtout sur la facilité d’accès. Elles favorisent l’utilisation d’appareils portatifs par les étudiants et n’ont donc pas à entretenir des ordinateurs et à régler les multiples problèmes reliés au système d’exploitation. Elles investissent non pas dans d’immenses parcs informatiques, mais dans les contenus pédagogiques accessibles par l’ordinateur.

Vidéotron et Sympatico offrent l’accès haute vitesse à des millions d’individus. Pourquoi donc le réseau collégial n’est-il pas en mesure de fournir un accès raisonnable à 150 000 étudiants? Pourquoi faut-il filtrer, verrouiller et tout protéger au point où il est difficilement possible d’innover?

Je ne prétends pas avoir des solutions simples à offrir aux responsables des services informatiques du réseau collégial, mais je crois qu’il faut s’interroger sur notre façon de faire. Je pense aussi que l’ensemble des directions des collèges doivent discuter des besoins réels de l’éducation à l’intérieur de leurs murs, et ce, avec tous leurs enseignants. N’oublions pas que dans notre société actuelle, l’informatique appartient à tout le monde. Le ministère de l’Éducation doit inviter tout ce monde à une grande réflexion et inciter d’autres ministères, comme celui des Finances, à trouver des solutions sur le plan fiscal.

Par exemple, pourquoi ne pas obliger les étudiants à utiliser des portables? Rappelons-le : 90 p. 100 d’entre eux ont accès à des ordinateurs personnels. Ne pourrait-on pas concilier les besoins personnels et scolaires? Il serait temps de trouver des mesures incitatives fiscales, justement, pour soulager le réseau du fardeau de maintenir un parc informatique à jour. Il serait surtout temps de réfléchir sur la création de contenus et sur la facilité d’accès des enseignants et des étudiants à ces contenus. Nous investissons des millions de dollars dans l’achat et l’entretien d’ordinateurs chaque année, et à peu près rien dans le développement de contenus. Par exemple, le budget annuel du CCDMD en production informatique est d’un peu moins de 500 000 $ pour le réseau. C’est non seulement peu, mais totalement contradictoire avec la quantité d’ordinateurs disponibles et la mission pédagogique de nos établissements.

Cette année, donc, le ministère de l’Éducation a demandé aux intervenants en matière de TIC de travailler en concertation pour fournir un effort particulier dans deux programmes (Sciences humaines et Techniques de comptabilité et de gestion). Est-ce une mission impossible?

Bonne réflexion à tous et à toutes!

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015