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 Numéro 49, Avril 2003 
Le logiciel libre, une option qui gagne du terrain Version Imprimable  Version imprimable


Pierre-Julien Guay, Jean Facchin, Benoit Grégoire  (Vitrine APO)

Tout commence vers la fin des années 70 au laboratoire d’intelligence artificielle (IA) du Massachusetts Institute of Technology (MIT). L’équipe du laboratoire utilise son propre système d’exploitation à temps partagé et autorise le recours à ses logiciels par d’autres universitaires ou ingénieurs, ce qui mène au développement d'un système d’exploitation libre. Ce système, compatible avec Unix, est baptisé GNU (« GNU » est l’acronyme récursif de « GNU’s Not Unix »; on le prononce « GNOU » avec un G audible).

Vers 1992, la jonction de Linux et du système GNU donne un système d’exploitation libre et complet qui peut se substituer au logiciel commercial Unix. L’une des caractéristiques du projet GNU est qu’il représente la première volonté de construire un système informatique global, complet et libre en recréant une communauté, c’est-à-dire un groupe social dont les membres ont un intérêt commun : partager librement leurs travaux.

Mais il faut instituer des conditions de distribution qui empêcheraient de transformer le logiciel GNU en logiciel propriétaire (commercial). Ainsi est créée la méthode du copyleft, qui consiste à utiliser les lois du copyright de manière non pas à privatiser le logiciel, mais à le laisser libre.

« Les développeurs de logiciels propriétaires utilisent le droit de copie pour priver les utilisateurs de leurs libertés. De notre côté, nous l’utilisons pour garantir ces libertés. Voilà pourquoi nous avons inversé le mot < copyright > (< droit d’auteur >) en < copyleft> 1. »

Les termes GPL (acronyme anglais de general public licence), logiciel libre (free software) et logiciel à sources ouvertes (open source) sont souvent confondus, car la langue anglaise utilise le même mot, « free » , pour « libre » et « gratuit ». Par exemple, « free software » renvoie non pas au prix, mais à la liberté d’utilisation.

Les sociétés éditrices de logiciels propriétaires utilisent parfois le terme « logiciel libre » pour parler de logiciels gratuits, ce qui veut parfois dire aussi que vous pouvez en obtenir une copie binaire gratuitement ou qu’une copie de ce logiciel est comprise dans le prix d’achat d’un ordinateur, par exemple. Mais cela n’a rien à voir avec le terme logiciel libre, tel que défini dans le projet GNU. À cause de cette confusion potentielle, il serait souhaitable que, chaque fois qu’une société informatique annonce que son produit est un logiciel libre, elle vérifie les conditions de distribution afin de s’assurer que les usagers disposent de toutes les libertés associées au logiciel libre. Parfois, il s’agit effectivement d’un logiciel libre, parfois non.

Le moyen le plus simple de produire un logiciel libre est de le placer dans le domaine public, sans aucune licence de droit de copie. Une telle publication permet aux personnes bien intentionnées de s’échanger le programme ainsi que de futures améliorations. Mais elle permet également à des individus peu scrupuleux de transformer le programme en logiciel commercial. Il faut souligner qu'un auteur qui distribue son logiciel gratuitement et sans licence n’est pas protégé par une clause de non-responsabilité contre d’éventuels dommages occasionnés par l’usage du logiciel.


Au-delà de la gratuité

Un logiciel libre est-il gratuit? Oui et non. Oui, car, par définition, un logiciel libre peut être librement redistribué. Or, le coût marginal de reproduction d’un logiciel est négligeable : graver un cédérom ou télécharger dans Internet ne coûte quasiment rien. Il est donc possible de se procurer un logiciel libre gratuitement ou presque. Non, car le coût de possession d’un logiciel ne se limite pas au coût d’achat. Ce dernier est même négligeable par rapport aux autres coûts. L’utilisation d’un logiciel entraîne de nombreux autres coûts qui sont souvent ignorés ou sous-estimés (ils forment le TCO ou Total Cost of Ownership) :


Les coûts d’entrée :

  • installation et mise en œuvre


Les coûts d’utilisation :

  • formation des utilisateurs

  • rapidité et qualité des maintenances corrective, adaptative, évolutive

  • respect des standards, interexploitabilité avec d’autres applications

  • compatibilité avec les matériels existants


Les coûts de sortie :

  • quand l’on souhaite changer de technologie


L’évolution du GNU/GPL

Longtemps considéré comme une utopie sympathique, le modèle économique des logiciels libres s’impose désormais comme une véritable solution de rechange au modèle économique dominant des logiciels propriétaires.

Les gouvernements de nombreux pays prennent des mesures pour favoriser l’utilisation des logiciels libres dans les administrations et le système éducatif. Un pays émergent comme la Chine trouve dans GNU/Linux et les logiciels libres les ressources technologiques dont il a besoin, et s’affranchit ainsi, partiellement, des monopoles de la grande industrie logicielle. À la fin de l’année 2001, IBM annonçait sa décision d’investir plus d’un milliard de dollars dans GNU/Linux et les logiciels libres. En Europe, 56 % des entreprises citent des raisons de prix et d'indépendance comme motif principal de l'utilisation de Linux. En Allemagne, 43 % des entreprises commerciales utilisent Linux de façon satisfaisante. En Angleterre, ce pourcentage atteint 31 %. En Espagne, 26 % des entreprises songent à s'ajouter au 25 % des sociétés utilisant déjà Linux. Économie de coûts, qualité de la technologie et indépendance face à un fournisseur sont les caractéristiques les plus appréciées par les entreprises. (Source : El Mundo, 11 décembre 2002)

Coûts induits
Logiciel libre
Logiciel propriétaire
Achat du logiciel

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Configuration - installation
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Mise en œuvre
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Formation
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Maintenance curative
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$$
Maintenance préventive
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$$
Maintenance corrective
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$$
Maintenance adaptative $ $$
Maintenance évolutive $ $
Respect des standards $ $$$
Interexploitabilité $ $$
Compatibilité matérielle $ $
Sécurité : capacité de résistance aux intrusions $ $$$
Sécurité : capacité de résistance aux virus $ $$$
Nécessité de remplacer régulièrement les équipements $ $$$
Coût de dépendance à un fournisseur $ $$$

Tableau 1 : Comparaison des ordres de grandeur des coûts de logiciels libres et propriétaires. Source : Eikonex - Logiciels Libres


Comme on pouvait s'y attendre, Microsoft a entrepris aux États-Unis et dans les pays en voie de développement une campagne contre le logiciel libre. Le domaine éducatif est à la fois producteur et consommateur, et particulièrement dépourvu de moyens, donc intéressé par les solutions à faibles coûts. En tant que producteurs, les intervenants sont souvent habitués à participer à des projets intégrant leurs petites équipes locales dans des programmes plus larges. L’adoption d’un modèle open source dans le réseau éducatif est en continuité avec ces pratiques, tout en ajoutant un support additionnel au moyen de la communauté des utilisateurs et un contrôle de la qualité par les pairs.

Le rapport complet Introduction aux licences de logiciels libres GNU/GPL peut être téléchargé.

Note : une recension de l'utilisation de Linux dans le réseau collégial, datant de janvier 2000, est disponible. Voir aussi une liste de plates-formes d'apprentissage en ligne dans l’article suivant du Clic.


1. Source : Les Licences de Logiciels Libres - Projet GNU - Free Software Foundation (FSF)

Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons. Dernières mises à jour : 10/04/2015